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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

EN DATE DU

25 FRIMAIRE AN XIII

[16 DECEMBRE 1804]

SUR LE RECAPITULATIF DES PROBLEMES

RENCONTRES AVEC LE DEY ET LES JUIFS



N° 191

25 frimaire an XIII [16 décembre 1804]

Monseigneur,

Deux patrons et un matelot, tous trois de l’île d’Elbe, et faisant partie des équipages des six felouques prises par le rebelle de Gigeri, se sont présentés à Bône le 11 brumaire [2 novembre]. Voici ce que me mande à cet égard le sous-commissaire Léon :

« Je fais embarquer les deux patrons sur le corsaire algérien qui va faire voile. L’un s’appelle Giacomo Réboa, le second Lorenzo Séréno. Le troisième se nomme Guiseppe Polese, matelot ; celui-ci a été affranchi par le rebelle pour les soins qu’il lui a prodigué pendant sa maladie. Les deux patrons, éprouvant, avec leurs camarades, les plus grandes misères, sans vêtements, souffrant la faim, et menacés, à chaque instant, de la mort, ont tant imploré le fanatique, qu’il leur a permis de venir à Bône à l’effet de prendre des arrangements avec moi pour leur rachat. Il les a confiés au frère du caïd Messaoud du Collo ; c’est un homme très connu à Alger, où il fait de fréquents voyages. Le chérif a exigé qu’il répondît des deux patrons ; il lui a dit qu’il voulait obtenir 100 piastres fortes pour chacun des 52 français qui sont en son pouvoir – les patrons disent qu’il en avait d’abord exigé 150, et que ce n’est qu’à la suite de longues explications qu’on est parvenu à le faire contenter de 100 -- ; qu’il les mettrait en liberté aussitôt que cette somme lui serait remise ; mais que, si le consul refusait de les racheter, il les ferait tous massacrer . »

Voilà, mot pour mot, ce que le caïd Messaoud a dit, et ce que confirment les deux patrons. Vous jugerez, monsieur le chargé d’affaires, combien il est important de prendre des mesures pour arracher ces malheureux des mains d’un brigand trop capable d’exécuter ce qu’il a dit. J’ai répondu au caïd Messaoud que, pour le moment, je n’avais aucun fonds en mon pouvoir ; que cette affaire d’ailleurs vous regardait ; que j’allais m’empresser de vous en rendre compte, et qu’il devait être persuadé que vous ne négligeriez aucun moyen pour la terminer le plus tôt possible. Enfin pour gagner du temps, j’ai employé toutes les raisons capables de le persuader et de calmer l’impatience du fanatique.

La troupe et les équipages des corsaires qui se trouvent ici ont répandu toutes sortes de bruits ridicules sur l’arrivée de ces trois hommes ; ils ont prétendu qu’ils étaient des espions envoyés pour prendre des renseignements sur la situation des lieux, pour les reporter ensuite au chérif, et, sans la fermeté du caïd, qui m’a très bien soutenu dans cette circonstance, nous nous serions trouvés exposés aux plus grands dangers, au milieu de misérables auxquels il était impossible de faire entendre raison. Nous avons été obligés de nous rendre au désir que les raïs ont manifesté de conduire les deux patrons à Alger, où la Régence pourra apprendre d’eux la véritable position du rebelle. J’ai cru d’autant moins devoir apporter d’obstacles à cette mesure, que vous pourrez vous-même obtenir des patrons beaucoup de renseignements qui doivent diriger votre marche pour négocier leur rachat.

La lettre du sous-commissaire de Bône qui me donne ces détails est du 16 brumaire [7 novembre]. Les deux patrons sont arrivés ici le 28 [19 novembre]. Ils ont été interrogés au Kiosk du ministère de la marine sur la situation du rebelle, et ils ont été envoyés chez moi. Je copierai ici la déposition qu’ils ont faite le même jour dans la chancellerie de ce commissariat.

Extrait des minutes de la chancellerie du commissariat général de France à Alger

L’an 13ème et le 28 brumaire [19 novembre] avant midi, par devant nous Charles François Dubois Thainville, chargé d’affaires et commissaire général de France près le Dey et la Régence d’Alger, sont comparus les nommés Giacomo Réboa, natif de Longone en l’île d’Elbe, commandant ci-devant la felouque nommée la Vierge des Carmes, équipée de neuf personnes en tout, et Lorenzo Séréno, natif de Marciana en ladite île d’Elbe, commandant ci-devant la felouque nommée l’Assunta, équipée de dix personnes en tout, lesquels, après avoir prêté serment de dire la vérité, ont exposé et déclaré, comme ils déclarent et exposent par ces présentes, (écrivant sur ce le sieur Jean Joseph Roch Ferrier, chancelier de ce commissariat) qu’étant sortis de leurs ports respectifs, le 1er, le 10 mars dernier (19 ventôse), le 2ème, le 9 avril (19 germinal), ils se retrouvèrent ensemble en Sardaigne, où ils firent quelques provisions ; que partis de cette île, ils se rendirent en droiture à Tabarque, où ils firent les dispositions requises pour commencer la pêche du corail ; que, peu de jours après, ils firent voile, dans l’intention de se rendre à Bône, en compagnie de quatre autres bateaux corailleurs ; qu’aux approches de Bône, ils aperçurent un corsaire anglais d’un seul mât, ce qui les obligea de chercher refuge à la Calle, où ils mouillèrent le 9 juin (20 prairial) à une heure de nuit ; que, peu après, ils virent venir à eux un canot avec deux hommes qui demandèrent, en langue franque, à Réboa qui ils étaient ; que celui-ci leur répondit qu’ils étaient tous français, à quoi les autres répliqueront « Bono », et qu’ils s’éloignèrent aussitôt ; que, peu après minuit, un sandal mouillé dans le port, qu’ils avaient cru être un bâtiment marchand, leva l’ancre et se présenta à la bouche du port pour en fermer la sortie, et que de suite on fit sur eux, de terre, une fusillade d’une heure, qui leur blessa dix hommes ; que, la fusillade finie, les Maures sautèrent sur les deux bateaux corailleurs les plus près de terre, et s’en emparèrent ; qu’avec ceux-ci ils firent rendre les quatre autres qui en étaient plus éloignés ; qu’eux, pêcheurs, n’opposèrent aucune défense à ces pirates, ignorant l’état des choses en Barbarie, et craignant de se compromettre auprès du gouvernement ; qu’une fois rendus, ils furent enlevés de leurs bateaux, et conduits à bord du sandal, monté par un chérif marocain, armé d’un très petit canon, équipé d’environ 80 hommes, et munis de fusils, sabres et pistolets en proportion de l’équipage ; qu’ils furent tous liés à la proue avec les mains liés derrière le dos ; qu’au jour, le pirate fit interroger par un raïs de Gigeri, qui parle la langue franque, les six patrons, sur leur état, sur leur nation, sur la nature et le but de leur armement, sur l’argent qu’ils avaient à bord, etc ; que les patrons lui dirent qu’ils étaient tous français ; qu’il pouvait en juger par les passeports dont ils étaient munis ; qu’ils étaient partis de l’île d’Elbe pour faire la pêche au corail, qui est permis aux français sur les côtes de la Calle, et que la quantité de numéraire qu’ils avaient entre tous se montait à six cents piastres fortes ou environ, qu’ils lui remirent aussitôt, et que le pirate enferma lui-même dans une caisse ; qu’ensuite il leur fit dire qu’il les croyait napolitains, mais qu’au surplus il allait les conduire à Bône, et que là, s’ils étaient reconnus pour être véritablement français, ils seraient délivrés, mais que si on les trouvait napolitains, il les retiendrait pour ses esclaves.

