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COLLECTION PHILIPPE MAILLARD




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RAPPORTS

ADRESSES A TALLEYRAND

PAR M. DUBOIS THAINVILLE,

CONSUL GENERAL A ALGER

SUR L'EXPULSION D'ALGER DU CONSUL GENERAL ANGLAIS CARTWRIGHT

EN DATE DES

19/10/1805, 15/02/1806 ET 12/04/1806



Ministère des Affaires étrangères.

Direction des archives et chancelleries.

Seconde liasse de renseignements N° 27.

Rapports officiels au ministre des Relations extérieures à Paris, sur l’expulsion d’Alger du consul général anglais Cartwright ;

rapports dont le ministre accuse réception le 27 mars 1806.

Alger, le 27 vendémiaire an XIV [19 octobre 1805]

Monseigneur,

Le nouveau consul anglais, un autre Drake que M. Pitt a envoyé ici, intrigue de toutes les manières. J’aurais dénoncé publiquement sa conduite, aux différents chargés d’affaires qui en sont aussi révoltés que moi, si je n’eusse craint de donner trop d’importance, à un individu déjà couvert du mépris général.

M. Falcon, chargé d’affaires d’Angleterre, avait été chassé d’Alger parce qu’il servait son gouvernement avec honneur ; les attentats commis envers lui étaient tels que l’amiral Nelson avait reçu l’ordre de lever le blocus de Toulon pour en exiger satisfaction de la Régence. Il parut devant Alger à la tête de son escadre, le 25 nivôse an XII [16 janvier 1804]. Il somma le Dey, au nom de son roi, de replacer honorablement dans ses fonctions M. Falcon, qui se trouvait à son bord, et de lui faire des excuses en présence de trois officiers de la marine anglaise. Le Dey répondit qu’il poignarderait de sa propre main M. Falcon, s’il mettait le pied sur ses terres, et qu’il était prêt à se défendre s’il était attaqué. L’amiral Nelson expédia plusieurs parlementaires, qui furent renvoyés sans être entendus, et, après avoir louvoyé 5 à 5 jours à la vue d’Alger, il se retira honteusement.

A la suite de cette démarche, M. Nelson expédia successivement trois armements, sur chacun desquels il plaça un négociateur, chargé de ramener le Dey à des sentiments plus modérés envers S. M. B., et de lui annoncer que le gouvernement de Londres, jetant un voile sur le passé, s’était déterminé, selon ses désirs, à lui envoyer un autre consul.

L’Europe entière connait les détails de cette affaire, que j’ai eu l’honneur de transmettre dans le temps à V. Exc. De la manière la plus circonstanciée.

M. Cartwright, revêtu des nouveaux pouvoirs de S. M. B. parut sur cette rade le 13 nivôse an XIII [3 janvier 1805]. Après quatre jours de négociations déshonorantes, M. Keats, commandant le Superbe, parvint au moyen de quelques intrigues des Juifs à le jeter à terre, et s’empressa de faire voile, dans la crainte que quelque caprice du prince ne le renvoyât à terre.

Sans connaitre le caractère de M. Cartwright, il était facile de préjuger les sentiments de l’agent que M. Pitt avait dû choisir pour résider ici ; aussi personne ne se méprit-il à quelques dehors polis qu’il affecte dans les premiers moments, et tous les consuls, même ceux auxquels la politique ordonne des ménagements avec les agents anglais, n’en observèrent bientôt plus aucun, envers un homme qui ne se montrât délicat, ni sur les moyens de gagner de l’argent ni sur la manière de servir son gouvernement.

M. Cartwright s’appliqua d’abord à faire la cour la plus servile aux Juifs, qui avaient fait chasser son prédécesseur, et le tout puissant Busnach, devenu depuis quelque temps l’ennemi déclaré de la France, le prôna auprès des Grands comme un homme très distingué, et entièrement dévoué aux intérêts de la Régence. L’agent anglais, doué d’une grande souplesse, parvint à l’aide de quelques mots turcs qu’il articule, à obtenir de l’influence auprès d’eux. Il chercha bientôt à en profiter pour mettre à exécution l’article premier de ses instructions, c’est-à-dire, celui de nuire à la France par tous les moyens. Il répandit, il colporta, jusques les bagnes d’Alger, les libelles les plus affreux contre les personnes augustes de L. L. M. M. Il protesta, sans pudeur, de l’attachement de son gouvernement à celui-ci, et de son inviolable système de maintenir les principes d’Alger. Il rebattit tous les lieux communs des agents anglais sur la haine de l’Empereur des Français pour les Algériens, et la constante opposition de son roi aux projets formés dans le cabinet de Paris d’anéantir les Régences. Mais les protestations de M. Cartwright, auxquelles j’en opposai que du mépris, étaient trop exagérées pour qu’on pût croire à leur sincérité, et tous ses remuements avaient déjà paru suspects. La demande de l’établissement d’un comptoir anglais à Oran, sur laquelle j’avais prévenu la Régence, l’avait surtout entièrement dévoilé, et le favori Busnach, lui-même, lui témoignait déjà de la froideur.

