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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 5 NIVOSE AN XII

[27 DECEMBRE 1803]

SUR LA CAPTURE DE LA FREGATE AMERICAINE

LA PHILADELPHIE



N° 163

5 nivôse an XII [27 décembre 1803]

La frégate américaine la Constitution a mouillé dans ce port le 28 brumaire [20 novembre].le apportait, comme je vous l’ai mandé dans ma lettre du 29 [21 novembre], M. Tobias Lear, nouvel agent d’Amérique. Il a fait les présents d’usage et a été accrédité.

Le bâtiment le Sle-Tom l’avait précédé de quelques jours ; il était chargé des présents biennaux. Un autre gros bâtiment, ayant la même destination, s’est perdu sur les côtes d’Espagne. Le gouvernement des Etats-Unis parait beaucoup redouter cette régence : il se montre très à remplir ses conventions avec elle, disons, plutôt à satisfaire toutes les prétentions du Dey.

Par une lettre du 16 décembre dernier, M. Tobias Lear, nouvel agent d’Amérique, qui parait vouloir établir avec moi des relations beaucoup plus étroites que son prédécesseur, me rend compte d’un événement bien malheureux. Le 30 octobre dernier la frégate la Philadelphie, de 44 canons, commandée par M. de Baimbridge, chassait à la vue de Tripoli un corsaire de cette Régence. Au coucher du soleil, elle donna à pleines voiles sur un écueil. Huit chaloupes canonnières furent mises de suite à la voile ; elles jetèrent l’ancre près de la frégate, qu’elles attaquèrent dès que le jour parut. Après quelques heures de résistance, elle fut prise à l’abordage. Tout est devenu la proie des barbares : 307 hommes ont été faits esclaves, et les40 mille piastres, qui se trouvaient sur cet armement, ont été saisis.

M. Tobias Lear, en me fournissant ces détails, réclama en faveur de ses concitoyens, mes bons offices auprès de l’agent de la République à Tripoli. Je lui ai fourni les lettres de recommandations les plus pressantes, persuadé que vous approuveriez tout l’intérêt que, comme agent du gouvernement et comme particulier, j’ai pris à cette affaire. Le malheureux capitaine de la Philadelphie est celui qui, il y a trois ans, me transporta en Espagne avec ma famille et tous les français. M. de Baimbridge épuisa envers nous tous les genres de procédés. Je le recommande, avec confiance, à vos bontés, et l’intérêt que vous voudrez bien prendre au sort de cet officier très distingué sera pour moi une des plus grandes faveurs dont vous ayez daigné m’honorer jusqu’à ce jour.

Tous les corsaires sont rentrés les 5 et 6 frimaire [27 et 28 novembre]. Ils ont débarqué 104 malheureux qu’ils ont saisis dans la Pouille au cap Santa Maria. Du nombre de ces infortunés sont 17 femmes et 7 à 8 enfants, que le Dey a fait répartir dans les maisons consulaires. Une femme et un enfant ont été envoyés chez moi. J’ai fait quelques difficultés de les recevoir ; mais, par égard pour le malheur et les circonstances qui commandent des ménagements, j’ai cru devoir leur offrir l’hospitalité. Es deux malheureux étaient nus et malades : j’ai demandé qu’ils fussent, selon l’usage, envoyés à l’hôpital. Le grand écrivain a répondu qu’ils devaient être soignés chez moi, et que s’ils mouraient dans ma maison, je paierais leur rançon. Je me suis plaint de cette insolente prétention ; le Vékilhandjï a donné de suite l’ordre de faire transporter ces deux malades à l’hôpital, d’où probablement ils seront renvoyés chez moi après leur guérison. Votre Excellence jugera sans doute que la maison de l’agent du gouvernement ne doit pas être considérée comme une auberge, et m’autorisera présumablement à refuser d’y recevoir tout individu qui y serait envoyé sans mon consentement, et duquel on prétend même exiger la rançon s’il venait à y mourir ou à s’évader.

