Optimisé pour
Espace de téléchargement








CADN 22PO/1/37




RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS










LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 28 DECEMBRE 1806

SUR LES RECLAMATIONS DU DEY

AU SUJET DES REDEVANCES



N° 250

28 décembre 1806

Monseigneur, j’ai eu l’honneur de vous mander précédemment que la Régence ne voulait respecter aucun des sujets des puissances d’Italie, pas même ceux que j’ai fait reconnaitre, et qu’elle avait donné l’ordre à ses corsaires de courir sur les sujets du royaume d’Italie, les génois, elbins, vénitiens, napolitains etc… etc… Cet ordre existe toujours. Les corsaires devaient sortir après les fêtes du Beïram ; le divan suprême de la marine, a fait, dit-on, des observations sur la situation des affaires de la Régence avec la France, et, jusqu’à présent, leur sortie est ajournée.

Quand les algériens, accoutumés, jusqu’à ce jour, à voir toutes les puissances, et particulièrement l’Angleterre, ramper auprès d’eux, n’obtiennent pas ce qu’ils désirent, c’est toujours au consul que la faute est imputée ; il est considéré ou comme ennemi de la Régence, ou comme un homme sans influence auprès de son gouvernement. Dans l’un ou l’autre cas, il ne convient point, et toutes les voix s’élèvent contre lui. J’ai eu longtemps à me louer des procédés d’Akhmet Pacha, et je crois même qu’il me porte personnellement de l’estime. Il a fallu me créer des torts, et voici ceux qu’il a été d’autant plus facile de rendre vraisemblables que l’objet tenait à l’amour propre et à l’intérêt du prince.

1° -- La France, dans tous les temps, a envoyé des présents à Alger pour être distribués aux Grands de la Régence, aux employés du palais et de la marine. Ces présents sont, depuis longtemps à Marseille ; s’ils ne sont pas arrivés ici, c’est que le consul ne l’a pas voulu, ou qu’il n’a pas auprès de son souverain le pouvoir nécessaire de les faire partir. Votre Altesse Sérénissime daignera se rappeler tout ce que j’ai écrit, et les ordres qu’elle m’a donnés à cet égard.

2° -- Le Dey avait demandé des négociants français ; ils n’ont point paru. C’est encore la faute du consul. Plusieurs invitations faites à la chambre du commerce à Marseille, et un décret même de Sa Majesté n’ont pu déterminer aucun négociant à s’établir ici ou à Constantine, parce qu’ils connaissent le système qui, depuis longtemps domine Alger, et qui ne permet aucun avantage à un négociant.

3° -- Le Dey avait ordonné l’arrestation en France des Busnach. Sa Majesté n’a pas répondu à la lettre qui lui a été écrite à cet égard, parce que le consul protège Busnach, quoiqu’il soit bien prouvé que je n’ai point en France de plus grand ennemi. Mais les lois et le droit des gens s’opposaient à cette mesure.

4° -- Le consul de France s’est mêlé des affaires de la Hollande. Cette puissance a son agent ici, et ses traités avec la Régence : de quel droit y intervient-il ? Les liens qui unissent les deux états sont tels, que j’ai dû, sur l’invitation de M. le consul de Hollande, faire des démarches en sa faveur.

Tels sont, Monseigneur, les griefs qui me sont imputés par la Régence d’Alger. Ils vous paraitront extraordinaires ; mais le langage de ces contrées est entièrement différent de celui d’Europe.

J’avais d’abord pensé (et j’avais des faits pour justifier mon opinion) que le Dey avait quelques idées libérales et politiques ; mais il est aujourd’hui prouvé que c’est un brigand, un assassin, sans génie, sans prévoyance, gouverné par les derniers des misérables, et pénétré surtout qu’il est plus puissant que l’empereur de France. Les rapports que j’ai fournis, depuis 4 à 5 mois, à Votre Altesse Sérénissime lui paraitront étranges ; mais elle se convaincra qu’ils sont de la plus exacte vérité.

Le Dey exige impérativement de M. Fraissinet, consul de Hollande, 40 000 piastres fortes pour le paiement des redevances de deux années, dont la seconde ne sera exigible qu’au mois d’avril prochain. J’étais parvenu à faire obtenir un délai à M. le consul de Hollande ; mais le Dey, ayant changé d’opinion, lui a fait signifier ce soir, par un chaouch, que, s’il n’acquittait pas sous peu de jours, il le ferait mettre à la chaîne. Ci jointes copies des deux lettres qui m’ont été adressées par M. le consul de Hollande. C’est un homme âgé de 60 ans, père de huit enfants, et qui réside ici depuis 22 ans.

J’ai eu l’honneur de vous rendre compte dans le temps, que M. Cartwright, consul d’Angleterre, avait fait des démarches pour obtenir nos concessions d’Afrique. J’avais déjoué ses projets et ses basses menées à cet égard, mais le nouvel agent du gouvernement britannique est arrivé ici avec des moyens puissants : il offre de riches présents et 40 000 piastres fortes de redevances annuelles, c’est-à-dire plus de la moitié en sus de ce que nous payons, pour être substitué à nos droits. Le Dey m’a fait signifier ce matin ces propositions, en me faisant la grâce de me dire qu’il me donnerait la préférence si j’offrais davantage. On assure qu’il veut 60 000 piastres fortes et des présents considérables.

J’ai répondu que les concessions d’Afrique nous avaient été faites en 1604 par des capitulations authentiques passées entre l’empereur de France Henri IV et le sultan Akhmet ; que ces capitulations avaient été solennellement reconnues et ratifiées par tous les princes qui ont gouverné, depuis cette époque à Alger, et principalement par lui-même ; qu’il n’était en mon pouvoir, ni d’abandonner les concessions, ni de donner aux lismes la plus légère augmentation ; que les traités étaient ma loi ; qu’à mon souverain seul appartenait le droit de les changer ou de les augmenter ; que je n’avais aucun ordre ni pouvoir de sa part à cet égard

Après bien des explications, le Dey a consenti, avec beaucoup de peine, à m’accorder un mois pour avoir la réponse de mon gouvernement, comme s’il y avait un télégraphe établi d’ici à Paris

Votre Altesse Sérénissime jugera que j’ai besoin de directions les plus promptes, et sur cette affaire, et sur toutes celles dont j’ai eu l’honneur de lui rendre compte. J’expédie promptement cette lettre par un bâtiment qui va faire voile pour Marseille.

Les Kbaïls des montagnes qui avoisinent Alger à l’est se sont révoltés : l’Agha va sortir avec un camp considérable.

On parle toujours de l’expédition contre Tunis.

Daignez….

Dubois Thainville.




******************************************









RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS





© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




Optimisé pour
Espace de téléchargement