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CADN 22PO/1/34




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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 27 NIVOSE AN XI

[17 JANVIER 1803]

SUR SON ENTRETIEN

AVEC BUSNACH



N° 133

27 nivôse an XI [17 janvier 1803]

Citoyen Ministre,

En rassurant sans cesse les Grands sur les dispositions amicales du Premier Consul, j’avais prévenu vos ordres en ne voulant pas détruire entièrement les alarmes si nécessaires à notre considération que le peuple algérien n’a cessé d’éprouver ; elles sont telles en ce moment que le gouvernement est réduit à craindre pour sa propre sûreté. Le départ de la maison Gimon, qui jouit ici de l’estime générale a surtout beaucoup contribué à les augmenter. Une partie de la milice, composée, comme vous le savez, d’un ramas de misérables qui n’ont rien à perdre, excite seule un prince fanatique à des mesures violentes ; mais tous les habitants voient avec indignation le projet insensé de rompre avec la France. Hier je traversai la ville ; tous les yeux se portèrent sur moi avec inquiétude. Plusieurs individus même se précipitèrent sur mes pas. « Au nom de Dieu, s’écrièrent-ils, dis-nous si nous sommes en paix ou en guerre avec toi. »

« La preuve que nous sommes en paix, me bornai-je à leur répondre, c’est que vous me voyez au milieu de vous. »

Les conseillers, qui n’avaient peut-être pas d’abord senti, ou qui avaient des raisons de se dissimuler tous les dangers de la mesure que le Dey avait prise contre moi le 16 [6 janvier], sont aujourd’hui extrêmement alarmés. Ils s’efforcent de la palier, en accusant eux-mêmes leur prince de démence.

« Si le Dey est fou, ai-je dit à Busnach, je connais ici un bien plus grand fou que lui, et c’est toi. Si tu n’as pas le courage ou l’adresse de gouverner celui que tu traites d’extravagant, pourquoi te mêles-tu de directions aussi importantes ? Penses-tu que le gouvernement français, victorieux et puissant, ait besoin ici de protecteur ? Empresses-toi donc de faire reprendre à ton prince des sentiments que son intérêt personnel et le tien commandent, ou est-ce que tu redoutes de devenir toi-même la première victime de ses extravagances. » Busnach est convenu avec moi de tous les dangers qui l’environnent, et m’a même avoué qu’il ne paraissait dans les rues qu’en frémissant.

Je suis encore revenu très longuement sur le système bien prononcé de fermer les ports d’Afrique à toutes les nations. Busnach repousse constamment cette idée, et ne veut attribuer les refus que les français éprouvent en ce moment qu’à une mauvaise humeur du Dey et à son obstination à exiger les présents d’usage, qu’il veut avoir dans 30 ou 40 jours. J’ai rappelé que le Premier Consul m’avait autorisé à les promettre, en déclarant néanmoins qu’on ne devait pas les regarder comme obligatoires ; mais qu’aujourd’hui je ne pouvais assurer qu’il consentit à les envoyer, quand on voulait en faire une condition de la paix. Les juifs ont redoublé d’instances auprès de moi pour m’engager à les distribuer, en m’annonçant qu’ils consentaient à en faire le sacrifice si le Premier Consul refusait de les leur rembourser. J’ai repoussé cette idée, et je me suis borné à répondre que j’attendais vos ordres.

Depuis longtemps les conseillers ne voyaient plus M. Falcon, agent d’Angleterre. Parmi les demandes faites au gouvernement britannique, le Dey avait réclamé, par une lettre au roi, le changement de M. Falcon. Le gouvernement anglais, voyant sans doute que cette mesure attentait trop publiquement à sa dignité, a refusé de changer son agent. Les juifs alors ont cru devoir se rapprocher de M. Falcon. Ces jours derniers, ils ont eu des explications très secrètes avec lui. Ils ont voulu pénétrer l’opinion que pouvait s’être formé son gouvernement sur les intentions qu’on suppose à la France d’attaquer Alger. Le consul d’Angleterre a répondu que si le gouvernement français nourrissait des projets d’envahissement, il est certain que la cour de Londres ne pourrait les voir sans inquiétude ; mais que, tant qu’il ne s’agirait que de venger des injures et de châtier les algériens, dont l’insolence est portée à son comble envers deux puissances qu’ils devaient respecter, il est certain aussi que l’Angleterre ne pourrait s’en offenser. Il m’est d’autant moins permis de douter des réponses de l’agent britannique à cet égard, qu’elles m’ont été rendues par un de ses amis, et qu’il me les a lui-même confiées. D’ailleurs, depuis quelques jours surtout, je remarque chez les juifs beaucoup plus d’inquiétude qu’auparavant. J’aime à vous rappeler, Citoyen Ministre, que, malgré toutes les difficultés de ma position, je resterai inflexible jusqu’à l’arrivée de vos ordres.

Ce matin, le Dey avait déclaré la guerre à l’Amérique. A la suite de longs débats, l’agent américain a obtenu du temps pour écrire à son gouvernement.

On est très impatient des retards apportés à l’arrivée de l’agent espagnol. Le Dey veut renvoyer le vice-consul.

Les démêlés avec le Danemark ne sont point encore terminés.

Hier un gros bateau suédois a mouillé sur cette rade ; il apporte les redevances.

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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