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CADN 22PO/1/37




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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 30 OCTOBRE 1806

SUR LE RAPPORT DU DROGMAN DU CONSUL

RELATIF A SON ENTREVUE AVEC LE DEY



N°243

30 octobre 1806

Monseigneur, je jette, à tout événement, cette lettre sur le brick danois la Joanna Frederica, qui part précipitamment de ce port sans aucune destination.

J’ai donné à la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser le 18 septembre dernier toute l’attention qu’elle méritait. Malgré les événements que Votre Altesse Sérénissime ne connaissait pas lorsqu’elle a été écrite, j’ai dû, par des moyens secrets, chercher à ramener le prince aux égards qu’il doit au plus puissant des souverains. J’ai cru, pendant quelques jours, y avoir réussi ; mais l’intrigue et le système difficile à imaginer, qu’on s’est formé, ont prévalu, et la conduite d’Alger envers la France est portée au dernier degré d’insolence. Les lismes ont été exigées par la violence ; j’ai acquitté, partie comptant, partie en lettres de change, celles dues pour la troisième année, qui a expiré le 13 septembre dernier. Mon ami le colonel Lear, consul général d’Amérique, avait pris l’engagement, ainsi que j’ai eu l’honneur de vous le mander, de me fournir les fonds ; mais, sur un pays ruiné, et où l’on enterre l’argent, il n’a pas pu se les procurer. Le chef de la nation hébraïque m’avait fait la même promesse ; mais il a été traversé par la maison Bacri, ou plutôt par le fils du chef de cette maison qui, depuis quelques semaines, est dans une espèce de faveur qu’il paiera chèrement avec un prince despote et avide. Bacri parait même avoir pris subitement le système d’exciter la Régence contre la France, pour amener une rupture par le moyen de laquelle il prétend éviter le paiement des 800 000 piastres fortes qu’on exige de lui.

Le Dey m’a fait signifier, il y a quelques jours, de compter l’argent que j’avais à ma disposition, et de fournir, pour le surplus, des lettres de change aux Bacri, qui acquitteraient les lismes à la Régence aussitôt qu’on aurait la nouvelle que mes traites avaient été payées. Ainsi je suis obligé de payer sans avoir obtenu les reçus de la Régence. Dans les circonstances difficiles où je me trouve, menacé des plus horribles violences, j’ai cru devoir acquiescer à un arrangement dont je suis révolté ; il me donne au moins du temps, et ce sera à Votre Excellence à prononcer si mes fondés de pouvoirs doivent accepter et payer. Je leur mande de ne pas le faire sans vos ordres ; car il est bien pénible pour moi d’encourir une pareille responsabilité. Qui sait si, quand mes lettres de change auront été acquittées, les Bacri n’auront pas été enveloppés dans quelque disgrâce ? et l’on ne manquerait pas ensuite de revenir sur moi pour les lismes. Je dois rappeler encore ici que j’ai inutilement cherché à compenser les sommes dues pour les marchandises enlevées dans les comptoirs lors de la dernière déclaration de guerre, et dont le remboursement est stipulé par un article exprès du dernier traité.

J’ai payé hier six mille piastres fortes à la Régence ; j’ai chargé mon drogman de demander au prince :

1° -- S’il était satisfait de l’arrangement sur les lismes.

Il a répondu que oui, et qu’il ne reparlerait plus de cette affaire, qu’il la regardait comme terminée ; et qu’il accordait aux juifs pour payer la Régence le temps nécessaire pour l’acquittement des traites.

2° -- S’il entendait rendre à la France les concessions qu’il lui avait retirées.

Il a répondu que l’acquittement des lismes, comme il me l’avait déjà fait dire plusieurs fois, n’était pas une condition suffisante pour conserver nos concessions en Afrique ; que, ne voulant déroger à aucun des anciens usages, il entendait, avant que nous puissions faire la pêche du corail et extraire de la province de Constantine les marchandises qui nous sont dévolues par les traités que le gouvernement français envoyât à Alger des présents pour être distribués aux Grands de la Régence, aux officiers du palais et aux employés de la marine. Il a ajouté, en présence de mon drogman et de plusieurs officiers du palais qui l’environnaient : « Depuis combien de temps le consul de France réside-t-il ici ? – Depuis six ans et demi – Vous a-t-il fait quelques présents ? (en s’adressant aux uns et aux autres) – non, non. -- Eh ! que sert alors ici (avec beaucoup d’humeur) un consul de France ? Croit-il nous satisfaire avec des paroles ? Dis-lui (en parlant à mon drogman) que j’entends avoir des présents, et que je ne lui donne que le temps nécessaire pour écrire à son gouvernement. »

3° -- Enfin j’avais chargé mon drogman, puisqu’aucun consul ne peut aujourd’hui arriver auprès du prince, de réclamer de nouveau un divan à la marine pour juger au moins de deux prises françaises, l’une capitaine Monti, et l’autre capitaine Dominichi, dont j’ai eu l’honneur de vous rendre compte par ma dépêche du 13 septembre N° 241, expédiée par duplicata, et, dans le cas de refus, d’engager le Dey à envoyer dans ma maison, sur ma responsabilité les deux malheureux capitaines corses, condamnés aux travaux les plus pénibles de la marine.

