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CADN 22PO/1/34




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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 3 PLUVIOSE AN XI

[23 JANVIER 1803]

SUR LES AVANIES SUBIES

PAR LES NEGOCIANTS FRANCAIS

A ALGER



N° 134

3 pluviôse an XI [23 janvier 1803]

Citoyen Ministre,

Je vous ai écrit les 17, 24 et 27 du mois dernier [7, 14, 17 janvier] ; mes lettres ont été expédiées par duplicata voies de France et d’Espagne. Je vous ai mandé que le 16 [6 janvier], sans aucune espèce d’explication, le Dey avait déclaré la guerre à la république française ; qu’il m’avait signifié de sortir d’Alger, d’abord dans 3 jours, puis dans quelques heures, ensuite dans 6 jours, et que dans 30 il ferait courir sur les bâtiments français. Je vous ai annoncé en même temps que le 17 [7 janvier] le Dey, sur les instances de tous les Grands de la Régence, avait suspendu cette mesure et avait accordé 30 ou 40 jours pour l’arrivée des présents qu’il exigeait impérativement. Je vous ai enfin rendu compte qu’il avait refusé le chargement à deux bâtiments français qui se trouvaient dans le port, et que les négociants auxquels ils appartenaient avaient quitté Alger. Le citoyen Gimon et ses commis ont fait voile avant-hier ; les agents du gouvernement et le chirurgien Martinengo sont les seuls français qui restent ici.

Le départ de nos négociants, je ne puis le dissimuler, est l’ouvrage de M. Busnach, qui a voulu se débarrasser de concurrents dangereux. Il s’est même prononcé à cet égard de manière publique : pendant les derniers moments du séjour du citoyen Gimon, le Khaznedji voulait acquitter l’engagement d’honneur qu’il avait pris de faire charger au moins le bâtiment qui se trouvait dans le port. « Les morts qui sont enterrés à Bab-el-Oued, a dit Busnach, marcheront avant que la maison Gimon ait obtenu un grain de bled » Le Dey m’a fait signifier en même temps qu’il n’autoriserait le commerce des français que lorsqu’il aurait reçu les présents. Tous les habitants du pays, tous les Grands de la Régence ont vu cette mesure avec une extrême inquiétude ; le Vékilhardjï même, qui, vous le savez, n’est pas l’ami des français, s’est fortement prononcé contre la conduite étrange des juifs.

Tant d’insolence, Citoyen Ministre, vous étonnera sans doute. Tout ce que je pourrais vous dire dans de longs mémoires peut s’expliquer ici en peu de mots. De tous les misérables qui composent la milice d’Alger, le Dey est sans doute le plus ignorant et le plus fanatique ; il a des goûts extravagants, et ses besoins sont extraordinaires. Son conseiller Busnach, homme très entreprenant, n’a cessé de lui répéter qu’il était le plus grand prince de la terre ; et si l’idée qu’il m’avait paru s’être formé du Premier Consul n’a pu même lui en imposer, il faut, comme j’ai déjà eu l’honneur de vous le marquer, le considérer en démence véritable. Busnach, après le dangereux engagement de lui fournir toutes les sommes qui lui seraient nécessaires, est obligé aujourd’hui de le remplir, parce qu’un refus, motivé même sur l’impossibilité la plus absolue, le conduirait à une disgrâce, et conséquemment à sa perte. Pour faire face aux folles prodigalités du Dey, il a fallu dépouiller les gouverneurs de province, qui, malgré les vexations les plus inouïes qu’ils exercent sur les arabes, ne peuvent plus fournir à ce qu’on exige d’eux – Nous apprenons à l’instant que plusieurs peuplades se sont révoltées dans la province de Constantine, et que le Khalif, qui a marché contre eux, a été tué – Les avanies envers les puissances secondaires sont aussi insuffisantes, et ce n’est que par le système, bien prononcé, d’enrichissement de tout le commerce de l’Afrique que les conseillers Busnach et Bacri peuvent espérer de trouver les ressources qui leur sont nécessaires pour satisfaire à des besoins que leur existence personnelle leur commande impérieusement d’apaiser.

Ainsi la non-arrivée des présents n’a été qu’un prétexte imaginé par les juifs pour faire refuser des grains aux français. Quand nous aurons satisfait le Dey sous ce rapport, on trouvera d’autres raisons pour éloigner nos négociants, et l’honneur me presse de dire au gouvernement que, tant que le système actuel d’Alger existera, il faut renoncer à toute espèce de prospérité commerciale en Barbarie. Je suis bien éloigné de penser que le Dey, tout extravagant qu’il est, se détermine sérieusement à nous faire la guerre : les Grands et les juifs eux-mêmes sauront toujours l’arrêter à temps. Mais le Premier Consul voudra-t-il laisser les ports de la Barbarie fermés aux français ? Voudra-t-il renoncer aux avantages que peut donner le rétablissement de la compagnie d’Afrique, et souffrira-t-il plus longtemps que les algériens alarment sans cesse nos navigateurs ?

J’ai eu sur cet objet, comme je vous l’ai déjà mandé, des explications très étendues avec les juifs. Malheureusement Busnach, qui n’est jamais sorti d’Afrique, a des idées très fausses sur les principes et la force du gouvernement français ; ses parents mêmes, qui sont à Paris, ne contribuent pas peu à l’aveugler encore à cet égard. Cependant, pour peu qu’il voulût réfléchir sur sa position, il lui serait facile de se convaincre combien sont imminents les dangers qui l’environnent : il n’est pas un algérien qui ne voie avec indignation la faveur sans exemple dont il jouit, et les extravagances d’un prince qu’il ne peut pas toujours gouverner, parce qu’il a auprès de lui des ennemis puissants. Il n’existe pas surtout un soldat de la milice qui n’ait sans cesse le poignard levé sur lui, et la plus légère démonstration hostile de notre part contre le pays, qu’on attribue d’avance à toutes ses intrigues, est le signal inévitable de sa perte. Busnach néanmoins n’a pas été sans donner quelque attention à ces réflexions très sérieuses, et, au milieu de l’inquiétude générale qui règne ici, il n’est pas un de ceux qui soit le moins alarmé.

Demain je verrai le Dey à l’occasion des fêtes du Beïram. Si le bâtiment qui doit vous porter celle-ci n’a pas fait voile, j’aurai l’honneur de vous rendre compte de mon entretien avec lui.

L’agent danois a obtenu trois mois pour écrire à sa cour.

Celui d’Amérique a éprouvé beaucoup de difficultés pour en obtenir quatre.

L’Espagne est de nouveau menacée. On exige impérativement le bâtiment promis pour aller prendre des matières à Constantinople. On devient de plus en plus impatients des retards apportés à l’arrivée du nouvel agent, qui ne parait point.

Il faut être sur les lieux pour se faire une idée de la démence de ces gens-ci.

Daignez agréer, Citoyen Ministre, les nouvelles assurances de mon inaltérable dévouement.

Dubois Thainville.

P. S. – Nuls préparatifs encore pour la sortie des corsaires. Je persiste néanmoins à penser qu’on travaillera prochainement à leur armement.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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