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CADN 22PO/1/34




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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 7 FRIMAIRE AN XI

[28 NOVEMBRE 1802]

SUR LES PRESENTS D'USAGE



N° 127

7 frimaire an XI [28 novembre 1802]

Citoyen Ministre,

J’ai reçu le 5 de ce mois [26 novembre], par un bateau venu d’Alicante, vos 3 lettres des 22 fructidor [9 septembre], 3 et 22 vendémiaire [26 septembre et 15 octobre]. Je n’ai qu’un instant pour y répondre par un bâtiment qui va faire voile pour Marseille.

J’ai été infiniment sensible aux éloges que vous avez bien voulu donner à ma conduite dans la dernière négociation, et je suis trop récompensé par les témoignages de satisfaction que vous me transmettez au nom du Premier Consul, de toutes les tribulations que j’éprouve depuis 4 ans que la confiance du gouvernement m’a placé au poste bien pénible d’Alger.

Je me bornerai aujourd’hui à répondre à l’article de votre lettre du 22 fructidor [9 septembre] relatif aux présents d’usage. J’en rappellerai ici les expressions. « Le Premier Consul, me dites-vous, ainsi que je vous l’ai mandé, est bien dans l’intention d’en faire au Dey ; mais il veut en user avec lui conformément aux usages généralement observés en Europe : il veut, avant que de se déterminer sur la valeur des présents qui seront envoyés au Dey, connaitre la valeur de ceux qu’il lui destine à lui-même. Vous aurez soin de prendre sur cela des renseignements positifs et de me les transmettre. En annonçant cette disposition, vous ferez connaitre que le Dey doit s’en trouver très flatté : elle l’assimile aux princes d’Europe, et est conséquemment pour lui, de la part du Premier Consul, une haute marque d’estime et de considération. Le Premier Consul veut de plus que, de part et d’autre, les présents soient expédiés en même temps.

Je ne dois point vous dissimuler, Citoyen Ministre, que cette mesure, dont je n’ai dû faire l’ouverture qu’avec beaucoup de circonspection, n’ait infiniment déplu. Ses conseillers m’en ont paru très affligés, et m’ont dit même, d’une manière assez positive, qu’il serait très dangereux, dans les circonstances, d’en parler au Dey ; ils m’ont même déclaré qu’ils ne répondraient pas de quelque mesure violente de sa part. En effet, dans un moment où la milice est encore très irritée de l’humiliation que nous avons fait subir au Dey, dans un instant surtout où elle demande à grands cris la sortie des corsaires, qu’on retient dans le port parce que le gouvernement algérien n’est pas encore rassuré sur les dispositions de la France, qu’on ne regardera comme pacifique, que par l’arrivée des présents, il est difficile de se dissimuler que la Régence ne pourrait, sans s’exposer aux dangers d’une révolte, en faire partir pour le Premier Consul avant d’avoir vu paraitre ceux qu’on destine à Alger. Tout en reconnaissant la justesse de ces observations, je n’ai pas cru néanmoins, d’après les intentions bien précises du Premier Consul, que je dusse les cacher au Khaznedji, avec lequel je puis m’exprimer librement. Je lui ai fait demander une audience : il était très malade ; il m’a reçu ce matin dans son lit. Je lui ai fait valoir tout le cas que le Premier Consul faisait du Dey, en l’assimilant aux princes les plus puissants de l’Europe, en lui observant d’ailleurs que ce n’était qu’une affaire de forme, qui convenait à la dignité de l’un et l’autre gouvernement. Les algériens malheureusement n’envisagent pas l’honneur de la même manière que nous. Le premier ministre m’a répondu, avec assez de froideur, que ce serait violer toutes les lois de l’usage et de la politique constamment suivies à Alger, et qu’il ne pouvait se déterminer à faire cette proposition au Dey, parce qu’il était assuré d’avance qu’elle serait fort mal accueillie ; il m’a ajouté que, si on voulait leur faire la guerre, il fallait franchement le leur déclarer. J’ai répondu que, si le Premier Consul avait cru la guerre nécessaire, il n’aurait pris conseil que de sa dignité, et qu’il avait en main les forces suffisantes pour que le succès de cette guerre ne fut pas même douteux ; mais qu’il avait été satisfait des réparations que la Régence lui avait données, puisqu’il offrait de resserrer de plus en plus, par des présents, la vieille amitié qui lie la Régence d’Alger avec la France. Je suis ensuite entré dans beaucoup de détails sur le genre de protection dont le Premier Consul veut que les français jouissent désormais ici. « Sans doute, ai-je ajouté, il désire rester en paix avec vous, et les engagements que j’ai pris en son nom seront fidèlement exécutés ; mais il exige aussi de la réciprocité de votre part, et vous devez vous bien pénétrer que le système qu’il faut adapter envers la France doit être bien différent de celui que vous avez pris à l’égard des puissances secondaires. Que vous demande le Premier Consul dans cette circonstance ? Rien que de rigoureusement juste : il désire que vous fassiez partir d’Alger, à une époque fixe, les présents que vous lui destinez, et ceux qu’il enverra au Dey partiront, à la même époque, d’un des ports de France. » Le premier ministre, prenant un ton plus doux, m’a répondu qu’ils ne resteraient pas en arrière à cet égard ; que des présents seraient envoyés au Premier Consul ; mais qu’il n’était pas en son pouvoir de violer les lois et les usages de la Régence, et qu’il serait même très dangereux de faire cette proposition au Dey, qui n’ignore pas que des présents ont été envoyés aux Pachas de Tunis et de Tripoli.