Que le vent contraire empêcha le pirate de partir ; que le lendemain un sandal tunisien, armé en course et en marchandises, relâcha à la Calle, et qu’après quelques conférence du raïs de ce sandal avec le pirate, celui-ci lui fit présent de la felouque du patron Giovani Paolino de Marciana.

Que le 12 juin au jour (23 prairial), le vent étant devenu favorable, le pirate mit sous voile avec les cinq felouques prises, montées par les gens du chérif ; que celui-ci répartit les prisonniers sur chacun des six bateaux ; qu’un des matelots de Réboa ayant représenté qu’en naviguant on dépassait Bône où le chérif avait dit qu’il les conduirait, celui-ci s’en offensa, et lui fit donner cinquante coups de bâton ; qu’enfin ils abordèrent au Collo le 17 juin (28 prairial) où ils restèrent un jour, pendant lequel le pirate étala ses captures avec ostentation ; que le lendemain il reprit sa route vers une calanque située sous la montagne dite Sete Cabeças ; qu’arrivés à cette calanque, il y débarqua avec les prisonniers, qu’il consigna à des kbâïls du lieu pour les transporter à Valsavora, autre montagne distante d’une journée du lieu de débarquement ; que de là le chérif renvoya son sandal et les cinq felouques à Gigeri ; qu’après cela il vint les joindre à Valsavora, où il resta neuf jours ; qu’après ce court séjour, il entreprit une expédition contre la ville de Constantine, où il conduisit les prisonniers, qui étaient au nombre de 55 ; qu’avant de s’acheminer pour Constantine, il força quatre des jeunes novices des felouques, par menaces de coups de sabre et de bâton, à se faire mahométans, que cependant il ne les fit pas circoncire ; qu’arrivé devant Constantine le 24 juin au soir (5 messidor) suivi d’un grand nombre de kbâïls armés, la grande partie de fusils, l’autre de bâtons ferrés et spontons , il fit aussitôt attaquer la ville ; mais que les habitants, s’étant armés, et ayant fait usage des canons de leurs forts, les repoussèrent après quelques heures de combats, où il perdit beaucoup de monde ; qu’il se retira de là, avec ses kbâïls, à une plaine distante de douze à quatorze miles de Constantine, où il resta un jour ; que le lendemain il prit le parti de revenir sur Constantine pour l’attaquer de nouveau ; que la seconde attaque ne fut pas plus heureuse que la première ; que le chérif y fut blessé à la cuisse droite d’une balle de tromblon, et qu’il fit retraite après dix à onze heures de combat ; que les habitants de Constantine le poursuivirent avec leur cavalerie et quelque peu d’infanterie, et tombèrent sur une de ses colonnes, commandée par un des cheiks, nommé Geralbo, à laquelle ils tuèrent beaucoup de monde ; que le chérif se dépêcha de regagner la montagne ; que sa blessure qui lui faisait perdre beaucoup de sang, l’incommodait extrêmement, et qu’il demanda aux prisonniers leurs soins pour la panser ; qu’un d’entre eux, nommé Guiseppe Polese, marinier sur la felouque du patron Réboa, lui appliqua des herbes en cataplasme après lui avoir étanché le sang, et que le rebelle lui promit la liberté si son remède le guérissait ; qu’après quatre jours de marche, ils arrivèrent à Valsavora, où ils ont séjourné environ quatre mois ; que dans ce séjour, le chérif envoya chercher un soir le patron Giovanni Ricci, et le tua d’un coup de pistolet qui lui perça le sein, sans qu’eux, prisonniers, aient jamais pu connaitre le motif de cette cruauté ; qu’il fit venir un chirurgien maure de Gigeri, qui lui retira de la cuisse la balle, qu’on trouva de bronze, d’une grosseur plus qu’ordinaire ; et qu’après beaucoup de temps et de soins, il parvint à lui fermer ses plaies.

Que le chérif ayant appris que le Bey de Constantine se proposait de l’attaquer incessamment sur sa montagne, jugea à propos de la quitter, et de se faire transporter à celle des Sete Cabeças où il se croyait plus en sûreté ; que les prisonniers l’y suivirent ; que, quoique les plaies du chérif soient fermées, il ne peut encore se servir de sa jambe, et qu’il se fait porter par 4 hommes lorsqu’il veut changer de place ; qu’il eut des conférences réitérées avec les cheiks, des kbâïls qui venaient le visiter, sans doute pour déterminer les moyens de défense contre l’entreprise du Bey ; qu’après quelques jours, ils apprirent que ce Bey, dans un combat assez vif, avait été enveloppé par les kbâïls, et fait prisonnier avec ceux de sa suite qui n’avaient pu s’enfuir ; que les vainqueurs envoyèrent au chérif la tête de ce Bey avec celles de quatre autres des principaux de sa suite, plus cinq prisonniers turcs en vie, avec cinq chevaux du Bey, trois couvertures galonnées en or et en argent, son habit brodé, son yatagan, un pistolet monté sur l’or, un grand parasol et une armure ; qu’après sept ou huit jours, le chérif renvoya les cinq prisonniers turcs, et fit jeter, par les prisonniers chrétiens, les cinq têtes coupées dans un bois voisin de sa demeure.

Qu’eux, déposons, et leurs compagnons n’ont jamais été nourris que d’orge qu’on leur distribuait journellement en grain, et qu’ils trituraient eux-mêmes pour en faire de la bouillie sans sel et sans huile, qui leur servait de dîner et de souper ; qu’ils étaient continuellement employés à des travaux pénibles, et souvent bâtonnés sans motif ; qu’enfin l’orge ayant manqué au chérif pendant leur dernier séjour aux Sete Cabeças, il avait pris le parti d’envoyer, chaque jour, les prisonniers aux cabanes éparses des kbâïls pour y quêter leur nourriture ; qu’il les faisait coucher dans un bois en plein air, sans matelas, ni nattes ni couvertures, et qu’ils ont laissé une douzaine de leurs compagnons attaqués de fièvres, occasionnées par un traitement aussi inouï.

Qu’au moment de leur déménagement de Valsavora, le nommé Pietro…….., marinier d’une felouque de Marciana, étant très malade, et ne pouvant suivre la troupe à pied, le chérif, qui ne voulait point le laisser en arrière, ordonna aux kbâïls de lui couper la tête, ce qui fut aussitôt exécuté.

