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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 20 VENDEMIAIRE AN XII

[13 OCTOBRE 1803]

SUR LES RECLAMATIONS

DES JUIFS BUSNACH BACRI

AU SUJET DE DETTES



N° 160

20 vendémiaire an XII [13 octobre 1803]

Citoyen Ministre, je vous ai adressé plusieurs dépêches par le brick courrier qui vient de faire voile pour Alicante. Je joins ici le duplicata de ma dernière N° 159.

Depuis quelque temps, la conduite des juifs avec moi avait été très équivoque. D’après les insinuations de quelques personnes qui, très officieusement, se mêlent toujours d’affaires qui leur sont étrangères, ils avaient pensé que la guerre nous forcerait (j’emploie leur langage) à baisser de ton. Sans doute les circonstances ont dû commander quelques ménagements ; mais j’ai dû penser que trop de condescendance ne pourrait qu’augmenter l’insolence de ces gens-ci que, les événements politiques ne leur ont que trop naturellement inspirés. J’ai donc dû, par le mélange d’une fermeté soutenue et de la prudence convenable, démontrer constamment aux meneurs que les circonstances même ne nous détermineraient point à changer de système envers les Régences barbaresques.

Le tout puissant Busnach me témoignait de la froideur depuis quelque temps ; ses visites mêmes étaient devenues très rares. J’avais affecté de ne pas m’en apercevoir ; mais, dans le peu de communications que j’avais eues avec lui depuis la rupture, je m’étais tenu moi-même sur le ton d’une grande réserve. Il se plaignait très amèrement de la manière avec laquelle le gouvernement français les avait traités, et de la situation très critique de ses parents à Paris. Je m’étais borné à répondre que c’était à ses propres mesures, ou du moins à celles de la Régence qu’il gouvernait, qu’il fallait attribuer le système de fermeté que nous avions pris envers ce pays, et qu’il ne devait jamais perdre de vue que la détermination du Premier Consul de se faire respecter ici était irrévocable.

Dernièrement j’eus une très longue conférence avec le très fin et très rusé Bacri, qui a beaucoup d’empire sur l’esprit de Busnach. Il eut l’air de me parler avec abandon sur la situation de ses parents à Paris, et sur la manière avec laquelle leur remboursement avait été effectué. Il m’assura de nouveau du dévouement de tous les siens pour les intérêts de la France, en me protestant que leur dernier espoir était en moi. Je ne donnai pas grande attention à ces protestations, auxquelles je suis accoutumé depuis longtemps ; j’y répondis néanmoins avec les égards convenables et je promis de vous écrire en leur faveur.

Le 17 de ce mois [10 octobre], j’ai reçu, avec surprise, à ma maison de campagne une lettre de MM. Busnach et Bacri, par laquelle ils me mandent qu’ils ont rompu toute espèce de communication avec leurs frères, et me prient de recevoir en chancellerie leurs déclarations à cet égard.

« Veuillez bien, ajoutent-ils, dans leur lettre, vous intéresser pour nous auprès du ministre, et lui mander de ne payer à M. Jacob Cohen Bacri et Michel Busnach de Paris aucune somme qui pourrait être remboursée pour notre compte par le gouvernement français, mais de les faire remettre à votre fondé de pouvoirs, qui voudra bien les tenir à notre disposition. »

Le 18 [11 octobre], je me suis rendu en ville. MM. Busnach et Bacri ont passé, par devant le chancelier du commissariat, en présence des premiers juges de la nation hébraïque, la déclaration dont vous trouverez ci-jointe copie sous le N° 1. Ils ont voulu, en même temps, me remettre une procuration en faveur du citoyen Cornisset Desprez, mon fondé de pouvoirs. Je leur ai observé que je ne pouvais l’accepter sans son approbation ; que d’ailleurs je doutais qu’il pût s’en charger, et que je les engageais à confier leurs intérêts à une autre personne. Ils m’ont répondu qu’ayant peu de connaissances à Paris, ils ne savaient à qui s’adresser ; qu’ils me priaient au moins, en attendant qu’ils eussent fait un choix d’engager le citoyen Desprez à veiller à leurs intérêts, et qu’ils l’autorisaient, ainsi qu’ils me l’avaient marqué, à toucher pour eux ce qui pourraient leur être payé par le gouvernement.

Le 19 [12 octobre], le Khaznedjï a mandé mon drogman ; il l’a chargé de me dire qu’une grande partie des sommes dues à MM. Busnach et Bacri appartenaient à la Régence, et qu’il me priait d’engager le gouvernement à les acquitter. Il a ajouté, avec beaucoup d’obligeance, qu’il regarderait les services que je voudrais dans cette circonstance comme lui étant personnels, et qu’il aurait beaucoup de plaisir à les reconnaitre.

