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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

EN DATE DU

12 FRIMAIRE AN XIV

[3 DECEMBRE 1805]

SUR LA SITUATION A ALGER



N° 214

24 frimaire an XIV [3 décembre 1805]

Monseigneur,

J’apprends à l’instant que le port, fermé depuis 12 jours, est ouvert à un bâtiment qui va charger du sel en Espagne pour le compte de la Régence. Je n’ai que quelques moments pour écrire à Votre Excellence.

M. Cartwright, consul d’Angleterre, a distribué des présents à tous les Grands, aux employés, et jusqu’aux derniers sbires de la Régence ; il a, en même temps, annoncé officiellement que la flotte anglaise, aux ordres de l’amiral Nelson, avait pris ou brûlé 18 de nos vaisseaux devant Cadiz, et que les 2 amiraux avaient péri pendant l’action. Ces prétendus avantages, et tous les remuements de l’agent britannique n’ont pu lui rendre la faveur dont il a joui pendant quelques moments : à la suite de discussions qui m’étaient relatives, le Dey, il y a trois jours, l’a fait chasser de son palais par un chaouch. J’aurai l’honneur de fournir tous les détails à Votre Excellence par la première occasion. Ma position ici, en ce moment, est on ne peut meilleur.

Le capitaine Bollo, ligurien, qui avait été expédié par les juifs Busnach et Bacri pour charger du bled dans la mer Noire, a mouillé ici le 17 brumaire [8 novembre]. On prétexte que la vente du bâtiment, faite en chancellerie de Raguse, était simulée, et il avait été confisqué comme propriété de Busnach. J’ai fait rendre le navire, et payer par la Régence 40 000 piastres fortes de nolis au capitaine, et ses pacotilles. Je devrai encore à Votre Excellence un compte circonstancié de cette affaire.

Deux sardes, Joseph Granara et Thérèse Calderoni, esclaves, celle-ci depuis 20 ans, et Granara depuis 8, m’ont été rendus pour 500 piastres. La régence avait constamment exigé 2 000 piastres pour chacun d’eux et les droits de 16 à 17 %.

Dans ma dépêche du 29 fructidor [16 septembre] N° 205, j’avais l’honneur de vous rendre compte des plaintes d’un raïs de Bougie, qui accusait l’équipage d’un de nos bateaux corailleurs d’avoir pillé toutes les marchandises qu’il avait sur son sandal, et d’y avoir massacré une femme.

Prosper Fassini, génois, un des malheureux marins pris par le pirate de Gigeri, est parvenu à s’échapper ; il est arrivé ici le 29 brumaire [20 novembre]. Il dépose que le rebelle, errant de montagne en montagne, s’applique à ne laisser aucune trace de vies derrière lui. Neuf français sont encore en son pouvoir.

La disette augmente chaque jour, et l’on doit redouter qu’elle n’excite de nouveaux soulèvements. Les esprits ne sont pas tranquilles. Plusieurs turcs ont été étranglés les nuits dernières. Une femme, accusée d’avoir propagé des bruits séditieux contre le gouvernement, a été jetée à la mer il y a deux jours. Hier matin, un courrier a annoncé que la ville de Tlemcen a été livrée au pillage. 200 juifs ont péri, et les turcs se sont réfugiés dans une forteresse où l’on assure qu’ils ne pourront pas tenir.

M. Lear, chargé d’affaires d’Amérique, de retour de sa mission de Tripoli est arrivé ici le 25 brumaire [16 novembre] ; il a fait, quelques jours après, les présents biennaux.

Vous m’avez ordonné, Monseigneur, de vous rendre compte de tout ce qui pouvait être relatif aux affaires du Portugal. Le consul d’Espagne devait être chargé de la rançon de 410 officiers et marins qui sont dans les fers ; mais il parait que le consul d’Angleterre, voulant s’emparer de cette négociation, a fait changer, d’accord avec quelques officiers, les dispositions de la cour de Lisbonne. Plusieurs de ceux-ci, voyant aujourd’hui le mépris dans lequel est tombé l’agent britannique, se sont adressés à moi, et m’ont prié de me charger de leurs intérêts. J’ai répondu que je saisirais, avec bien de l’empressement, toutes les occasions de leur rendre les services compatibles avec la dignité de ma place, mais qu’il m’était impossible, sans ordres précis de l’empereur, de faire aucune démarche publique en leur faveur. M. le maréchal Lannes, pendant son séjour à Lisbonne, me manda dans le temps, de tâcher de pénétrer les intentions de la Régence sur cette affaire. Il me fut impossible, avec un prince aussi bizarre que Mustapha, de fournir même à M. le maréchal quelques données ; mais aujourd’hui je pourrais assurer qu’avec une somme beaucoup moins forte que celle qui a été offerte par le dernier ambassadeur portugais, il me serait d’autant plus facile d’arranger cette affaire, que les casernes murmurent assez hautement de la prolongation de l’esclavage de leurs camarades à Lisbonne, et que le prince a besoin d’argent pour assurer la paye serrée à tous les soldats.

4 gros corsaires sont sortis le 7 de ce mois ; en voici l’état :

Une frégate de 46 canons commandée par raïs Ahmid.

Une frégate de 44 canons commandée par raïs Akhmet.

Une frégate de 36 canons commandée par raïs Bram.

Une frégate de 22 canons commandée par raïs Mustafa.

Daignez…

Dubois Thainville.

En ce moment la Régence me fait remettre un autre des français tombés au pouvoir du rebelle de Gigeri. Il se nomme Rémondo Liéri.

Je joins ici le duplicata de ma dépêche N° 213.




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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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