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CADN 22PO/1/34




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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 10 FRUCTIDOR AN X

[28 AOUT 1802]

EN REPONSE A 11 DEPECHES

RECUES CONJOINTEMENT



N° 122

10 fructidor an X [28 août 1802]

Citoyen Ministre,

J’ai reçu, pour ainsi dire en même temps, vos 11 dernières dépêches des 20 prairial [9 juin], 7, 23, 28 et 30 messidor [26 juin, 12 juillet, 17 juillet, 19 juillet], 2 et 9 thermidor [21 et 28 juillet]. J’ai satisfait aux principaux ordres qu’elles contenaient, et je vous en ai rendu compte par ma lettre du 25 thermidor [13 août], remise à l’adjudant général Hullin, parti d’Alger le 27 [15 août] avec l’aide de camp Bergé sur le brick la Mutine. J’aurai aujourd’hui peu de détails à ajouter à ceux que je vous ai déjà fournis.

Par votre lettre du 21 prairial [10 juin] que je n’ai reçue que le 21 thermidor [9 août], vous m’annoncez que les consuls de la république, par un arrêté du 6 [26 mai], joint à votre lettre, ont renouvelé et confirmé toutes les dispositions de l’ordonnance du mois de mars 1781 relatives aux cautionnements à fournir par les négociants français qui voudront s’établir en Levant et en Barbarie. Je me conformerai aux ordres que vous me donnez à cet égard, et je vous rendrai exactement compte de tout ce qui pourra intéresser l’exécution de cet arrêté.

Vous m’annoncez par votre lettre du 7 messidor [26 juin], que le ministre de la Marine a pris des mesures pour mettre un terme aux brigandages des pirates qui infestent ces mers. Le ministre de la Marine, qui m’a écrit à cet égard, désirerait, dites-vous, que les puissances riveraines de la Méditerranée ordonnassent d’arrêter ou de repousser par la force tout bâtiment ou tout individu qui se présenterait sur un point quelconque de la côte sans être muni de papiers de mer authentiquement justificatifs de la légitimité de sa navigation. J’ai proposé l’adoption de cette mesure à la Régence d’Alger, qui m’a promis de donner des ordres et d’exercer la surveillance la plus scrupuleuse à cet égard.

Votre seconde lettre du 7 messidor [26 juin] m’enjoint de faire respecter le pavillon italien, dont vous m’envoyez le modèle.

La Régence d’Alger, ainsi que je vous l’ai marqué, a reconnu la république italienne ; elle respectera ses couleurs comme celles de la France même. Mais pour éviter toute contestation sur mer, il me semble qu’on doit délivrer des passeports à tous les bâtiments de cette nation. Si le gouvernement de la république italienne adopte cette mesure, il sera nécessaire de m’adresser des modèles de ces passeports, de l’un desquels je munirai chaque corsaire qui sortira.

Je sollicite des ordres, qui vont être expédiés aux gouverneurs de Constantine et de Mascara, pour faire respecter le pavillon de la république italienne.

Vous m’ordonnez, par votre lettre du 23 messidor [12 juillet], de presser la Régence de s’occuper des restitutions qu’elle doit faire relativement aux effets et à l’argent saisis dans nos différents comptoirs lors de la déclaration de guerre de l’an 7. Vous trouverez, dans le compte que je vous ai rendu de mes opérations le 8 thermidor an IX [27 juillet 1801], l’état général des sommes réclamées ; il se monte à 91 623 piastres fortes 23 m. Cette somme peut avoir été enflée par les différents agents qui m’ont fourni l’état ; mais c’est un compte à faire. La Régence, dans aucun temps, n’a refusé ces restitutions ; mais vous m’avez annoncé depuis que le compte devait être réglé à Paris, et j’ai cru devoir m’abstenir de toute démarche ultérieure. Les anciens agents de la compagnie, et MM. Bacri qui se sont emparés des effets réclamés se trouvent en France ; ce compte doit être débattu entre eux, et peut-être sera-t-il plus facile à Paris qu’ici d’arriver à un prompt résultat sur cette affaire. Néanmoins, si vous ordonnez qu’elle doit être réglée sur les lieux, veuillez bien me le mander, et je m’en occuperai sans relâche. Les anciens agents de la compagnie ont des droits à toute votre sollicitude : ils ont été inhumainement dépouillés ; arrêtés à l’extrémité du royaume, ils ont été traînés en esclavage à Alger au milieu des plus affreux traitements et de l’hiver le plus rigoureux. Le citoyen Guibert, dont vous me parlez, est un de ceux qui a le plus souffert, et je ne puis trop recommander à vos bontés cet agent estimable.

