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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 20 AVRIL 1806

SUR LES RESTITUTIONS

DE DEUX BATIMENTS



N° 228

20 avril 1806.

Monseigneur, j’ai eu l’honneur de vous informer, par ma lettre du 3 nivôse 14 [24 décembre 1805], qu’une frégate algérienne avait pris deux bâtiments, l’un génois, nommé le Saint Nicolas, capitaine Bonorino (Pierre), dont l’équipage s’était sauvé à terre, et sur lequel il n’était resté, sans papiers, que le subrécargue Ange Bonorino, frère du capitaine ; l’autre un bâtiment napolitain, nommé le Saint Esprit, capitaine Vincent de Palma, employé, suivant la déposition de ce capitaine, au transport des bois de construction de Livourne à Toulon, pour laquelle commission il avait reçu de Son Excellence le ministre de la Marine un passeport qui lui avait été enlevé avec ses autres papiers au moment de sa capture.

Je vous annonçais, par la même lettre, qu’après de longues discussions, le Dey m’avait fait remettre le sieur Ange Bonorino, subrécargue du Saint Nicolas, et qu’il avait ajourné sa décision sur la tartane le Saint Esprit au retour du Raïs capteur, qui avait remis à la voile après avoir consigné les prisonniers à terre.

Par ma dépêche du 8 mars dernier, j’avais l’honneur de vous rendre compte qu’à la suite de plusieurs jours d’explications très vives avec le prince et à la marine, dont j’ai voulu rendre le compte très circonstancié à Votre Excellence, le capitaine de Palma et son équipage m’avaient été rendus, et que je les avais fait embarquer sur un bâtiment qui a fait voile pour Marseille, où ils sont heureusement arrivés.

Le 9 le Dey met fit dire, par l’organe de mon drogman, qu’il avait donné ordre à son Vékil à Tunis de consigner au commissaire de France en cette résidence les sommes provenant de la vente du bâtiment le Saint-Esprit, et du sauvetage du Saint Nicolas, échoué à Galippia. J’informai de suite mon collègue Devoize de ces dispositions.

Aujourd’hui, j’ai à annoncer à Votre Excellence que, la lettre du Dey étant arrivée trop tard à Tunis, mon collègue Devoize m’a mandé que les sommes provenant de la vente des deux bâtiments avaient été envoyées à Alger, et il a joint à ses dépêches deux lettres du Vékil, l’une pour le Dey, et l’autre pour le Vékilhandji (ministère de la marine) le prince a de suite envoyé chez moi un sac contenant 1561,50 mahboubs, en me faisant dire que cette somme était le prix des deux bâtiments que j’avais réclamés ; qu’il était bien fâché qu’ils ne fussent pas mieux vendus, et qu’il me les aurait consignés intacts, s’ils eussent été conduits ici comme il en avait donné l’ordre. Il m’a informé en même temps qu’il avait puni le Raïs, qui a été destitué et déclaré incapable de commander un armement algérien.

Le 14 je me rendis à la marine pour régler le compte de l’un et l’autre capitaine. Je copierai ici les deux bordereaux de liquidation qui m’ont été fournis, l’un par le commissaire général Devoize, et l’autre par le Vékilhandji.


A. -- M. Devoize ne porte la coque qu’à 300 piastres au lieu de 400 portées sur le bordereau émis par le Vékilhandji. Il met aussi le produit de l’esparchina et des 16 barriques vides.

B. – les frais ne sont pas prélevés sur la somme portés sur le bordereau remis par M. Devoize.

Suivant le bordereau remis par le Vékilhandji, le produit net du bâtiment le Saint Nicolas, s’élevant à 472 piastres de Tunis, forme la somme de sequins Zermahbout 104 6/7.

Suivant idem le produit net du bâtiment le Saint Esprit, s’élevant à 6554 ½ piastres de Tunis forme celles de sequins Zermahbout 1456 3/7.

Le Dey m’a fait remettre une somme de 1561 ½ en sequins Zermahbout.

Cette somme, à raison de sept pataques chiques le sequin Zermahbout, forme celle de 10 mille neuf cent trente pataques chiques et demie.

Je supplie Votre Excellence de vouloir bien faire donner des ordres pour que les propriétaires de ces deux bâtiments et des cargaisons aient connaissance de ces dispositions ; ils devront m’indiquer les moyens dont ils veulent se servir pour toucher les sommes qui leur appartiennent respectivement, et qui sont à leur disposition. Ils devront, en même temps, accompagner leurs lettres de toutes les pièces authentiques qui constatent leur propriété. Le bâtiment le Saint Esprit et sa cargaison appartiennent, je pense, à MM. Rouvier et Berardi, de Livourne ; j’écris à M. le commissaire général Coland à cet égard. Le Saint Nicolas parait appartenir à M. Paul Bonorino, frère de Pierre, capitaine, et d’Ange, subrécargue. Je vais écrire à M. le préfet de Gênes pour ce qui les concerne.

Ces restitutions, rares à Alger, n’acquitteront pas, sans doute, la valeur des bâtiments et des cargaisons ; mais on ne peut se dissimuler que le texte des traités, principalement celui de 1790, par lequel la France s’est engagée de la manière la plus formelle, à ne fournir aucun passeport aux ennemis de la Régence, est tellement précis, qu’il laissait peu d’espoir au capitaine de Palma, qui d’ailleurs a été saisi en remplissant une toute autre destination que celle énoncée dans le passeport qu’il dit avoir obtenu. Ce qui augmentait surtout encore les difficultés de cette affaire, dans laquelle j’ai dû mettre la plus grande chaleur, c’est la situation des anglais, qui, depuis trois ans, sollicitent inutilement à Tunis et à Alger la mise en liberté d’un grand nombre de napolitains, pris avec les passeports de l’amirauté même.

A l’égard du Saint Nicolas, qui a échoué sur les côtes de Tunis, le capitaine Bonorino sera le plus malheureux, puisqu’il n’y a point d’espoir de relever son bâtiment, et que la cargaison a été, pour ainsi dire, perdue ; mais ce capitaine, en fuyant, a commis une très grande faute de ne laisser à bord aucuns papiers qui constatassent qu’il était français : le corsaire avait visité plusieurs génois et il les avait respectés. Bonorino dit qu’il l’avait pris pour anglais ; mais quelle chance avait-il à redouter, en abandonnant son bâtiment, où son frère resté, d’y laisser ses expéditions ?

Dans ces deux affaires, Monseigneur, le Dey, par égard pour Sa Majesté l’empereur, et sur la seule parole de son agent (car je n’avais pas une seule pièce à représenter) a rendu les hommes à la liberté ; il m’a fait remettre scrupuleusement le prix de la vente et du sauvetage des deux bâtiments, et a puni le Raïs. C’est à Votre Excellence à juger si toutes ces satisfactions ont été accordées.

Daignez….

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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