Finalement qu’il y a aujourd’hui vingt-neuf jours que le chérif assembla tous les prisonniers, et leur proposa d’envoyer deux d’entre eux à Bône pour solliciter du sous-commissaire le paiement de leur rançon, qu’il fixa à cent piastres fortes par tête, avec injonction de terminer au plus tôt, et qu’à défaut d’acceptation du parti qu’il proposait, il ferait couper la tête à tous ses prisonniers. Qu’eux, déposons, furent choisis pour porter au sous-commissaire de Bône l’offre du chérif ; qu’il leur donna, pour les accompagner, le frère du caïd Messaoud, du Collo, qui devait s’en retourner avec eux ; qu’en même temps il accorda la liberté à Guiseppe Polese, en reconnaissance des soins qu’il lui avait donnés après sa blessure ; et qu’ils ont laissé libre à Bône auprès du sous-commissaire, où ils sont arrivés tous ensemble onze jours après leur départ de la montagne des Sete Cabeças ; qu’à leur arrivée, ils furent conduits chez le sous-commissaire de Bône, qui, après les avoir entendus, jugea nécessaire de les renvoyer par devant le commissaire général d’Alger, pour que celui-ci prît en considération leur situation, et les propositions de leur ravisseur ; qu’à cet effet, il les a fait embarquer sur le chébec de la Régence, commandé par Mustapha raïs, qui les a traités très humainement, et avec lequel ils arrivent aujourd’hui.

Et de ce que dessus lesdits Giacomo Réboa et Lorenzo Sereno nous ayant requis acte pour servir à leur décharge envers, contre, quand et ainsi qu’il appartiendra en temps et lieu, avons signés avec lesdits déclarants, et ledit sieur Chancelier.

Signés : Dubois Thainville, Giacomo Réboa, Lorenzo Sereno, Ferrier, chancelier, à l’original.

Sur quoi nous dit commissaire général avons concédé acte auxdits Giacomo Réboa et Lorenzo Sereno de leurs dire et réquisition. A Alger le 28 brumaire an 13 [19 novembre 1804].

Signé Dubois Thainville, à l’original.

Fait par nous dit commissaire général l’an et jour que dessus. Ordonnons que l’extrait qui en sera délivré par le sieur Chancelier du commissariat aux dits Giacomo Réboa et Lorenzo Sereno, sera clos et scellé du sceau accoutumé du commissariat.

Signé Dubois Thainville, à l’original.

Le même jour que l’arrivée des patrons, j’eus, en l’absence du Dey, de très longues explications avec le premier ministre. Il parait manifester de la froideur sur cette affaire ; il fit valoir les efforts infructueux que la Régence venait de faire, dit-il, par le seul désir qu’elle éprouvait de satisfaire la France en lui rendant ses prisonniers Je dus donner à cette assertion à l’algérienne toute la valeur qu’elle méritait, et je rappelai, avec force, au khaznedji ses promesses et ses obligations envers nous. Je lui dis que le pirate était sorti d’un port du royaume où la Régence avait garnison ; que les 50 français avaient également été saisis dans un de ses ports ; qu’ils étaient esclaves sur ses terres, exposés, à tous les instants, à être massacrés par un brigand qu’on savait être très sanguinaire ; que, si la Régence n’avait pas les moyens de les enlever de ses mains par la force, elle devait employer ceux que le rebelle présentait ; qu’elle les mettait souvent en usage ; que même je n’ignorais pas qu’un grand nombre de turcs et de maures avaient été rachetés. En conséquence, je demandais que les 5 200 piastres exigées par le chérif fussent mises à la disposition du Bey de Constantine ; que les ordres de s’entendre avec le sous-commissaire de Bône lui fussent expédiés sur le champ par un courrier extraordinaire, pour arracher des montagnes les 55 français, exposés, à tous les instants, à être massacrés, et qu’à défaut, par le gouvernement d’Alger, de prendre des mesures telles que les circonstances l’exigeaient ; je déclarais, au nom de Sa Majesté l’Empereur, que je le rendais responsable de tous les évènements ultérieurs.

Le premier ministre me dit que le Dey devait venir en ville le lendemain ; qu’il lui rendrait compte, et qu’il m’informerait des déterminations qu’il aurait prises ; mais il me fut facile de m’apercevoir qu’on voulait éluder mes réclamations. En sortant de chez le Khaznedji, j’eus avec le conseiller Busnach, qui se trouvait présent à la conférence, une très vive conversation ; il ne me fut pas permis de douter du peu d’intérêt qu’on voulait prendre à cette affaire.

Le 29, je plaçais mon drogman de planton au palais, avec ordre de demander une audience au Dey. Ce prince n’y resta qu’un moment et retourna à sa maison de campagne.

J’ai eu l’honneur d’annoncer plusieurs fois à Votre Excellence que, depuis longtemps, le Dey ne paraissait plus en ville qu’une fois par semaine pour assister à la prière, et qu’il n’accordait aucune audience à sa maison de campagne, ou parmi les ouvriers employés à la construction de ses forteresses, au milieu desquels il passe plus de la moitié de sa vie. Ainsi on peut assurer que ce n’est pas avec Mustapha Pacha que les agents des différentes nations traitent : c’est avec le Pacha Naftaté Busnach. Mon drogman ne put l’aborder, et il parait qu’on lui laissa ignorer les démarches que j’avais faites.

Le 30, je redoublai d’instances auprès du premier ministre et de plusieurs Grands. On rendit compte au Dey, qui me fit dire, le 1er de ce mois, par l’organe du Khaznedji, qu’ayant été témoin des efforts qu’il venait de faire pour réduire les rebelles, il était surpris des propositions que je lui faisais, et qu’aucune considération ne le déterminerait à traiter avec un brigand qu’il voulait anéantir par la force. Je me bornais à faire répondre au premier ministre que, ne pouvant plus négocier avec la Régence une affaire qui pourtant la regardait entièrement, et qu’il était de son honneur, comme de son intérêt, de terminer elle-même, j’allais traiter avec le rebelle, parce que le salut de 50 hommes exigeait de promptes mesures ; mais que je ne pouvais dissimuler que Sa Majesté l’Empereur verrait indignation la conduite d’Alger dans cette circonstance, et que les fonds que j’allais sortir pour le rachat de nos prisonniers ne pouvaient être que considérés que comme un acompte sur les redevances, sauf les indemnités que je me réservais de réclamer par la suite. Je supplie Votre Excellence de me donner des ordres à cet égard.

En conséquence, j’adressai au sous-commissaire Léon la lettre suivante, qui ne put partir que le 3 au matin, et dont le duplicata a été depuis expédié.

(Voyez Correspondance générale pages 34, 35, 36, 37 et 38, mais seulement les paragraphes marqués d’un astérique *, les autres n’ayant aucun rapport à cette affaire).

J’aurai l’honneur d’informer Votre Excellence du résultat de cette opération, aussitôt que M. Léon m’en aura rendu compte.

Par une lettre du 26 vendémiaire [18 octobre], que j’ai reçue en même temps que celle du 16 brumaire [7 novembre], M. Léon m’informe d’un nouvel attentat commis sur les côtes de Bône.