La répétition des avanies faites par la compagnie au cheik Abd’allah et à son fils Ali-Ben, montant à 43 772 piastres fortes suivant la lettre qui vous a été adressée par le citoyen Bertrand, éprouve plus de difficultés. J’en ai déjà parlé : la Régence prendra des renseignements du Bey de Constantine ; j’en ai fait prendre par moi-même par l’agent que j’envoie à Bône. Je n’avais connaissance de cette affaire que par les détails assez imparfaits d’un mémoire fait à la Calle le 14 ventôse an IV [4 mars 1796] par l’ancien gouverneur Peïron.

D’après cela, vous jugerez sans doute convenable, Citoyen Ministre, d’engager le citoyen Bertrand à me fournir toutes les notions sur cette affaire, afin que je puisse faire, le plus promptement possible, toutes les réclamations convenables.

Vous m’annoncez que les circonstances qui avaient fait désirer l’envoi d’un ambassadeur algérien à Paris étant changées, cette mission n’offrirait plus d’intérêt. J’ai déjà fait, avec la circonspection que vous me recommandez, les démarches capables de déterminer le Dey à y renoncer, et je crois pouvoir vous assurer que j’y réussirai.

Malgré les assurances données par le Dey au Premier Consul qu’il n’existe plus de français dans les montagnes de Tenez, je n’ai pas encore renoncé à l’espoir d’en retrouver quelques-uns ; mais il faut avouer que ces montagnes escarpées ont été jusqu’à ce jour insoumises, et qu’on ne pourra arracher que par adresse les malheureux qu’elles peuvent encore recéler. J’expédie secrètement un marabout qui les parcourra toutes, et dans quelques semaines je pourrai instruire le gouvernement d’une manière positive. En attendant, j’ai fait encore donner de nouveaux ordres au Bey d’Oran.

Ma conduite envers le contre-amiral Leissegues, a été conforme aux ordres que vous m’avez donnés. Il n’a pas assisté aux premières audiences, parce qu’il convenait, et il l’a jugé lui-même ainsi, qu’il restât à bord : reconnaissant le caractère bizarre du chef de la Régence, j’ai pensé qu’il ne fallait négliger aucune mesure de précaution. Rien n’était si problématique que l’arrangement que nous sommes parvenus à déterminer : le Dey, dans l’audience du 18 [6 août], avait tout accordé. Deux heures après, l’opinion avait déjà varié, et le 19 [7 août] on éluda toutes les satisfactions ; mais mon entrevue avec le Khaznedji, qui eut lieu en présence de plusieurs turcs de distinction, jeta les plus grandes alarmes dans la ville. Le Dey, qui se trouvait à son jardin, reçut dans la soirée, et le lendemain à 4 heures du matin, les détails les plus circonstanciés sur cette entrevue. Il envoya de suite l’ordre au Khaznedji de me mander pour m’assurer qu’il voulait vivre en bonne intelligence avec le Premier Consul, et qu’il accédait à toutes ses demandes.

L’audience toute extraordinaire du Dey, dont je vous ai rendu compte, eut lieu le 21 [9 août]. Les officiers généraux y furent accueillis par des marques nouvelles de faveur.

Le 23 [11 août], le brick la Mutine mouilla sur la rade ; il avait à bord l’aide de camp Berge. Il me consigna vos deux lettres du 9 thermidor [28 juillet] ; mais il m’annonça que celle du Premier Consul pour le Dey, dont vous m’annonciez qu’il était porteur, ne lui avait point été remise. Heureusement tout était terminé ; et je n’avais rien laissé ignorer au Dey et aux Grands de la Régence de ce qu’elle contenait. Toutes les questions me furent faites sur l’arrivée de cet officier, qui ne contribua pas peu à augmenter toutes les alarmes qu’on éprouvait déjà. Je me bornai à répondre qu’il était chargé de nouvelles dépêches pour moi, qu’il m’apportait l’ordre de quitter Alger sur le champ si je n’avais pas obtenu satisfaction sur tous les points, et que le Premier Consul avait donné l’ordre de faire marcher 80 000 hommes contre la Régence.

