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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 9 JUIN 1806

SUR LA NEGOCIATION PORTUGAISE AU SUJET

DE LA PAIX ET DU RACHAT DE 459 ESCLAVES



N° 230

Primata par le courrier parti le 28 juin pour Alicante.

Duplicata par le bâtiment algérien parti le 14 juillet pour Marseille.

9 juin 1806.

Monseigneur, deux vaisseaux portugais ont paru sur cette rade le 2 de ce mois. L’un d’eux a arboré le pavillon espagnol au mât de misaine. M. le consul d’Espagne s’est rendu à bord. Dans la soirée, les négociateurs sont venus à terre, et ont logé chez lui. Ce sont MM. Luis da Motta Feo, commandant la division portugaise dans la Méditerranée, Lazzaro de Brito, le même qui a traité en 1802, et un moine qui servait d’interprète. M. Dallemand, major de la division, officier français au service du Portugal, les accompagnait. C’est M. da Motta Feo qui avait les pouvoirs de la cour.

Le 4 les envoyés portugais furent présentés au Dey par M. le consul d’Espagne, qui parait s’être tenu en grande réserve pendant toute la négociation. Le Dey demanda 2 millions de piastres fortes pour le rachat et la paix, ou, s’ils ne voulaient que le rachat, 2 000 piastres fortes pour chacun des 459 esclaves sans distinction de personnes, avec les 16 et 17% de droits d’usage.

M. da Motta Feo répondit qu’il était chargé, par sa cour, d’offrir, pour le double objet de la paix et du rachat, un million de piastres fortes payable en vingt ans, savoir 50 000 piastres fortes par années, en effectuant d’avance un premier paiement, et que c’était son ultimatum.

Le Dey répondit qu’il n’était pas fou pour faire un pareil arrangement. Il engagea M. da Motta Feo à laisser sur les lieux un homme de confiance, en attendant qu’il reçut de nouvelles instructions de sa cour.

M. da Motta Feo, en arrivant ici, m’avait adressé une lettre de M. Rayneval, chargé d’affaires de Sa Majesté près la cour de Portugal. M. Rayneval, par sa lettre du 26 septembre, me mandait :

« Que Son Altesse le prince royal de Portugal s’était déterminé à envoyer à Alger un officier de marine chargé de négocier la paix avec le Dey, et de racheter les portugais ; que Son Altesse, instruite des bons offices que j’avais rendus, dans toutes les occasions, à ces captifs, l’invitait à m’en remercier en son nom, et à me prier de vouloir bien les continuer à l’officier qu’elle envoyait ; qu’elle ne doutait pas que la considération dont je jouissais auprès de la Régence d’Alger en facilitât extrêmement à son envoyé les moyens d’atteindre avec succès le but de sa mission, etc… »

En sortant du palais du Dey, MM. les négociateurs portugais, auxquels j’avais fait la veille la visite d’usage, se rendirent chez moi au moment où je montais à cheval pour aller à ma maison de campagne. Ils réclamèrent mes bons offices auprès de la Régence, en m’assurant que leur prince avait écrit à Sa Majesté l’empereur. Je leur répondis que je n’avais reçu aucun ordre de ma cour, mais que, comme agent d’un prince ami de Son Altesse Royale, et, comme homme, sensible à la situation de 459 malheureux qui avaient trop expié quelques fautes par un long et affreux esclavage, je les priais de croire que personne plus que moi ne prenait intérêt à leur mission ; mais que je les priais, en même temps, de me dire, avec confiance, tous les moyens qui étaient mis à leur disposition pour arriver à un résultat heureux.

M. da Motta Feo me répondit que ses instructions étaient précises, et qu’il ne pouvait consentir d’autre arrangement avec la Régence que celui qu’il venait de proposer. Il ajouta seulement qu’il pourrait prendre sur sa responsabilité le paiement en avance de 50 000 autres piastres au moment de la ratification du traité par sa cour. Je demandai quelques instants à l’effet de pénétrer les intentions de la Régence. Je ne tardai pas à me convaincre qu’aucune considération ne la déterminerait à accepter un pareil arrangement.