Le 6 vendémiaire [28 septembre], deux bateaux corailleurs, appartenant à M. Remuzat, de Marseille, se trouvaient dans le port de Tabarque. Deux sandals (bateaux côtiers) partis de Bizerte, vinrent mouiller à côté d’eux ; les patrons et les raïs se parlèrent très amicalement pendant le jour, et, d’après les informations prises par M. Léon, il ne s’était élevé entre eux aucune espèce de querelle. Les deux bateaux provençaux, commandés par les nommés Bernard Gondran et Jean-Antoine Foch, firent voile de très grand matin le 7 [29 septembre]. Occupés à faire la pêche sur les parages de la Calle, ils virent venir à eux deux sandals qu’ils reconnurent pour être ceux à côté desquels ils étaient mouillés à Tabarque. Cette navigation leur inspira des soupçons : Gondran prit la fuite, et fut poursuivi par un des sandals, qui ne put l’atteindre ; Foch, voulant tirer de la mer ses engins qui se trouvaient fort embarrassés, perdit beaucoup de temps, et fut atteint et assailli en même temps par les deux sandals. En vain nos marins s’écrièrent qu’ils étaient français : les brigands firent feu sur eux de toutes parts, criblèrent de balles le pavillon national, tuèrent un matelot, appelé Pierre Poural, d’Aubagne, âgé de 50 ans, en blessèrent à la main gauche un autre, nommé François Emphoux, de Marseille, sautèrent sur le bateau, s’emparèrent de la grande voile, et disparurent en accablant les français d’injures. L’un d’eux fit voile vers le Collo, et l’autre fut forcé, par le mauvais temps, de relâcher à Bône. Nos bateaux y mouillèrent quelque temps après lui.

Sur le rapport des deux patrons dont je joins ici copie, ainsi que de l’état des pertes de Foch, M. Léon se porta chez le caïd, et réclama fortement justice devant l’Agha et le divan, qui fut de suite assemblé. Le sandal fut séquestré, et les équipages, parmi lesquels on reconnut l’assassin de l’infortuné Poural, furent arrêtés et chargés de chaînes. Un courrier fut expédié, dans le jour, au Bey de Constantine ; mais, à cette époque, le malheureux Osman était déjà enfoncé dans les montagnes où il a péri, et l’Agha de Bône n’a pu recevoir aucuns ordres.

En traitant l’affaire des 52 français qui sont au pouvoir du rebelle de Gigeri, j’ai insisté, avec beaucoup de véhémence, sur l’impunité qu’on parait s’être fait un système d’accorder à tous ceux qui se rendent coupables envers nous ; j’ai dit qu’on n’oubliait pas de me rappeler l’époque où je devais acquitter les redevances, mais qu’on s’occupait bien peu du soin de nous assurer la protection qu’un gouvernement puissant a le droit d’exiger en vertu de tous les traités qui unissent deux nations.

Vous n’apporterez pas dans cette affaire, ai-je dit au premier ministre, les excuses ordinaires : que vous ne connaissez pas les coupables, que les faits ont été dénaturés, ou qu’on m’en a imposé ; vous ne direz pas, comme alors dans celle d’Ali Taten, que le chargé d’affaires de France, qui avait dénoncé l’attentat commis envers le pavillon national, était un imposteur ; que le raïs, bien loin d’avoir fait bâtonné le capitaine français, l’avait honorablement reçu à son bord, et lui avait même fait offrir le café dans sa chambre : ici l’attentat est constaté : par qui ? Par vos propres agents : le divan de Bône a reconnu le cadavre, il a fait arrêter les coupables, et séquestrer la barque pour répondre des indemnités ; celui qui a assassiné le matelot français s’appelle Ali ; il est algérien ; son père Hassan est maçon en cette ville ; le raïs du sandal s’appelle Khalil Bougain ; les coupables sont en votre pouvoir ; les objets qui doivent répondre aux français des pertes qu’ils ont éprouvés sont sous votre main, et Sa Majesté l’Empereur, auquel je vais m’empresser de rendre compte, jugera, par la satisfaction que vous m’accorderez, des bonnes ou mauvaises intentions de la Régence envers lui.

Le premier ministre a répondu que l’intention de tous les Grands de la Régence était de vivre en bonne intelligence envers le gouvernement français. Il a voulu excuser cet événement sur l’état de révolte dans lequel se trouvait la province de Constantine. Il m’a néanmoins promis toutes les satisfactions que j’avais le droit d’attendre, et m’a assuré que les ordres les plus sévères seraient expédiés au Bey.

Les officiers de la frégate portugaise prise, il y a près de trois ans, par les algériens, avaient été envoyés dans les différentes maisons consulaires ; j’avais reçu dans la mienne, ainsi que j’ai eu l’honneur de vous le mander, le sous-lieutenant Dos Santos.

Deux de ces officiers, et M. Ignacio de Pinto, commandant d’un brick pris il y a six ans, se sont évadés le 3 de ce mois [24 novembre]. M. Pinto avait été placé chez un particulier à la recommandation de M. le consul d’Espagne, et l’un des deux autres avait été envoyé dans sa maison par la Régence.

Aussitôt que le Dey a eu connaissance de la fuite de ces trois officiers, il a mandé l’agent de la cour de Madrid, et lui a signifié de lui payer, pour leur rançon, 200 000 piastres fortes, sous le double rapport que deux étaient sous sa responsabilité, et qu’ils s’étaient enfuis sur une barque espagnole, qui avait fait voile le jour de leur évasion.

Le 5 [26 novembre], un bateau a été expédié en Espagne pour rendre compte à la cour de Madrid des nouvelles prétentions de la Régence.

Le 8 [1er décembre], le Dey me fit signifier, par l’organe de mon drogman, que je lui répondais de l’officier portugais qu’il avait placé dans ma maison, et que, dans le cas de mort ou d’évasion, je serai tenu de lui payer double rançon, c’est-à-dire, que, s’il faisait son rachat à 20 000 piastres, il en exigerait de moi 40 000. La même signification fut faite aux autres consuls.

Des prétentions aussi révoltantes paraitraient incroyables à Votre Excellence, si elle connaissait moins le caractère d’un prince dont l’insolente prépotence et le mépris pour les nations les plus puissantes augmentent de jour en jour.

Je fis répondre de suite au Dey que, par égard pour lui et pour le malheur, j’avais bien voulu recevoir et nourrir, depuis près de trois ans, un esclave qu’il avait envoyé dans ma maison, et que je continuerais à lui offrir l’hospitalité ; mais que je n’étais point le gardien bachi de la Régence, et que comme je l’avais annoncé dans le temps, je n’entendais répondre, en aucune manière, ni des actions ni de la personne de M. Dos Santos. Les autres consuls firent à peu près les mêmes déclarations. Le Dey ordonna qu’on retirât tous les esclaves qui sont dans nos maisons. On lui observa que, dans tous les temps, les agents des différentes nations avaient été servis par des esclaves, pour lesquels ils payaient une piastre forte par lune, et qu’ils en avaient toujours répondu, par ce que c’était une condition de la Régence, qu’ils étaient libres d’accepter ou de refuser ; mais qu’il était contre tous les usages qu’on plaçât sur leur tête ceux que la Régence envoyait dans leurs maisons ; que d’ailleurs la responsabilité pour un matelot n’est pas considérable (elle est pourtant d’environ treize mille francs), était bien différente de celle qu’on voulait leur imposer pour des officiers dont on exigeait des sommes énormes, et qui ont beaucoup plus de moyens que le matelot de s’évader (le Dey exige 200 000 piastres pour la seule rançon de M. Ramirez, fils de l’amiral portugais). Les seuls officiers portugais ont été arrachés de toutes les maisons consulaires pour être conduits dans les bagnes, où ils resteront consignés.

