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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

EN DATE DU

24 FRIMAIRE AN XIV

[15 DECEMBRE 1805]

SUR LE COMPORTEMENT DES PECHEURS DE CORAIL



N° 215

24 frimaire an XIV [15 décembre 1805]

Monseigneur,

Au débats qui ont eu lieu sur l’affaire d’un nommé Santi Parodi, capitaine de corsaire, traduit à la cour martiale de Toulon, M. Léon, sous commissaire à Bône, a été accusé d’avoir eu des intelligences avec le vice-consul anglais, et d’avoir favorisé et partagé la contribution dont furent frappés douze bateaux corailleurs.

Des pêcheurs d’Ajaccio ont également accusé cet agent. Vous avez joint à la dépêche que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser le 27 ventôse an XIII [18 mars 1805] :

1° - l’extrait d’une lettre écrite au préfet maritime de Toulon par le commissaire auditeur et rapporteur près la cour martiale et maritime.

2° - copie d’une lettre écrite par les marins d’Ajaccio au sous-commissaire Escudier.

Et Votre Excellence m’a ordonné de vérifier les plaintes énoncées dans ces pièces, et, si je les trouvais fondées, de retirer, à l’instant même, tout pouvoir à M. Léon.

Par la lettre que j’ai eu l’honneur de vous adresser le 27 floréal [17 mai], N° 198, je vous annonçais, Monseigneur, que, pour vous faire, sur cette affaire, un rapport impartial et circonstancié, j’avais besoin de quelques éclaircissements, que j’avais demandés à M. Léon. La difficulté des communications avec la province de Constantine ne m’a permis de les recevoir que depuis très peu de temps. Je me suis empressé de me faire rendre par M. Ragueneau, sous-commissaire, le compte le plus exacte de la correspondance de M. Léon et de celle que j’ai eue avec Votre Excellence. Il résulte de son rapport, que je joins ici, que les accusations portées contre M. Léon par Santi Parodi (signalé comme pirate par M. Devoize, commissaire général à Tunis) et celles des pêcheurs d’Ajaccio sont calomnieuses, et n’ont été dictées que pour se soustraire à la vengeance des lois, que les uns et les autres avaient encourue.

Ce n’est pas d’aujourd’hui, Monseigneur, comme j’ai eu l’honneur de vous le mander bien des fois, que les pêcheurs de corail ont donné des embarras aux agents chargés de les surveiller. Lors même que la compagnie les ferait pêcher pour son compte, et qu’ils étaient soumis à une police locale beaucoup plus rigoureuse, il n’y avait sorte de désordres et de fraudes dont ils ne se rendissent journellement coupables ; mais aujourd’hui qu’ils jouissent d’une liberté entière, ils refusent de reconnaitre l’autorité des agents, entre les mains desquelles ils dédaignent de déposer leurs papiers, ou même de les reprendre après les leur avoir remis. Une dénonciation anonyme, en pareil cas, n’en est que plus suspecte : il est facile de s’apercevoir que pour se mettre à l’abri du châtiment dû à leur insubordination, ils ont concerté leurs plaintes, et qu’ils ont compté par là se soustraire à la rétribution de quelques branches de corail, qu’ils osent accuser le sous-commissaire Léon de leur extorquer pour les appliquer à son profit.

Et c’est contre cette contribution même, voulue par les corailleurs, au mépris de tous les avis, de toutes les observations de M. Léon, que cet agent, dans toutes ces lettres, s’est constamment élevé avec la plus profonde indignation. Toutes mes dépêches à Votre Excellence, antérieures aux dénonciations des corailleurs, en font foi.

Mais ce qui doit justifier M. Léon de cette inculpation, c’est que nos corailleurs, pour se soustraire au paiement de leur contingent se sont rendus cette année à Tabarque, où ils n’acquittent point de redevances, et que 40 bateaux ont passé avec les corsaires anglais un arrangement par lequel chaque patron s’est engagé à leur payer 30 piastres fortes pour les protéger.

Par ce fait seul, Votre Excellence pourra juger du degré de confiance qu’on doit ajouter à la dénonciation de nos corailleurs.