L’amiral et tous les Raïs qui commandaient dans cette course ont été destitués ; on attribue ce mécontentement du Dey à plusieurs actes d’insubordination qui ont eu lieu sur différent bords. Il a donné raison aux turcs coupables, et a puni les chefs qui avaient voulu maintenir l’ordre.

Les corsaires doivent être armés de nouveau après le ramadan, qui finira le 18 ou le 20 de ce mois [9 ou 11 janvier 1804].

Il ne m’est parvenu aucune plainte de cette course, et je continue à jouir de la plus parfaite tranquillité : on a publié, à l’arrivée du courrier, que les présents étaient arrivés à Toulon ; cette nouvelle a causé beaucoup de satisfaction.

On assure toujours que l’amiral Nelson doit paraitre avec une division devant Alger pour y faire réintégrer l’agent britannique, qui en a été expulsé il y a 6 ou 7 mois. Le bruit qui s’est répandu que les anglais ont effectué un débarquement en Egypte indispose beaucoup contre eux.

La petite vérole fait depuis deux mois et demis des ravages horribles : elle a moissonné, dans les deux dernières semaines de frimaire [mi décembre 1803] de 80 à 100 individus par jour.

Quelques feuilles publiques ont assimilé les anglais aux algériens. On ne m’accusera pas d’être le défenseur très zélé de ces gens-ci ; mais je dois les justifier d’une comparaison qui, sous certains rapports, leur est injurieuse.

Les anglais ont pris nos bâtiments sans déclaration de guerre. Ils les ont même saisis au moment où les ambassadeurs respectifs traitaient amicalement à Paris et à Londres. Si les algériens, en déclarant la guerre à une puissance, ne respectent pas toujours scrupuleusement toutes leurs conventions, ils fixent au moins un délai pour les hostilités.

Hassan Pacha, prédécesseur du Dey actuel, déclara la guerre à la Hollande en 1793. Il fit donner l’ordre au citoyen Fraissinet, agent de cette puissance, de sortir de ses états, dans 8 jours, en lui signifiant qu’il ferait courir dans 40 sur les bâtiments hollandais. Les corsaires mirent de suite à la voile avec injonction aux Raïs de respecter le pavillon batave jusqu’à l’expiration du délai fixé par le Dey. Dans le courant des 40 jours, plusieurs bâtiments richement chargés furent capturés au mépris des ordres du prince, et conduits à Alger. Hassan fit rendre hommes, navires et cargaisons. Un des Raïs capteurs eut la tête tranchée, et un autre reçut mille coups de bâton. Sidi Ali, ministre de la Marine, qui avait insisté sur la confiscation de ces prises, sauva miraculeusement sa tête, et n’obtint que quelques heures pour sortir du royaume, où il n’est jamais rentré. Si les algériens sont des pirates, que sont donc les anglais ?

On m’avait assuré qu’il se trouvait encore au pouvoir des barbares du cap Ténez quelques français provenant du bateau le Banel. J’ai envoyé de nouveau dans les montagnes un marabout auquel j’avais promis 50 piastres fortes par individu qu’il me signalerait. Il les a parcourues pendant 3 semaines, et m’a juré, sur sa religion, qu’il n’y existait pas un seul naufragé.

Un citoyen Rumpler de Sainte Odile dans les Vosges, m’annonce qu’un particulier, qui a de la fortune, offre de payer la rançon des esclaves français qui se trouvent à Alger. Il me demande, en conséquence, des renseignements à cet égard. Je joins ici copie de sa lettre.

On doit sans doute applaudir à un projet de bienfaisance, qui me parait plutôt avoir été conçu par une société de philanthropes que par un particulier. Mais il ne m’appartient point de juger s’il convient à la dignité du gouvernement d’en autoriser l’exécution, qui consacrerait peut-être un exemple dangereux, et j’ai dû vous consulter à cet égard. Je joins, en conséquence, ici ma réponse au citoyen Rumpler, que vous lui ferez adresser, ou que vous considérerez comme non avenue, selon que vous le jugerez convenable.

Agréez, Citoyen Ministre, etc.

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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