Les devoirs de ma place dans cette circonstance, Monseigneur, ne se sont point trouvés d’accord avec les sentiments de mon cœur ; mais indépendamment des dangers d’une pareille responsabilité, j’ai dû, d’après les formes avec lesquelles elle a été réclamée, la regarder comme injurieuse au gouvernement, et, sous tous les rapports, dangereuse dans ses conséquences. D’ailleurs les expressions de votre lettre du 30 pluviôse dernier [20 février 1804] ont dû servir de règle à ma conduite dans cette affaire.

Votre Excellence me disait : la Régence, en envoyant dans votre maison une femme et un enfant provenant des prises faites par ses corsaires, et en soutenant que vous deviez les recevoir et les garder, mêmes malades, au risque de payer leur rançon en cas de mort ou d’évasion, a élevé une prétention totalement inadmissible ; vous avez bien fait de la repousser, et je vous autorise à repousser inflexiblement toute demande de cette nature qui pourrait encore vous être faite.

MM. Ben-Taleb, négociants algériens, disent avoir expédié deux chargements à Alexandrie et à Malte pendant le séjour de nos troupes dans ces deux places.

Le premier chargement, envoyé à Alexandrie, était composé de fèves. MM. Ben-Taleb rapportent le reçu de la commission administrative. J’en joins ici la copie certifiée par le chancelier de ce commissariat.

La seconde cargaison a été expédiée à Malte sur un bâtiment ragusais ; elle était composée de cives, de cuirs et de bois. MM. Ben-Taleb assurent l’avoir remise au commissaire Renauld, qui leur a fourni sur Paris un mandat de 29 131 francs. Ce mandat, remis, ajoutent-ils au capitaine d’un bâtiment ragusais, ne s’est point retrouvé.

MM. Ben-Taleb réclamèrent de moi, il y a deux ans, le paiement de ces deux chargements. Je leur répondis alors que je n’avais, à cet égard, aucun ordre du gouvernement, et que cette affaire d’ailleurs était étrangère à mon administration. Ils réclamèrent de moi pour Votre Excellence une lettre de recommandation, que je leur fournis. Cette lettre, qu’ils viennent de me remettre, est restée, je ne sais pour quelle raison, dans leurs mains jusqu’à ce jour.

Un maure, intéressé dans le chargement envoyé à Alexandrie, a réclamé, devant le cadi, de MM. Ben-Taleb, le paiement de la somme qui lui revenait. Ceux-ci ont répondu que le gouvernement français n’avait point payé la cargaison. Le marin s’est adressé à la Régence, qui m’a demandé des explications ; j’ai donné celles que j’avais fournies à MM. Ben-Taleb il y a deux ans, et, sur les instances du Khaznedji, qui s’intéresse très vivement à ce marin, j’ai eu l’honneur de vous écrire le 1er vendémiaire [23 septembre] relativement à la première cargaison, MM. Ben-Taleb ne m’ayant plus reparlé de la seconde.

Depuis cette époque, de vives discussions ont eu lieu entre les intéressés, et l’affaire a été de nouveau portée devant la Régence, qui m’a fait signifier de payer au moins le chargement pour lequel on rapporte le reçu des agents de la commission. En persistant dans mes premiers dires, j’ai fait annoncer que mon devoir se bornait à rendre compte au gouvernement, et qu’aucune considération ne me déterminerait à payer sans ses ordres. Je supplie Votre Excellence de vouloir bien me répondre sur cette affaire, qui ne peut manquer de m’occasionner des tracasseries.

Une tartane marseillaise, qu’on assure avoir été prise par un corsaire anglais, a mouillé sur cette rade le 9 de ce mois [1er octobre]. M. Busnach, chargé par le Dey des mesures sanitaires, se fit remettre les papiers du bâtiment, qui entra dans le port le 10 [2 octobre]. Le capitaine de prise, nommé Antoine Landron, de Mahon, en présence de mon drogman et d’un homme de confiance que j’envoyai à bord, déclara que cette tartane était chargée de fer et de bois de Gayac ; qu’elle avait été prise, il y avait 45 jours, sur les côtes de Toulon par un corsaire anglais armé à Gibraltar en septembre 1803 ; que ce corsaire avait toujours croisé depuis sur la Sardaigne ; que l’équipage s’était sauvé à terre dans la chaloupe, et qu’il avait laissé à bord une jeune femme française, qui s’était embarquée à Marseille pour aller rejoindre à Toulon son mari, qui servait sur les bâtiments de l’état. La femme présente fit la même déclaration, et s’informa s’il y avait un consul de France à Alger. Je demandai à la Régence quel était l’agent chargé des affaires d’Angleterre en l’absence du consul britannique ; on me donna une réponse évasive, en m’assurant que les papiers du bâtiment avaient été remis à M. Busnach. Le 11 [3 octobre], je m’adressai à celui-ci pour réclamer la femme française ; il me dit qu’il n’était point chargé des affaires d’Angleterre, mais il m’assura, au nom de la Régence, que la femme me serait rendue le lendemain.

Cependant des soupçons se répandaient dans la ville sur la régularité de cette prise ; le capitaine Arimondo, nouvellement arrivé de Marseille, avait déclaré que plusieurs forbans, composés d’un ramas d’hommes de toutes les nations, avaient été armés en Sardaigne, et qu’un d’eux, saisi par un armement français, avait été conduit à Toulon. Le 12 [4 octobre], j’envoyai mon drogman une seconde fois à bord pour prendre de nouvelles informations. Il s’adressa à la femme, à laquelle il annonça qu’elle serait rendue dans le jour. Elle lui répondit, avec beaucoup d’impertinence, qu’elle n’était point française ; qu’elle était sarde, et mariée au capitaine de la prise (Etait-il probable, en effet, que l’équipage de la tartane, qu’on annonçait s’être jeté à terre avec la chaloupe, eut laissé une femme à bord ?) Cette déclaration augmenta mes soupçons, et ce qui dut les fortifier davantage, c’est l’assurance qui me fut confidentiellement donnée par une personne de la maison des juifs, que le seul papier de bord était une espèce de certificat écrit en italien sur un chiffon de papier, donné au capitaine de la prise par le prétendu commandant du corsaire.