J’ai cru, Citoyen Ministre, ne pas devoir sur cet objet pousser plus loin des explications qui auraient pu compromettre la victoire que nous venons de remporter ici. Vous connaissez le caractère bizarre du prince qui gouverne, et la prudence commande beaucoup de ménagements auprès d’un homme si étrangement organisé.

D’après cela, Citoyen Ministre, je pense que l’envoi des présents est devenu indispensable : je les ai promis d’après les autorisations consignées dans vos lettres, et surtout dans celle du 23 messidor [12 juillet], qui m’a été remise par le contre-amiral Leissegues. L’adjudant-commandant Hullin a pris aussi l’engagement qu’ils seraient faits ; il en a reçu lui-même d’assez considérables. De plus longs retards ne pourraient manquer de m’occasionner beaucoup de désagréments auprès d’un prince que l’ignorance, le fanatisme et la déraison peuvent porter aux derniers excès. La distribution des présents dissipera d’ailleurs sur nos intentions toutes les incertitudes dont les Grands de la Régence sont journellement obsédés : malgré toutes les assurances que je ne cesse de donner, la milice s’obstine à penser que la France n’a point renoncé au projet de faire une expédition contre Alger ; elle accuse assez hautement la sécurité des Grands. Je ne dois pas vous laisser ignorer que quelques français ont été insultés, malgré les ordres les plus sévères donnés dans toutes les casernes, et que j’ai été obligé ces jours derniers de faire donner 600 coups de bâton à deux soldats que j’ai saisis moi-même.

Si le Premier Consul persiste à exiger la mesure, difficile à obtenir, de l’envoi en même temps des présents qui doivent être faits de part et d’autre, j’ose vous prier de m’expédier ses ordres par un bâtiment de l’état, et je vous supplie de croire que je les exécuterai avec toute la fermeté qui ne m’abandonnera dans aucune circonstance.

Si, au contraire, le Premier Consul juge que les présents doivent être envoyés ou pris ici, en me fixant la somme qui doit être employée, j’ose vous répondre qu’au moment où ils seront distribués, un bâtiment partira du port d’Alger, pour porter au Premier Consul ceux qui lui seront destinés. Je crois même pouvoir assurer qu’ils seront dignes de lui et de vous, tels enfin que la Régence n’en a jamais offert à personne, parce que j’en ai toutes les assurances.

Veuillez bien, Citoyen Ministre, me transmettre vos ordres à cet égard le plus tôt possible, car l’impatience dans tous les esprits est à son comble

Par ma lettre du 17 brumaire [8 novembre], N° 126, je vous annonçais que deux vaisseaux de ligne anglais avaient mouillé ici, et qu’on s’était attendu à de violents débats entre le Dey et l’agent de Sa Majesté Britannique. Celui-ci, au contraire, a accédé, de la part de son gouvernement aux différentes demandes du Dey, et a promis, selon ses désirs, que les passeports seraient changés, et que les 180 000 piastres qu’il réclame seraient, assure-t-on, payées.

Le 2 de ce mois [23 novembre], un brick anglais a paru sur cette rade ; le commandant a remis à la Régence les nouveaux passeports, et a fait voile sur le champ pour Tunis et Tripoli.

Les sept malheureux corses vendus à Tunis sont toujours dans les fers. Je n’ai aucune nouvelle du commissaire Devoize, auquel vous m’avez mandé avoir donné l’ordre de les réclamer impérieusement du Bey. J’avais fait renvoyer à Tunis le nommé Ravena, qui se trouve au pouvoir du Bey de Constantine. Je viens d’apprendre par une lettre qu’il écrit ici à un de ses compagnons d’infortune que le Bey de Tunis a refusé de rembourser le prix de sa vente, qu’il l’a fait enchaîner de nouveau et renvoyé à son patron. Ci-joint copie de la lettre de Ravena.

Je vous salue très respectueusement.

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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