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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

EN DATE DU

3 NIVOSE AN XIV

[24 DECEMBRE 1805]

SUR LA DEFENSE DES NAVIGATEURS GENOIS ET NAPOLITAINS



N° 218.

Alger, 3 nivôse an XIV [24 décembre 1805].

Monseigneur,

Les Génois, depuis leur réunion à la France, m’ont déjà donné de grands embarras. J’ai pensé qu’il fallait être inflexible dans les premiers moments, pour détruire chez ces gens-ci l’idée, qu’ils nourrissent avec complaisance, que cette réunion n’est qu’une protection temporaire accordée aux habitants de la Ligurie. J’ai l’honneur de mander à Votre Excellence toutes les difficultés que j’avais éprouvées pour faire rendre au capitaine Schiaffino la moitié d’intérêt dans la polacre qu’il commandait. Je vous dois le compte des discussions qui ont eu lieu relativement au bâtiment appartenant au capitaine Bollo, dont je vous ai entretenu dans une de mes dernières dépêches.

Le capitaine Bollo, ligurien, avait été nolisé par les juifs Busnach et Bacri pour aller charger des bleds dans la mer noire. Un des articles de son contrat d’affrètement portait qu’à son retour, il relâcherait dans un des ports des îles Baléares, et qu’il y attendrait les ordres de ses nolisataires. Le capitaine Bollo mouilla à Majorque. La Régence en eut connaissance : elle fit appeler M. Ortiz, consul d’Espagne, pour l’engager à faire venir ce bâtiment, qu’elle regardait comme la propriété de Busnach. L’agent de la cour de Madrid, toujours officieux pour ces gens-ci, écrivit, sans me consulter, au gouverneur de Majorque de donner l’ordre à Bollo de se rendre ici avec son chargement. Ce capitaine qui avait appris les événements qui s’y étaient passés, répondit qu’on pouvait, si on le jugeait convenable, s’emparer de la cargaison ; mais que n’ayant aucun ordre de ses nolisataires, il ne sortirait pas du port. Le vice-consul de France intervint faiblement ; le gouverneur de Majorque insista, et le capitaine fut obligé d’obéir ; mais les marins liguriens redoutant l’esclave, désertèrent. Le gouverneur, d’accord avec l’agent de Russie, fit embarquer à bord du bâtiment ligurien le capitaine et une partie de l’équipage d’un bâtiment moscovite chargé de présents de la Régence pour l’empereur de Maroc, qui venait d’échouer sur les côtes de Majorque, et le capitaine Bollo fit voile pour Alger, où il mouilla le 17 brumaire.

Il me représenta à son arrivée :

1° un acte de cession de son bâtiment par le Dey mort au Sr. Naftali Busnach.

2° un acte de vente par celui-ci en faveur dudit capitaine passé en chancellerie de Raguse, duquel il constate que le Sr. Naftali Busnach lui avait vendu et cédé son bâtiment moyennant 5500 piastres fortes, qu’il reconnaissait avoir reçues argent comptant.

3° le passeport de la Régence.

Je recommandai au capitaine Bollo de conserver ces pièces avec soin. La cargaison fut confisquée au profit de la Régence comme propriété de Busnach.

Aussitôt que le capitaine Bollo eut déchargé son bâtiment, le ministre de la marine réclama les papiers. Il eut l’imprudence de lui consigner les trois pièces ci-dessus, et quelques jours après, son bâtiment fut confisqué, et devait être vendu au capitaine russe, qui avait, dit-on, déjà fourni un acompte.

Je me présentai au kiosque du Vekilhardji de la marine, et je réclamai le bâtiment du capitaine Bollo, ligurien, devenu français. Ce ministre me répondit qu’il était la propriété de Busnach, et qu’il appartenait à la Régence. Je demandai la représentation des pièces consignées par le capitaine ; on ne me remit que le passeport et le teskerai de cession du Dey à l’acte de vente faite par Busnach avait été soufflé. Je fis appeler le capitaine qui déclara l’avoir remis. Le Vekilhardji persiste à soutenir qu’il n’avait reçu que les deux pièces ci-dessus énoncées. Les explications furent extrêmement violentes entre le Vekilhardji et moi.

Je me plaignis au Dey de cette soustraction. Je réclamai avec force le bâtiment et je déclarai que je le signalerais et le ferais arrêter dans tous les ports où il pourrait relâcher, si on passait outre à la vente. Le Dey répondit qu’il se ferait rendre compte de cette affaire.

Deux jours après ces explications, la pièce soustraite me fut renvoyée ; mais on prétendit qu’elle avait été fabriquée. La Régence réclama les registres de la chancellerie de Raguse ; autre embarras : ils avaient été enlevés lors du pillage de la maison de Busnach, qui était consul. Je fis intervenir le nouvel agent de Raguse, et je le sommai de reconnaitre qu’il reconnaissait la validité de la pièce représentée et si la signature apposée au bas était celle de feu Naftali Busnach. Il répondit affirmativement ; le bâtiment me fut de suite rendu ; les pacotilles et le nolis de 4 000 piastres fortes du capitaine furent payés avec la plus rigoureuse exactitude.

Le Vekilhardji s’excusa le mieux qu’il put auprès de moi de la soustraction de la pièce qui me fut renvoyé par le Dey ; il l’attribua à une inadvertance. Quoiqu’il ne soit pas notre ami, je suis assez disposé à croire qu’il n’était pas le plus coupable dans cette affaire, à laquelle je n’ai pas cru devoir donner de suite.