Mais les événements qui viennent de se passer à Alger ont fourni un vaste champ aux intrigues de M. Cartwright. Je ne puis assurer jusqu’à quel point sont fondés les bruits qui se sont répandus qu’il n’avait pas été étranger aux mouvements des 9 et 10 messidor. Ce qu’il y a de très certain, c’est qu’il parcourait les rues d’Alger le jour et au moment même du sac affreux que les malheureux juifs éprouvèrent, et qu’il y publiait qu’on avait trouvé chez eux des armes et des cocardes françaises ; ce qui compromit éminemment ma sécurité pendant quelques instants. Ce qui est certain encore, c’est que l’assassin de Busnah s’est réfugié sous son pavillon ; qu’il a été reçu, accueilli dans sa maison, et embarqué publiquement par lui sur un bateau qui fit voile vers Gibraltar.

Les rebelles avaient de grands avantages dans la province de Mascara ; après s’être emparés des points les plus importants, ils étaient parvenus jusque sous les murs d’Oran, où le Bey était enfermé avec le peu de soldats qu’il commandait. Les vivres de tout genre et les munitions de guerre lui manquaient ; il ne pouvait en recevoir que par mer : mais les Portugais, qui croisent dans le détroit, pouvaient contrarier infiniment les arrivages. M. Cartwright, qui, par la négociation, n’avait pu déterminer l’établissement d’un comptoir à Oran, chercha à l’obtenir par la ruse ; plusieurs armements se présentèrent devant la place ; le commandant offrit au Bey des canonniers, des troupes à cheval, des munitions de guerre et de bouche ; il lui déclara, en même temps, qu’il protègerait tous les arrivages contre les ennemis de la Régence. Le gouverneur d’Oran repoussa ces offres généreuses, et n’accepta que des vivres et quelques quintaux de poudre. M. Cartwright fut obligé de renoncer irrévocablement au projet d’obtenir la concession d’Oran.

La milice avait vu avec indignation l’influence sans exemple des juifs, et le prince qu’ils avaient subjugué ne pouvait être agréable aux soldats. Mustapha Dey et son premier ministre furent massacrés le 12 fructidor [30 août 1805], Akmet Rhodja monta sur le trône et le raïs Hadji Mahmet fut nommé Agha. Celui-ci avait une grande influence dans les casernes : il était à la tête des soldats qui se portèrent au palais, et proclamèrent Dey Akmet Rhodja. C’était un homme entreprenant et barbare. Devenu général de la milice, sur laquelle il avait un grand empire, il ne pouvait manquer d’être redoutable au nouveau prince, qui fut obligé d’observer envers lui de grands ménagements, et de se prêter même à satisfaire des vengeances particulières. C’est aux conseils, disons plutôt à la prépotence de ce brigand, qu’il faut attribuer les proscriptions, les spoliations affreuses et les assassinats les plus horribles dont nous avons été témoins pendant trente jours. Ce monstre assistait lui-même aux exécutions et se rendait ensuite, avec ses sbires, dans les habitations de ses victimes, d’où il enlevait toutes les richesses.

Le féroce Agha nourrissait pour le nom français une haine qu’il avait manifestée dans tous les temps. Ce fut une heureuse découverte pour M. Cartwright qui s’empressa de lui faire la cour la plus assidue ; il le vit journellement, et l’Agha même au mépris de tous les usages reçus chez les Grands, qui traitent toutes les affaires publiquement, avait plusieurs fois fait éloigner les personnes de sa suite et ses esclaves pour s’entretenir secrètement avec lui. L’agent anglais, assuré de la protection et de l’appui de l’Agha, ne borna plus ses prétentions à l’établissement d’un comptoir armé à Oran ; il demanda d’abord que les 115 ou 120 esclaves maltais et napolitains, pris sous ses couleurs, lui fussent rendus sans rançon ; que les Anglais fissent exclusivement le commerce dans toute l’étendue du royaume ; que la maison de campagne du Dey mort, qui forme une espèce de village, lui fût donné pour établir ses négociants, etc. Sur ces différentes demandes, officiellement faites, et soutenues par l’Agha, le prince promit, mais temporisa ; il fut néanmoins obligé de céder aux instances réitérées de l’Agha pour la maison de campagne, dont une partie fut accordée à M. Cartwright, moyennant un loyer annuel de 400 piastres fortes, mais qui probablement va lui être retirée, parce que tous les biens de Mustapha viennent d’être rendus à la veuve.