Le 27 [15 août], l’adjudant général Hullin et l’aide de camp Berge firent voile pour Marseille. La division partit le 29 [17 août]. Le même jour, les corsaires reparurent et rentrèrent dans le port ; ils ont désarmé.

Le 1er de ce mois [19 août], est arrivé ici l’aviso l’Osiris. Le préfet maritime de Toulon m’annonçait que le commandant était porteur de deux lettres, l’une pour l’aide de camp Berge et l’autre pour moi. J’ai dû présumer que le paquet pour le citoyen Berge contenait la lettre du Premier Consul pour le Dey ; je ne l’ai pas ouverte, parce que ce prince connaissait d’avance tous les détails qu’elle renferme ; et, devant d’ailleurs être consignée par le porteur lui-même, qui ne se trouvait pas ici, j’ai pensé que cette remise, qui n’a pu être faite dans le temps opportun, devenait inutile, et peut-être même dangereuse auprès d’un homme avec lequel il faut savoir saisir les moments. J’attendrai donc vos ordres pour savoir s’il convient qu’elle soit remise.

L’arrivée de l’Osiris a causé ici de nouvelles inquiétudes ; elles ont été augmentées encore par la nouvelle qu’il a apporté que les juifs Busnach et Bacri avaient quitté la France, et que tous ceux de Marseille s’étaient embarqués pour revenir ici, où ils sont attendus à tous les moments. On place des batteries de tous les côtés ; le Dey a visité tous les forts le 2 [20 août] ; on désigne déjà les lieux où doivent descendre les français ; on écrit à tous les gouverneurs de tenir leurs troupes prêtes à marcher au premier appel. Toutes les circonstances ont véritablement contribué à rendre les alarmes telles qu’il convenait qu’on les éprouvât.

Le 3 [21 août], le Dey a mandé secrètement le consul d’Amérique, auquel il accorde quelque confiance, parce qu’il a été ici dix ans esclave, et qu’il le regarde comme un de ses enfants. « Est-il bien positif, lui a-t-il dit, que Bonaparte a résolu de faire marcher 80 000 hommes contre moi, et puis-je me fier à l’arrangement que je viens de faire avec son chargé d’affaires ? »

« Je te félicite, lui répondit l’agent d’Amérique, sur le parti que tu as pris. Tu as évité de grands malheurs à ton pays : rien n’était si certain que la détermination de Bonaparte. Mais tu dois être tranquille : Bonaparte est trop grand pour user de subterfuge avec toi ; l’homme chargé ici de sa confiance t’en a donné sa parole : elle est sacrée. »

Vous jugerez d’après cela, Citoyen Ministre, du degré de terreur que les paroles du Premier Consul ont jeté dans tous les esprits. Jamais leçon ne fut plus complète. Louis XIV brûla deux fois Alger ; mais je suis persuadé qu’il n’y imprima pas les frayeurs qu’on y éprouve en ce moment. Il est glorieux de servir son pays quand le chef de l’état en soutient les droits de ces agents avec tant d’honneur.

