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CADN 22PO/1/37




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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 25 SEPTEMBRE 1806

SUR LE CHANGEMENT D'ATTITUDE

DU DEY D'ALGER



N° 241

25 septembre 1806

Monseigneur, j’ai eu l’honneur de vous annoncer au commencement du règne d’Akhmer-Pacha, que je croyais distinguer des intentions bien prononcées, de redonner à la course toute l’activité qu’elle avait perdue depuis 6 à 7 ans. La mésintelligence survenue entre l’Angleterre et la Régence avait fait ajourner les projets à cet égard ; mais, dès qu’on a été assuré de la soumission, toujours des plus serviles, du gouvernement britannique, on s’est empressé de les mettre à exécution, et neuf corsaires parcourent, en ce moment, l’océan et la méditerranée.

Pour que la course pût obtenir quelques avantages, il fallait prendre le système de combattre, sans ménagement, ce qu’on appelle les prétentions de la France, et les événements qui viennent de se passer, joints à tout ce qui me revient journellement du palais, de la marine et des meneurs, prouvent jusqu’à l’évidence, qu’on s’est prononcé à cet égard de la manière la plus forte. Il ne m’est pas permis de douter que le prince lui-même a dit que, s’il eût été sur le trône, il n’aurait jamais consenti à reconnaitre Gênes et le royaume d’Italie, et à rendre les esclaves au prix modique qu’ils ont coûté ; qu’il ne livrera aucun napolitain à moins de 1 000 mhaboubs et tous les droits, c’est-à-dire 17 ou 1 800 piastres fortes ; qu’aucune considération ne l’obligera à cesser de traiter les napolitains comme ses ennemis ; qu’il les fera saisir partout, de quelques papiers qu’ils soient munis ; qu’enfin il exigera imperturbablement de la Hollande tous les tributs consacrés par les traités, et de la France elle-même les présents qu’elle envoyait anciennement. L’Empereur des français, dit-on, peut être puissant ; nous respecterons ses couleurs ; mais nous lui prouverons que nous ne sommes pas des Egyptiens, et nous maintiendrons la gloire de notre illustre fondateur Barberousse.

J’avais pressenti, depuis longtemps, ce système et les difficultés que je devais éprouver, malgré la faveur que le Dey paraissait m’accorder, et Votre Excellence aura dû s’en convaincre principalement par les détails chiffrés de ma lettre du 10 avril dernier, N° 227. Je rappellerai ici quelques-uns des événements qui se sont passés depuis 2 mois avant de rendre compte à Votre Excellence de ceux qui les ont suivis.

Le nommé Escudero, sujet espagnol, né à Mahon, où est sa résidence, celle de sa femme et de ses enfants, s’est constitué à Bône agent anglais sans commission du gouvernement britannique. Depuis plusieurs années, il a exercé sur cette Echelle tous les genres d’extorsions et de pirateries envers les français. Je n’avais cessé de me plaindre à la Régence sans pouvoir obtenir justice ; je m’étais inutilement adressé bien des fois de vive voix et par écrit à M. le chargé d’affaires de la cour de Madrid, qui, affichant les hauteurs les plus déplacés, si ordinaires aux espagnols, n’a cessé, depuis son séjour ici, de se éludé ; j’en sollicitai un second, qui eut son effet : Escudero fut expulsé, et arriva ici le 19 juillet.

Je ne tardai pas à être instruit qu’il avait distribué des présents, et que son retour à Bône était déterminé. Je m’en plaignis au prince, qui deux fois me promit qu’il n’y retournerait pas. Le 25, malgré les assurances du Dey, j’appris que son retour était irrévocablement convenu. Je me présentais au palais ; je fus saisi par la garde, je déclarai deux fois que je réclamais une audience du Dey, au nom et pour le service de Sa Majesté. On me répondit, avec beaucoup d’insolence, que le Dey ne voulait pas me voir. Je fus obligé de me retirer.

Le 26 Escudero remit à la voile pour retourner à son poste.

Le 6 août, je réclame le père Philibert, capucin, né à Ceva, département de Montenotte, pris sur un bâtiment portugais. Cet intéressant religieux, qui se rendait à Pondichéry dans une de nos missions, m’était recommandé par Votre Excellence et par plusieurs lettres très pressantes de Son Eminence Monseigneur le cardinal Fesch. J’envoie mon drogman au palais avec tous les papiers qui constatent sa nationalité, et une lettre explicative au Dey traduite en arabe, avec l’article des traités qui semble avoir été rédigé pour le cas où se trouve le père Philibert. Le Dey répond qu’il le considère comme portugais.

