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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 3 VENTOSE AN XI

[22 FEVRIER 1803]

SUR LA SITUATION A ALGER



N° 136

3 ventôse an XI [22 février 1803]

Citoyen Ministre,

Une frégate danoise a paru sur cette rade le 15 pluviôse [4 février]. Le commandant a annoncé que les lettres que je vous ai expédiées voie de France sont arrivées le 29 nivôse [19 janvier] à Toulon. Je suis instruit, d’un autre côté, que celles acheminées par l’Espagne sont arrivé es à Barcelone le 28 [18 janvier], et que le commissaire Viot les a fait partir le même jour par un courrier extraordinaire qui a du arriver à Paris le 4 pluviôse [24 janvier]. Il y a donc 29 jours que vous êtes instruit des événements qui se sont passés ici, et je dois m’attendre à voir paraitre à tous les moments un armement, porteur de vos ordres, instamment sollicités par ces lettres. Les Grands de la Régence, les conseillers surtout ne sont pas moins impatients que moi de connaitre les mesures que le Premier Consul aura jugé convenable de prendre dans une circonstance qui intéresse essentiellement ces contrées. Le Dey et quelques fanatiques qui l’environnent sont les seuls qui ne partagent pas les alarmes que tous les habitants du pays éprouvent plus vivement que jamais. Ce prince, à l’arrivée du courrier d’Espagne, avait encore pris la résolution de me faire sortir de ses états. Dans un des accès de rage, ou plutôt de démence, qui lui sont si ordinaires, il a voulu même, dit-on, me faire mettre à la chaîne. On a eu grand soin de me cacher ces nouvelles extravagances ; mais j’ai été instruit, par les espions que j’ai auprès de lui, des débats, même très violents, qui ont eu lieu à cet égard, et des difficultés que son conseiller Busnach a éprouvées pour le déterminer à attendre au moins les premiers avis de France. Il persiste toujours à exiger les présents. MM. Busnach et Bacri ont publié, à l’arrivée du courrier d’Espagne qu’ils étaient partis de Paris, et ils continuent d’assurer qu’on en enverra en France dignes du Premier Consul et de vous.

Ces jours derniers, le bruit s’était répandu, je ne sais comment, que ma famille devait s’embarquer sur le brick-courrier qui fera voile aujourd’hui. Je cherchai vainement à le détruire, par les assurances que je donnai qu’elle n’avait jamais songé à séparer son sort du mien. Le départ seul du brick, qui laisse ici les miens, a pu rassurer les esprits.

Vous jugerez, d’après cela, Citoyen Ministre, et surtout par les détails que j’ai eu précédemment l’honneur de vous fournir, que les algériens qui sont susceptibles de quelque réflexion, et, j’ose vous l’assurer, tous les Grands de la Régence, sont bien éloignés de partager les opinions étranges de leur chef à l’égard de la France. On s’exprime même publiquement sur son compte d’une manière peu mesurée ; et les intrigues de ses conseillers, intéressés à le soutenir, peuvent seules retarder sa chute, que je regarde comme inévitable. Le Dey est déjà réduit à séduire par des ménagements envers les soldats de la milice, divisés de sentiments sur son compte. Il leur fait souvent distribuer de l’argent ; il tolère tous les excès, leurs crimes mêmes dans les campagnes journellement dévastées par eux ; et, si bientôt on ne met pas un frein à leurs crimes, il sera désormais impossible de sortir des portes d’Alger. L’intrigue porterait naturellement le Khaznedji au trône ; mais il est bien vieux, craintif, parce qu’il est très riche, et ses liaisons avec les juifs lui ont beaucoup aliéné l’esprit des soldats. Les vœux de la milice paraissent se réunir en faveur du Khodja Cavallo ; c’est un homme de 40 ans, doux, aimable même, et dont l’élévation aurait l’assentiment général.

Le sort des esclaves est devenu affreux : ils sont plus maltraités que jamais. La semaine dernière, le Dey les a fait travailler, sous les coups de bâton, et dans la saison la plus rigoureuse, pendant 48 heures, sans, pour ainsi dire, leur permettre de se nourrir et de se reposer. Il a assisté nuit et jour aux travaux qui ont lieu sous les fenêtres de maison. Je l’ai vu leur distribuer lui-même des coups de bâton. Seize ont été portés mourants à l’hôpital. Sur les représentations du Vékilhardji, il a néanmoins délivré des travaux les officiers portugais, écrasés, pendant 3 mois et 19 jours, sous les fardeaux les plus pesants. II a signifié au commandant qu’il voulait avoir la rançon des 400 portugais sous 2 mois, et, si, à l’expiration de ce délai, la cour de Lisbonne n’a pas satisfait aux prétentions sans exemple du Dey, le sort de ces malheureux deviendra insupportable. Le Dey, en exigeant le rachat en masse de tous les portugais, veut en même temps que le gouvernement achète la paix avec la Régence. Le nouvel agent d’Espagne, attendu, depuis longtemps, avec une si vive impatience, est enfin arrivé le 21 pluviôse [10 février] sur une frégate sortie de Carthagène. Les présents qu’il a apportés ont été distribués sur le champ. Ils étaient magnifiques. Les algériens eux-mêmes conviennent qu’ils n’en ont point reçu de pareils dans aucune circonstance : on les évalue à 70 m . piastres fortes ; ils sont, pour la plupart, de nos fabriques. Tout le monde a été content. Le seul Piskri du Dey a renvoyé ceux qui lui étaient destinés ; ils ont été de suite remplacés par de plus beaux. Ces présents étaient accompagnés de 63 ou 64 caisses contenant chacune 2000 piastres fortes, destinées, dit-on, à solder la dernière avanie. L’agent de la cour de Madrid a reçu en échange un cheval, et il est parvenu, avec beaucoup de difficultés, à faire désister le Dey de la demande faite d’un gros bâtiment pour aller prendre à Constantinople du bois de construction. Mais ces jours derniers, on a exigé de lui 24 canons de bronze pour armer le fort que le Dey fait bâtir. La frégate espagnole a fait voile le 27 [16 février] pour Tripoli. Elle doit également y jeter des présents et des piastres.

Une lettre adressée au consul d’Amérique annonce que les affaires de l’Espagne à Tunis ont été arrangées pour 70 m. piastres et des présents.

De si dangereuses prodigalités de la part d’une puissance qui, avec un peu d’énergie, pourrait se faire respecter ici, alarment, avec raison, tous les agents des gouvernements du Nord : les besoins du prince, sans cesse renaissants, sont tels, qu’ils doivent s’attendre aux demandes les plus exagérées aussitôt que nos démêlés avec Alger seront terminés.

Deux corsaires de 18 pièces de canon vont sortir. On vient de me demander des passeports, que j’ai fournis.

Le bâtiment danois, qui a débarqué ici les tributs, était sorti de ce port pour aller charger du sel à Nicée. Il s’est perdu le 20 pluviôse [9 février] sous nos yeux sur le cap Mâtifous ; l’équiipage s’est sauvé.

J’ai parlé fortement de l’affaire des esclaves d’Oran. On s’obstine à vouloir les retenir. L’agent d’Espagne n’a aucun ordre de sa cour. Le moment de traiter cette affaire avec le Dey n’était pas favorable. Dans la disposition où il se trouve, je lui aurais offert un prétexte de se porter à quelque excès envers nous. J’ajournerai mes instances à cet égard jusqu’à la réception de vos premières lettres, qui me fourniront des directions pour ma conduite.

Dubois Thainville.




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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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