La Régence d’Alger m’a accordé toutes les provisions que j’ai demandées. Quoiqu’on n’ait laissé descendre à terre que les hommes nécessaires pour les enlever, il a été difficile malgré toutes les recommandations, d’éviter quelques rixes entre les nôtres, irrités des menaces des algériens, et ceux-ci furieux de voir leur gouvernement forcé de se courber sous la toute puissance de Bonaparte. La Régence m’a fait porter des plaintes contre la conduite peu réservée de quelques-uns de nos marins. Je me suis plaint, de mon côté, du peu de ménagements de quelques algériens envers les nôtres. Les ordres les plus sévères ont été donnés de part et d’autre, et tout est rentré dans l’ordre. Mais un événement, qui, dans tout autre circonstance, aurait infailliblement eu des suites très fâcheuses, m’a donné quelques embarras. Il est d’usage, lorsque des armements de guerre mouillent sur la rade, que la Régence exige que l’agent de la nation à laquelle ils appartiennent, la parole d’honneur qu’il ne sauvera point d’esclave, et, dans ce cas, ces malheureux ne sont point enchaînés. La Régence n’a exigé de moi aucune parole d’honneur, et tous les esclaves ont été chargés de chaînes. 5 se sont sauvés à bord de l’escadre ; le Dey les a réclamés de moi avec beaucoup d’humeur. Dans pareille circonstance, il est dangereux de garder ; mais il est odieux de rendre, et, dans ce cas, on a vu plusieurs fois les nations obligées de payer la rançon. J’ai répondu que les armements étaient mouillés très au large ; que j’ignorais s’ils avaient recueilli quelques esclaves ; mais que, la Régence n’ayant exigé de moi aucune parole d’honneur, je ne croyais point avoir la faculté de réclamer des perquisitions à bord de l’amiral, duquel on n’avait point exigé d’engagement. On m’a répondu que, si les esclaves se fussent sauvés à la nage, on n’aurait fait aucune réclamation ; mais que les marins avaient favorisé leur évasion en leur fournissant des habits, et en les recevant dans les canots. Sans jamais convenir de l’existence de ces hommes à bord, je suis constamment revenu sur la faute commise par le gouvernement algérien de n’avoir point demandé ma parole ; j’ai ajouté que, dans ce cas, les lois de notre pays, comme celles de notre religion, nous défendaient de rendre. Le Vekilandji parla très longuement de cette affaire au contre-amiral Leissegues ; il a répondu qu’il n’avait aucune connaissance que des esclaves se fussent sauvés à bord. La Régence a cessé d’insister sur cette affaire ; mais à l’arrivée de l’Osiris, elle n’a pas manqué de demander la parole d’honneur que j’ai exigé du commandant. Nous avons pris toutes les mesures pour qu’aucun esclave ne se réfugie sous nos couleurs.

Le gouvernement de Naples retient dans l’esclavage plusieurs Raïs de cette Régence. Il est d’usage que les capitaines et les Raïs des deux nations soient exempts des travaux. Le Dey a appris que ses Raïs étaient très maltraités à Naples, et il a fait enchaîner deux à deux et livrer aux plus pénibles travaux les capitaines napolitains qui se trouvaient ici libres dans les différentes maisons particulières. Un de ces malheureux est à mon service ; j’ai fait une démarche en sa faveur. Le Vékilhandji, devenu très obligeant pour moi, m’a fait dire que, si je m’engageais à écrire au gouvernement de Naples pour l’inviter à traiter les Raïs algériens selon les lois de l’usage établi entre les deux nations, il ferait, sur ma parole, rendre à la liberté tous les capitaines napolitains. J’en ai pris l’engagement, et ils sont libres. J’écris en conséquence au commissaire de Naples. J’ose espérer, Citoyen Ministre, que vous voudrez bien donner à cet agent l’ordre de présenter avec la forme convenable au gouvernement napolitains une réclamation aussi sacrée.

Le gouvernement de Naples est dans l’usage de faire un rachat général tous les10 ans ; il reçoit pour cet effet annuellement des aumônes destinées à cette œuvre pieuse. Il y a 16 ans qu’aucun rachat n’a eu lieu, et 3 à 4 cents napolitains languissent dans le plus affreux esclavage, entièrement oubliées de leur cour.

J’ai envoyé à Bône le citoyen Antoine Léon. C’est un homme sage, probe, et qui parle très bien les langues du pays. Il doit être connu du citoyen Bertrand. Ce n’est pas sans beaucoup de difficultés que je l’ai déterminé à se charger de cette mission temporaire. Je lui ai remis une lettre assez forte du Dey d’Alger pour le Bey de Constantine ; il doit la porter à ce gouverneur lui-même.

Ci-jointe la copie de la lettre en forme d’instruction que j’ai remise à la hâte au citoyen Léon. J’ai demandé, ainsi que vous me l’ordonniez, au nom du Premier Consul, la punition du gouverneur de Bône. On prétend aujourd’hui qu’il n’a aucun tort ; qu’il n’a envoyé à la Régence que le rapport du Raïs qui a saisi la barque la Conception ; qu’au surplus on va prendre des renseignements sur sa conduite dans cette affaire ; et que, s’il est coupable, il sera puni sévèrement. Le Raïs sera châtié, destitué et déclaré à jamais incapable de commander un armement de la Régence ; la lettre du Dey en donne expressément l’ordre au Bey de Constantine. Il n’est point de meilleure mesure que celle d’exiger la punition de tout Raïs qui se rendra coupable envers nous du plus léger outrage. Ils seront nécessairement circonspects en mer, quand ils seront sûrs, en attentant au plus léger de nos droits, de trouver à Alger le déshonneur et la perte de leur état. Ce sont toujours ces misérables qui causent ici tous les embarras, parce que tous les Grands de la Régence, partageant leurs rapines, sont intéressés à les soutenir. Je maintiendrai, Citoyen Ministre, l’heureuse révolution que le Premier Consul vient d’opérer à Alger ; l’agent du gouvernement tient aujourd’hui le rang qu’il doit occuper, et je n’en descendrai pas. Grâces soient rendues à Bonaparte : son génie a fixé ici à jamais le degré de respect qui doit être porté à la nation puissante dont il est le magistrat suprême ; il a calmé toutes les inquiétudes, et rendu l’espérance aux français.