Le 23 le père Philibert, qui avait été placé sur ma tête, est arraché malade de ma maison et traîné à la marine, où il est chargé de 70 [?] de chaînes ; voyant qu’il ne peut le soutenir, il est porté expirant à l’hôpital.

Le 19 au moment du départ des corsaires quoique je n’eusse aucun ordre de la part de Votre Excellence, je notifie au Dey, ainsi que je l’avais précédemment fait à la marine, l’avènement de Son Altesse Impériale le prince Napoléon Joseph au trône de Naples, et je déclare que les intentions de Sa Majesté l’Empereur des français sont que les couleurs napolitaines soient respectées comme les couleurs françaises.

Le Dey répond qu’il n’a aucune connaissance de ces dispositions, et qu’il continuera à considérer les napolitains comme ses ennemis.

Le 23 le Dey exige de la France les présents pour être distribués aux Grands de la Régence, aux officiers et sbires du palais et de la marine ; leur envoi est une des conditions expresses qu’il met à la conservation de nos concessions en Afrique. Quelques jours auparavant le prince avait fait traduire en arabe par M. Patron, négociant espagnol, les détails de l’audience donnée par Sa Majesté à l’ambassadeur du Grand Seigneur le 4 juin dernier.

Le même jour je fus informé du retour d’Escudero à Bône, des fêtes qu’il y a données, des distributions de viande, de café et d’argent qu’il a faites au peuple, de l’assassinat de l’un de nos patrons à la Calle ; du danger imminent d’être massacrés auquel ont été exposés, de la part d’une populace furieuse, les équipages de 70 de nos bateaux pêcheurs mouillés dans le port, et de toutes les nouvelles intrigues d’Escudero. J’envoie au Dey copie de la lettre de M. Léon qui me donne ces détails ; il se la fait interpréter, et ne me donne aucune satisfaction.

Le 27 j’apprends que le Dey a donné l’ordre au Bey de Constantine de ne livrer aucune des marchandises qui leur sont dévolues par les traités. Le capitaine Ghiggino, destiné pour Marseille, ne peut compléter son chargement.

Le 3 septembre arrive ici un corsaire anglais, capitaine Pasquale, sicilien, ayant capturé sur Majorque un pinque espagnol. Le Vekilhandji se fait donner mes lettres ministérielles et particulières trouvées sur ce pinque ; elles sont lues publiquement à la marine par un esclave portugais nommé Gaspard Joseph Pereira, et portées au Dey, qui se les fait interpréter par les deux Grands Ecrivains des esclaves.

Tous ces détails, plus circonstanciés dans mes dépêches, doivent être, en ce moment, sous les yeux de Votre Excellence.

J’arrive aux événements postérieurs qui ne vous surprendrons pas moins que ceux-ci.

Le 11 septembre arriva ici le capitaine Jean Baptiste Monti, d’Ajaccio. Il avait été chargé par le général Morand, qui commande en Corse, et M. Doriol, consul général à Cagliari, de porter à Tunis, avec un autre bâtiment de commerce, 80 turcs esclaves en Sardaigne, et différentes sommes, vêtements et provisions pour des esclaves sardes rachetés par M. le consul Devoize. Il avait été expédié en parlementaire avec des passeports de toutes les nations. Après avoir rempli sa mission à Tunis, ayant laissé à Cagliari, entre les mains et sur le reçu de M. Doriol, son congé ou passeport, il reçoit un passavant du consul de France pour aller recevoir quelques sommes qui lui étaient dues à Bône et à Tabarque. A son arrivée dans ce dernier port, ses papiers sont visités, et il n’est point inquiété ; mais aussitôt que les Raïs paraissent, Escudero s’agite auprès d’eux, fait représenter de nouveau les expéditions qu’il lit et condamne en présence même du divan, et le malheureux Monti et ses cinq hommes d’équipage sont arrêtés et conduits ici, où ils sont jetés dans les bagnes.

Je ne puis avoir des détails précis sur cette affaire que le 14. Le 16 Monti m’adresse la lettre ci-jointe sous la lettre A.