Il sera toujours très difficile d’exiger des pêcheurs les quantités de coraux nécessaires pour former les deux caisses que nous devons à la Régence : c’est sur les côtes d’Alger principalement que se fait la pêche. Conformément à l’arrêté du 13 pluviôse an XII [3 février 1804], chaque patron de barque doit faire, avant sa sortie du port de France où il arme, la déclaration du point de nos concessions où il se propose d’établir sa pêche et d’y consigner à l’agent français ses expéditions, qui ne doivent lui être rendues que lorsqu’il aura acquitté le contingent de corail auquel il aura été taxé. En l’an XII [1803-1804], ils se rendirent, pour la plupart, à Bône, et remirent leurs papiers au sous-commissaire Léon. Sur l’état qui me fut envoyé, je taxai chaque bateau conformément à l’arrêté précité. Que firent les corailleurs ? Pour se soustraire au paiement de leur contingent de corail, ils retournèrent en France sans reprendre leurs expéditions, et fabriquèrent de concert avec le nommé Santi Parodi, la dénonciation portée contre le sieur Léon. Qu’ont-ils imaginé en l’an XIII ? Ils se sont rendus à Tabarque, dépendant de Tunis, où ils ne paient point de redevance, et d’où ils sont également à portée de faire la pêche sur les côtes d’Alger, et aucun n’est paru à Bône de sorte qu’en l’an XII, je fus obligé d’acheter pour une somme considérable de corail ; que je n’ai pu même compléter les deux caisses, et que pour l’an XIII probablement je n’en recevrai pas une branche quoique Son Excellence le ministre de l’Intérieur ait fait donner des ordres pour que le commissaire de Tunis fasse payer le contingent à Tabarque. Aionsi l’état qui accorde la liberté la plus entière de la pêche, qui acquitte des redevances considérables, sera encore obligé, pour satisfaire à ses conventions avec la Régence de faire une forte dépense pour l’achat de coraux que les pêcheurs même ont refusé plusieurs fois de vendre à ses agents.

Je ne vois, Monseigneur, qu’un moyen d’obliger nos pêcheurs à acquitter leur contingent, pour le paiement duquel ils imagineront sans cesse tous les genres de ruses et de fraudes : c’est celui de fixer avant leur départ en France la quantité que chacun doit fournir ; de la constater sur son passeport ou rôle d’équipage, et d’exiger que chaque patron, à son retour, représente l’acquit d’un des agents en Barbarie. Dans le cas contraire, il serait destitué et condamné à une amende double de la somme à laquelle serait évalué le contingent de corail qu’il devait fournir. Chaque agent alors enverrait les quantités perçues au commissaire général d’Alger, qui serait tenu d’en fournir l’état chaque année au gouvernement. Je sais qu’il sera très difficile d’établir une proportion juste sur la quantité et le tonnage des bateaux qui sortent de différents ports ; mais il sera encore bien plus difficile d’en fixer une, quand il est bien prouvé qu’il est de toute impossibilité d’atteindre la plus petite partie des pêcheurs, qui se rendent sur les côtes de Tunis et d’Alger. Par cette mesure, l’état, en s’assurant d’une redevance si juste, évitera même de grands dangers aux pêcheurs, qui, pour se soustraire au paiement de quelques branches de corail, se rendent, à l’effet d’y faire des vivres, sur des points sauvages et insoumis, où ils s’exposent journellement à être massacrés. C’est ce qui arriva, il y a 18 ou 20 mois, aux 55 marins de l’île d’Elbe, qui, malgré tous les avertissements que j’avais donnés, mouillèrent dans le port abandonné de la Calle, où ils furent saisis par les pirates de Gigeri. Je viens d’arracher des mains de ce brigand, qui erre de montagne en montagne ; deus=x de ces malheureux y sont encore en son pouvoir.

D’après ces faits, Monseigneur, j’ose espérer que vous rendrez toute votre confiance à M. Léon, qui, dans tous les temps, en Afrique et sur la place de Marseille, a joui de la réputation de probité la plus intacte.

Je supplie, Votre Excellence, de vouloir bien donner des ordres pour que ces détails soient communiqués à L. L. Excellences les ministres de la Marine qui m’a écrit sur cette affaire, et de l’Intérieur, dans les attributions duquel se trouvent les concessions d’Afrique.

Je transmets à M. Devoize, l’article de votre dépêche du 29 vendémiaire [21 octobre], par lequel vous me mandez que Son Excellence le ministre de l’Intérieur a approuvé la mesure que j’ai prise d’écrire à ce commissaire général pour l’engager à exiger le contingent de corail des pêcheurs qui se sont vendus à Tabarque.

Daignez…

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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