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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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OBSERVATIONS

SUR LE PROJET

DE L'INSTRUCTION PUBLIQUE

LU A L'ASSEMBLEE NATIONALE

LES 10, 11 & 19 SEPTEMBRE 1790



En accordant au rapport fait par M. de Talleyrand les applaudissements les plus flatteurs, l’Assemblée nationale & le public ont contracté l’engagement de produire dans toute sa maturité celui des ouvrages du Corps constituant, sur lequel la Constitution doit plus sûrement reposer.

C’est en construisant l’édifice de l’instruction publique, que des législateurs sages doivent se promettre de former les mœurs, de fixer le caractère national.

Si c’est dans le bouillonnement de l’horreur qu’inspirait le despotisme, qu’on a dû se promettre de trouver des traits propres à retracer la dignité de l’homme, ce n’est que dans le calme de la liberté & d’une méditation profonde qu’on peut se flatter de préparer des résultats, d’après lesquels les générations futures puissent soutenir d’une manière imposante le rôle que les tyrans sont si effrayés de voir jouer par la nation française.

S’il fallait établir que nous ne sommes pas encore assez mûrs pour prendre une détermination judicieuse sur un objet de l’étendue & de l’importance de l’instruction publique ; quand on se bornerait à considérer que les talents de tous les coopérateurs de M. l’Evêque d’Autun ont été mis à contribution pendant deux ans, avant d’obtenir le volumineux résultat, qui, même dans ses énoncés, laisse encore tant de détails essentiels à désirer… qu’il y a d’autres détails estimables qu’il serait peut-être difficile de concilier avec le système du comité, ne se persuaderait-on pas bien aisément que ce n’est pas à la fin d’une session si souvent orageuse qu’il faut hasarder d’établir des bases si éloignées des moyens d’exécution, dans lesquels les circonstances peuvent nous forcer de nous refermer ?

Grâces immortelles soient rendues à M. de Talleyrand-Périgord & à tous ceux qui auront contribué avec lui à porter au sein de la nation le flambeau qui pourra l’éclairer !

Mais ne serait-il pas imprudent à cette même nation de s’engager dans quelques-uns des sentiers du labyrinthe, dans le moment où il n’est pas en son pouvoir d’en parcourir tous les détours ?

L’Assemblée nationale doit-elle donc, à l’heure de sa retraite, précipiter toutes ses opérations, même celles qui demanderaient tant de renseignements sur les localités, pour lesquelles il serait si intéressant d’attendre tant d’autres lumières ?

L’Assemblée nationale ne serait-elle pas disposée à profiter de sa propre expérience, de celle, par exemple, qu’elle a acquise dans la réformation de l’ordre judiciaire, dans laquelle elle voit à peine de stable la suppression de la vénalité & de l’hérédité des offices, les élections, les jurés, les juges & bureaux de paix ; malgré que tant d’objets relatifs à cette partie aient été si souvent & si longtemps préparés & discutés ?

Ainsi, par exemple, en admettant le nouveau système pour l’enseignement de la médecine, de la chirurgie & de la pharmacie, l’Assemblée nationale ferait un acte tout à la fois impolitique et injuste, si elle réduisait à quatre les collèges dans lesquels le Comité de salubrité a formé le projet de resserrer les candidats pour leur admission ; ou si elle privait la ville de Toulouse de l’établissement qui s’y trouve déjà tout formé dans le sens du rapport de M. de Talleyrand.

Cet établissement s’y trouve même plus complet, puisque aux douze professeurs déjà existants à Toulouse, en médecine, ou chirurgie & chimie… au trop nombreux rassemblement de malades, désiré par le comité de salubrité… aux amphithéâtres fréquentés depuis longtemps, la ville de Toulouse réunit une bibliothèque particulière pour la médecine, indépendamment de quatre autres très nombreuses bibliothèques publiques, un jardin des plantes très curieux, un cabinet de chimie et de physique expérimental très riche.

