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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 13 SEPTEMBRE 1806

SUR LES DERNIERS EVENEMENTS



N° 240

13 septembre 1806.

Monseigneur, j’ai eu l’honneur de vous écrire le 1er août pour vous rendre compte d’une insulte qui m’a été faite le 25 juillet. Ma lettre a été expédiée par duplicata voie de Marseille par un bâtiment ayant pavillon marocain que j’ai nolisé, et voie d’Alicante par le brick-courrier d’Espagne.

Le 23 août, j’ai informé Votre Excellence des nouveaux attentats commis à la Calle et à Bône, où les équipages de soixante-dix de nos bateaux corailleurs ont été exposés au danger d’être assassinés. Je joins ici le duplicata de ma dépêche, avec l’extrait de la lettre de M. le vice-consul Léon.

J’ai eu également l’honneur de vous annoncer par cette lettre que le Dey exigeait impérativement les présents d’usage. Le départ précipité du brick ne m’a pas permis de vous fournir toutes les explications à cet égard.

J’avais envoyé à Son Excellence le Dey copie de la lettre de M. Léon sur le retour de l’agent anglais à Bône, et sur les événements qui l’avaient suivi.

Dans une gazette italienne du 21 juin, qui m’était fortuitement tombé dans les mains, j’avais lu les détails de l’audience de l’ambassadeur ottoman auprès de Sa Majesté, et je les avais rendu publics ; le Vekilhandji de la marine les avait fait traduire en arabe par M. Patron, négociant espagnol, et les avait fait lire au prince. Rien ne dut tant me surprendre, dans les circonstances, que la demande qui m’était faite.

Le 24 j’envoyai mon drogman au palais avec ordre de s’assurer seulement si la demande du Dey était telle qu’il me l’avait signifié la veille, et quelle était la manière dont il entendait que les présents dussent être faits.

Il fut répondu à mon interprète, par l’organe du drogman du palais : « qu’il était étonnant que, depuis 6 ans que j’étais ici, je n’eusse fait encore aucuns présents ; que le Dey voulait conserver tous les anciens usages ; que des présents devaient être envoyés ici de la part du gouvernement français pour être distribués aux Grands de la Régence, aux officiers du palais, aux employés de la marine, et qu’à cette condition expresse il maintiendrait à la France la possession des comptoirs d’Afrique, consacrée par les traités.

Il ne fut plus possible alors de douter du système, établi depuis quelques mois, d’abaisser ici la France, et de la réduire au rôle honteux qu’y jouent les anglais depuis longtemps, mais particulièrement depuis 5 à 6 ans, pendant lesquels ils ont vu chasser de leurs consuls, et les amiraux Keith et Nelson échouer honteusement avec leurs forces devant Alger.

J’aurais pu, dans cette circonstance, exposer les ordres que Votre Excellence m’a donnés de la part de Sa Majesté sur l’affaire des présents, trop longtemps débattue ; mais ne pouvant m’expliquer avec le prince,, je crus que toute communication faite par l’organe , toujours infidèle, des drogmans, ne pouvait tendre qu’à aigrir davantage les esprits, et je me bornai à répondre que, dans un moment où le Grand Seigneur envoyait à l’Empereur des français un ambassadeur et des présents, il était assez étrange que le Dey d’Alger en exigeât de mon puissant souverain ; qu’au surplus je m’empresserais de transmettre sa demande par la première occasion.

Le 26, le drogman rendit ma réponse, et le Dey me fit dire qu’il attendrait le temps nécessaire pour l’envoi des présents.

Le 27 je reçus une lettre de l’agent français à Bône, qui me mandait que le Dey avait donné l’ordre au Bey de Constantine de ne livrer aucunes marchandises aux français, et que le bâtiment qui se trouvait dans le port en chargement pour Marseille n’avait pu compléter son chargement.

Escudero, vice-consul anglais à Bône, avait annoncé, pendant son séjour ici, qu’un grand nombre de napolitains pêchaient sur les côtes de Barbarie. J’avais signifié que, l’auguste frère de Sa Majesté étant monté sur le trône de Naples, je ne doutais point que le gouvernement algérien ne s’empressât de donner des ordres pour que les couleurs napolitaines fussent respectées. Quelque temps après, deux corsaires de la Régence étant sortis, j’aperçus le pavillon napolitain en signe de guerre. J’envoyais mon drogman chez le Dey, ainsi que j’ai eu l’honneur de vous le mander par ma lettre du 20 août, pour lui rappeler mes premières communications. Ce prince se borna à répondre qu’il n’avait reçu aucune lettre de l’Empereur de France qui lui annonçât de pareilles dispositions.

On publie, en ce moment, que 7 à 8 barques napolitaines, ont été prises, et que plusieurs sont bloquées dans une petite rivière qui se trouve entre Bône et la Calle ; je n’ai cependant à cet égard aucun avis de M. Léon.

