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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 12 FRUCTIDOR AN XII

[30 AOUT 1804]

SUR LE REBELLE DE GIGERI



N° 184

Le 12 fructidor an XII [30 août 1804]

Monseigneur,

Par ma dépêche du 2 thermidor [21 juillet], j’avais l’honneur de transmettre à Votre Excellence les renseignements que j’avais obtenus sur le rebelle de Gigeri. Je vous instruisais en même temps des bruits extravagants qui s’étaient répandus avec un scandale sans exemple, et qui même ont compromis ma sûreté pendant plusieurs jours au milieu de barbares et de fanatiques. La signification que je fis faire par mon drogman eut tout l’effet que j’en attendais : on sentit toutes les conséquences du débordement d’absurdités répandu sur notre compte, et on s’empressa de l’arrêter. Depuis quelques semaines, il n’est plus aucunement question de nous. Il est assez étrange qu’on publiât à Alger que les français étaient à la tête de l’insurrection de Gigeri, tandis qu’à Tunis et dans la province de Constantine il passait pour certain que les anglais avaient des intelligences avec le marabout qui l’a excitée. M. Léon vient de me transmettre de nouveaux détails sur sa position ; il parait qu’elle est déplorable, et l’on s’attend ici, à tous les moments, la nouvelle de la mort de ce rebelle, qui, s’il n’eût pas été atteint de plusieurs coups de feu, pouvait, par son audace et son activité, donner de grands embarras à cette Régence. Je joins ici un extrait de la lettre de M. Léon, sous-commissaire à Bône.

Dubois Thainville.

Extrait d’une lettre de M. Léon à M. Dubois Thainville

Bône le 23 thermidor an XII [11 août 1804]

Aucune nouvelle des malheureux français tombés au pouvoir du marabout. Il se tient toujours dans les montagnes inaccessibles de Gigeri et du Collo. On assure qu’il est grièvement blessé, et dangereusement malade. Tout ce que je puis vous assurer, c’est que le Bey ne néglige aucune mesure pour avoir la tête de ce rebelle. Dans les montagnes où il s’est retranché, la force ne peut rien : c’est la ruse et la politique qu’il faut employer, et personne mieux que le Bey Osman ne sait employer ces moyens. Il a déjà gagné plusieurs chefs des kbâïls, et je ne doute pas qu’il ne parvienne à armer les uns contre les autres les partisans du chérif. Dernièrement une action très chaude eut lieu. Le calife, dont le camp était éloigné de celui du Bey de deux journées, eut l’avis que les rebelles, commandés par le lieutenant du chérif, se réunissaient pour l’attaquer. Il en donna avis au Bey, qui, par une marche forcée, se rendit à temps, avec toutes ses forces, auprès de son calife, qu’il trouva aux prises. Le Bey ordonna à ses troupes de former un cercle, à l’effet d’environner l’ennemi. Il défendit de faire feu, dans la crainte de tirer sur les soldats du calife. L’attaque eut lieu à l’arme blanche et fut des plus vives ; les rebelles furent complètement battus ; 8 à 900 furent tués ; le lieutenant du rebelle, ainsi que plusieurs femmes qui animaient les combattants en poussant des cris affreux, ont été du nombre des prisonniers. Sa tête a été promenée pendant trois jours dans la ville de Constantine ; celles des femmes ont été exposées sur les remparts de la ville.

du 24 [12 août]

Le courrier n’étant point parti, je m’empresse de vous donner les nouvelles que nous avons reçues hier au soir. Un nommé Kaïd Messaoud, homme qui jouit d’une grande réputation dans son pays, et qui est Vékil d’Alger au Collo, arrive de Constantine où il a été voir le Bey pour lui rendre compte de la situation du chérif. Il nous a dit, en présence de l’agent du Bey, qu’il avait vu le rebelle il y a 15 jours ; qu’il l’a laissé dans une bien mauvaise situation ; qu’il a cinq trous à la cuisse, des blessures qu’il a reçues lorsqu’il s’est présenté devant Constantine ; que la cuisse est extrêmement enflée ; que des trous il en sort une grande quantité de matière ; que les balles sont encore dans la chair, et qu’il est menacé de la gangrène ; qu’il fait peur à voir, tellement il est abattu par le mal, et que lui-même a dit qu’il ne pouvait échapper de ses blessures. Il est logé sur la cime de la montagne dans une mauvaise chaumière, où il vit dans la plus extrême misère. J’ai demandé des informations sur la situation de nos malheureux français. Le caïd Messoud m’a dit que le chérif s’était fait passer pour l’un d’eux, et que, voyant que son mal ne faisait qu’empirer, ce fanatique, dans un moment de rage, a tué cet infortuné d’un coup de fusil. Le caïd m’a ajouté que les français sont nus et dans la plus extrême misère. Ils lui ont consigné deux lettres pour moi, qui ont été remises au Bey, lequel a chargé le caïd de me dire que les circonstances exigeaient qu’il en prît connaissance, et qu’aussitôt qu’il les aurait fait lire, il s’empresserait de me les envoyer.

Je vous transmets, monsieur le chargé d’affaires, un rapport tel qu’il m’a été fait hier relativement à la position dans laquelle le chérif se trouvait il y a 15 jours. Il serait bien à désirer qu’on se défît promptement de ce rebelle, qui, malgré tout ce qu’on dit, ne manque pas d’avoir beaucoup de partisans, et continue à donner beaucoup d’inquiétude dans ces contrées.

Pour extrait etc…

Le chargé etc…




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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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