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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 7 THERMIDOR AN X

[26 JUILLET 1802]

SUR L'INCIDENT

DE LA GONDOLE LA CONCEPTION



N° 117

7 thermidor an X [26 juillet 1802]

Citoyen Ministre,

Les 11 hommes composant l’équipage de la gondole la Conception, arrêtés à Bône par ordre du Bey, sont entrés ici le 3 [22 juillet] à 5 heures du matin. J’avais été instruit la veille de leur présence à quelque distance de la ville. Je réclamai dans la soirée l’exécution des promesses du Khaznedji, qui m’avait assuré que ces hommes me seraient immédiatement remis. Ce ministre me fit entrevoir beaucoup de difficultés.

Le 3 [22 juillet], de très grand matin, j’envoyai mon drogman et mon cersal au-devant de ces malheureux. Ils furent conduits chez le Vékil du Bey de Constantine. Celui-ci rendit compte de leur arrivée. Le Dey, qui se trouvait et qui passa la journée à la marine, donna l’ordre au Vékilhandji de les enchaîner et de les livrer aux plus pénibles travaux. Ils furent de suite jetés dans les bagnes.

Le Dey rentra à son palais sur les 5 heures du soir. Il manda ensuite mon drogman, qui parla avec beaucoup de chaleur et d’intelligence. Le Dey présenta de nouveau les balles qu’on prétend avoir tiré sur les maures par l’équipage de la Conception. « Sont-ce là dit-il, les présents que ton consul m’envoie ? Rends-les-lui. »

Le drogman m’apporta les balles, et me peignit la fureur du Bey, telle qu’il paraissait impossible de le ramener à des sentiments de raison et de justice. Je chargeai le drogman de demander une audience pour le lendemain : il revit le Dey ; M. Busnach se joignit à lui. Ils parvinrent à obtenir que les français ne seraient ni enchaînés ni condamnés aux travaux ; mais le Dey persista à vouloir les retenir dans les bagnes.

Le 4 [23 juillet], de grand matin, j’insistai pour avoir une audience du Dey. Le Khaznedji me fit dire qu’il n’était pas visible, et qu’il me priait d’attendre quelques heures. Je savais que le Dey devait se rendre au jardin dans la soirée : je n’avais pas un moment à perdre. Je passai la note suivante :


Note


L’article 7 du traité de paix que la Régence d’Alger vient de conclure avec la France et l’article 18 …. Etc..

D’après ces conventions, je réclame, au nom de Bonaparte, Premier Consul de la république française, les onze hommes composant l’équipage de la Conception. Ils sont français ; leurs passeports sont dans la meilleure forme possible. Les rapports faits à Son Excellence le Dey sur leur compte sont faux : ils n’ont pas tiré un seul coup de fusil sur les maures ; ils ont été au contraire très maltraités par eux. Je déclare que je ne pourrai considérer et annoncer à mon gouvernement le refus de me les rendre que comme une déclaration formelle de guerre.

Alger le 4 thermidor an X [23 juillet 1802].

Le chargé d’affaires :

Dubois Thainville.

Quelques Grands de la Régence s’abouchèrent ; ils prirent la résolution de parler de cette affaire au Dey : tous se rendirent chez lui à 11 heures. Le Vékilhandji, qui s’était constamment montré l’ennemi des français, s’est conduit admirablement dans cette circonstance : il prit lui-même la parole ; il fut secondé surtout par le Khaznedji, l’Aga et le Khodja-Cavallo. Le Dey céda à leurs instances, et donna sur le champ l’ordre de me remettre les 11 hommes, en me faisant dire néanmoins que je lui en répondais.

Cette démarche de la part des Grands de la Régence a fait une vive sensation à Alger, et convaincra le gouvernement français qu’on redoute ici sa puissance et qu’il a de nombreux amis. Le Vékilhandji parait hier même vouloir se rapprocher de nous ; il m’a fait dire les choses les plus obligeantes, et je dois, ces jours-ci, avoir une explication avec lui. C’est, comme j’ai eu l’honneur de vous le dire, un des plus éclairés de la Régence, et je ne négligerai rien pour opérer un changement dans ses opinions. Mais je crains bien que la haine qu’il porte au no français ne l’emporte sans cesse sur sa raison.

Le dernier traité de paix restitue bien à la compagnie les concessions pour en jouir comme par le passé, et les pêcheurs, sans doute, en vertu de ce traité, pouvaient reparaître à la côte d’Afrique. Mais je ne puis dissimuler qu’il y a eu une grande imprudence, de la part de la compagnie, à expédier les bateaux sans l’envoi préalable d’un agent auprès du Bey de Constantine, et surtout sans m’en prévenir ; car je n’ai pas encore une seule lettre qui m’eût annoncé leur départ, autre que celles parties de Bône. Sans la présence d’un agent sur les lieux, comment la police peut-elle se faire sur les pêcheurs ? Comment peut-on veiller sur les contrebandes ordinaires, et s’assurer que les quantités pêchées entreront en France ? D’ailleurs il était d’usage, si je ne me trompe, que les pêcheurs déposassent leurs papiers entre les mains du gouverneur de la Calle, qui leur fournissait un ordre de pêcher reconnu par les armements de Bône.

Mais la plus grande de toutes les imprudences est celle du capitaine Monti, qui vient d’être conduit ici avec son équipage.

Il se présente à Bône. Le gouverneur lui dit qu’il ne peut autoriser la pêche sans les ordres d’Alger, qu’il va solliciter ; malgré cette défense, le capitaine Monti sort, et donne lieu à l’événement dont le Bey de Constantine, qui n’est pas notre ami, a pris occasion de faire ici les rapports qui ont tant irrité le Dey. Si les pêcheurs, moins empressés de jouir, eussent donné le temps de m’instruire, j’aurais sans doute pu arranger facilement l’affaire, et j’eusse fait partir d’ci un agent chargé des pouvoirs nécessaires pour leur protection et l’exercice indispensable de la police sur eux. Ainsi je pense que l’imprudence de cet individu a seule contribué au renvoi des bateaux. Il ne parait pas vrai que l’équipage de la Conception eut fait feu sur les maures : le patron et tous les marins attestent qu’ils ont été saisis endormis pendant la nuit, et qu’ils n’ont pas tiré un seul coup de fusil. C’est un fait perfidement imaginé par le Bey de Constantine, dont son Vékil ici, très intime avec le Dey n’a su que trop bien tirer avantage.

Je vous ai mandé le 12 messidor [1 juillet], les embarras de ma position. Mes lettres ont été expédiées extraordinairement voie d’Alicante et de Marseille. Je joins ici le triplicata de ces lettres.

Il n’y a pas d’espérance, comme j’ai eu l’honneur de vous le dire, de faire départir le Dey de ses prétentions. Il ne cesse de dire que ce n’est qu’un faible dédommagement de ce qu’il a payé à Constantinople pour s’être montré l’ami des français. J’attends vos ordres avec une vive impatience. Cette lettre partira par un bâtiment français qui fera voile dans quelques heures pour Marseille.

Je vous salue très respectueusement.

Dubois Thainville.




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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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