Les nouvelles d’une coalition continentale contre la France agrandirent encore les idées de l’agent anglais. Il s’empressa d’en faire part à l’Agha. Dans les derniers jours de fructidor, il eut une longue conférence avec lui ; les projets les plus odieux, comme les plus extravagants, furent concertés. M. Cartwright, mettant astucieusement à profit la haine de l’Agha contre nous, parla très longuement des avantages pour Alger, dans les circonstances d’une guerre contre la France et l’Espagne ; il ne manqua pas de rassurer sur les craintes qu’on pouvait éprouver d’une expédition contre la Barbarie, en assurant que les flottes de son roi seraient toujours prêtes à la couvrir. M. Cartwright eut grand soin, en même temps de présenter l’agent de S. M. l’Empereur comme un homme dangereux dont il faudrait s’assurer. Ce ferait mon affaire, répondit l’infâme Mahmet, et nous l’enverrions à la montagne porter des pierres.

Quelques précautions qu’on eut prises pour écarter ceux qui pouvaient entendre cette conversation, elle me fut rendue confidentiellement le lendemain. Le peu de mesure que l’Agha mettait dans toutes ses expressions et sa conduite, rendirent bientôt publics tous les projets concertés avec l’agent de M. Pitt ; mais ils étaient si extraordinaires, et conçus avec si peu de réflexion, qu’ils ne me donnèrent pas beaucoup d’inquiétude. Je dus cependant employer des moyens secrets d‘en faire informer le Dey et de les déjouer, je n’ignorais pas qu’il était fatigué de la tyrannie de l’Agha et qu’il ne rechercherait que l’occasion de s’en débarrasser, elle ne tarda pas à se présenter et le Dey s’empressa de la saisir.

Les arabes des deux montagnes entre lesquelles passe une partie des provisions nécessaires à la subsistance de cette ville, sont révoltés à 8 heures d’Alger. Le Dey fit sortir le 6 vendémiaire [28 septembre 1805] un camp destiné à les combattre. Il engagea l’Agha à se mettre à sa tête, mais ce brigand qui avait déterminé pour le 11 [3 octobre] un nouveau massacre des Juifs et de me jeter à la chaîne, prétexta une indisposition, ou même, dit-on, refusa d’obéir. Les devoirs de sa place l’obligeaient néanmoins à conduire les troupes hors de la ville. L’Agha passa la nuit à son jardin dans une orgie affreuse avec des femmes de ses complices. Il rentra en ville le lendemain. Arrivé près du Palais, il mit pied à terre pour prendre son poste… être saisi par quatre chaouchs, conduit à la prison, recevoir le fatal cordon, être étranglé, et le cadavre porté hors la porte par laquelle il venait d’entrer avec sa cavalerie, tout cela fut l’affaire de trois quarts d’heure. Le lieutenant du Mézouar, qui l’avait étranglé, fut immédiatement pendu à la porte de Bab-Azoun. Aucun mouvement n’eut lieu dans les casernes. On a trouvé chez ce brigand au-delà de cent mille sequins et pour une somme considérable de bijoux et d’effets précieux.

Cet événement, qui mit fin à tous les assassinats, et détruisit tant d’horribles projets, répandit la plus grande joie parmi les européens, et dans toutes les classes des habitants du pays. Il n’affligea que quelques partisans du sanguinaire Agha, mais surtout l’agent de M. Pitt ; car un des premiers actes du prince rendu à son indépendance, fut de déclarer qu’il voulait vivre en bonne intelligence avec l’Empereur des Français.

Le même jour un schooner anglais mouilla sur cette rade. Il avait été expédié pour embarquer les esclaves napolitains et maltais promis ; mais le moment ne parut pas favorable à M. Cartwright pour les réclamer. Après 7 à 8 jours de silence, il demanda au Dey une audience dans laquelle il réclama l’exécution de ses promesses. Le prince répondit qu’il n’avait point pris d’engagement positif, et qu’il ne rendrait point les esclaves sans rançon. Le consul anglais rappela les services que son gouvernement venait de rendre à la Régence, en protégeant les arrivages à Oran, et en fournissant lui-même à la place assiégée des vivres et des munitions de guerre qui s’élève à une somme considérable qu’il n’avait pas réclamée. A la suite de vives explications, le Dey rendit sans rançon 25 esclaves maltais, en considération des services rendus à Oran par les Anglais ; le consul néanmoins dut acquitter les droits d’usage. Les malheureux napolitains, pris sous les couleurs britanniques, réclamés tant de fois, sont encore restés dans les fers, et le Dey persiste à exiger, pour chacun d’eux, une rançon de 1 000 piastres fortes et les droits. Le schooner anglais a fait voile le 16 pour Gibraltar.

