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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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TALLEYRAND

ET

LA PAIX DE PRESBOURG

PAR EMMANUEL DE WARESQUIEL




La paix de Presbourg ne fut pas une paix négociée. Elle ne fut pas non plus la paix de Talleyrand mais celle de Napoléon. À Presbourg, les espoirs de paix équitables très précis et très pragmatiques du prince des diplomates s’effondrèrent définitivement.


Avant même de quitter Paris, fin août, Talleyrand mûrissait pourtant son projet de paix. La méthode consistait à promettre les Provinces danubiennes à l’Autriche afin de la renforcer sur la mer Noire en lui retirant en échange les derniers vestiges de ses possessions italiennes sur la Méditerranée ; Denise et sa terre ferme susceptible, avec Trieste, de redevenir une petite puissance indépendante placée entre l’Autriche et le royaume d’Italie dont Napoléon céderait la couronne. On rendrait également le Tyrol indépendant. « Alors [l’Autriche] sera tout à coup hors de contact avec la France est sans sujet de contestation avec cet empire. D’un autre côté, elle se trouvera placée de manière à contenir les Russes dans leurs vues [européennes] ».

A Strasbourg, en septembre, le ministre qui suivait l’armée à distance, méditait encore sur ce même plan et en écrivait à son collaborateur d’Hauterive resté à Paris : « Voici ce que je voudrais faire des succès de l’Empereur ; je les suppose grands. Je voudrais que l’Empereur, le lendemain d’une grande victoire qui ne me paraît plus douteuse dît au prince Charles [le frère cadet de l’empereur d’Autriche] : vous voilà aux abois, je ne veux pas abuser de mes victoires. J’ai voulu la paix, et ce qui le prouve, c’est que je la veux encore aujourd’hui. Les conditions d’un arrangement ne peuvent plus être les mêmes que celles que je vous aurais proposées il y a deux mois. Venise sera indépendante et ne sera réunie ni à l’Italie, ni à l’Autriche. J’abandonne la couronne d’Italie, comme je l’ai promis […] Je vous aiderai pour vous emparer de la Valachie et de la Moldavie. À ces conditions, je ferai avec vous un traité d’alliance offensif et défensif et toute idée d’alliance avec la Prusse ira au diable. Voulez-vous cela dans vingt-quatre heures ? J’y consens ; sinon craignez les chances qui appartiennent presque de droit à une armée victorieuse. Voilà mon rêve de ce soir. Mille amitiés ».

Avec Talleyrand les rêves ne durent jamais longtemps et prennent la forme d’un projet de traité de paix. Celui qu’il adresse à Napoléon de Strasbourg le 17 octobre est en tout point conforme à l’idée qu’il s’est forgé à force d’expériences et de méditations des forces et des faiblesses de l’Autriche. L’empire de François Ier est fragile par la composition hétérogène de ses parties, mais la politique menée à Vienne a toujours été prudente, fiable et constante. Il dira plus tard, dans ce sens, que l’Autriche est la « chambre des pairs de l’Europe ». Il s’agit donc de se servir d’elle parce qu’elle est seule capable – et mieux que la Prusse – de contenir la Russie à l’Est, mais aussi parce qu’elle est un passage obligé vers la paix générale. Un bon trait d’alliance avec l’Autriche est aux yeux du ministre de Napoléon le premier chapitre de la paix avec l’Angleterre.


« Votre Majesté peut maintenant briser la monarchie autrichienne ou la relever »


Le drame de Talleyrand est d’avoir été confronté à ce moment précis à un homme qui avait les moyens politiques et militaires d’appliquer un plan d’une telle ampleur mais n’en accepta jamais tout à fait la vision. Et après la reddition d’Ulm, l’éclatante victoire d’Austerlitz n’arrangera rien. Alors qu’il est à Vienne depuis le 17 novembre et que Napoléon tarde à l’appeler, Talleyrand qui sent la situation lui échapper est plus lucide que jamais. « Vous verrez, dit-il au comte de Rémusat quelques jours avant Austerlitz, que ce sera avec l’Empereur lui-même que j’aurai le plus de peine à négocier, et qu’il me faudra bien des paroles pour combattre l’enivrement qu’aura produit la poudre à canon ». Il sent que Napoléon se sert de lui en lui envoyant à Vienne deux « diplomates » autrichiens de second plan, le général Giulay et le comte de Stadion et en l’obligeant à accepter la médiation de la Prusse. Il regrette le deux décembre, auprès de Madame de Rombeck, la sœur du tout-puissant chancelier comte Louis de Cobenzl, de ne pouvoir négocier directement avec ce dernier et se plaint des « petits moyens » et de « l’embarras » de Stadion : « il écrira, il demandera. Ce n’est pas comme cela, Madame, qu’on négocie » (1). Le 5 décembre il adresse un ultime plaidoyer à Napoléon : « Votre Majesté peut maintenant briser la monarchie autrichienne ou la relever. Une fois brisée, il ne sera pas au pouvoir de Votre Majesté d’en rassembler les débris épars et d’en recomposer une seule masse. Or l’existence de cette masse est nécessaire. Elle est indispensable au salut futur des nations civilisées […] Je supplie Votre Majesté de bien vouloir relire le projet que j’eus l’honneur de lui adresser de Strasbourg. J’ose aujourd’hui plus que jamais, le considérer comme le meilleur et le plus salutaire. Les victoires de Votre Majesté leur rendent maintenant plus facile » (2).

