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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 21 MESSIDOR AN XII

[10 JUILLET 1804]

SUR LES NEGOCIATIONS DES ANGLAIS A ALGER

ET

LA REVOLTE DU MARABOUT DE GIGERI



N° 177

21 messidor an XII [10 juillet 1804]

Monseigneur,

Encore une démarche des anglais, aussi étrange que les deux premières. Je joins ici le duplicata de ma lettre du 5 de ce mois [24 juin], qui vous rend compte de la seconde négociation. (Nota. Ce duplicata est joint seulement au duplicata de celle-ci, parti voie d’Espagne)

Le 16 de ce mois [5 juillet], une frégate mouilla sur cette rade. Elle ne fut pas saluée. M. Mac Donald vint à terre avec un officier. Il remit au Vékilhandjï une lettre de lord Nelson, qui fut portée au Dey. Cet amiral ne se bornait plus qu’à demander très humblement à ce prince les esclaves de deux bâtiments napolitains pris avec les passeports britanniques, et deux chargements de provisions, destinés, l’un pour Gibraltar, et l’autre pour Malte, en assurant que son gouvernement enverrait prochainement un nouveau chargé d’affaires à Alger. Le Dey parut d’abord disposer à acquiescer aux demandes des anglais. Mais, dans la soirée, arriva la nouvelle que le marabout avait marché, avec les rebelles de Gigeri, contre la ville de Constantine, et on cessa de s’occuper de l’affaire des anglais pour expédier tous les ordres qu’un événement aussi important nécessitait. Dans cet intervalle, M. Mac Donald employa son temps à colporter contre la France toutes sortes de nouvelles plus ridicules les unes que les autres ; il dit publiquement au kiosque du Vékilhandjï qu’aucune considération ne déterminerait son gouvernement à reconnaitre l’empereur des français. Je lui fis dire que son gouvernement avait tenu le même langage à l’époque de la nomination du Premier Consul, et que cependant il avait accrédité des ambassadeurs auprès de lui ; que bientôt il en enverrait pour rendre hommage à l’empereur, et que, pour peu qu’ils différassent à paraître, 500 000 braves sauraient bien le faire reconnaitre dans Londres.

Les anglais, à force de bassesses, avaient détruit toutes les mesures que j’avais prises pour entretenir la mésintelligence entre eux et les algériens. Dans l’état où se trouvait la négociation, dire que les anglais dissimulaient leurs plans de vengeance, et qu’ils ne s’abaissaient aujourd’hui que parce qu’ils manquaient de provisions, c’eût été employer des moyens qui eussent produit produits peu d’effet avec un prince incapable d’aucune espèce de prévoyance et de considération politique, et auprès des juifs, qui ne demandent pas mieux que d’approvisionner les anglais. D’ailleurs, j’avais à combattre toutes les menées d’un intrigant bas et vil, briguant la place d’Alger, et capable, pour l’obtenir de se prêter à toutes les bassesses. Il a fallu de nouveau attaquer le prince par son amour propre, guide de toutes ses actions, et les juifs par un intérêt pressant et marqué. J’ai dit à ceux-ci qu’ils ne rencontreraient jamais une circonstance plus favorable pour exiger des anglais les 180 000 piastres qu’ils réclamaient inutilement depuis si longtemps. D’un autre côté, j’ai fait insinuer à des personnes qui approchent le Dey qu’il était étonnant que ce prince traitât avec un homme sans caractère, qui n’était porteur d’aucune lettre de créance ; que M. Mac Donald avait été le médecin du Pacha de Tripoli, auquel il servait d’espion ; que cet homme était un agent accrédité des portugais, les ennemis de cette Régence ; que, sous le prétexte de servir les anglais, il était venu prendre des renseignements pour les communiquer aux deux vaisseaux portugais qui croisaient devant Alger ; qu’enfin, depuis qu’il était devenu l’agent de la cour de Lisbonne à Tripoli, il avait perdu tout son crédit auprès du Pacha, et qu’il avait réunis tous ses efforts auprès de l’amiral Nelson pour le faire accréditer ici. Busnach et les personnes que j’avais apportées auprès du Dey parlèrent dans le sens de mes insinuations, et le 19 [8 juillet] le Dey fit signifier aux anglais qu’il ne traiterait désormais avec eux que quand le roi lui aurait envoyé un nouveau chargé d’affaires ; qu’il exigeait les 180 000 piastres dues à ses sujets, et que, lorsque le gouvernement de Londres l’aurait satisfait sur ces deux points, il s’empresserait de faire droit à leurs réclamations, si elles étaient fondées. Une lettre, écrite dans ce sens, fut remise à M. Mac Donald, qui reçut l’ordre de s’embarquer sur le champ. Il a fait voile, dit-on, pour Londres.

Dans la première négociation, les anglais, à la tête de onze armements de première ligne, exigent impérativement la réintégration de leur agent, honteusement expulsé d’Alger ; des excuses de la part du Dey en présence de trois officiers ; la restitution de cinq bâtiments pris avec leurs passeports ; la liberté de 79 hommes qui en composaient les équipages, et de toutes les indemnités pour les pertes qu’ils avaient éprouvées. Le Dey refuse tout, et répond aux anglais la mèche allumée à la main.