Quoique la mort de de l’Agha eût dû rassurer les juifs, aucun d’eux ne se rendit à la synagogue le 11, et un grand nombre de familles se réfugièrent dans les maisons consulaires et chez les Maures.

Le Dey parait disposer à prendre des arrangements pour la paix avec la cour de Lisbonne et la restitution de 400 esclaves portugais. L’agent anglais a inutilement mendié cette négociation ; c’est, dit-on, le consul d’Espagne qui en sera chargé

Daignez….

Autre rapport du 17 janvier 1806

Mgr,

J’apprends à l’instant qu’une barque espagnole va mettre à la voile pour Barcelone ; j’y jette, à tout événement, cette lettre tracée à la hâte.

Les humiliations dont on abreuve le consul anglais sont complètes. Le Dey, après l’avoir chassé deux de son Palais, lui a fait signifier, par deux chacouchs, de sortir de la belle maison de campagne de Mustapha Pacha, qu’il avait obtenu sous la prépotence de l’Agha étranglé, l’agent anglais s’était obstiné à y laisser son mat de pavillon, le Dey l’a fait abattre par un chaouch. Ce prince me fit offrir, il y a quelques semaines, cette maison de campagne. Je lui fis répondre que je ne pouvais m’en charger, parce que je venais d’en louer un, dans lequel même j’avais déjà fait quelques dépenses. Ces jours derniers, il me fit dire de nouveau, par l’organe de mon drogman, qu’il voulait que le chargé d’affaires de l’Empereur fût convenablement logé, et il m’envoya les clés. Hier j’ai pris possession de la maison de campagne, demain le pavillon français y flottera. C’est un palais magnifique qu’en Europe même serait un monument remarquable. Il est près de la ville, et domine à l’est toute la vallée et le port d’Alger.

Le Dey vient de m’engager à faire venir de France un médecin et un horloger. J’ai cru devoir le lui promettre, et j’espère que V. Exc. Approuvera la demande que j’en ai faite à M. Famin, agent des Relations extérieures à Marseille. M. Odran, précédemment médecin de la colonie de la Calle, homme très éclairé et de bonne conduite, m’a témoigné, depuis longtemps, le désir de repasser ici, et je pense qu’il profitera de l’autorisation qu’il a déjà obtenu de la chambre du commerce de Marseille, qui m’a écrit à cet égard.

Daignez….

Autre rapport du 15 février 1806

Monseigneur,

J’ai eu l’honneur de rendre compte à votre Excellence, dans plusieurs de mes dépêches, de toutes les intrigues de M. Cartwright, consul d’Angleterre. Ses projets ne tendaient à rien moins qu’à faire entrer les trois Régences dans la coalition et à s’emparer du commerce de tout le royaume d’Alger, en établissant des comptoirs armés à Bône et à Oran. Pour arriver à ce double résultat, tous les moyens ont été bons à l’agent de M. Pitt et il était puissamment secondé par son gouvernement ; c’est précisément au moment où l’immortel Empereur des Français entrait en Allemagne à la tête de la Grande Armée, que M. Cartwright à redoubler d’intrigues et l’on ne peut se dissimuler, que protégé par le tout puissant Agha, heureusement frappé à temps, il n’ait eu pendant quelque moment de grands avantages sur moi. Des secours en hommes, en approvisionnements de guerre et de bouche, étaient portés par mes armements anglais à la place d’Oran assiégée par les rebelles ; des présents étaient distribués à tous les Grands de la Régence ; une somme considérable était promise à l’infâme Agha s’il déterminait des mesures proposées contre la France et l’Espagne. Enfin deux commandants de frégate avaient été envoyés ici pour féliciter le Dey sur son avènement au trône et pour lui offrir des présents ; l’un et l’autre avait donné les assurances les plus positives que le Grand Seigneur et la Prusse avaient unis contre nous leurs armes à celles de l’Autriche et de la Russie et que l’Empereur des Français avait déjà éprouvé des revers sur le Rhin.

