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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 20 THERMIDOR AN XII

[8 AOUT 1804]

SUR L'APPLICATION DE

L'ARRETE DU 13 PLUVIOSE AN XII

[3 FEVRIER 1804]



N° 181 bis

Le 20 thermidor an XII [8 août 1804]

Monseigneur,

Vous m’avez adressé dans le temps l’arrêté du 13 pluviôse dernier [3 février], qui règle les formalités et les conditions que doivent remplir les marins qui se livrent à la pêche du corail. J’en ai, plus d’une fois, recommandé la sévère exécution ; mais, tant que la punition sévère de quelques patrons n’en imposera pas aux autres, il faudra désespérer de pouvoir les assujettir aux règlements faits pour leur intérêt, et leurs imprudences compromettront même sans cesse le gouvernement avec ces gens-ci.

Tout patron qui se livre à la pêche au corail doit être muni d’un acte de francisation, d’un congé ou passeport, qui sert à les faire reconnaitre des barbaresques, et d’un rôle d’équipage légalement délivré dans un des ports de France. Selon l’arrêté du 13 pluviôse [3 février], il a du faire sa déclaration, soit à la chambre de commerce à Marseille, soit au préfet du département de Liamone à Ajaccio, du point des concessions d’Afrique où il se propose de faire la pêche. Il doit, aussitôt qu’il y est rendu, se ranger sous la surveillance directe de l’agent français qui s’y trouve placé, et déposer entre ses mains ses papiers, qui ne doivent lui être rendus que lorsqu’il aura fourni son contingent de corail pour acquitter les deux caisses qui doivent être données à la Régence. Enfin tout patron qui se sera soustrait, par fraude ou autrement, au paiement de cette légère contribution, la seule à laquelle il soit soumis, doit être privé de son commandement. Toutes ces conditions sont essentiellement protectrices de nos pêcheurs ; mais je ne sais par quelle fatalité, malgré la surveillance active des agents, nos corailleurs ont sans cesse été ingénieux à éluder les règlements les plus sages. Ceux-ci naviguent sur de simples déclarations des commissaires des Relations commerciales ; ceux-là prennent leurs rôles d’équipage dans un des ports de France, vont en Sardaigne et ailleurs ; s’en font délivrer d’autres, et arrivent ici sans l’acte essentiel de francisation, et sans la preuve qu’ils ont fait à Marseille ou à Ajaccio la déclaration qui leur est prescrite. Que résulte-t-il de ces irrégularités ? Des événements semblables à celui qui vient d’arriver à Bône dont j’ai eu l’honneur de vous rendre compte par ma dépêche du 16 de ce mois [4 août], et qui me donne ici les plus grands embarras.

D’autres patrons, pour se soustraire à une légère rétribution de corail, évitent de se présenter devant l’agent de Bône, mouillent, pour faire des provisions, sur différents points de la côte, où ils s’exposent au plus grand danger d’être massacrés. Je n’ai cessé de signaler la Calle comme un repaire de forbans, et un lieu ouvert à tous les rebelles des montagnes ; le Bey de Constantine même, dans une lettre très circonstanciée, a déclaré l’an passé qu’il n’était pas dans son pouvoir d’y protéger nos navigateurs. Malgré tous les avertissements que j’ai donnés, six bateaux cette année viennent d’y relâcher. Un forban sorti de Gigeri fond sur eux, s’empare des six gondoles, massacre plusieurs hommes, et en porte 54 en esclavage dans les montagnes des rebelles. Je vous ai rendu compte de cet événement par ma lettre du 5 messidor dernier [24 juin]. Je réclame avec force ces malheureux. Qu’oppose-t-on à mes instances ? Des bruits populaires, assez généralement répandus, que nous sommes d’intelligence avec le marabout de Gigeri ; que les bateaux français saisis étaient chargés d’argent et de munitions de guerre, et que les personnes qui formaient les équipages étaient des ouvriers destinés à favoriser la rébellion contre la Régence. Enfin des contes, plus insensés et plus absurdes les uns que les autres, sont débités sur cet événement, et ma sûreté même, d’après des rapports authentiques, est journellement compromise.

D’après ces faits, je supplie Votre Excellence de se faire rendre compte des patrons qui ne se seront pas soumis aux arrêtés du gouvernement, et de les faire exemplairement punir. Les bateaux sortis de la Corse, selon les rapports du sous-commissaires de Bône, sont en règle. Ceux expédiés de l’île d’Elbe, de Sardaigne et d’ailleurs ne paraissent pas avoir rempli les formalités prescrites par l’arrêté du 13 pluviôse [3 février]. Je joins ici l’état des 39 patrons qui ont été taxés à Bône. Votre Excellence se convaincra aisément que ce ne sont pas les seuls qui ont fait la pêche sur les côtes d’Alger, et que ceux mêmes qui ont obéi aux lois auront été lésés par le mépris que les autres des décisions du gouvernement. Mais il sera facile en vérifiant les déclarations faites à Marseille et à Ajaccio, d’atteindre ceux qui, pour se soustraire au paiement de leur contingent de corail, ont évité de se présenter à Bône, et de leur appliquer la peine qu’ils ont encourue par l’article 5 de l’arrêté du 13 pluviôse [3 février].

Je vous supplie, Monseigneur, etc…

P. S. – Je vous supplie de vouloir bien donner des ordres pour que les détails de cette lettre soient communiqués au ministre de l’Intérieur.

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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