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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 16 THERMIDOR AN XII

[4 AOUT 1804]

SUR LA CONDUITE DU CORSAIRE FRANCAIS PARODI



N° 181

Le 16 thermidor an XII [4 août 1804]

Monseigneur,

J’ai l’honneur de vous adresser l’extrait d’une lettre du sous-commissaire à Bône. Je vous supplie de donner toute votre attention aux détails qu’il contient.

Un corsaire anglais, dont les projets paraissaient liés avec ceux du rebelle de Gigeri, inquiétait beaucoup et rançonnait nos pêcheurs de corail sur les côtes de Bône ; nous sommes parvenus à le faire saisir par un armement italien qui se trouvait à Tunis. Aujourd’hui c’est un corsaire français, commandé par un nommé Santi Parodi, qui, non seulement rançonne nos bateaux, mais les arrête au mépris des papiers français dont ils sont munis, et compromet essentiellement le pavillon national et nos navigateurs.

Je me suis plaint à la Régence de l’événement qui m’est dénoncé par M. Léon. On m’a fait dire que le Dey n’avait encore reçu aucun rapport, et qu’il serait peut-être imprudent, dans les circonstances, de lui parler de cette affaire, sur laquelle, dans tous les cas, il ne se prononcerait pas sans avoir obtenu les renseignements de l’agha de Bône. Le premier ministre même m’a fait insinuer qu’il serait préférable de la terminer avec le Bey de Constantine, qui a les pouvoirs nécessaires. J’ai écrit dans ce sens au sous-commissaire Léon, que vous savez être intimement lié à ce gouverneur, ma lettre est partie le 14 [2 août] par un exprès. J’ai dû mieux me rendre à cette idée, que je dois redouter que la barque armée à Tunis ne soit pas munie du congé ou passeport d’usage, la seule pièce que les barbaresques reconnaissent, et qu’elle n’ait navigué qu’avec un certificat du chargé d’affaires de Tunis. Votre Excellence se convaincra de plus en plus jusqu’à quel point dans ces contrées barbares, la plus légère imprudence peut compromettre le gouvernement, et le capitaine Parodi, sous le seul rapport de sa conduite étrange à Bône mérite d’être puni exemplairement.

M. Léon me rend compte de l’armement de 9 bateaux corailleurs à Alghero en Sardaigne, qui parait s’être fait au mépris de toutes les lois de la marine, et surtout de l’arrêté du gouvernement du 13 pluviôse dernier [3 février 1804], qui prescrit à tout patron qui se livre à la pêche du corail de faire, avant de sortir de France, une déclaration à la chambre de commerce de Marseille, ou au préfet du département de Liamone à Ajaccio. Les premières lettres du sous-commissaire Léon qui me rendaient compte de cette affaire ne m’étant point parvenues, j’ai cru que, touchant à la fin de la pêche, je devais fermer les yeux sur l’irrégularité de ces expéditions, mais j’ai enjoint au sous-commissaire de Bône de repousser désormais des côtes d’Afrique tous armements dont les patrons ne se seraient pas rigoureusement conformés aux lois de l’empire et aux arrêtés du gouvernement

Daignez agréer, Monseigneur, etc…

Dubois Thainville.

Extrait d’une lettre de M. Léon à M. Dubois Thainville.

Bône le 27 messidor an XII [16 juillet 1804]

Monsieur le chargé d’affaires,

Je m’empresse de vous donner avis de l’événement qui vient d’arriver ici. Le nommé Raphael Paduani de l’île d’Elbe, propriétaire de 4 paramelles qui font la pêche du corail, se trouvait à Tunis avec une des dites barques, lorsqu’une felouque napolitaine, prise par un corsaire de la Régence, y fut conduite. Paduani acheta cette felouque du gouvernement tunisien ; il l’arma de 69 hommes, savoir de trois marins français prisonniers des anglais à Malte, qui sont parvenus à s’échapper, et de trois autres marins d’un de ses bateaux. Cette felouque, munie des passeports de M. Devoize, chargé d’affaires de France à Tunis, a été expédiée ici sous le pavillon français pour faire la pêche.

il se trouve dans le port de Bône un corsaire de Bonifacio, nommé l’Aimable, commandé par le capitaine Santi Parodi. Lorsqu’il a aperçu cette felouque prête à entrer, la reconnaissant pour être de construction napolitaine, il l’a abordé, s’en est emparé, et a prétendu que, composée de napolitains qui n’étaient pas en règle, elle était de bonne prise.