Ma position au milieu de tous les genres d’horreurs qui se commettent journellement à Alger était très critique, auprès d’un gouvernement mal assis, et incertain dans sa marche et subjugué par le plus infâme des scélérats, ma vie même avait été éminemment compromise, pendant les moments du sac affreux que les malheureux Juifs avaient éprouvés. Je fus donc obligé de faire agir des ressorts secrets pour détourner l’orage qui me menaçait.

J’avais occupé la maison de campagne de Sidi Caddour père de la femme du Dey, maure très riche et très estimable. Il m’avait toujours témoigné beaucoup d’attachement. J’avais eu des liaisons avec un nommé Hassan, neveu du Dey, devenu Khaznedji. Ces deux individus jouissent d’une grande influence auprès du prince, mais dans les circonstances où se trouvait le gouvernement, maitrisé par de féroces soldats, la plus grande prudence dans mes démarches était d’autant plus indispensable, que l’Agha qui dominait dans les casernes, qui voulaient le jeter sur le trône ne dissimulait pas plus sa haine pour les Français que la faveur qu’il accordait ouvertement au consul d’Angleterre. J’attachai aux pas de Siddi Caddour et d’Hassan, un nommé Carlo Marullo, esclave sicilien, très délié, devenu grand écrivain sur ma recommandation. Il m’a servi pendant quatre ans et il m’est très attaché. Les devoirs de son emploi le conduisant à chaque instant près des Grands. Je sus tout ce qui se passait chez l’Agha à la maison duquel M. Cartwright se rendait souvent, et dans le plus grand secret ; je fus instruit en même temps, que j’avais auprès du Prince des amis disposés à détruire les impressions défavorables que l’agent anglais était parvenu à lui inspirer sur mon compte. Je hasardai alors des communications et Marullo, en suivant avec adresse, la marche que je lui traçais me servit admirablement.

Quelques jours avant la mort de l’Agha, le Dey convoqua un divan à la marine, où les chargés d’affaires de France et d’Angleterre furent invités à se rendre. Il s’agissait de discuter les plaintes portées par moi contre les pirateries des Anglais dans les parages de Bône. J’étais à la campagne lorsque l’invitation du prince de me rendre à ce divan me fut annoncé. En arrivant en ville, j’appris que le consul anglais m’attendait depuis deux heures à la marine, et il avait très soigneusement pris la place d’honneur auprès de l’amiral pour obtenir sur moi la préséance qu’il avait voulu m’enlever à force de jambes le jour de l’avènement d’Akhmet Pacha au trône. Fatigué des intrigues et de l’insolence de l’agent de M. Pitt, je crus que c’était le moment de l’attaquer ouvertement. Je réclamai une audience au Dey ; elle me fut refusée. J’envoyais une seconde fois mon drogman au palais avec ordre de déclarer que je ne voulais pas me rendre au divan de la marine, et que j’allais m’empresser de rendre compte à ma cour du refus que le prince faisait de traiter avec moi. Le Dey me fit dire qu’il m’attendait. Mon langage eut toute la force unie à toute la puissance que les circonstances comportaient. Je représentai les traités anciens et nouveaux, qui accordent la préséance à l’agent de S. M. sur tous les autres agents. Jz m’étendis très longuement sur la tyrannie que les agents anglais cherchaient à exercer auprès de tous les gouvernements. Le Dey m’écouta avec beaucoup d’attention ; il fut frappé surtout lorsque je lui dévoilai toutes leurs intrigues à Constantinople (dont je connais la scène) pour conduire le Grand Seigneur à l’avilissement dans lequel il est tombé. Le divan de la marine fut rompu, et le Dey donna des ordres à Bône conformément à mes désirs.

Hassan, son neveu, était présent à cette conférence. Aussitôt que j’eus quitté le Dey, il revint sur ce que j’avais exprimé au Dey et il entra dans les plus grands détails sur la conduite du consul anglais. De ce moment date sa déconsidération.

La mort de l’Agha enleva à l’agent de M. Pitt un complice et un protecteur, voyant que sa faveur allait lui échapper, il chercha à la conserver, en distribuant à tous les Grands et à la Marine, des présents qu’on ne lui demandait pas. Cette mesure lui redonna quelques avantages, mais par quelques sacrifices secrets, je ne tardai pas à la rendre nulle et à la faire même tourner contre lui.

L’activité importune du consul anglais, journellement prosterné auprès des Grands, fatiguait infiniment. Il s’immisçait même dans les affaires du pays, faisait des réclamations exagérées pour des juifs, auxquels il faisait porter la cocarde anglaise ; et ma conduite, sous ce rapport, fut avantageusement opposée à la sienne. Le Dey commença à l’engager à ne se présenter auprès de lui que pour les affaires qui concernaient son gouvernement, et qui ne pouvaient être traitées par l’organe de son drogman. M. Cartwright donna peu d’attention à cet avertissement, et le Dey fut obligé de le consigner à la porte du palais, et, par ensuite, de l’en faire chasser par un chaouch.

