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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

SUR LES ESCLAVES D'ORAN

EN DATE DU

18 BRUMAIRE AN IX

[9 NOVEMBRE 1800]



N° 57

Alger, le 18 brumaire an IX [9 novembre 1800].

Au citoyen Talleyrand, ministre des Relations extérieures

Citoyen ministre,

J’ai trouvé dans la correspondance qui m’a été remise par le citoyen Moltedo une lettre de vous du 29 prairial an VI [17 juin 1798], que je ne connaissais point, lorsque je vous ai écrit sur les esclaves déserteurs d’Oran : je dois remettre sous vos yeux les expressions de cette lettre :

Vous m’entretenez, disiez-vous à mon prédécesseur, d’une conférence que vous avez eue avec le Dey relativement aux esclaves déserteurs d’Oran ; il s’est excusé de vous les remettre sur le motif qu’il ne peut les regarder comme français, puisqu’ils étaient au service d’Espagne au moment où ils ont été trainés en servitude ; il a en conséquence pressé M. de las Horas de les racheter ; mais cet agent, ne trouvant pas ses pouvoirs suffisants à cet effet, en a référé à sa cour par un courrier extraordinaire.

D’après ces détails, je me suis hâté de prescrire à notre ambassadeur à Madrid d’agir vivement auprès de ce cabinet, pour le déterminer à donner à M. de las Horas l’ordre de racheter les français déserteurs d’Oran. Quoique cette démarche soit fondée en principe, je sais qu’elle éprouvera bien des difficultés en Espagne ; aussi me parait-il nécessaire que de votre côté, vous travaillez à maintenir le Dey dans son opinion que c’est à ce gouvernement qu’ils appartiennent, et que conséquemment c’est à lui de les racheter. Sa dignité est intéressée à ce que cette opération ait lieu de cette manière, puisqu’il y a plus de deux ans, il engagea sa parole au citoyen Herculais qu’il ne souffrirait pas de rachat partiel des déserteurs d’Oran ; il ne peut donc reculer décemment, et il se doit à lui-même d’exiger de l’Espagne qu’elle les rachète tous sans distinction. Il ne faudrait pas néanmoins le confirmer dans l’idée qu’il ne peut les reconnaitre pour français, ce serait nous ôter la ressource de les réclamer comme tels, si nous ne réussissions pas à les faire racheter par l’Espagne. Il faut seulement lui faire entendre que quoique français, c’est à sa charge qu’ils doivent rester, puisqu’ils étaient sous sa domination et portaient ses couleurs lorsqu’ils ont été pris.

Rien sans doute, citoyen Ministre, ne serait si facile que de déterminer le Dey à exiger de la cour de Madrid le rachat des esclaves d’Oran, et si telles étaient les intentions du gouvernement français, je n’aurais pas grand mérite à lui répondre du succès de l’opération ; mais cette affaire serait infiniment délicate à traiter ici , parce que l’Espagne, refusant de racheter ces malheureux, nous l’exposerions à une avanie désastreuse ; et j’ai dû, sans détruire l’opinion générale qu’on a ici que c’est à la cour de Madrid à payer la rançon des esclaves d’Oran, repousser toutes les insinuations qui m’ont été faites de l’exiger par un acte de violence contre l’Espagne.

Il n’y a pas deux manières d’envisager cette affaire : l’impossibilité bien reconnue d’obtenir sans rançon la liberté des esclaves d’Oran, c’est à la cour de Madrid à faire ce sacrifice. Elle le doit à ses promesses, à sa dignité, à l’humanité, à la réciprocité envers nous, à ses propres intérêts.

A ses promesses : le roi d’Espagne a dans le temps écrit lui-même qu’il paierait la rançon des esclaves d’Oran sans distinction de nation ; ses agents ont fait à différentes époques les mêmes promesses.

A sa dignité : les esclaves d’Oran étaient sous sa domination, ils portaient ses couleurs, lorsqu’ils ont été chargés de fers.

A l’humanité : leur état fait frémir ; ils sont livrés à tous les déchirements du désespoir ; ils ont, dit-on, des fautes. Eh ! Quels crimes mêmes, grand Dieu ! ne seraient pas expiés par 16 ans d’esclavage à Alger.

A la réciprocité envers la France : un de nos armements avait pris l’an passé un brick algérien et 180 africains ; le Dey en a exigé la restitution de l’Espagne sous prétexte qu’elle était notre alliée. Nous avons évité une guerre désastreuse à la cour de Madrid, dont l’agent avait déjà été mis au bagne, en lui livrant généreusement le brick et les sujets algériens que nous aurions pu échanger contre les esclaves d’Oran.

Enfin l’Espagne doit à ses propres intérêts le rachat de ces infortunés. Je suppose que le Dey d’Alger se rende à mes pressantes sollicitations et consente à me livrer sans rançon les esclaves d’Oran, la cour de Madrid serait-elle assez mal éclairée pour penser qu’on ne saisirait pas le premier prétexte de lui faire payer très chèrement des refus dont on est ici très indigné. Sans doute je n’écouterai point les propositions qui m’ont été faites plusieurs fois, parce qu’elles sont indignes du gouvernement français et trop contraires à nos principes ; mais pourtant il faut mettre un terme aux souffrances des esclaves d’Oran, et je me trouve placé dans la circonstance difficile de ne pouvoir obtenir le succès de cette affaire, sans m’exposer à compromettre nos alliés. Il convient donc sous tous les rapports à la cour de Madrid de terminer le plus tôt possible cette déplorable affaire ; elle doit se pénétrer que l’événement le plus fâcheux qui pourrait lui arriver serait qu’on rendit à la France les esclaves d’Oran, qu’elle pourrait obtenir, secondée par nous, avec de légers sacrifices.

Ces jours derniers, les captifs d’Oran se sont présentés chez moi : nus, mourants de faim, les membres meurtris du poids de leurs chaînes et des coups de bâtons ; ces malheureux se sont précipités en masse aux pieds de l’agent de la République. Au nom de l’humanité, se sont-ils écriés, rendez-nous la liberté : vous avez été ici le père des infortunés, serions-nous les seuls que vous abandonneriez ! Je n’ai pu que leur offrir ma bourse et des consolations. Ce jour a été le plus horrible de ma vie. J’ai promis aux esclaves d’Oran de les délivrer ; je ne les tromperai point, parce que j’ai compté sur l’appui du gouvernement et sur toute la sensibilité du ministre.

Voici l’état des esclaves d’Oran :

Français…………………..56 dont 5 vendus à des particuliers

Impériaux……………….26

Piémontais……………..19

Romains………………… 3

Corses……………………. 1

Total………………………105

Je dois observer que parmi ces 26 considérés ici comme Impériaux, plusieurs se trouvent être de pays conquis.

Salut et respect.

Dubois Thainville.




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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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