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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

EN DATE DU

20 NIVOSE AN XIII

[10 JANVIER 1805]

SUR L'ARRIVEE DE M. CARTWRIGHT

NOUVEAU CONSUL ANGLAIS



N° 192

20 nivôse an XIII [10 janvier 1805]

Monseigneur,

Les anglais viennent de reparaitre pour la 5ème fois depuis l’expulsion de leur agent ; c’est la démarche complémentaire de toutes les humiliations qu’ils sont venus chercher ici dans le courant des deux années. Les détails que j’ai eu l’honneur de transmettre à Votre Excellence sur cette affaire, qui couvre de honte le gouvernement de Londres, sont consignés principalement dans mes dépêches des 5 pluviôse an 12 [26 janvier 1804], N° 166, 5 messidor [24 juin 1804], N° 172, 21 messidor [10 juillet 1804] N°177 et 23 fructidor [10 septembre 1804] N°186.

Le vaisseau de guerre le Superbe, commandé par M. Keats, le même qui a négocié en messidor, a paru sur cette rade le 13 de ce mois [3 janvier 1805]. Deux officiers sont venus à terre ; ils ont remis au Dey une lettre de lord Nelson. Cet amiral annonçait que le gouvernement britannique , désirant terminer les différends qui existaient entre la Régence et lui depuis près de deux ans, s’est déterminé à envoyer un nouveau chargé d’affaires, que cet acte de condescendance de la part de sa cour était une preuve bien marquante du désir qui l’anime de maintenir la bonne intelligence entre les deux états, et qu’il espérait que la Régence s’empresserait de rendre à Sa Majesté Britannique toutes les satisfactions qu’elle a le droit d’attendre ; il finissait par réclamer les cargaisons de plusieurs bâtiments confisqués, et environ 120 esclaves maltais et napolitains pris avec des passeports anglais.

Le Dey a répondu que, pour donner de son côté, la preuve de ses bonnes intentions, il voulait bien se départir de plusieurs demandes qu’il avait faites, et qu’il ne bornait ses prétentions qu’au paiement des 180 000 piastres fortes formant le montant de la cargaison d’un bâtiment ragusais appartenant à ses sujets Busnach et Bacri, saisi et confisqué par les anglais dans la dernière guerre ; mais que le remboursement de cette somme était un préliminaire indispensable avant d’entrer en négociation.

Un des officiers porta cette réponse au commandant ; l’autre resta à terre. Le vaisseau ne mouilla point.

Le 14 [4 janvier 1805], deux individus vinrent à terre ; l’un d’eux, dit-on, est le secrétaire de l’amiral Nelson. Ils eurent de longues conversations avec les juifs.

Le 15 [5 janvier], le commandant du vaisseau se présenta chez le Dey. Ce prince persista à réclamer, comme mesure préliminaire, le remboursement des 180 000 piastres fortes. M. Keats, de son côté, voulut obtenir le paiement préalable des cargaisons et les esclaves réclamés, avant de mettre le consul à terre. Le Dey entra dans les plus grands accès de fureur ; il reprocha aux anglais, dans les termes les moins mesurés, leurs scandaleuses démarches ; il ajouta que, s’ils voulaient la guerre, il était prêt à la soutenir, et il disparut brusquement.

L’affaire était plus embrouillée que jamais ; tout rapprochement paraissait même être devenu impossible, et le commandant anglais allait se rembarquer ; mais, la frayeur saisit les juifs, qui quelquefois ont du courage lorsqu’il est dangereux d’en montrer, et qui en manquent dans des circonstances où il n’y a pas de mérite à en avoir. Ils retinrent dans la maison d’Amérique M. Keats et les officiers anglais, et, après de longues explications, qui eurent lieu pendant le jour et pendant la nuit, ils se contentèrent d’une promesse, de la part de M. Keats, qu’il écrirait à son gouvernement de la manière la plus insistante pour faire rembourser les 180 000 piastres fortes. On assure même qu’il en a fourni une reconnaissance.

Il était difficile de déterminer le Dey à cette nouvelle mesure, contre laquelle, quelques moments auparavant, on était parvenu à le faire s’élever ; plusieurs Grands, et particulièrement le Vékhilhandji, bien persuadé de la situation critique des anglais dans la méditerranée, excitaient le prince à la résistance. Mais Busnach, se relâchant sur le paiement immédiat des 180 000 piastres, et M. Keats s’étant lui-même désisté de ses réclamations, il fut facile de trouver les moyens de ramener le prince.

Le 16 [6 janvier], le commandant anglais revit le Dey ; il promit d’écrire très instamment à sa cour sur les 180 000 piastres, et il ne fut plus question que de la misérable cargaison d’un bâtiment sicilien et des onze hommes d’équipages. Il fut convenu qu’ils seraient rendus, et que le nouveau chargé d’affaires viendrait à terre le lendemain. Le vaisseau mouilla.

Dans la soirée, les onze hommes furent délivrés ; M. Keats les fit embarquer. Au moment où le canot allait quitter la rive, le Vékhilhandji reçut un ordre du Dey de les retenir jusqu’au moment où le consul paraitrait. Sur le refus du commandant de les rendre, le Vékhilhandji sauta dans la chaloupe, les arracha, à coups de bâton, de dessous le pavillon anglais auquel les malheureux se tenaient attachés, et les fit reconduire au bagne. Cet incident donna lieu à de nouveaux et violents débats, et fit rompre, pendant quelques moments, toutes les conventions ; mais on trouva encore le moyen de le terminer, en faisant convenir de part et d’autre, qu’au moment où le chargé d’affaires quitterait le bord, les esclaves seraient embarqués à la marine ; ce qui fut exécuté le 17 [7 janvier]. Le nouveau chargé d’affaires, après avoir été présenté au Dey, qui le reçut très froidement, a été installé dans la maison consulaire. Le vaisseau doit mettre à la voile aujourd’hui. Les anglais laissent dans les fers 36 maltais et 72 napolitains pris sous leurs couleurs.

Le nouveau consul anglais s’appelle Cartwright ; il a été, dit-on, secrétaire de légation à Constantinople.

Le bâtiment qui doit être porteur de cette lettre devant mettre à tous les instants à la voile, j’ai été obligé de tracer ces détails très à la hâte.

Votre Excellence jugera que je n’avais négligé aucun moyen pour éloigner, dans les circonstances, le retour d’un agent britannique à Alger ; mais la bassesse des anglais et la pusillanimité des juifs, qui ont redouté qu’on ne rejetât sur eux la cause d’une attaque contre leur pays ou ses corsaires, ont détruit à la fin toutes mes mesures. Je ne puis assurer à Votre Excellence jusqu’à quel point est fondé le bruit qui se répand, depuis quelques jours, que le nouveau consul d’Angleterre est chargé de négocier l’établissement d’un comptoir à Oran, qui lui donnerait la faculté de pouvoir enlever toutes les denrées de la province de Mascara. On va même jusqu’à assurer qu’ils ont des vues sur Bône ; mais je crois pouvoir répondre que j’aurai de grands avantages pour combattre ces projets, s’ils existent.

Daignez….

P. S. – Si, avant le départ du bâtiment, je puis obtenir des renseignements positifs sur ce que je viens de mander à Votre Excellence, j’aurai l’honneur de l’en informer.

Dubois Thainville.




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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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