Le 17 je réclame au Dey, qui me répond que les corsaires ont ordre de respecter tout bâtiment français muni de passeports pareils à ceux dont les Raïs sont porteurs ; que le capitaine Monti n’en a point ; qu’il ne peut le considérer comme français. Monti, contre tous les usages d’Alger, qui exemptent des travaux les capitaines, est livré aux plus pénibles de la marine, journellement bâtonné, et accablé des injures les plus atroces.

Je représente qu’en supposant que le capitaine Monti fût sarde, comme on le prétendait, quoiqu’il soit connu de beaucoup de personnes à Alger comme français, son caractère de parlementaire et la nature de la mission qu’il avait remplie devaient rendre sa personne inviolable. J’ajoute qu’il est contre toutes les lois immémoriales d’Alger, qu’un bâtiment, même ennemi de la Régence, puisse être saisi quand il rentre librement dans un de vos ports, et je cite un exemple récent arrivé sous le règne d’Hassan Pacha. Un gros navire vénitien, battu par la tempête, mouille dans ce port ; on veut la déclarer de bonne prise et condamner les hommes à l’esclavage. Le Dey s’y oppose et donne 24 heures à son ennemi pour s’éloigner de ses côtes.

Le Dey n’écoute aucune de ces raisons.

Le même jour 17, après le départ du corsaire anglais, Charles Marullo, Grand Ecrivain des esclaves, sollicite une entrevue secrète avec moi. Il me dit qu’appelé par le Dey pour interpréter mes lettres qui avaient été livrées, il était parvenu à soustraire celle de Votre Excellence du 20 juin ; il me la consigne, et réclame le secret. Je lui demande si les détails de cette lettre sont connus du prince ; il me répond que non, et que je peux en faire l’usage que je jugerai convenable.

Le 18 je suis instruit, par la voix publique, qu’un grand nombre de bateaux napolitains ont été saisis dans le port de Bône, et sur la côte.

Le 19 j’envoie au Dey la note ci-jointe sous la lettre B. Je lui rappelle de nouveau l’affaire du capitaine Monti. Je lui envoie copie du paragraphe de la lettre de Votre Excellence du 20 juin relatif aux napolitains. Je réclame, au nom de Sa Majesté le capitaine Monti, les équipages et les propriétés de tous.

Le Dey se fait interpréter, avec beaucoup d’attention, ma note ; même persévérance dans ses principes.

Le 22 je reçois une lettre de M. Léon, qui m’annonce officiellement la prise d’une grande quantité de bateaux napolitains dans le port de Bône et sur la côte, de l’arrestation de M. Raimbert, vice-consul à Tabarque, et me dévoile toutes les agitations d’Escudero. Sous la lettre C copie de sa lettre.

Le 23 je passe une note au Dey ci-jointe sous la lettre D. Je réclame encore le capitaine Monti, les napolitains et la liberté du vice-consul de Tabarque. Je me plains que les passeports de Sa Majesté sont méprisés, ses pavillons déchirés et foulés aux pieds, ses agents insultés et arrêtés, tous les traités méconnus.

Ma note, sans avoir été lue, m’est renvoyée avec le plus souverain mépris. « C’est encore des napolitains qu’il me parle, dit le prince ? Ce sont mes ennemis : dites-lui que je n’ai qu’une parole. »

Aujourd’hui sortent encore deux autres corsaires. On assure qu’ils se rendent sur les côtes de Naples.

Tous ces événements jettent le pays dans la plus grande consternation ; mais la terreur qu’inspire le gouvernement comprime tous les esprits. On parle toujours de mesures violentes qui doivent être prises contre moi ; mais une contenance ferme, sans afficher ce qu’ils appellent ici fantaisie, en impose. Les habitants du pays, le Dey lui-même m’estiment ; mais la marine algérienne me déteste, et j’assure à Votre Excellence que j’ai bien mérité cette haine par toute celle que je lui porte. Il ne m’appartient point, Monseigneur, j’ai déjà eu l’honneur de vous le dire, d’indiquer au gouvernement le plus puissant, au ministre le plus éclairé de l’Europe les mesures qui doivent être prises ; mais je crois pouvoir assurer qu’une division de nos forces navales, des lettres mêmes de Sa Majesté n’en imposeront pas, dans les circonstances de la guerre, à un gouvernement despotique, sanguinaire, ignorant et sans foi, et qui n’a que des idées très vagues de notre puissance. Il redoute l’Empereur, sans doute, même le Grand Seigneur ; mais le fanatisme et l’ignorance étouffent tout sentiment de crainte chez le prince et ses conseillers. Ils sont incapables de jeter un regard sur l’avenir. Le danger présent peut seul leur en imposer, et ils sont persuadés qu’ils n’ont rien à craindre pendant la guerre.