Il me reste, avant de terminer cette lettre, à vous parler encore des malheureux esclaves d’Oran. Je n’ai pas infiniment à me louer de leur conduite ; mais ils sont malheureux, et l’infortune rend souvent les hommes injustes. La Régence persiste à les considérer comme espagnols, et déclare qu’elle forcera la cour de Madrid à payer leur rançon, si le gouvernement français persiste à les réclamer. Un nouveau consul d’Espagne est attendu à tous les instants : ne jugerez-vous pas convenable de lui donner l’ordre par sa cour de s’entendre avec moi sur cette affaire malheureuse ? Vous m’épargnerez bien des désagréments, et à la cour de Madrid une avanie qu’elle ne peut manquer d’éprouver. Vous voudrez bien vous rappeler que M. Cévallos, secrétaire d’état, avait promis au citoyen Léon Bonaparte, pendant mon séjour en Espagne de s’occuper de la délivrance des esclaves d’Oran ; je vous ai adressé, dans le temps, la copie de sa lettre. La cour de Madrid parait avoir entièrement perdu de vue cette affaire, qui, par l’intervention de la France, pourrait être facilement arrangée au moyen du simple ordre à son agent à Alger de s’en occuper de concert avec moi.

MM. Busnach et Bacri viennent d’expédier un bâtiment à Marseille. Ils désirent beaucoup qu’il soit ici le porteur des présents destinés à la Régence ; mais vous trouverez sans doute convenable de les faire partir sur un armement de la République.

L’établissement d’un courrier entre le midi et la Barbarie serait d’une grande utilité publique ; l’Espagne, qui a ici des intérêts beaucoup moins grands que les nôtres, a, depuis longtemps adopté cette mesure, qui pourrait être prise sans de grands frais pour l’état, en favorisant un petit commerce qu’on pourrait permettre au capitaine, par ce moyen, sera en correspondance et celle du commerce de Tunis avec vous pourrait être assurée d’une manière positive. Si vous jugiez cette mesure utile, vous pourriez charger des dispositions l’agent des relations extérieures à Marseille, et je suis persuadé qu’il trouverait des moyens d’arrangement qui coûteraient fort peu à l’état.

Le gouverneur de Bône avait trouvé de puissants défenseurs ici ; mais l’arrestation de deux autres bateaux pêcheurs m’a fourni de nouvelles armes contre lui : sa destitution a été prononcé le 8 [26 août], et le courrier extraordinaire expédié de suite. Un envoyé du Bey de Constantine, qui se trouvait ici, a été mandé ; le premier ministre lui a dit en ma présence : « l’intention du Dey est qu’on ait dans tout le royaume le plus grand respect pour les français. Tu diras à ton maître que c’est sur la demande expresse du commissaire de France que le gouverneur de Bône a été destitué.

Une division hollandaise, composée de trois vaisseaux de ligne et de deux corvettes, vient de mouiller ici ; le vice-amiral Dewinter, qui la commande, a été présenté au Dey. Ce prince lui a demandé des présents ; l’amiral lui a répondu qu’il n’avait de quelques quintaux de poudre à lui offrir.

Les frayeurs, depuis quelques jours, commencent à se calmer ; mais on remarque sur toutes les figures des algériens la rage qu’ils éprouvent intérieurement d’avoir été obligés de se soumettre à un arrangement qu’on regarde généralement comme humiliant pour la Régence. Toute la marine, les Raïs surtout dévorent leur fureur et se taisent. Le Vekilhandji continue à m’accabler de politesse.

Daignez agréer, Citoyen Ministre, l’expression de ma bien sincère reconnaissance pour toutes les bontés dont vous ne cessez de me combler, et ne jamais douter de mon dévouement sans bornes pour les intérêts de la République.

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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