Le prince a tout refusé.

On a exigé hier du consul de Hollande les tributs annuels. Il traite en ce moment. Si j’ai quelques renseignements avant le départ du bâtiment, j’aurai l’honneur de vous le transmettre. Le consul de Hollande ne peut manquer d’être tracassé sur plusieurs points, et je ne doute pas qu’on ne soi infiniment exigeant avec lui. Les hollandais cependant n’ont pas un seul bâtiment dans la Méditerranée ; mais on sait que Sa Majesté a déclaré que les couleurs hollandaises fussent respectées comme les couleurs françaises.

L’agent anglais dernièrement arrivé ici n’est point patenté par le gouvernement britannique ; il est envoyé par le gouvernement de Malte.

Le capitaine du brick danois la Joanna Frederica avait acheté, il y a huit mois à Alexandrie un jeune noir abyssinien. La Régence a prétendu qu’il était musulman, quoique ce malheureux ait persisté à déclarer qu’il était chrétien, et qu’il ait été prouvé qu’il n’était pas circoncis. Le 26 de ce mois, le capitaine du port s’est porté à bord du brick danois avec ses sbires ; il a réclamé le jeune noir ; l’équipage a répondu que le capitaine était absent, et qu’il ne pouvait le livrer sans sa permission. Le noir a été enlevé de force ; quelques moments après tous les hommes de l’équipage ont été arrachés de leur bâtiment, et trainés au kiosk du ministre de la marine. Le capitaine en second et six hommes ont reçu chacun 500 coups de bâton.

Le 27 le consul de Danemark a voulu réclamer. Il a demandé, à plusieurs reprises, une audience du prince ; la porte du palais lui a été fermée. On assure même en ce moment que le Dey a trouvé fort mauvais qu’il eût voulu réclamer dans cette affaire, et qu’il doit éprouver une avanie.

Cet événement a révolté les consuls de toutes les nations. Conformément aux ordres que Votre Altesse Sérénissime m’a donné par sa dépêche du 18 septembre, j’ai cherché, par des moyens détournés, à profiter cette circonstance pour les déterminer à faire une démarche en corps, à l’effet de nous soustraire à la tyrannie épouvantable sous laquelle nous gémissons. J’en ai trouvé quelques-uns disposés à se joindre à moi ; mais je n’ai rencontré chez les autres que timidité, faiblesses, pusillanimité. Je n’abandonne point néanmoins ce projet, et je vais y revenir avec activité.

Daignez….

P. S. Je supplie Votre Altesse Sérénissime de vouloir bien donner des ordres pour que les articles de vos dépêches qui auront quelque importance soient chiffrés : tous les espions sont en campagne pour saisir ma correspondance.

Une nouvelle demande m’est faite en ce moment. La compagnie d’Afrique payait, tous les dix ans, un droit, appelé de scarpa (de souliers), accompagné d’une distribution de présents à différentes personnes de la Régence. Ce droit, dit-on, a été payé sous le consulat de M. Jean Bon de Saint André, quoique je n’en trouve aucune trace dans les registres. J’ai l’honneur d’adresser à Votre Altesse Sérénissime la note des sommes qui furent payées et des présents qui furent faits le 12 octobre 1786.

Je viens de faire dire que, sans ordre de mon gouvernement, il m’est impossible de faire aucuns présents, et que je vais m’empresser de lui rendre compte de la demande qui m’est faite ; mais il parait qu’on ne se contentera pas de cette réponse, et qu’on veut me forcer à payer, tout en déclarant qu’on ne nous rendra les concessions que lorsque l’Empereur de France aura envoyé des présents, qu’on exigera probablement doubles, et pour l’arrivée du consul et pour l’avènement au trône. J’irai demain en ville, et j’observerai qu’en supposant que ces redevances dussent être payées, nous aurions encore cinq ans à courir, puisque nous n’avons point exploité les concessions pendant 4, et que la Régence, par le dernier traité, nous a accordé une immunité de toute redevance pendant une année.

Dubois Thainville.




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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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