Le 13 frimaire une frégate anglaise mouilla sur cette rade. M. Cartwright saisit cette occasion pour faire demander au Dey la permission de lui présenter le capitaine. Le prince répondit qu’il recevrait celui-ci, mais qu’il ne voulait pas voir le consul. Après quelques explications, il consentit à recevoir l’un et l’autre. M. Cartwright fut traité comme le dernier des hommes et chassé pour la seconde fois du palais ; il eût été embarqué sur le champ si l’on n’eût craint que cette mesure ne compromît les corsaires qui étaient à la mer.

Les fêtes du Beïram eurent lieu le 30 frimaire. Suivant un usage immémorial, tous les consuls se rendent en corps au palais pour y saluer le Dey et les Grands de la Régence. Quelques jours auparavant, le Dey donna l’ordre de n’y pas laisser entrer le chargé d’affaires d’Angleterre, qui eut la prudence de ne pas s’y présenter. Les étrennes d’usage qu’il fit honteusement remettre par son janissaire, lui furent renvoyées.

L’agent anglais, qui affectait la plus grande hauteur avec les agents des autres nations, et qui, se qualifiait de consul des consuls, avait obtenu, à force d’intrigues et de bassesses, sous la prépotence de l’Agha, la maison de campagne du malheureux Dey Mustapha. C’est un très beau palais, situé à l’est, à quelque distance de la ville, et dominant toute la vallée ; en Europe même il serait un monument remarquable. Le Dey lui a fait signifier d’en sortir. M. Cartwright a fait faire beaucoup de démarches par quelques partisans qui lui restaient, pour éviter cette nouvelle humiliation. Le Dey a été inflexible : l’agent de M. Pitt a été obligé de faire enlever précipitamment ses effets. Il s’était obstiné à y laisser son mât de pavillon, que la Régence a fait abattre. Quelques jours après le Dey me fit offrir cette maison de campagne. Je le remerciai de cette faveur. Il y a 40 jours, il insista de nouveau, et m’envoya les clefs par un chaouch. Je ne les acceptai qu’aux deux conditions très expresses, que l’eau courante, qui avait été détournée et coupée au consul anglais, me serait rendue, et que cette maison de campagne ne pourrait, sous quelque prétexte que ce fût, être enlevée, pendant trois ans, au chargé d’affaires de France. Les pavillons de S. M. flottent depuis cette époque.

M. le consul anglais, depuis son retour en ville, s’est enfermé dans sa maison, d’où il ne sort point, dans la crainte d’être insulté par le dernier des misérables ; il ne voit même aucun consul.

J’ai eu l’honneur de rendre compte à V. Exc., d’une manière très circonstanciée, de tous ces faits, principalement dans mes lettres du 29 fructidor, 27 vendémiaire, 1er nivôse, 6 et 17 janvier, N° 205, 207, 216, 220 et 221. Je les ai rappelées sommairement ici, dans la crainte que quelques-unes de mes dépêches, expédiées par duplicata, ne vous soient pas parvenues.

Qu’un agent anglais intrigue contre la France et ses agents, c’est sans doute le premier article des instructions qu’il reçoit de M. Pitt, mais qu’à Alger, au milieu de soldats féroces en révolte, il emploie les moyens dont M. Cartwright s’est servi, c’est le comble de la scélératesse dont un agent du gouvernement britannique est seul capable.