Dans une seconde négociation, ils transigèrent sur l’expulsion de leur agent, promettant d’en envoyer un autre, mais à la condition expresse que tous les esclaves maltais et napolitains pris sous leur pavillon seront rendus, ainsi que les bâtiments et cargaisons, et qu’ils recevront des indemnités équivalentes aux dommages que leur détention a causés. Si ces dispositions, que l’on estime très modérées, dit la cour de Londres dans ses instructions à lord Nelson, ne produisent pas l’effet qu’on doit raisonnablement en attendre, alors il deviendra nécessaire de faire sentir au Dey d’Alger que le pouvoir de le châtier de l’insulte qu’il a faite est égal à la modération et aux égards que l’on a observés envers lui.

Enfin, après avoir éprouvé tous les refus et toutes les humiliations, les anglais se bornent, dans une troisième démarche à réclamer quelques esclaves et des vivres qu’on leur refuse.

Ainsi ce ne sont plus les anglais qui exigent la réintégration de leur agent, des excuses du Dey, la liberté des esclaves maltais et napolitains pris sous leur pavillon, des indemnités proportionnées aux pertes que ces malheureux ont faites. C’est le Dey, au contraire, qui, après avoir tout refusé, veut qu’un nouveau chargé d’affaires soit envoyé à Alger, et qu’il n’y reparaisse qu’avec les 180 000 piastres exigées pour le chargement d’un navire confisqué par l’Amirauté il y a cinq ans. – je viens d’être mieux informé. Le Dey réclame en outre les cargaisons de trois autres bâtiments confisqués par les anglais, montant à plus de 100 000 piastres, qui, jointes aux 180 000, forment un total d’environ 300 000 piastres fortes. –

J’affirme que, depuis qu’Alger existe, aucun des gouvernements les plus faibles de l’Europe n’a donné la preuve d’une bassesse égale à celle que les anglais viennent de démontrer dans cette circonstance.

Le 16 au soir [5 juillet], la Régence reçut, par un courrier, des lettres qui lui annonçaient que le marabout de Gigeri était descendu des montagnes, et avait environné la ville de Constantine avec 80 000 cabaïls. Les habitants surchargés d’impôts et très mécontents, voulurent se rendre aux sommations qui leur furent faites par le marabout. Un ancien calife, qui commandait la ville en l’absence du Bey, leur promit, devant le mufti et le cadi, qu’il ne serait désormais exigé d’eux que les légers tributs qu’ils payaient autrefois. Ils prirent les armes, placèrent à chaque porte de la ville des canons chargés à mitraille, et foudroyèrent les kbâïls, dont un grand nombre n’étaient armés que de cannes, que le marabout leur avait assuré devoir se changer en fusils aussitôt que l’ennemi paraitrait. 700 de ces fanatiques restèrent sur le champ de bataille, et deux cents furent fait prisonniers. Le marabout lui-même, qui s’était dit invulnérable, fut blessé à la cuisse. Les rebelles se retirèrent précipitamment dans les montagnes de Constantine, où ils viennent d’être attaqués par le Bey, qui leur a tué 1 800 hommes et pris deux pièces de canon avec un grand nombre de fusils.

La Régence fait publier en ce moment que les kbâïls ont entièrement abandonné le marabout, et que ceux seulement d’une des montagnes de Gigeri, où il s’est retiré, lui sont demeurés fidèles

Pendant que ces événements se passaient à Constantine, le marabout faisait sortir de Gigeri quatre de nos barques qu’il avait armées ; deux devaient parcourir les côtes du Levant, et les deux autres celles du Ponant. Les chaloupes bombardiers et les deux schooners, sur l’expédition desquels j’avais tant insisté, sont heureusement arrivés à temps pour bloquer les forbans. Nous attendons, à tous les moments, des nouvelles de Gigeri, qu’on dit avoir été bombardé par les armements de la Régence.

Si le marabout parvient à entrer dans la ville de Constantine, tous les mécontents, qui sont en très grand nombre dans cette province, parce que les vexations qu’ils éprouvent sont inouïes, se seraient infailliblement joints à lui, et il eût été sans doute difficile d’arrêter les progrès des rebelles, qui menaçaient de massacrer tous les turcs et les couloglis.

Le Dey d’Alger a ratifié les promesses d’immunités des tributs faites vaux habitants par le commandant de Constantine ; il leur a en outre envoyé des sommes considérables.

On assure que les 54 français qui ont été saisis par le marabout sont à sa suite dans toutes ses expéditions. La personne que j’ai envoyée à leur recherche dans les montagnes n’a point encore paru.

On attend, à tous les instants, un capidji expédié par la Porte. On le dit porteur d’un nouveau caftan pour le Dey, et chargé de différentes demandes importantes.

Daignez agréer, Monseigneur, etc…

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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