Des lismes sont dues. Tant que mes lettres de change fournies pour le rachat des 230 esclaves remis à M. le commandant Jérôme Bonaparte n’ont pas été acquittées, il m’a été impossible, comme j’ai eu l’honneur de vous le marquer plusieurs fois, de trouver 10 sequins sur ma signature. Aujourd’hui qu’on apprend que mes traites s’acquittent, j’ai pu me procurer des fonds pour les lismes ; mais, d’après les événements, plus extraordinaires les uns que les autres, qui viennent de se passer, dois-je les acquitter ? J’attendrai les ordres de Votre Excellence à cet égard.

Daignez….

P. S. Escudero, d’accord avec les autorités de Bône, avanise nos corailleurs en exigeant d’eux 25, 30 et 40 piastres fortes ; on les laisse ensuite paisiblement faire leur pêche. Au moment où ils rentrent dans le port pour faire des provisions à l’effet d’effectuer leur retour, les napolitains, munis des passeports de Sa Majesté respectés jusqu’à ce moment, sont saisis corps et biens, et condamnés à l’esclavage. La pêche cette année avait été, dit-on, des plus heureuses ; on assure qu’il a été saisi pour plus de 50 000 piastres fortes de corail sur les napolitains. J’ignore encore le nombre des esclaves, qu’on porte à plus de 700. 7 à 8 sont déjà arrivés, et livrés aux travaux ; ils ont été dépouillés de tout et sont nus. Je ne puis me dispenser par égard pour les passeports de Sa Majesté, de leur donner des vêtements, et de leur fournir, selon l’usage établi par les français, une piécette par jour. Je supplie Votre Excellence de vouloir bien me mander sur qui je dois me prévaloir pour les avances que je vais être obligé de faire à cet égard. Je serai forcé de prendre, pour cet objet de dépense, sur les sommes que j’ai entre les mains pour les lismes.

Du 1er octobre – Le port est fermé, et cette lettre est restée sur mon bureau jusqu’à ce jour ; elle sera expédiée par un bâtiment qui fera voile pour Marseille aussitôt que le port sera ouvert.

Avant-hier les deux polacres algériennes qui ont été chargés de la grande expédition de Bône ont reparu sur cette rade ; elles avaient, comme lorsqu’elles sont sorties, le pavillon napolitain en signe de guerre. Plus de 50 coups de canons ont été tirés en réjouissance ; à voir et à entendre tout ce qui se passait et se disait à bord et dans la ville, on eût dit que la victoire la plus signalée eût été remportée sur l’Empereur des français. Au même moment entrait un gros bâtiment grec venant de Smyrne 70 turcs. Je n’ai sur la prise des barques napolitaines, pour la plupart saisis dans le port, que la lettre de M. Léon, copiée sous la lettre D, et je n’ai pu me procurer encore le rapport des patrons ; mais il parait certain que 106 napolitains ont déjà été jetés dans les bagnes ; qu’environ 140 viennent par terre, et que 140 quintaux de corail environ sont le fruit de cette glorieuse expédition. C’est l’infâme Escudero qui l’a provoquée et dirigée. Indépendamment de 250 hommes qu’elle jette dans l’esclavage, on évalue la perte que font les napolitains à plus d’un million.

S’il faut en croire à tout ce qui me revient, les corsaires qui viennent de sortir ont ordre de courir non seulement sur les napolitains, mais même sur les génois et les sujets italiens. L’intention du gouvernement algérien est de ne respecter que les anciens français. Il est difficile de croire à tant d’audace ; mais je suis disposé à regarder tout comme possible d’après ce qui se passe depuis deux mois.

