Optimisé pour
Espace de téléchargement








CADN 22PO/1/35




RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS










LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 20 FRUCTIDOR AN XII

[7 SEPTEMBRE 1804]

SUR LES PRESENTS DE CHANCELLERIE



N° 187

Le 20 fructidor an XII [7 septembre 1804]

Monseigneur,

Par ma lettre du 24 germinal [14 avril], j’exposais à Votre Excellence les difficultés que le départ des présents d’Alger pourrait éprouver dans les circonstances de la guerre. Par celle que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser le 16 prairial [5 juin], vous me mandez que vous n’avez pas dû appeler l’attention de Sa Majesté Impériale sur mes observations ; que les présents d’Alger devaient être expédiés à Marseille sur un bâtiment qui prendrait ceux destinés à la Régence, et que la volonté de Sa Majesté ne varirait point à cet égard.

Par une lettre du 18 ventôse [9 mars], M. Brisson, chef de la division des fonds, m’annonce qu’aux objets énumérés dans la note des présents, il faut ajouter une somme de 20 000 francs pour être distribuée aux officiers, secrétaires et écrivains du Dey.

Que cette somme répond à celle qui, dans les usages européens, se distribue dans les bureaux des ministres des Affaires étrangères respectifs sous le nom de présents de chancellerie, qui doivent toujours être réciproques, et que l’intention du gouvernement français est d’assimiler, pour ces sortes de rapports, les puissances barbaresques à celles de l’Europe.

Qu’enfin il sera inutile de faire un envoi croisé de fonds, et qu’il suffira d’échanger simplement les quittances, à l’effet de constater que la remise des 20 000 francs a été faite respectivement pour être employée par chaque gouvernement comme il le jugera convenable.

Ces mesures, sans doute, sont honorables pour le Dey ; mais ce prince ignorant et fanatique, comme je vous l’aimandé bien des fois, est incapable d’apprécier ces procédés. Ces gens-ci, d’ailleurs, sont accoutumés à regarder comme injurieuse toute innovation à des usages consacrés par un système qui malheureusement ne leur a que trop bien réussi jusqu’à ce jour. J’ai donc dû, ainsi que Votre Excellence me le recommandait dans sa lette du 16 prairial [5 juin], mettre de la prudence dans mes démarches pour éviter que cet envoi des présents ne devienne encore un sujet de tracasserie. J’ai eu, il y a environ deux mois, une conférence particulière avec le Khaznedji, qui gouverne pendant que le Dey s’occupe jour et nuit de ses fabrications, mais qui souvent est exposé lui-même aux brusqueries de ce prince, quand un caprice le conduit au palais. Je lui ai exposé que nous avions rempli au-delà de nos devoirs en envoyant les présents à Marseille ; que le Dey devait satisfaire aujourd’hui à ses engagements et que la détermination de Sa Majesté Impériale était irrévocable sur les conditions qui devaient être remplis par la Régence. Le premier ministre me dit qu’il était impossible de faire de pareilles ouvertures au Dey, parce qu’il était persuadé d’avance qu’elles seraient mal reçues ; que j’étais bien le maître d’avoir avec lui des explications à cet égard ; mais qu’il ne répondait point des conséquences. J’entrai ensuite, sans ménagements, dans de grands détails sur la conduite de ce prince ; sur les attentats qui s’étaient commis contre les français depuis qu’il régnait ; enfin sur l’extrême modération avec laquelle Sa Majesté Impériale l’avait traité dans toutes les circonstances. Je ne conclus rien, et je quittai, avec quelque humeur, le premier ministre, qui me pria de temporiser encore quelques moments sur cette affaire.

Le soulèvement de Gigeri donnait beaucoup d’humeur, et ce n’était pas le moment de la reproduire, quand surtout la voix publique nous accusait d’avoir des intelligences avec le rebelle ; mais, les inquiétudes ayant cessé, j’ai revu, il y a 8 jours, le Khaznedji. Je suis entré dans de nouvelles explications ; j’ai dit que, dans un moment où le Premier Consul venait d’être appelé au trône impérial, il était étrange que la Régence ne s’empressât pas de remplir, non seulement ses engagements, mais un devoir auquel plusieurs grandes puissances avaient déjà satisfait. Le Khaznedji a donné beaucoup d’attention à mes observations ; mais il m’a dit que je connaissais le caractère du prince ; qu’il fallait saisir un moment favorable, et qu’il me priait encore d’attendre celui qu’il aurait grand soin de me ménager.

J’ai vu hier le favori Busnach. J’ai voulu pénétrer ses intentions ; il m’a parlé dans le sens du premier ministre.

J’ose assurer qu’il faut être dans les lieux pour se faire une idée d’un prince avec lequel il deviendra bientôt impossible de traiter, et j’ose espérer que Votre Excellence approuvera des ménagements observés avec la dignité qui convient à l’agent d’un gouvernement puissant. La guerre, mais surtout l’abaissement des anglais ont doublé l’insolence du Dey, et personne, aujourd’hui moins que jamais, n’est capable de lui persuader qu’il n’est pas le prince le plus puissant de la terre.

Je vous supplie Monseigneur d’agréer, etc…

Dubois Thainville.




******************************************









RETOUR A LA PAGE D'ACCUEIL / HOME PAGE
RETOUR AU CHAPITRE I : BIOGRAPHIE
RETOUR AU CHAPITRE II : ECRITS
RETOUR AU CHAPITRE III : TRAITES
RETOUR AU CHAPITRE IV : TEXTES, MEMOIRES ET OPINIONS
RETOUR AU CHAPITRE V : REPRESENTATIONS
RETOUR AU CHAPITRE VI : COLLECTION COMBALUZIER
RETOUR AU CHAPITRE VII : DOCUMENTS ET CARTES POSTALES
RETOUR AU CHAPITRE VIII : EVENEMENTS CONTEMPORAINS





© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




Optimisé pour
Espace de téléchargement