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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 6 JUILLET 1806

SUR LA PREPARATION

D'UNE OPERATION CONTRE TUNIS



N° 234

6 juillet 1806.

Monseigneur, j’ai eu l’honneur de vous rendre compte, dans ma lettre du 17 mai N° 229, des démarches que j’avais faites auprès du Dey pour faire chasser de Bône le sieur Escudero, vice-consul anglais, et des assurances qui m’avaient été données par ce prince qu’il expédierait des ordres en conséquence au Bey de Constantine. Quoique, d’après plusieurs avis, j’eusse lieu de croire que ces ordres avaient été exécutés, ce gouverneur, lié d’affaires avec Escudero, a cherché à les éluder ; mais l’événement qui vient d’arriver ne permet pas de penser qu’ils puissent l’être plus longtemps.

Le capitaine Schiaffino, génois, muni d’un passeport du Dey, et ayant à bord un raïs algérien, sortit du port de Bône chargé pour Marseille au compte et risque de Chalum Saportes. Un corsaire anglais, armé en course et marchandise, qui se trouvait mouillé dans le port, fila de suite ses câbles sans avoir obtenu l’autorisation d’usage de sortie, et se mit à sa poursuite. M. Léon, en me rendant compte de cet événement, ne m’assure pas que le capitaine Schiaffino ait été pris ; mais plusieurs raïs de bateaux algériens arrivés ici ont déposé qu’il avait été atteint par le corsaire et conduit à Malte. M. Léon, en m’écrivant le 15, m’annonce que le sieur Escudero est toujours à son poste.

Le Dey, instruit de cette piraterie, a donné de nouveaux ordres pour faire chasser Escudero, et faire arrêter le subrécargue du bâtiment anglais qui était resté à terre. Le Dey a, en même temps, écrit à Malte, et fait écrire par le consul d’Amérique, qui remplit ici les fonctions d’agent anglais, à l’effet de faire relâcher le bâtiment du capitaine Schiaffino.

Quoique je fusse instruit de ces dispositions de la part de la Régence j’ai réclamé ces jours derniers une audience au prince, et je suis entré dans de grandes explications. Je lui ai annoncé que, Sa Majesté l’empereur ayant ordonné, par un décret du 31 janvier dernier, que le commerce de Bône serait exploité désormais par des négociants français, il serait impossible que ces négociants envoyassent, dans les circonstances de la guerre, des bâtiments, si les propriétés et le pavillon algérien même n’étaient pas respectés dans ses ports. J’ai ajouté que le gouvernement français, fatigué des brigandages anglais qui se commettent sur les côtes de Bône envers nos pêcheurs de corail, pris à terre et jusque sous les canons des forts, ne pourrait continuer à payer les lismes s’il ne s’empressait de donner des ordres sévères au divan de Bône et au gouverneur de Constantine pour les réprimer. Le Dey m’a répondu que l’infraction de ceux qu’il avait expédiés ne devait être attribuée qu’à l’éloignement du Bey, mais qu’il venait de les réitérer, et que je devais être tranquille sur l’expulsion de l’agent anglais. J’attends avec impatience l’effet de ces assurances si positivement réitérées.

Depuis plusieurs jours, un camp se formait lentement hors des murs de Bab-Azoun. On annonçait qu’il était destiné à agir contre le rebelle de Gigeri ; mais on fit publier hier par des chaouchs dans toute la ville que le Dey faisait marcher contre Tunis. Un grand nombre d’individus de toutes classes se rendirent immédiatement à ce camp commandé par l’Agha. Il a été levé cette nuit et a fait route. Plusieurs cheiks des environs, dit-on, et le Bey de Titteri ont ordre de s’y réunir. La plus grande partie de l’artillerie et des munitions de guerre s’embarque sur une polacre, un chebec et des bateaux légers qui feront voile demain pour Bône. C’est Mustafa, surnommé l’Anglais, ancien Bey de Constantine et dernièrement chassé d’Alger, qui commande les forces tunisiennes.

J’ai transmis à Votre Excellence, par ma lettre du 9 mars N° 226, l’avis secret qui m’avait été donné de cette expédition sur laquelle on avait paru depuis se refroidir ; mais les violences du Bey de Tunis et son état menaçant sur les frontières de la province de Constantine ont déterminé le Dey d’Alger à l’entreprendre cette année.

La dernière expédition contre Tunis par les algériens fut faite en 1755 ou 56. Le sac fut affreux, et le Bey eut la tête tranchée. La maison consulaire et le fondouk français ne furent pas même respectés. Je me rendrai aujourd’hui chez le Dey pour demander, au nom de Sa Majesté l’empereur, que les ordres les plus précis à cet égard soient expédiés sur le champ à l’Agha, et je mettrai sur la responsabilité de la Régence la plus légère insulte faite au consul, à sa famille et à la nation française résidant à Tunis. Si le départ de deux bâtiments qui font voile, l’un pour Marseille, et l’autre pour Barcelone, m’en donne le temps, j’aurai l’honneur d’informer Votre Excellence du résultat de ma démarche.

Daignez….

P. S. – Mouhammed et Hamadan, négociants les plus riches et les mieux famés, se sont rendus en Hollande pour y charger un bâtiment de différentes marchandises destinées pour cette ville. Ils ont obtenus, en passant par Paris, ainsi qu’ils le marquent, une autorisation de Son Excellence le ministre de la Guerre d’embarquer une certaine quantité de canons, de fusils et d’armes ; mais l’autorisation n’a point encore été expédiée par les bureaux. Le Dey me fait engager à vous écrire à l’effet de vous supplier de déterminer le plus tôt possible l’ordre de Son Excellence le ministre de la Guerre.

Dubois Thainville.




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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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