J’ai fait dire au Khaznedjï que j’ignorais absolument la situation de MM. Busnach et Bacri avec le gouvernement français ; mais que j’allais vous les recommander avec toute la chaleur que l’intérêt qu’il prend à leur affaire devait m’inspirer.

J’ignore effectivement, comme je l’ai fait dire au Premier Ministre, la situation de MM. Busnach et Bacri avec le gouvernement français ; mais, si, comme ils l’assurent, ils ont été remboursés par des billets qui ont perdu 75 %, Votre Excellence jugera sans doute qu’ils ont été traités un peu sévèrement. Nous avons pu avoir, dans quelques circonstances, à nous plaindre de MM. Busnach et Bacri, et sans doute un de nos plus grands griefs contre eux est celui d’avoir envahi tout le commerce de l’Afrique, et de vouloir en éloigner les français. Mais je dois à la justice de déclarer qu’ils nous ont souvent servi avec chaleur, et que les bons offices de M. Busnach auprès d’un prince capable de se porter à tous les genres d’extravagance, l’ont souvent ramené à des principes d’équité envers la France. J’ose donc vous recommander les intérêts des juifs, et vous supplier d’acquitter mes engagements envers le Khaznedjï, des procédés desquels, dans toutes les occasions, nous avons eu infiniment à nous louer. Si dans les circonstances, il était possible de leur faire quelque paiement, je ne vous dissimulerai point que cette mesure produirait le meilleur effet. Dans tous les cas, je vous prie de me mander ce que les juifs ont à espérer.

MM. Busnach et Bacri réclament le reliquat du compte que je joins ici sous le numéro 2, et que je reconnus à ma sortie d’Alger en l’an 9 [1800/1801]. Ils envisagèrent dans le temps le remboursement à Paris. Par votre dépêche du 18 ventôse [20 février], vous me demandez sur ce compte des explications que je vous fournissais par ma lettre du 12 germinal dernier [2 avril] N° 76. Les articles 3, 4 et 5 furent remboursés par le gouvernement, parce que vous jugeâtes, sur mes observations, que cette dette était sacrée, puisque les sommes avaient été fournies, par vos ordres et ceux du ministre de la Marine, aux agents de Tunis et de Tripoli.

Les articles 2, 6 et 8 ont été passés dans mes comptes et acquittés par moi. Les articles 1 et 7 sont dus.

Les 27 500 frs. compris dans l’article 1 ont été prêtés par la Régence, à mon prédécesseur pour les besoins de la garnison de Corfou et des employés de l’agence d’Afrique. Le citoyen Moltedo a dû les passer dans ses comptes, et je m’en suis rendu caution, parce qu’on ne voulait pas le laisser sortir d’Alger sans les avoir acquittés. Cette somme, que la Régence avait réclamée de moi, a été remboursée par MM. Busnach et Bacri.

Les 8 415 frs qui font l’objet de l’article 7 ont été déboursés par MM. Busnach et Bacri pour le rachat de 3 esclaves, que vous approuvâtes, ainsi que celui fait par le citoyen Devoize, dont la somme acquittée est comprise sous le N° 3. Veuillez bien vous faire représenter ma lettre précitée du 12 germinal [2 avril], qui fournit toutes les explications à cet égard.

Vous jugerez sans doute convenable de faire acquitter, entre les mains de mon fondé de pouvoirs, ces 35 915 frs dont j’ai répondu, et que MM. Busnach et Bacri réclament aujourd’hui de moi.

Le citoyen Astoin Sielve, chancelier de ce commissariat, sollicite sa retraite auprès de vous, et réclame 15 mois d’appointements et les frais de route lors de son déplacement en l’an 5 [1796/1797]. Je joins ici, sous le N° 3, la pétition qu’il m’adresse sous ce double objet.

Le citoyen Sielve jouit, en effet, d’une très mauvaise santé, et les dégoûts qu’il a éprouvés à Alger lui ont rendu la Régence odieuse. Vous vous rappellerez qu’à l’époque où les français furent jetés dans les bagnes, la haine de quelques Grands l’y poursuivit, et qu’il fut un des plus maltraités. Quelque temps après, il sollicita son changement, que les circonstances ne vous permirent pas de lui accorder. De longs services, une probité intacte, une conduite irréprochable lui ont acquis des droits à votre justice.

Le citoyen Sielve fut destitué en l’an 5 [1796/1797] par le citoyen Dhereulais, et il reçut l’ordre de repasser en France pour y rendre compte de sa conduite. 15 mois après, il fut renvoyé par vous à ses fonctions. Si, comme il l’assure, le citoyen Dhereulais n’avait pas les pouvoirs nécessaires pour destituer un agent commissionné par le gouvernement, vous jugerez sans doute que le citoyen Sielve a encore, sous ce rapport, des droits à vos bontés.

Je vous salue très respectueusement.

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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