Le 13, j’exposai mes soupçons à M. Busnach. Je lui observai que la femme qui s’était annoncée comme française, se disait aujourd’hui sarde ; que, parmi les marins de l’équipage, il n’y en avait pas un seul anglais ; que le capitaine de prise avait déposé que l’équipage de la tartane s’était sauvé à terre dans la chaloupe, tandis que celle qu’il avait à bord, selon le rapport de tous les marins, appartenait évidemment à la tartane ; qu’il était de notoriété publique que plusieurs forbans avaient armé sur différents points de la Sardaigne, et qu’il serait possible que l’un d’eux eût saisi ce bâtiment ; qu’enfin, en supposant que le corsaire capteur eût reçu à Gibraltar des expéditions régulières, il était constant, d’après les déclarations du capitaine de prise, qu’elles n’avaient plus de valeur, puisqu’il y avait plus de 14 mois qu’elles avaient été délivrées ; qu’en conséquence, vu l’absence d’un agent britannique, je requérais que les expéditions, que lui Busnach ne pouvait pas vérifier puisqu’il ne savait pas l’anglais, fussent examinées, selon l’usage, en présence du ministre de la marine, par un ou plusieurs consuls neutres. Le Vékilhandji chargea mon drogman de m’assurer que la prise avait été faite selon les lois de la mer, et que les papiers étaient en règle. Il me fut d’autant moins difficile de pénétrer que le ministre de la marine avait été subjugué par le tout puissant Busnach, que celui-ci eut l’impertinence de dire à mon drogman « que je me mêlais d’affaires qui ne me regardaient pas, et que je m’agitais inutilement pour envenimer les démêlés qui existaient entre l’Angleterre et la Régence.

Je me bornai à faire répondre le lendemain au ministre de la marine que je devais me confier à l’assurance qu’il m’avait donnée, et que mon devoir, lorsque ma voix était étouffée, ne se réduisait plus qu’à rendre compte à mon gouvernement ; mais que je devais en même temps le prévenir que j’étais à peu près assuré qu’il avait été induit à erreur, et que je le priais de réfléchir sur une affaire qui, très misérable au fond, pouvait avoir de grandes suites. Le Vékilhandji répondit, avec beaucoup d’humeur, qu’il n’avait pas les papiers, et que je devais m’adresser à M. Busnach, sur la foi duquel il m’avait assuré qu’ils étaient en règle. Je ne crus pas devoir donner plus de suite à cette affaire, qui, dans les circonstances, ne pouvait manquer de me conduire à quelque tracasserie, parce que je ne pouvais plus m’adresser qu’au prince, qui aurait infailliblement donné raison à son favori, par lequel il est, plus que jamais, subjugué.

Le crédit des juifs avait sensiblement diminué il y a 8 à 10 mois. Attaqués avec avantage, ils avaient été exposés aux dangers les plus imminents, et M. Busnach même, ainsi que j’ai eu l’honneur de vous le mander dans ma lettre du 5 pluviôse [an XII] [26 janvier 1804], avait deux fois évité le coup fatal ; mais, bien pénétré que sa fortune et son existence même sont attachés au maintien du système qu’il s’est formé de dominer la Régence, il a redoublé d’intrigues ; il a écarté ou perdu ceux qui combattaient son influence, et, ne se rappelant pas plus de la conjuration formée contre lui il y a trois ans que des derniers événements auxquels il a miraculeusement échappé, il a repris sur le prince un empire tel, je ne dirai pas qu’un juif, mais qu’un turc fin ait jamais obtenu sur un Dey d’Alger. Il n’est plus un ministre, pas un Grand de la Régence qui ose exprimer une opinion contraire à celle de Busnach, et tous les agents des différentes nations, accrédités ici, lui font la cour la plus servile. J’ose espérer néanmoins que Votre Excellence rendra à celui de Sa Majesté la justice de croire qu’en observant tous les ménagements que les circonstances peuvent comporter, il n’en aura jamais d’incompatible avec la dignité de sa place ; mais je ne puis, en même temps, lui dissimuler combien je suis souvent obligé de prendre sur mon caractère pour réprimer les mouvements d’indignation que m’inspirent la hauteur de la mauvaise foi d’hommes qui dirigent le plus lâche comme le plus insolent gouvernement dont il soit possible de se faire l’idée. Je ne crois pas que M. Busnach veuille une rupture entre les deux puissances, parce qu’il a des parents en France ; parce qu’il y réclame des sommes considérables, et qu’il en a d’immenses à Livourne, sur lesquelles il craint que nous ne mettions la main ; parce que, tout ignorant qu’il est sur les affaires d’Europe, il redoute surtout l’empereur d’une grande nation, auquel il ne s’agit que de vouloir pour donner à ce pays-ci de terribles leçons. Mais M. Busnach entretient le prince imbécile qu’il gouverne dans une espèce d’indifférence, d’humeur même contre la France, et ne lui conseille d’accorder que ce qu’il croit ne pouvoir être refusé sans danger.

M. Busnach n’ignore pas l’estime que plusieurs Grands m’ont vouée ; il sait que l’influence de l’agent de France peut devenir très nuisible et même funeste à la sienne ; aussi s’applique-t-il à en rendre nuls tous les effets, et l’on ne peut se dissimuler que l’imbécilité du chef lui fournit de grands avantages ; car, s’il était susceptible du plus léger entendement, j’ai à ma disposition tous les moyens de renverser, en bien peu de temps, la puissance hébraïque, dont tout le monde ici est extraordinairement fatigué. Mais quel sera celui des Grands qui, au mépris de sa place et de sa tête même, tentera le premier d’ouvrir les yeux au prince ? Qui peut raisonnablement penser qu’en supposant que le Dey reconnaisse aujourd’hui des vérités qu’il serait si facile de lui dévoiler, quelqu’un des fanatiques qui l’environnent, salarié par les juifs, ne lui persuadera pas demain que ce sont autant d’imposteurs ? Ce sont donc à la fois l’ignorance du chef et la stupeur motivée des Grands, qui redoutent l’inconstance de son caractère, qui font la force de Busnach ; mais la masse de haine qu’il a accumulée sur sa tête s’accroit tous les jours, et a rendu sa perte certaine, comme un changement de gouvernement inévitable ; c’est du moins ici l’opinion générale…. L’Agha, qui avait accompagné le nouveau Bey de Constantine, est rentré à Alger le 22 de ce mois [13 décembre 1804]. Il a effectué, avec beaucoup de difficultés, son retour à la tête de 3 000 hommes, qui se sont battus pendant toute la route ; le passage de la porte de fer est occupé par les rebelles, et, malgré toutes les dissimulations de la Régence, il est constant que la province est dans un état complet de rébellion.

MM. Busnach et Bacri avaient eu avec moi, il y a 7 à 8 mois, de très longues explications ; ils m’avaient fait les promesses les plus solennelles à la sincérité desquelles on pouvait ajouter quelque foi, parce que leur intérêt personnel paraissait attaché à leur exécution. En vous transmettant l’état de leur situation, et en vous suppliant de le faire examiner, j’avais l’honneur de vous rendre compte de ces explications, par une lettre du 25 floréal [15 mai 1804], et j’avais pris l’engagement de faire acquitter leurs créances ; cet engagement avait été, bien entendu, subordonné aux égards et à la bonne conduite de la Régence envers nous, et je ne leur avais point laissé ignorer que, connaissant toute leur influence, nous ne pourrions nous dispenser de leur attribuer les griefs dont elle pourrait se rendre coupable désormais. Votre Excellence jugera, par les détails que je viens de lui fournir, si les juifs ont été les hommes de leurs paroles.