Cette transition subite des égards qu’on paraissait avoir pour la France à l’insolence la plus étrange a pour principe l’ignorance et la haine des meneurs, et l’opinion que s’est formée le prince que les turcs ne peuvent se maintenir dans ces contrées s’ils ne sont alimentés par la course, et excités par le fanatisme contre le nom chrétien. A Tunis il y a peu à faire pour porter les peuples à l’agriculture et au commerce, parce que le gouvernement est en quelque sorte maure et héréditaire, et que les turcs n’y ont point ou peu d’influence ; mais ici tout ce qui n’est pas turc est méprisé, et ne peut arriver à aucun emploi. Le Dey d’Alger n’est qu’un chef de 8 à 10 000 brigands jetés sur une terre ennemie, étrangers à toute espèce de civilisation, et qui n’ont pour principe que la destruction et la haine pour le nom chrétien.

Si des intérêts plus grands et la continuation de la guerre ne permettaient pas de s’occuper d’Alger, il est un moyen de renverser, en un instant, le beau système qui vient de se former ici ; c’est celui de l’envoi du Capitan Pacha avec quelques caravelles. Point de doute qu’à la vue des couleurs ottomanes, les turcs ne se rangeassent sous ses ordres, et qu’il n’obtint tout ce qu’il voudrait ; mais je crois pouvoir assurer que l’expédition de firmans ou de Khatti-chérifs, l’envoi même de Capidjis, gagnés dès l’instant qu’ils mettent lez pied à Alger, ne produiraient aucun effet.

Je suis instruit d’une manière positive, qu’on doit exiger de moi très incessamment le paiement des lismes, la distribution des présents et l’acquittement des sommes qu’on prétend être dues par le gouvernement aux juifs Busnach et Bacri.

Du 9 octobre.

Le port est encore fermé. Il sera ouvert demain, et le bâtiment pour Marseille partira de suite.

Le 2 de ce mois j’ai reçu le compte très circonstancié de M. Léon sur les attentats de Bône. Sa lettre du 6 septembre sous la lettre E ; celle du 26 sous la lettre F, et une note y jointe sous la lettre G. Ces pièces, auxquelles j’ajouté quelques annotations, sont trop expressives pour que j’ai besoin de les analyser. Il en résulte que 216 napolitains, y compris les marins du bâtiment de M. Raimbert, sont esclaves ; que plus de 100 quintaux de corail ont été saisis ; que l’asile de l’agent français, le droit le plus sacré que nous ayons dans ces contrées, a été violé, et que les pavillons et les passeports de Sa Majesté ont été arrachés, déchirés et foulées aux pieds.

On exige impérativement de moi les lismes. Je n’ai pu trouver de fonds sur le pays ; mais mon ami le colonel Lear, consul général d’Amérique, me les fournit. Je temporiserai le plus que je pourrai ; mais si on se porte aux violences dont je suis menacé, ne recevant aucune nouvelle de Votre Excellence, je serai obligé d’acquitter.

J’ai donné ordre à M. Léon de sortir de Bône aussitôt que nos corailleurs auront fait voile.

Je supplie Votre Excellence de me donner les directions les plus promptes : ma position devient de jour en jour plus embarrassante.

Du 10 octobre.

J’espère enfin que le bâtiment destiné pour Marseille pourra faire voile demain.

Cinq hommes de l’équipage du bâtiment où s’était embarqué M. Raimbert sont arrivés et jetés dans les bagnes. Ils sont français, corses. Ils avaient le passeport de Sa Majesté, qu’on n’a pas manqué, selon l’usage, de soustraire. Je les ai réclamés, on m’a répondu qu’ils étaient napolitains.

Le nouveau consul anglais vient d’arriver sur une frégate. C’est un homme très âgé, père de 8 enfants qui l’ont accompagné. Il a été présenté au Dey, et accrédité. On assure qu’il a l’ordre de traiter le rachat des esclaves siciliens, dont le nombre s’élève à plus de 300.

Je supplie Votre Excellence de donner des ordres pour que les articles de ses lettres qui ont quelque importance soient chiffrés.

La Régence vient de vendre à différents particuliers les 120 quintaux de corail saisis dans la maison de l’agent français de Bône. C’est un vol fait à force armée, et je pense que nous avons le droit de le revendiquer partout ou nous le trouverons. En conséquence Votre Excellence jugera sans doute convenable de donner des ordres à tous les agents dans les ports de France, d’Espagne et d’Italie de faire saisir toute partie de corail pour laquelle on n’aura pas obtenu de moi de certificat d’origine.

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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