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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 9 MESSIDOR AN X

[28 JUIN 1802]

SUR LA FUREUR DU DEY D'ALGER

VIS-A-VIS DES ESPAGNOLS ET DES FRANCAIS



N° 113

9 messidor an X [28 juin 1802]

Citoyen Ministre,

Vous aurez vu, par mes dernières lettres, que les espagnols, venant ici avec 5 armements pour réclamer plusieurs de leurs bâtiments qui ont été confisqués, ont été menacés d’une déclaration de guerre, et ont été forcés de payer 60 000 piastres.

Le 2 de ce mois [21 juin], un vaisseau de ligne anglais et une frégate ont mouillé ici ; leur mission avait pour objet de réclamer un bâtiment saisi avec les passeports de l’Amirauté. Le consul et les deux commandants ont été exposés à des outrages jusqu’ici sans exemple : on a poussé l’insolence au point de leur refuser des provisions, et le Dey a déclaré que, si les passeports de l’Amirauté n’étaient pas changés, et les sommes dues par l’Angleterre payées sous quatre mois, on devait se considérer en guerre avec Alger.

Hier la fureur du Dey s’est tournée contre moi. Dans une conférence qui a eu lieu entre lui, Busnach et le Vékilhandji, celui-ci a reproché à Busnach d’avoir enlevé à la Régence les gages puissants qu’elle avait dans les mains, en conseillant de laisser embarquer les naufragés du cap Tenez qu’il voulait retenir. Le Dey a voulu me mander, et exiger de moi sur le champ 20 000 piastres et les présents d’usage. Il ne parlait rien moins, dans le cas de refus, que de déclarer la guerre à la France, et de me jeter dans les bagnes avec tous les français. On est parvenu à le déterminer à attendre l’arrivée du premier bâtiment qui doit paraitre de France.

J’ai été instruit sur le champ de ce qui se passait : je me suis rendu en ville dans la soirée. Les juifs ont paru de suite chez moi ; ils m’ont témoigné les plus grandes inquiétudes. Il m’a été impossible de douter de la vérité des détails qu’ils m’ont donnés, parce que j’étais instruit d’avance par les espions que j’ai dans la maison du Dey. Je me suis élevé avec force contre des procédés aussi étranges. J’ai déclaré que j’étais informé, que le gouvernement français était disposé à faire les présents d’usage ; que j’attendais, à tous les moments, ses ordres à cet égard ; mais que les événements qui venaient de se passer à Alger pourraient bien altérer ses bonnes intentions pour la Régence. Je suis revenu particulièrement sur l’attentat de Tunis. Les juifs à cet égard sont convenus que mes plaintes étaient justes. « Eh bien ! leur ai-je dit, si le gouvernement français refuse aujourd’hui d’accéder aux prétentions du Dey, n’en accusez que les propres mesures du vôtre, et soyez bien persuadés qu’on n’obtiendra de moi, par les menaces, rien de contraire aux intérêts et à la dignité de la France. J’ai promis, au nom du Premier Consul, les présents d’usage. Sa parole est sacrée : ils seront faits incessamment. J’ai promis de parler de la prétention étrange des 200 000 piastres ; j’ai rempli, à cet égard, mes engagements, et j’attends des ordres. » Les juifs ont fini par me prier de vous écrire par un de leurs bâtiments qui fera voile, sous quelques heures, pour Livourne. Je m’acquitte, à la hâte, de la promesse que j’ai contractée.

Citoyen Ministre, je suis père de famille ; ma femme et mes enfants sont près de moi. Je ne me dissimule aucun des dangers auxquels ils sont exposés avec un homme sauvage, incapable, comme je vous l’ai dit bien des fois, d’aucune espèce de réflexion politique. Mais je vous prie de croire qu’aucune considération d’intérêts particuliers ne me fera oublier ceux de l’état. Je suis sur les lieux, et je dois mon opinion au gouvernement. Si nous acquiesçons à la demande du Dey, il faut s’attendre ici à tous les genres d’humiliations. Une lettre du Premier Consul, écrite en turc, dont vous voudriez m’adresser deux exemplaires, produirait infailliblement le plus grand effet.

Je demande en grâce au gouvernement d’envoyer ici quelques armements de guerre : c’est le seul moyen d’en imposer.

Hier tous les officiers portugais, répartis dans les différentes maisons consulaires, ont été jetés dans les bagnes, et condamnés aux plus pénibles travaux.

Ci-joint l’état des présents qui ont été faits par mon prédécesseur Vallaire.

Je vous salue très respectueusement.

Dubois Thainville.




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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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