J’ai eu l’honneur de vous rendre compte, par ma lettre du 11 fructidor dernier, N° 186, des nouvelles démarches que j’ai faites, de concert avec M. Devoize, sur l’affaire des sept malheureux corses. Le Bey de Tunis refuse irrévocablement de s’en occuper, et ne veut se prêter à aucune espèce d’arrangement pour rendre à la France des hommes qu’il a vendus au mépris le plus scandaleux de nos traités. Voici le paragraphe d’une lettre que M. Devoize m’a adressée le 24 vendémiaire [16 octobre] :

« Le consul de Hollande m’ayant dit que le bâtiment ne s’expédierait que dans l’après-midi, j’ai profité de cet intervalle pour aller voir le garde des sceaux, le Bey se trouvant dans une maison de campagne à trois lieues de Tunis. J’ai épuisé auprès de lui tout ce que la politique de ma place m’a permis de lui dire sur la triste affaire des 7 malheureux corses. Il m’a répété que le Bey ne voulait absolument entendre à aucune négociation à Alger, prétendant que, cette Régence étant en paix avec la France, elle ne pouvait retenir de français esclaves, et que c’était à elle de les affranchir…. Ce n’est pas le sacrifice de sept esclaves, mais celui de l’amour propre qui coûte au Bey. »

Cette affaire, Monseigneur, qui dure depuis près de 7 ans, devient, de jour en jour, plus difficile à terminer ; les déclarations du Bey ne sont pas équivoques, et, si toute espérance de succès est interdite à Tunis, on ne pourrait pas en attendre davantage ici ; car, si le prince qui gouverne là est susceptible d’amour propre, celui d’Alger, sans doute, n’en a pas moins, et toute négociation ici sur cette affaire échouerait infailliblement, parce que la Régence n’ignore point l’inutilité de celle de Tunis.

Je me suis bien des fois plaint de la conduite de nos corailleurs, de leur insubordination surtout et de leur mépris pour les arrêtés du gouvernement. Par celui du 13 pluviôse dernier [3 février 1804], ils sont obligés de fournir un misérable contingent de corail pour former les deux caisses que nous devons à la Régence ; c’est, à ce qu’il parait, la seule rétribution à laquelle ils sont assujettis, et, malgré tous les soins de l’agent de Bône, il est impossible de l’obtenir d’eux. J’ai eu l’honneur de vous en rendre compte, par ma lettre du 23 fructidor dernier [11 septembre 1804], des désagréments que j’avais éprouvés avec la Régence à cet égard. J’avais donné à M. Léon les ordres les plus impératifs ; il lui a été impossible de les exécuter, et il a été obligé d’acheter 62 pièces de corail à 10 piastres et demie l’une, pour compléter les deux caisses que j’attends à tous les moments. Vous voudrez bien faire prévenir Son Excellence le ministre de l’Intérieur que je fournirai incessamment sur son ministère une lettre de change pour cette somme.

Par ma dernière lettre du 26 vendémiaire, N° 190, [15 décembre 1804], j’avais l’honneur de vous faire quelques observations sur l’arrêté de Son Excellence le ministre de l’Intérieur qui accorde à tous les français la faculté de participer au commerce de la province de Constantine ; je vous exposais qu’un établissement unique, qui offrirait le double avantage de la solidité et d’une administration uniforme, me paraissait préférable, en attendant que les circonstances permettent à la compagnie d’Afrique de reprendre ses comptoirs. Je ne puis présumer quelle sera la détermination du ministre ; mais il est d’autant plus instant que je reçoive des instructions à cet égard, qu’il m’est revenu de nouvelles plaintes sur la conduite de M. Raimbert, dont je vous entretenais dans ma dernière lettre. Il est certain qu’il a donné aux marchandises des prix bien supérieurs à ceux fixés par nos conventions, et que, s’il se présente encore quelques concurrents, nous perdrons bientôt, sans espérance de les reconquérir, tous les avantages que les traités nous assurent. M. Raimbert, dans une lettre du 27 vendémiaire [16 décembre 1804], en réponse à celle que je lui avais adressée, semble partager mon opinion, et me demande la préférence en faveur de la maison J. E. Laugier, de Marseille. Je lui ai répondu que, dans le cas où le ministre se déterminerait à adopter la mesure que je lui ai proposée, le choix de la société ou de la maison de commerce ne pouvait appartenir qu’au gouvernement ou à la chambre de commerce, autorisée par lui ; que mon devoir se bornait à la protéger, et que le choix de la maison ne pouvait, sous aucun rapport, me regarder. Il ne m’est revenu que des rapports avantageux sur la maison Laugier. Plusieurs autres m’ont fait pareilles propositions, auxquelles j’ai répondu dans le même sens.

Les douaniers de Bône ont exigé de M. Raimbert des droits pour les marchandises qu’il a apportées de France. Cette prétention est contraire à nos traités : l’article 6 de celui conclu le 1er janvier 1694 (4 de la lune de Dgémaziel-evel) entre Hadji Chaban Dey et la compagnie d’Afrique, s’exprime ainsi (ce traité a été ratifié par les Deys postérieurs) :

« Il ne sera payé audit Bône aucun droit d’entrée ni de sortie. Défendons à tous habitants de vendre à d’autres qu’à Kély (représentant de la compagnie) cires, cuirs, laines, suifs etc.. etc.. et autres marchandises. »

En conséquence j’ai donné l’ordre à M. Léon de faire restituer à M. Raimbert les sommes que les douaniers de Bône avaient exigé de lui.

Il était dangereux, sans doute, de laisser consacrer un pareil abus ; mais Votre Excellence se convaincra que les expressions mêmes du traité prêtent à la chicane, et qu’il est bien évident que la Régence n’a entendu que favoriser uniquement la compagnie d’Afrique, et non les spéculations de quelques particuliers. D’ailleurs la compagnie faisait annuellement quelques donatives aux douaniers, et, privés aujourd’hui de ces légers présents, ils deviendront nécessairement exigeants. Ainsi la faculté accordée à tous les français de faire le commerce dans la province de Constantine est non seulement destructive de tous nos avantages, mais elle sera un motif continuel de tracasserie pour l’agent de Sa Majesté et les nationaux.

Deux bâtiments chargés de cuirs, cires, laines, partis de Bône, sont, dit-on, arrivés à Marseille ; un troisième a dû faire voile ; un quatrième suivra incessamment.

Les corsaires rentrent successivement après deux mois et demie de croisière : 5 sont déjà dans le port. Ils n’ont conduit ici que 32 esclaves napolitains, savoir 10 pêcheurs et 22 passagers sur une barque courrier partie de Naples pour se rendre en Sicile. La barque a été coulée bas ; 8 personnes se sont noyées ; une malheureuse femme a lutté pendant cinq heures, contre les flots sur une planche ; elle tenait dans ses bras deux de ses enfants ; elle avait perdu toutes ses forces lorsque les algériens l’ont recueillie, et les deux enfants, qui ont péri, venaient de lui échapper.

