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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

EN DATE DU

3 FRUCTIDOR AN XIII

[21 AOUT 1805]

SUR LES NEGOCIATIONS

POUR LE RACHAT DES ESCLAVES D'ORAN



N° 202

Le 3 fructidor an XIII [21 août 1805]

Monseigneur,

Le brick d’état l’Abeille, manquant de 3 jours de Toulon, a mouillé sur cette rade le 28 du mois dernier [16 août]. Le capitaine Heydoux, qui le commande, me remit une lettre de M. Jérôme Bonaparte, commandant, dans la méditerranée, une des divisions navales de Sa Majesté Impériale et Royale. M. Jérôme me mandait que, 36 heures après l’arrivée du brick, il devait paraitre ici avec sa division pour y embarquer tous les esclaves français, liguriens et italiens. Il m’ajoutait que, si le Dey se refusait à les céder généreusement, j’étais autorisé à lui offrir une rançon, et que, pour cet effet, Sa Majesté avait ordonné qu’on fît les fonds nécessaires.

A la suite d’une longue conférence avec le premier ministre, je me présente chez le Dey, auquel je fis part de l’objet de l’expédition du brick qui venait de paraitre. Je lui observais que lorsque Sa Majesté avait conquis Gênes, les îles ioniennes et Malte, elle avait rendu la liberté à tous les esclaves barbaresques, et que j’espérais que dans cette circonstance, il agirait de même envers elle. Le Dey me répondit, avec beaucoup d’humeur, qu’il ne se rappelait nullement de cela, qu’il ne rendrait pas la moitié d’un chrétien (mezzo cristiuno, ce fut son expression), qu’il avait fixé le rachat à 2 000 piastres fortes, sans y comprendre les droits, qui s’élèvent à plus de 300 ; mais que, par égard pour Sa Majesté, il voulait bien se contenter, pour chaque homme de 1 000 piastres.

Je crus devoir garder le secret sur l’arrivée de M. Jérôme.

Sa division, composée de 3 frégates et 2 bricks, parut le 30 [18 août]. Les canonniers eurent l’ordre de se rendre dans tous les forts, et de se ranger auprès des canons la mèche allumée à la main. En me rendant à bord sur les 3 heures, je témoignai ma surprise au ministre de la marine sur de pareilles dispositions. Je lui demandai si nous étions en paix ou en guerre, et si nos armements pouvaient mouiller en sureté. Il répondit que lorsque les ordres avaient été donnés, les bâtiments n’ayant point de pavillon, la Régence n’avait pris ces mesures que dans la persuasion qu’ils étaient ennemis.

M. le commandant Jérôme me remit la lettre que Votre Excellence m’a fait l’honneur de m’adresser le 15 messidor [4 juillet], je m’aperçus que je n’étais chargé que de négocier la liberté des liguriens ; mais Votre Excellence se persuadera combien, en arrachant ceux-ci à l’esclavage, il eut été affreux d’y laisser les français de l’île d’Elbe, du Piémont, du Brabant, et les malheureux d’Oran, en faveur desquels les efforts de tous les agents avaient échoué jusqu’à ce jour. M. le commandant Jérôme m’autorisa de nouveau à négocier la liberté des uns et des autres. Je revins à terre. Le brick l’Abeille eut l’ordre de mouiller près du port, et sa division resta sur ses bords.

Le 1er de ce mois [19 août], je me présentai de nouveau chez le Dey.

Je lui annonçais l’arrivée du frère de l’empereur pour réclamer les 230 français, liguriens et italiens qu’il retenait en son pouvoir. Après de longues explications, il borna ses prétentions à 1 000 piastres d’Alger pour chaque homme, c’est-à-dire à 3 000 francs, environ, non compris les droits, ce qui avait fait revenir le rachat général à près de 800 mille francs. Je dis au Dey que Sa Majesté n’entendait point payer la rançon des esclaves qu’Elle réclamait, mais que, par égard pour lui, M. le commandant m’avait autorisé à consentir en sa faveur un présent de 50 mille piastres, que je portais ensuite, d’après l’autorisation de M. Jérôme, à 60 mille. Le Dey persista dans ses prétentions.

En sortant de chez ce prince, je vis le premier ministre. Mes explications furent vives ; je fus jusqu’à lui dire que je le priais de réfléchir sur les dangers d’un refus, et que M. le commandant Jérôme avait 100 000 hommes derrière lui. Le premier ministre me dit qu’il allait voir le Dey, et qu’il me rendrait compte dans deux heures.