J’engageai cependant MM les négociateurs portugais à revoir le Dey à l’effet d’obtenir de lui des conditions plus raisonnables ; mais l’adroit Akhmet, voyant que M. da Motta Feo ne sortait point de sa première proposition, tint invinciblement à ses prétentions. Il ajouta même qu’il exigerait les redevances que paient les puissances du Nord, dans le cas où il signerait un traité avec la cour de Lisbonne. Les négociateurs portugais offrirent au Dey un très beau collier de perles et un brillant de prix, qu’il refusa en disant qu’il n’acceptait point de présents de ses ennemis.

M. da Motta Feo m’envoya rendre compte de cette conférence par M. Dallemand, son ami. Voici à peu près ce que je lui dis :

« Les prétentions du Dey sont exagérées, sans doute ; et je suis persuadé qu’il serait facile de le déterminer à les réduire infiniment parce qu’il veut un arrangement avec vous ; mais je ne puis vous dissimuler qu’il serait très difficile d’obtenir la signature d’un traité de paix et la délivrance de 459 esclaves , parmi lesquels sont plusieurs officiers de marque, en ne sortant que 50 000 piastres. Ces gens-ci, monsieur, s’occupent peu de l’avenir : ils préfèrent toujours 100 piastres fortes payées comptant aujourd’hui à200 payables demain avec les plus grandes assurances. Parmi les 459 esclaves portugais, plus de 40 appartiennent à des particuliers ; la Régence serait obligée non seulement de les rembourser au moment de la délivrance, comme c’est l’usage, mais même de payer 16 à 17 % de droits du prix du rachat, ont part un grand nombre d’employés au palais de la marine. Ainsi les 50 000 piastres que vous offrez seraient bien éloignées de remplir cette première dépense, qu’il faut acquitter immédiatement, et la Régence serait obligée de sortir de ses coffres une somme considérable pour y satisfaire. Je vais plus loin, ajoutais-je. Si, après avoir fait le traité que vous proposez, il plaisait à la cour de Lisbonne de le rompre quelques moments après, il s’ensuivrait que vous auriez obtenus vos esclaves pour 50 000 piastres fortes, et je dois vous instruire que les algériens et le Dey lui-même n’ont pas manqué de faire cette réflexion. »

M. Dallemand ne manqua pas de rendre compte de cette conférence à M. da Motta Feo, qui me fit dire, quelques moments après qu’il avait, on ne peut mieux, senti l’exactitude des vérités que je lui avais exprimées ; qu’il avait reçu de fausses données sur ce pays, qu’il ne connaissait pas ; qu’il me remerciait infiniment de mes avis, et qu’il était convaincu qu’avec ses instructions, il était impossible de terminer l’affaire ; mais qu’il allait rendre compte à sa cour, qu’il n’abandonnait pas la négociation, au succès de laquelle la princesse royale attachait beaucoup de prix, et qu’il me priait de faire revenir le Dey de ses prétentions exagérées.

Votre Excellence jugera que, d’après les ordres qu’Elle m’a précédemment transmis de ne me mêler, en aucune manière, des affaires des autres puissances avec cette Régence, et n’ayant reçu d’Elle aucunes pour celle-ci, il m’a été impossible, malgré la recommandation de monsieur le chargé d’affaires de Sa Majesté à Lisbonne, d’intervenir ostensiblement dans une négociation, qui, avec les instructions de la cour de Portugal, ne pouvait obtenir de succès.

En résultat, je pense, Monseigneur, qu’en offrant comptant au Dey une somme équivalente ou à peu près, au rachat des esclaves, susceptible d’être infiniment diminuée selon la manière dont l’affaire sera traitée, il sera possible de conduire le Dey à un arrangement raisonnable ; mais les ordres de Sa Majesté me sont indispensables pour que je puisse agir efficacement dans cette affaire, que toutes les puissances du Nord sont intéressées à traverser. Je doute même que la cour d’Espagne veuille de bonne foi un arrangement avec le Portugal.

Dubois Thainville.




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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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