Les 9 corsaires de la Régence ont rencontré sur la Calabre 24 à 25 voiles escortées par un vaisseau de guerre napolitain. Un combat assez vif s’est engagé avec deux frégates et un chébec. Plusieurs raïs sont accusés de ne pas les avoir secondés. La frégate prise sur les portugais a beaucoup souffert. Le Dey attend la rentrée de tous les corsaires pour faire punir les coupables. Selon tous les rapports, le commandant du vaisseau napolitain s’est conduit en homme d’honneur.

Depuis près de cinq mois, il ne m’est parvenu aucune lettre de votre ministère.

Daignez agréer ….

P. S. du 1er nivôse [22 décembre 1804]. Cette dépêche est restée sur mon bureau jusqu’à ce jour, faute d’occasions qui nous manquent depuis longtemps, et la guerre, qu’on assure être déclarée entre l’Espagne et l’Angleterre, les rendra désormais encore moins fréquentes. Un bâtiment, chargé par MM. Busnach et Bacri, doit faire voile pour Marseille à tous les instants. J’y embarquerai les deux patrons de l’île d’Elbe auxquels je consignerai mes lettres.

D’après les discussions qui venaient d’avoir lieu entre les juifs et moi, j’étais bien éloigné de penser qu’un rapprochement pût avoir lieu, au moins de quelque temps. Avant-hier, à mon grand étonnement, ils se sont présentés chez moi. Nos explications ont été vives, et je ne les ai ménagés sous aucun rapport. En me reprochant ma sévérité envers eux, ils ont parcouru tous les lieux communs, tant de fois rebattus, des sacrifices qu’ils avaient faits pour la France, et de leur constant empressement à la servir dans toutes les circonstances. Au moins, leur ai-je dit, vous ne prétendez pas justifier ces sentiments par les dernières négociations….

Ils ont essayé d’excuser leur conduite :

Sur le système de dominer les agents des nations les plus puissantes, et de leur enlever même jusqu’à la faculté de traiter avec les puissances du pays. Ils se sont excusés sur la stupide ignorance du prince, qu’il faut gouverner souvent comme un enfant, qu’on empêche de faire des sottises en lui présentant des joujoux, c’est-à-dire, pour celui-ci, des présents qu’il faut renouveler à chaque instant.

Sur l’affaire des 52 français saisis par le rebelle de Gigeri : ils m’ont dit qu’il eût été dangereux d’insister davantage auprès du Dey devenu inabordable lorsqu’on lui parle des événements arrivés dans la province de Constantine ; mais que j’étais autorisé à mander à Votre Excellence de faire retenir le prix de leur rançon sur les premiers fonds que le gouvernement ordonnancerait en leur faveur, et qu’ils s’entendraient par suite avec la Régence.

Sur l’attentat commis sur nos deux bateaux provençaux : ils m’ont assuré que j’obtiendrais satisfaction et les indemnités convenables et que les ordres avaient été expédiés en conséquence.

Sur la tartane marseillaise, et le reproche que je leur avais fait d’être devenus anglais : ils sont entrés dans beaucoup d’explications pour se défendre de cette inculpation, et, pour s’en justifier entièrement, ils doivent me représenter les lettres de l’amiral anglais qui prend l’engagement de faire acquitter les sommes qu’ils réclament du gouvernement britannique, s’ils veulent faire déclarer la guerre à la France.

A l’égard de la tartane, ils ont assuré que la prise avait été faite par un armement vraiment anglais ; que les démarches que j’avais faites dans cette affaire étaient régulières ; mais qu’on avait rendu compte au Dey que ce bâtiment était en règle, et qu’on n’avait pas voulu revenir auprès de lui sur une affaire aussi peu importante…. Busnach a nié les propos de la marine, et a voulu même faire punir le drogman de la fidélité de son rapport.

Sur l’éternelle affaire des présents : ils m’ont prié de temporiser encore. Le premier ministre, m’a dit Busnach, est instruit des intentions de l’empereur ; mais il veut attendre une circonstance favorable pour en faire l’ouverture au Dey, très susceptible de prendre l’humeur si elle ne lui est pas faite à propos.

Enfin, à la suite de cinq heures d’explications, les juifs m’ont prié de vous recommander de nouveau leurs intérêts. D’après leur retour aux égards qu’ils doivent à l’agent de Sa Majesté, et l’espèce d’aveu même de leurs torts, je leur ai promis de rappeler à Votre Excellence leurs comptes que je lui ai transmis avec ma lettre du 25 floréal [15 mai 1804], N° 171, à laquelle je n’ai point encore reçu de réponse. Il est bon sans doute de garder des gages de la foi des juifs ; mais, si, comme il est présumable, le gouvernement leur doit encore des sommes considérables, peut-être jugerez-vous, Monseigneur, qu’un acompte, dans les circonstances, serait bien placé.

La guerre de l’Espagne avec l’Angleterre va probablement fermer à nos ennemis bien des ports dans la Méditerranée, et sans doute ils vont tourner leurs vues vers la Barbarie ; c’est ici que tous les moyens doivent être réunis pour les combattre avec avantage. Il suffirait que Votre Excellence voulût bien faire ordonnancer une somme quelconque en faveur de MM. Busnach et Bacri, et qu’elle daignât m’en donner avis. Cette mesure me donnerait ici de puissantes armes.

La santé continue d’être bonne. Nous sommes parvenus à faire commander des mesures très sévères, et tout bâtiment, anglais surtout, n’est reçu dans les ports de ce royaume qu’avec de grandes difficultés.

Cette lettre contient de longs détails ; j’ai cru qu’il était indispensable que Votre Excellence les connût : elle se convaincra de plus en plus que la politique varie ici d’un jour à l’autre, et de quelle patience doit s’armer l’agent de Sa Majesté auprès d’un gouvernement aussi bizarrement organisé.

Du 13 nivôse [3 janvier 1805]. Le bâtiment auquel cette lettre doit être remise est encore dans le port ; on assure que demain irrévocablement il mettra à la voile.

Tous les corsaires sont rentrés, un brick excepté, on le dit à Bougie.

Les officiers portugais, consignés dans les bagnes, se sont plaints au Dey de mauvais traitements du grand écrivain des esclaves, qui s’est justifié après avoir été menacé de mille coups de bâtons. Huit d’entre eux ont été envoyés à la carrière, et condamnés aux travaux les plus violents. Il est pénible de dire que la conduite scandaleuse de ces officiers a infiniment diminué l’intérêt que tous les consuls avaient pris à leur sort.

J’ai rendu les visites d’usage à l’occasion des fêtes du Beïram. Le Dey particulièrement et tous les Grands de la Régence m’ont accueilli par les politesses les plus distinguées. Le prince a fort maltraité l’agent de la cour de Madrid, et lui a signifié de payer sur le champ la rançon des esclaves portugais qui se sont enfuis sous ses couleurs.

Un vaisseau anglais vient de paraitre sur cette rade ; il apporte le nouveau consul. C’est l’acte complémentaire de toutes les humiliations que les anglais ont éprouvées ici depuis 2 ans.

Dubois Thainville.




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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
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