Une partie des Grands de la Régence fut appelée au palais, où il fut tenu un divan, à la suite duquel on me fit dire que le Dey se contenterait de 80 000 piastres. Je rendis compte à M. Jérôme, qui les consentit à condition que tous les esclaves seraient embarqués de suite.

La division mouilla et fut saluée par 21 coups de canon.

Toutes les difficultés n’étaient pas levées ; celle de se procurer des fonds était la plus grande, car il n’y a pas d’exemple ici qu’on ait délivré des esclaves sans avoir acquitté comptant leur rançon. Le pillage des juifs n’ayant laissé aucune ressource à Alger, j’offris ma signature, en promettant d’acquitter la somme dans 3 mois. On l’accepta d’abord ; mais la milice (qui en impose d’autant plus en ce moment, que, quelques jours auparavant, elle avait voulu jeter sur le trône l’Agha, qu’on était parvenu, à la suite des plus grands dangers, à embarquer pour le Levant) publia que je voulais enlever, par supercherie, les esclaves de la Régence, et qu’une fois que je les aurais embarqués, je trouverais le moyen d’éluder mes engagements On prétend même que cette opinion, répandue dans toutes les casernes, m’a exposé aux plus grands dangers. Le Dey, livré, depuis longtemps, à des frayeurs continuelles, me dit qu’il ne pouvait pas me rendre les esclaves avant que j’eusse acquitté leur rançon. « S’il te plait, ajouta-t-il, de ne pas me payer, irais-je, en France, trouver ton empereur, ou lui déclarerai-je la guerre ? Salue beaucoup M. son frère ; Dis-lui que je lui donnerai en présent 30 esclaves à son choix mais que je ne puis lui délivrer sans rançon la quantité qu’il réclame. » Dépourvu de toute espèce de moyens, et voyant l’impossibilité pour M. le commandant Jérôme de remplir sa mission, je proposai pour caution au Dey mon ami M. Bille, chargé d’affaires du Danemark, qu’il accepte après bien des difficultés. M. Bille fut appelé de suite. Je répondrai, dit-il au Dey, pour monsieur le commissaire de France, non seulement de 80 000 piastres mais de 10 millions.

Je devrai acquitter dans 3 mois.

Le 2 [20 août], on s’est occupé à rassembler les esclaves employés à différentes caravanes, et répandus dans les campagnes chez des particuliers dont ils étaient la propriété ; à 5 heures du soir, j’en ai conduit 200, à bord de la division, qui a fait voile de suite. Le brick le Cyclope est resté sur la rade pour recueillir les 30 qu’il avait été impossible de rassembler. Il attend cette lettre pour lever l’ancre.

Je supplie Votre Excellence d’excuser le désordre de ces détails tracés à la hâte, M. le commandant Jérôme m’ayant ordonné de faire partir le brick aussitôt que j’y aurais embarqué les esclaves. Je lui rendrai, par la première occasion, un compte plus circonstancié. La division, selon vos ordres, ne pouvait rester que 4 jours en rade ; elle n’y a séjourné que 48 heures ; mais je vous assure, Monseigneur, qu’aucune négociation ne m’a coûté plus de peine, et que cette affaire a été emportée avec toute la promptitude que permet le caractère de ces gens-ci, et les circonstances très critiques où nous nous trouvons. Elle présentait d’autant plus de difficultés qu’un grand nombre des hommes appartenait à des particuliers, et que la Régence, en me rendant les autres, s’est privé d’un grand nombre d’ouvriers qui lui étaient très utiles, et qu’elle regrette beaucoup. Il ne reste pas dans les bagnes d’Alger un seul homme appartenant à la France ou au royaume d’Italie. Tous les esclaves d’Oran, du Piémont, de l’île d’Elbe, des Pays-Bas, de Gênes, sous quelques couleurs qu’ils aient été saisis ont été scrupuleusement rendus. Les 7 corses vendus à Tunis sont également libres. Je joins ici l’état de tous ces infortunés.

Daignez agréer, Monseigneur,….

P. S. Je dois informer Votre Excellence, qu’indépendamment des 80 000 piastres, je devrai payer à la marine quelques droits que M. le commandant Jérôme a également consentis.

Le Bey d’Oran a obtenu quelques avantages sur les rebelles.

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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