Votre Excellence jugera que M. le consul d’Espagne, qui ne s’est pas montré ici le partisan très zélé des Français, aurait dû me prévenir de la demande qui lui a été faite par la Régence de faire venir ici le capitaine Bollo, et j’ai dû le prier de s’abstenir désormais de se mêler de nos affaires pour arranger les siennes. Ce n’est pas le premier rappel aux égards dus à l’agent de S. M. qu’il aurait mérité par une hauteur trop souvent déplacée. Mais j’ai dû, autant qu’il a été possible, entretenir la bonne intelligence qui doit exister entre les agents de deux nations dont les intérêts sont communs.

J’avais donné à l’ancien comme au nouveau gouvernement toutes les explications sur la réunion définitive de la Ligurie à l’empire français ; quelques jours même avant la sortie des corsaires, j’en avais encore entretenu le ministre de la marine, en l’engageant à donner, à cet égard, les recommandations les plus précises à ses raïs. Il est d’usage, lorsqu’ils sortent, qu’ils arborent au mât de beaupré, tous les pavillons renversés des puissances contre lesquelles la course est dirigée. 4 corsaires mirent à la voile le 7 frimaire [28 novembre]. On m’assura le lendemain que le pavillon génois flottait parmi les couleurs ennemis. Je pensai qu’au milieu du désordre où sont ces gens-ci lorsqu’ils s’embarquent, les bannières génoises avaient été placées par mégarde en signe hostile ; mais quelle fut ma surprise lorsque le 25 frimaire [16 décembre] je vis rentrer une frégate ayant deux pavillons de prise, l’un génois et l’autre napolitain. Le 26, le raïs envoya à terre 13 esclaves et remit à la voile. Je fus bientôt instruit que ces hommes faisaient partie, savoir, un, en qualité de subrécargue d’un bâtiment génois pris dans les parages de Nice, et les douze autres formant l’équipage d’un bâtiment napolitain muni de passeport français, saisi dans le golfe de Fréjus.

Je joins ici les déclarations faites le 28, dans la chancellerie de ce commissariat, par le nommé Ange Bonorino, génois, et Vincent de Palma, capitaine napolitain. Suivant ces déclarations, ces deux bâtiments ont été saisis dans les eaux de France, au mépris des traités, et attaqués au mépris de toutes les lois de la guerre, puisque le corsaire algérien les a longtemps canonnés avec le pavillon anglais Après avoir exposé au ministre de la marine et au Dey tous les caractères de gravite que présente ce double attentat, j’ai demandé avec force des réparations, la mise immédiate en liberté des hommes, la restitution des bâtiments et la punition du raïs. Vos corsaires, ai-je ajouté, ont fait voile ayant, en signe de guerre, le pavillon de Gènes, après que vous ayez reconnu que la Ligurie fait partie de l’empire français ; donc ils sont sortis avec l’intention de prendre du génois. Ils reparaissent avec le même pavillon en signe de prise ; donc ils rentrent avec l’assurance qu’ils ont saisi des génois. Ces actes sont une déclaration formelle de guerre et je vais m’empresser de l’annoncer à mon gouvernement par un courrier extraordinaire ; mais le Dey a répondu que son premier désir était de vivre en bonne intelligence avec l’empereur des Français ; que c’était contre ses intentions, que ses corsaires avaient arboré les couleurs génoises ; que la prise que je réclamais n’était point ligurienne, puisqu’il n’y avait aucuns papiers français à bord, et que l’équipage avait fui ; que, quant à l’autre prise, elle était napolitaine ; que les traités entre la France et la Régence portaient expressément qu’aucuns passeports ne seraient délivrés à ses ennemis, et que, si l’empereur avait besoin d’employer à son service des napolitains, il lui enverrait autant de passeports qu’il désirerait.

J’ai répondu que le bâtiment génois n’avait point de passeports parce que le capitaine qui avait pris la fuite, les avait emportés ; que l’équipage s’était sauvé parce que le corsaire l’avait attaqué avec pavillon anglais, et qu’il avait cru voir un ennemi ; il aurait reconnu un ami, si son raïs n’avait pas violé les lois de la guerre.

J’ai insisté sur la violation du territoire ; on l’a nié suivant l’usage. J’ai saisi cette occasion pour réclamer, conformément à la lettre de Votre Excellence du 29 vendémiaire [21 octobre], une extension des limites, qui ont été restreintes à la portée du canon par la convention de 1790. Le Dey a opposé beaucoup de résistance sur cet objet, qui a donné lieu, dans tous les temps, à beaucoup de discussions, ainsi que sur la restitution des prises. Je reviendrai, avec beaucoup de chaleur sur ces affaires après les fêtes du Beïram.

Daignez…

P. S. du 5. Sur mes nouvelles instances, le Dey m’a rendu le bâtiment génois et le nommé Ange Bonorino vient de m’être consigné par le grand écrivain des esclaves. Le prince me fait dire qu’il prononcera sur la prise napolitaine lorsque le corsaire capteur sera rentré. Les deux bâtiments n’ont point encore paru à Alger.

Les refus constants de la Régence de rendre les napolitains pris sous les couleurs anglaises rendront très difficile la restitution du capitaine de Palma. Mais j’insisterai fortement sur la violation des lois de la mer et du territoire français.

Dubois Thainville




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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