Cette malheureuse ville, écrasée par la révolution, ayant perdu par la suppression de ses tribunaux qui s’étendaient sur quatorze départements actuels, c’est-à-dire, sur le septième de la surface du royaume, par la réduction des ministres du culte environ deux cents bénéficiers, & six cents prêtres ou moines répandus dans des maisons riches, indépendamment de plus de cinq cents religieuses, de cinq nombreux séminaires, de tous les pensionnats pour les deux sexes & des établissements de tous les genres qui faisaient toute la richesse ; ayant perdu beaucoup plus que la régénération ne peut lui rendre ; cette malheureuse ville ne recevrait-elle pour prix des services qu’elle a rendus à la nation,, n’en recevrait-elle que l’anéantissement de ce qui a échappé jusqu’à ce jour à la hache des réformateurs ? L’Assemblée ajouterait-elle à tous les malheurs dont ces Français sont accablés, le supplice de voir ceux de leurs établissements que la Constitution consacrera, transportés chez leurs voisins, qui ne demandent pas de s’enrichir de leurs dépouilles ?....

Serait-ce là la récompense que les régénérateurs de l’Empire destineraient à ceux qui, en arrêtant les progrès & la communication de l’incendie allumé d’une manière si désastreuse à Montauban et à Nîmes, ont empêché l’entier embrasement du midi ?

Les départements voisins tels ceux des Pyrénées orientales, de l’Ariège, du Gard, des hautes et basses Pyrénées, des Landes, du Lot & Garonne, du Lot, de l’Aveyron, de la Lozère, du Tarn, de l’Aude ; même ceux de la Corrèze, de la Haute-Vienne, de la Dordogne, du Cantal, du Puy-de Dôme, de la Haute-Loire, etc. accoutumés à fréquenter l’université de Toulouse, où les élèves ont beaucoup moins à dépenser qu’à Montpellier ou à Bordeaux ; ces départements se verraient-ils avec indifférence, privés des ressources que les provinces méridionales ont trouvées à Toulouse, dans les siècles les plus reculés, Les Français de nos jours ne se seraient-ils pas rapprochés des principes des Tectosages que pour réduire au désespoir les descendants de ces peuples qui, après avoir joué un rôle si imposant dans la plus haute antiquité, l’ont soutenu dans toutes les révolutions, & ont fait passer à leurs neveux l’énergie qui leur a été si nécessaire dans celle-ci ?

Non, l’Assemblée ne voudra pas sacrifier une ville aussi recommandable. Un collège de plus ou de moins, placé à cinquante ou cent lieues de distance d’un autre, ne lui persuadera pas qu’on peut faire passer le génie du commerce & celui des sciences, de Toulouse à Bordeaux & de Bordeaux à Toulouse ; (en admettant même que l’intérêt de ces villes ne s’y oppose pas) comme on formerait plusieurs divisions d’une armée à une nouvelle tactique.

Les mœurs, les lois surtout, qui doivent les épurer & former le caractère national, demandent beaucoup plus de préparation. Certainement les établissements actuels d’institution publique sont vicieux, surtout pour notre gouvernement… il faut nécessairement les refondre.

Mais quand le corps constituant n’aurait fait que publier le travail dans lequel il développe ses vues, il aura ouvert à la législature une mine assez abondante pour qu’il n’ait pas à regretter la portion de gloire qui appartiendra à ceux qui en feront d’heureuses extractions.

La construction d’un institut social exige non seulement des discussions froides, mais encore des réflexions lentes ; & les auteurs du projet offert, ont si peu juger leur ouvrage comme arrivé à sa maturité, qu’il n’y a pas une seule des sections qui n’offre dans l’éloignement des règlements à méditer, des distributions à concerter… Comment se promettre, qu’aucun de ces objets, ne sera point gêné ou forcé par les premières bases ? La manie de faire nous empêchera-t-elle donc éternellement de corriger nos défauts d’ensemble ?

Que serait-ce, si à toutes ces considérations on voulait ajouter, pour un renvoi à un temps plus libre, les objections, qui, méditées aussi profondément que l’ouvrage, offriraient une analyse aussi spécieuse & non moins étendue ?



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DE L’IMPRIMERIE DE VEZARD & LE NORMAND – PARIS – ST GERMAIN L’AUXERROIS – 1791







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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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