Mais toutes les pierres que M. Cartwright a voulu me faire porter, tombent sur sa tête. Le brick courrier arriva ici le 29 janvier. M. le consul d’Espagne reçut l’avis que cinq armements portugais, savoir, deux vaisseaux de ligne, une frégate de combat, et un brick, étaient à Alicante, et devaient paraître à tous les instants pour négocier la paix et la rançon des 500 esclaves qui sont à Alger. Le 30, la division française fut signalée ; elle s’avança jusqu’au milieu de la rade avec le pavillon parlementaire. M. le consul d’Espagne n’attendait que le moment de voir arborer ses couleurs pour se rendre à bord ; mais dès que la division avait paru, M. Cartwright avait fait sortir un petit corsaire anglais, qui fit voile directement sur elle. Après avoir parlementé quelque temps, la division vira de bord. La régence présume que le consul anglais, qui, depuis longtemps, intriguait ici et à Lisbonne pour être chargé de cette négociation, voyant qu’elle lui échappait, s’était empressé pour la faire manquer, de donner avis au commandant portugais que trois frégates de la Régence étaient sur le point être chargé de cette négociation, voyant qu’elle lui échappait, s’était empressé pour la faire manquer, de donner avis au commandant portugais que trois frégates de la Régence étaient sur le point entrer, et qu’un gros vaisseau portugais, richement chargé, pris dans l’océan par le raïs Ahmida, devait paraître à tous les instants. Le Dey, voyant le lendemain que la division portugaise avait disparu, entra dans les plus grands accès de rage, traita le consul anglais d’espion, et dit qu’il lui ferait trancher la tête s’il arrivait le plus petit dommage à ses corsaires, dût-il être assuré qu’il ne resterait pas pierre sur pierre à Alger. M. Cartwright, ayant eu connaissance des dispositions du Dey, fit demander à la marine, par l’organe de son censal juif (car on lui a retiré son drogman et son janissaire) une audience du Dey à l’effet de s’excuser. Le prince répondit que tant qu’il serait Dey, il ne voulait pas voir même de loin, la figure d’un homme indigne de représenter un gouvernement. M. Cartwright fit sortir, en toute diligence, un bateau pour courir après les Portugais. Le bateau, après avoir battu la mer plusieurs jours les rencontrer, rentra dans le port. Les trois corsaires sont également rentrés, et la prise portugaise se rend à Tanger. Par un brick américain qui a paru ici il y a quelques jours, et qui a parlementé avec les Portugais, la Régence a été informée qu’ils croisaient à l’est d’Alger et qu’ils devaient se présenter ici aussitôt que le temps le permettrait. S’ils paraissent avant le départ de cette lettre, j’aurai l’honneur d’informer V. Exc. Des résultats de leur mission.

La ville est tranquille ; mais les esprits sont toujours agités dans les casernes. On prétend même qu’une conspiration s’y était formée, et plusieurs turcs ont été étranglés.

Daignez….

P. S . Un matelot faisant partie de l’équipage d’un corsaire anglais, avait commis quelques désordres à son bord ; il a été saisi sous son pavillon, et porté sur une frégate algérienne, où il a reçu cent coups de baton.

Du 23 le brick courrier d’Espagne, qui devait partir à tous les instants, est encore dans le port ; il mettra demain à la voile.

Le gouverneur de Gibraltar, ayant eu connaissance de la situation de l’agent britannique, a expédié, en toute diligence, une corvette, qui a mouillé ici le 19. M. Cartwright est descendu à la marine pour se rendre à bord. Le Vekilhardji n’a pas voulu le laisser embarquer sans l’autorisation du Dey, qui l’a accordée. L’agent anglais est revenu fort tard, et a couché à la marine.

Le 20, le capitaine de la corvette est venu à terre avec quelques officiers. Le secrétaire du consulat d’Amérique est allé les recevoir à la marine, et les a conduits à la maison d’Angleterre, où ils sont restés quelques moments. Ils se sont rendus ensuite chez le consul d’Amérique, où ils ont logé.

A une heure, le capitaine s’est porté chez le Dey avec M. le chargé d’affaires d’Amérique ; longues explications sur la conduite de l’agent anglais ; le Dey l’a traité d’espion, d’homme indigne de servir un gouvernement ; il a déclaré que tant qu’il serait Dey d’Alger, aucune considération ne le déterminerait à traiter avec lui.

Convenu qu’il s’embarquera.

Le 21, nouvelles démarches pour ramener le Dey à des sentiments plus favorables envers M. Cartwright, et pour éviter une nouvelle humiliation au gouvernement britannique. Le Dey reste inflexible.

Le 22, l’agent anglais embarque ses effets. Ce soir, il se rendra à bord, et la corvette fera voile. 5 heures du soir. Le consul d’Angleterre vient d’être embarqué. Arrivé à bord de la corvette, le commandant l’a fait saluer de treize coups de canon.

Tous les corsaires sont rentrés. Les Portugais ne reparaissent plus ; on dit qu’ils sont rentrés à Gibraltar.

Signé : Dubois Thainville.

