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CADN 22PO/1/33




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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 4 FRUCTIDOR AN VIII

[22 AOUT 1800]

SUR LES MANOEUVRES

DE L'AMIRAL ANGLAIS KEITH



N°44

Alger, le 4 fructidor an 8 de la République [22 août 1800].

Citoyen Ministre,

Les anglais n’avaient agi contre moi que par des manœuvres secrètes : ils viennent de m’attaquer ouvertement. La frégate l’Hébé a mouillé ici le 27 thermidor [15 août]. Le 28 le commandant s’est présenté chez le Dey ; il lui a remis une longue lettre de la part de l’amiral Keith. Je fus instruit quelques moments après de tout ce qu’elle contenait. L’amiral Keith dit qu’il a pas appris sans un grand étonnement qu’un ambassadeur (c’est le titre qu’il me donne) de la nation française, la plus grande ennemie des musulmans, a été comblé d’égards et de présents à son arrivée ici, et qu’il est même parvenu à conclure un armistice illimité avec cette Régence. Il instruit le Dey que cet enragé d’une nation, qui se dit si puissante, est parvenu, sous un nom emprunté, a trompé la surveillance du gouverneur de Mahon, et que, bien différent des ambassadeurs de son roi, qui se présentent partout dans des vaisseaux de ligne, cet agent français est arrivé obscurément à Alger sur un misérable bâtiment de Raguse (Quelle pitié). Il veut que le Dey reprenne sur le champ les armes contre nous ; il demande mon expulsion immédiate. Il met cette condition expresse à la restitution d’un bâtiment algérien confisqué à Mahon qu’il prétend être chargé de présents destinés à favoriser ma mission. Enfin le commandant ne peut entrer dans aucune explication ; il doit uniquement exiger une réponse précise.

Tel est le texte exact de la lettre de l’amiral Keith.

Le Dey répondit au commandant anglais qu’il était le maître dans son pays ; qu’il gouvernait à Alger comme Georges à Londres ; il promit une réponse.

Le soir, je vis MM. Busnach et Bacri ; je trouvais chez eux le vice-consul anglais ; ils firent paraître, ou du moins affectèrent de ressentir beaucoup d’inquiétude. Je manifestai au contraire de la satisfaction, et je vous assure, citoyen ministre, que j’éprouvai ce sentiment « Je connaissais bien, dis-je, à MM. Busnach et Bacri, toute la rage de l’amiral Keith contre le nom français ; mais je ne croyais un homme revêtu de son caractère capable de descendre à d’aussi petits moyens ; ce n’est pas le gouvernement français qu’il offense dans la personne de son agent ; nous sommes très au-dessus de pareilles injures : c’est au Dey, c’est à la Régence entière qu’il insulte de sa manière. La manie manquée à entendre l’amiral Keith, le Dey lui doit compte de toutes ses actions : il n’a plus le droit, sans sa permission, de recevoir l’agent d’aucune puissance, et cette Régence doit être considérée désormais comme gouvernée par l’agent de Londres. Je suis bien éloigné de penser que le Dey soit disposé à ne porter aucun attentat envers l’agent d’une nation puissante, quoique dise M. l’amiral Keith ; mais s’il avait cette condescendance pour les anglais, je déclare, et je vous charge expressément de le dire au Dey, que je ne sortirai d’Alger qu’avec tous les français, ou que j’y laisserai ma tête.

Il n’est point question de cela me répondit Busnach, et le Dey a vu mon indignation à la démarche de l’amiral Keith ; mais nous ne pouvons nous dissimuler, et vous en conviendrez vous-même, que les anglais sont puissants sur mer, et que nous devons avoir pour eux des ménagements dans les circonstances.

Des ménagements ! Repris-je avec chaleur pour cet ennemi de l’indépendance de toutes les nations ! Vous vous croiriez donc dispenser d’en avoir pour nous ! Avez-vous oublié qu’un gouvernement fort, qu’une nation victorieuse, qui veut la paix, mais ne redoute pas la guerre, sait aussi venger les injures ? Avez-vous perdu de vue la lettre au général français en Egypte de l’amiral Keith lui-même, qui fut si fatale aux musulmans, dont il affecte aujourd’hui d’être l’ami si zélé ? Ignore-vous que la République française est triomphante sur tous les points ; que l’Empereur d’Allemagne, dénué de soldats et de ressources, est forcé de nous demander la paix ; que celle avec l’empire ottoman en est la conséquence nécessaire et prochaine ; que les ports d’Italie et du Levant vont être fermés aux anglais, et qu’ils seront obligés de sortir bientôt de la Méditerranée ; et c’est dans de pareilles circonstances qu’on a l’insolence de demander l’expulsion d’un agent français, revêtu d’un caractère sacré, venu ici pour traiter des intérêts communs ? Qu’avez-vous donc à redouter de la part des anglais ? Ils ont des vaisseaux, mais où sont leurs troupes de débarquement ? Ils se garderont bien de rompre avec le prince d’Afrique, quand ces contrées leur sont si utiles pour les approvisionnements de Mahon et de Gibraltar que vous avez la faiblesse de leur fournir ; si vous répondiez à tant d’insolence par une déclaration de guerre, vous les verriez bientôt vous demander humblement la paix, et jamais Alger n’a eu une occasion si favorable d’abaisser l’orgueil britannique. »

MM. Busnach et Bacri, qui s’imaginaient sans doute que les menaces de l’amiral Keith m’avait effrayé, changeront bientôt de figure et de langage ; ils convinrent de tout en vérité, promirent de le faire valoir auprès du Dey, et m’engagèrent à vivre dans la plus parfaite sécurité.

Le 30, le commandant anglais reçut la réponse du Dey annonçant à l’amiral Keith qu’il va envoyer un ambassadeur à Londres. La frégate remit à la voile dans la soirée.

Le 1er fructidor [19 août] l’agent algérien partit pour Londres avec le vice-consul anglais.

Cette mission, que j’ai vainement combattu, n’a rien qui puisse nous alarmer ; si elle réussit, l’amiral Keith n’aura fait qu’une démarche fausse et dangereuse pour l’influence anglaise. Si elle échoue, le Dey ne parait pas déterminé à se courber sous le joug britannique. Dans tous les cas nous gagnons du temps, et je ne balance pas de penser que toute l’odieuse démarche de Keith retombe sur les anglais. Je suis tranquille.

Salut et respect.

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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