Le 3 de ce mois, un corsaire anglais conduisit dans ce port un pinque espagnol sorti de Marseille, pris sur les côtes de Majorque, où il s’était échoué.

M. Famin, agent des Relations extérieures, avait embarqué sur ce pinque beaucoup de lettres pour moi, un pavillon impérial et les armes de l’Empire que je lui avais demandés. Le ministre de la marine algérienne, toujours attentif à faire tout ce qui est nuisible aux français a exigé mes dépêches, qui lui ont été livrées.

Plusieurs lettres ont été lues et interprétées publiquement à la marine par un esclave portugais appelé à cet effet ; elles ont ensuite été portées au Dey par le ministre de la marine lui-même, et interprétées par les deux grands écrivains des esclaves. On parle surtout d’une lettre de 4 pages par Votre Excellence autant que je n’ai pu juger par quelques expressions qui me sont revenus, il parait que cette lettre répondait aux articles chiffrés de celle que j’avais l’honneur de vous adresser le 10 avril N° 227.

Cette lettre, dit-on, a fait beaucoup d’impression sur le Dey. C’est le premier exemple connu à Alger d’un pareil attentat envers l’agent d’une nation amie. Les lettres de ma famille ont été également lues. Toute la ville d’Alger est révoltée de cette déloyauté.

Je trace à la hâte ces détails que je jette à l’aventure sur un bâtiment qui part précipitamment pour Alicante.

Je ne dois pas dissimuler à Votre Excellence que ma position est des plus critiques avec un gouvernement sanguinaire, sans génie et sans foi. Si je devais même en croire certains avis qui me sont donnés, je serais exposé aux plus horribles violences ; mais ma vie est consacrée au service de Sa Majesté, et je supplie Votre Excellence d’être persuadée que je saurai allier à la prudence tout le courage que les circonstances exigeront. Par tout ce qui me revient, le Dey est bien déterminé à ne pas se départir de la demande des présents, et à ne livrer les esclaves napolitains qu’à des conditions bien différentes de celles que j’ai obtenues pour les génois. Il est entier et mal conseillé ; il est surtout persuadé que le salut de ces contrées dépend de la conservation de la course.

J’ai fait depuis 6 ans, Monseigneur, tout ce qui a été en mon pouvoir pour entretenir la bonne intelligence avec ces gens-ci. Votre Excellence daignera se rappeler de toutes les tracasseries de l’ancien gouvernement. Celui-ci s’était d’abord montré notre ennemi ; le prince ensuite avait paru prendre des sentiments plus raisonnables. Je n’ai rien négligé pour les cultiver ; mais il est revenu à son caractère sauvage et maraboutique. Ses conseillers d’ailleurs sont tout ce qu’il y a de plus méprisable, de plus avide, et de plus ignorant sur les affaires d’Europe.

La guerre est déclarée entre Tunis et cette Régence : plusieurs bateaux et armements tunisiens ont déjà été saisis. Le 29 août nous avons été témoins d’un combat entre deux corsaires algériens et un tunisien, qui est parvenu à s’échapper à la faveur de sa marche.

Une frégate anglaise a mouillé ici le 31 août ; des lettres ont été remises au Dey. La cour de Londres annonce qu’un nouveau consul a été nommé et qu’il doit paraitre incessamment.

Cette nouvelle condescendance des anglais n’a pas peu contribué à augmenter l’insolence du gouvernement et de la marine algérienne.

La Régence a été instruite, il y a quelques jours, qu’un corsaire algérien, qui avait amariné une prise portugaise faite dans les parages de Ceuta (probablement dans les limites fixées par les traités) a été attaqué par trois chaloupes canonnières espagnoles, qui ont repris le bâtiment portugais. Les algériens ont perdu 14 hommes, et ont eu 16 à 18 blessés.

Le Dey, dit-on, demande 1 000 sequins pour chaque homme tué, 500 pour chaque blessé, 25 000 pour la prise portugaise, et menace le consul de la nation espagnole de la chaîne.

La nouvelle que plusieurs algériens avaient été pendus à Lisbonne est aujourd’hui démentie. Les officiers et prêtres portugais, qui avaient été chargés de chaînes, attachés deux par deux, et livrés aux travaux de la montagne, ont été délivrés ; ils sont néanmoins toujours à la marine. Ces malheureux sont dans la plus affreuse détresse. J’ai fourni quelques sommes à plusieurs d’entre eux, qui manquaient de pain et de vêtements ; mais mes moyens ne me permettent pas de venir au secours de tous.

Le 7 de ce mois, la Régence a appris que l’Agha avait livré aux rebelles un combat près de Tlemcen. Cette bataille a coûté cher aux algériens.

Daignez….

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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