Le certificat de M. Devoize est ainsi conçu :

Je certifie et atteste à tous ceux qu’il appartiendra que la felouque la Vierge du Rosaire, commandée par le capitaine Vienzo Gaspari de Longone, équipée de six personnes en tout, le capitaine compris, part de cette rade pour se rendre à Bône, etc…

Sur le vu de cette pièce, j’ai voulu faire rendre la chaloupe ; mais les Raïs algériens qui se trouvent ici, et tous les gens du pays, d’après la conduite et les assurances du capitaine du corsaire français, ont prétendu qu’elle était napolitaine, et conséquemment de bonne prise pour eux.

Inutilement j’ai représenté le certificat du citoyen Devoize, tous les papiers des marins qui sont en règle ; on a persisté à vouloir séquestrer la felouque, et il a été convenu qu’on en ferait part au Bey de Constantine ; que, de mon côté, je vous ferais mon rapport, et qu’on attendrait les ordres de la Régence.

Tels sont, monsieur, les détails de cette affaire. L’agha de la garnison pourra mander beaucoup de mensonges ; mais vous ne devez vous en rapporter qu’à la vérité, qui est celle que je vous dis. Vous pouvez assurer que les trois matelots qui se sont sauvés de Malte sont bien français : leurs papiers sont en règle, et M. Devoize ne les fait embarquer sur cette felouque que pour les faire repasser en France par la première gondole qui partirait. C’est au capitaine du corsaire l’Aimable qu’il faut attribuer cet événement malheureux. Parodi et tout son équipage ont dit publiquement à la marine que c’étaient des napolitains, des gens perdus qui n’étaient nullement en règle, et que par conséquent ils étaient de bonne prise. Ces gens-ci ont répondu, avec quelque raison, surtout d’après les déclarations précises de Parodi : de quel droit vous emparez-vous des napolitains ? N’êtes-vous pas en paix avec eux ? Mais nous, qui sommes en guerre avec eux, nous avons le droit de les saisir.

La conduite de Parodi est, on ne peut plus, coupable sous tous les rapports. Il est bien connu ici pour un mauvais sujet, et il déshonore le pavillon sous lequel il commande. A son arrivée, il m’a présenté tous ses papiers ; ils sont en règle, mais il s’en faut bien du côté de la probité. Sur les côtes de Sardaigne, il a rançonné plusieurs bateaux de l’île d’Elbe ; il prétend en faire autant ici : il veut exiger de chacun de nos pêcheurs quarante piastres fortes, et s’engage à les protéger pendant un mois, et il décampera aussitôt qu’il aura touché cette somme. Il inquiète ; il menace journellement nos pêcheurs ; il assure que tous ceux de l’île d’Elbe sont napolitains. Cependant tous leurs papiers sont dans la meilleure forme. Il dit qu’il saisira à leur retour tous ceux qui refuseront de payer la rétribution qu’il exige, et qu’il a pour cela des ordres des commandants de Corse. Enfin, d’après tout ce qui me revient, je ne puis vous peindre Parodi que comme un forban, qui exerce ses pirateries contre le pavillon même qu’il devrait faire respecter. Le chargé d’affaires de Tunis est bien informé de sa conduite : il le considère comme un pirate très dangereux. Il vient de donner ordre au capitaine corsaire italien qui a pris le corsaire anglais d’aller à la poursuite de Parodi, de le saisir et de le conduire à Tunis.

Je vous ai mandé, par mes précédentes lettres, que 9 bateaux expédiés d’Algiero en Sardaigne par le sous-commissaire de France au dit lieu, nommé Podesta, se sont présentés ici pour faire la pêche. Les patrons m’ont présenté leurs papiers, composés seulement du congé et du rôle ; ils n’ont point l’acte de francisation ; leur rôle n’est point dans la forme de ceux que l’on donne aux autres bateaux. Au bas de chacun, se trouvent la déclaration suivante :

Nous certifions à tous ceux qu’il appartiendra d’avoir reçu du susdit capitaine, etc.., le rôle de son armement délivré à Saint Tropez, lequel nous avons envoyé au commissaire général à Cagliari. Le dit rôle étant resté dans les mains du susdit commissaire général, nous avons eu ordre de faire le présent rôle, auquel on doit avoir pleine foi. De quoi nous signons le présent, muni du sceau du sous commissariat. Signé Podesta.

Je vous prie, monsieur le chargé d’affaires de me donner vos ordres à l’égard de ces 9 bateaux, qui ne paraissent point en règle, auxquels j’ai permis néanmoins de faire la pêche.

Je les attendrai également avec une vive impatience à l’égard de la barque qui vient d’être arrêtée.

Pour extrait etc..

Le chargé etc..

Nota. Pareil extrait a été envoyé au ministre de la Marine.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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