Mais « Sa Majesté » fait la sourde oreille. Talleyrand n’est même pas invité, le 6 décembre, a signé l’armistice. Napoléon lui impose à Brünn les conditions d’une paix « glorieuse », comme il l’écrit à son frère Joseph le 13 décembre, tout en renégociant au même moment à Vienne avec Maret, à l’insu de son ministre, un traité de paix « offensif et défensif » avec la Prusse. Il ne restera plus à Talleyrand est signé à contrecoeur, à Presbourg, le 26 décembre, une paix humiliante qui écarte presque complètement d’Allemagne et tout à fait d’Italie une Autriche réduite à vingt millions d’habitants (sur vingt-quatre), rançonnée et empêchée de s’étendre au sud-est par la promesse de défendre l’indépendance de l’empire Ottoman. À Presbourg, le Saint-Empire romain germanique rend son dernier soupir.


Le début de la rupture


C’est à ce moment-là, pense Metternich, que Talleyrand décide de s’opposer « de toute son influence » à ce qu’il appelle « les projets destructeurs de Napoléon ». Lorsqu’en mars 1808 l’un des artistes chargés de l’exécution des bas-reliefs de l’arc de triomphe censé commémorer sur la place du Carrousel la victoire d’Austerlitz, lui demandera des détails afin d’y faire figurer une scène consacrée à la signature de la paix, Talleyrand lui répondra de façon très désabusée, par la négative. À quoi bon faire figurer un événement qui n’en est pas un et auquel il n’a eu aucune part. Comme à son habitude, il se contente d’ironiser et évoque les complications climatiques de sa mission, à défaut de s’étendre sur le gâchis diplomatique qu’elle fut à ses yeux. Entre Brünn et Presbourg, Talleyrand eut deux adversaires : Napoléon, ce qu’il garde bien de dire… et le Danube couvert de glaces qui lui paraît le chemin ! « La paix de Presbourg, écrit-il, fut une conséquence trop nécessaire de l’immortelle journée du 2 décembre pour avoir un lustre qui lui soit propre. La victoire d’Austerlitz en avait dicté toutes les conditions et le travail des négociateurs se réduisit à les écrire. La seule négociation tant soit peu difficile fut celle qu’il fallut d’abord entreprendre avec les glaces dont le Danube était couvert, lorsque étant arrivé le 22 décembre, sur la rive droite de ce fleuve, je dus le traverser sur une petite barque pour gagner la rive opposée où le magistrat de Presbourg et bon nombre d’habitants s’étaient réunis […] » (3). En 1808, Talleyrand qui n’est plus ministre depuis plusieurs mois, est plus que jamais capable de se débarrasser d’un mauvais souvenir par une pirouette.

Emmanuel de Waresquiel.

(1) Emile Dard. « Entretien avec M. de Talleyrand ». Revue de Paris, 15 janvier 1911. P. 232.

(2) Lettres inédites de Talleyrand à Napoléon. Ed. Pierre Bertrand. Paris, Perrin, 1889. pp. 209-213. Le mémoire du 17 octobre et le projet de paix de Talleyrand sont également publiés dans ce même recueil, pp. 136-176.

(3) Lettre inédite à un artiste (Lesueur ?). Paris, le 12 mars 1808. Collection Eberhard Ernst, Munich. M4. La paix de Presbourg sculptée par Lesueur est l’un des six bas-reliefs de l’arc du Carrousel, mais le seul dont le sujet est figuré de façon allégorique. Il faut croire que les indications données par Talleyrand n’avaient pas aidé l’artiste. Voir Vivant Denon, directeur des musées sous le consulat et l’empire. Correspondance (1802–1815). Éditions de la Réunion des musées nationaux, Paris, 1999, tome II, pp. 1355–1356 : « lettre à Napoléon du 15 août 1808 ».

Article paru dans le N° 462 de la revue du Souvenir Napoléonien

Avec l’aimable autorisation de M. Emmanuel de Waresquiel. Reproduction interdite.









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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
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