Autre rapport du 1er mars 1806, dont le ministre accuse réception le 12 avril 1806

Monseigneur,

M. Cartwright, consul anglais, a été embarqué le 22 février, ainsi que j’ai eu l’honneur de vous le mander, c’est M. Tobias Lear, consul d’Amérique, qui est resté chargé d’affaires d’Angleterre. Le commandant de la corvette, qui a traité, avait fait le 21 de nouveaux efforts pour engager le Dey, à conserver auprès de lui et à traiter convenablement M. Cartwright jusqu’à l’arrivée d’un successeur, qu’il ne doutait pas que son gouvernement ne s’empresse de lui donner. Le Dey resta inflexible, il refusa même au commandant la permission d’embarquer un Juif nommé Ben Samon et sa famille, logé chez le consul qui leur faisait porter la cocarde anglaise. Ben Samon, né à Gibraltar, avait été précédemment chargé ici du consulat d’Angleterre et il avait été l’âme des intrigues de M. Cartwright ; le Dey, qui voulait le faire brûler, vient de lui pardonner à la suite des plus pressantes sollicitations de la part du chef de la nation hébraïque. Ainsi M. Cartwright, après avoir joui pendant quelques moments d’une faveur très dangereuse, est sorti d’Alger, aussi ignominieusement qu’il y était entré, et sans doute les flottes de S. M. B., dont on n’a pas manqué de menacer, ne seront pas plus heureuse pour l’y faire replacer qu’elles ne l’ont été en faveur de M. Faleon [ ?], dont la conduite avait été aussi honorable que celle de M. Cartwright a été honteuse.

Il n’a reçu la visite d’aucun consul, il est descendu au port accompagné de quelques matelots. Il n’a pas été salué par les forts.

Pour le dédommager de tant d’humiliations la corvette anglaise l’a salué, lorsqu’il est entré à bord, de 13 coups de canon.

Le 27 février, j’ai rendu, en corps de nation, visite au Dey, à l’occasion des fêtes du courbanbeïram. Il m’a accueilli on ne peut plus favorablement. Il venait de recevoir une lettre d’Oran qui lui annonçait que M. Fully vice-consul anglais, qui a joué un rôle pendant les dernières révoltes, avait arraché, dans la rue, le voile à une femme turque et qu’il l’avait grièvement insulté.

Le Dey, en me fournissant avec beaucoup d’humeur tous les détails de cet événement, s’est étendu très longuement sur le caractère et la conduite des anglais, qu’il a traités de nation juive. M. Fully devra se considérer comme très heureux si on se borne à le chasser d’Oran. Il est gardé dans sa maison en attendant les ordres du prince.

Les anglais ont pour agent à Bône, un nommé Escudero, espagnol, dont la famille et la fortune sont à Mahon. Je me suis plaint inutilement à à la Régence et au chargé d’affaires de la cour de Madrid, de la conduite de cet homme, qui a fait prendre et vendre plusieurs bâtiments espagnols et qui a armé jusque dans le port des felouques pour courir sur nos bateaux pécheurs. Quoique j’aie quelques raisons de croire que les nouvelles plaintes que je viens de porter contre lui, auront plus d’effet que les premières, je supplie V. E. de vouloir bien faire écrire à cet égard par la cour d’Espagne à son chargé d’affaires en cette résidence.

J’ai reçu les 15 premiers bulletins de la Grande Armée, joints à la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’adresser le 21 brumaire. Les suivants, jusqu’au 36ème inclusivement, me sont parvenus à quelques lacunes près. Je leur ai donné la plus grande publicité ; ils ont été la meilleure réponse qu’on pouvait faire aux infâmes gazettes de Gibraltar, dont nous sommes inondés ici. J’ai envoyé aux chargés d’affaires de S. M. à Tunis et à Tripoli les lettres que voius m’avez adressées pour eux.

Par votre dépêche du 30 frimaire, vous me faites l’honneur de m’informer que Mgr l’archi-Trésorier de l’Empire vous a mandé qu’il existe encore à Alger deux esclaves génois dont les parents sollicitent la liberté. Les deux certificats que V. Exc. M’annonce accompagnés sa lettre n’y sont point trouvés joint ; je l’a supplie de vouloir bien me les faire adresser. Je ne doute point que le Dey ne s’empresse de me rendre ces deux malheureux, s’ils existent effectivement, et que leur état soit constaté par des actes authentiques.

Mustapha, ancien gouverneur de Constantine, surnommé le Bey anglais, celui qui, en l’an VII, fit arrêter tous les agents de la compagnie d’Afrique, et qui les traita si inhumainement, avait trouvé le moyen de rentrer en grâce, et devait être de nouveau envoyé à Constantine. On est parvenu à éclairer le Dey sur le compte de cet ennemi des Français, qui a été chassé et embarqué pour le Levant. Il s’est réfugié ici à Tunis, où, dit-on, il a été très favorablement accueilli par le Dey.

Le rebelle de Sigeri remue de nouveau. Il est parvenu à soulever les Kbaïls des montagnes qui avoisinent Bougie. Le Dey vient de faire arrêter et charger de chaînes tous ceux de ces contrées qui se trouvent à Alger.

Signé : Dubois Thainville.




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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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