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CADN 22PO/1/35




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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 2EME JOUR COMPLEMENTAIRE AN XI

[19 SEPTEMBRE 1803]

SUR L'AFFAIRE

DU CITOYEN JOSEPH FERRATINI



N° 158

2ème jour complémentaire an XI [19 septembre 1803]

Je viens de recevoir votre lettre du 22 prairial [11 juin], par laquelle vous me recommandez les intérêts du citoyen Joseph Ferratini.

« Il s’agit, me dites-vous, d’un bâtiment sous pavillon impérial, nommé les deux bienfaisants capitaine Luc Bessaccino, vénitien, qui était destiné pour l’armée française en Egypte, et qui fut pris dans les eaux de Messine, par un corsaire algérien.

Le citoyen Ferratini, ajoutez-vous, prétend que la cour de Vienne a obtenu, par l’entremise de son ministre à Constantinople, que la Régence d’Alger restituerait, soit en nature, soit en argent, les bâtiments qui avaient été pris sous pavillon impériale, et que le Dey a destiné un fonds particulier au paiement de ces indemnités. »

Le citoyen Ferratini dit, dans une lettre qu’il m’a adressée le 2 juillet, que les arrangements se sont passés entre la Sublime Porte et Sa Majesté l’Empereur, mais il m’a paru que le paiement des vaisseaux vénitiens pris avec pavillon impérial, et confisqués par la Régence n’a pas été acquittée en totalité, et qu’on n’a donné que des acomptes.

Il parait que le citoyen Ferratini n’a pas été bien instruit des démêlés qui ont eu lieu à l’égard des prises impériales, et de la manière avec laquelle ils se sont terminés.

Les corsaires avaient pris et la Régence avait confisqué un assez grand nombre de bâtiments avec pavillon impérial ; celui que réclame le citoyen Ferratini était probablement du nombre. 400 vénitiens et impériaux étaient dans les bagnes. La Porte avait expédié deux chaouchs pour réclamer la liberté des hommes et la restitution des bâtiments. Leur mission n’avait eu aucun succès : ils avaient été même brusquement expulsés d’Alger.

Mustafa Pacha venait de monter sur le trône. Il est d’usage, à tous les avènements, que des présents soient envoyés à Constantinople par un des Grands de la Régence, à l’effet d’obtenir l’investiture de la Porte. Le Vékilhandjï (ministre de la marine) fut chargé de cette mission ; il s’embarqua, le 27 vendémiaire an IX [19 octobre 1800] sur la frégate américaine le Georges Washington. Deux navires suédois, nolisés par la Régence, partirent en même temps pour Smyrne et Rhodes à l’effet d’y faire des recrues ; un grand nombre de négociants algériens s’embarquèrent sur ces 3 bâtiments avec des sommes considérables pour acheter des marchandises du Levant.

La Porte était vivement poussée par l’internonce d’Allemagne pour la mise en liberté des 400 impériaux qui se trouvaient au pouvoir de la Régence, et pour la restitution des bâtiments saisis. Elle était très irritée des refus qu’avaient éprouvés ses chaouchs, et de la manière avec laquelle la Régence les avait traités. A l’arrivée du Vékilhandjï à Constantinople, le capitan Pacha fit abattre le pavillon algérien ; il donna ordre de saisir ce ministre et toutes les personnes de sa suite. Défenses furent faites, sous peine de la vie, à tout musulman de s’enrôler sous les bannières algériennes ; les présents, l’argent et les marchandises qui se trouvaient sur les 3 bâtiments furent séquestrés.

Les anglais, alors alliés de la Porte, se joignirent aux impériaux, pour accabler, de toutes parts le gouvernement ottoman. Leur ambassadeur se plaignit qu’un agent français venait de conclure un traité avec la Régence d’Alger, tandis que le Grand Seigneur était en guerre avec la France. Il offrit de joindre une flotte anglaise à celle du capitan Pacha pour réduire la Régence. La Porte écrivit, sous la dictée des anglais et des impériaux, des firmans menaçants ; elle exige la liberté des 400 impériaux, et la restitution, en nature ou en argent, de tous les bâtiments conduits à Alger La Régence trembla : elle rendit les impériaux, régla, avec le capidji, les indemnités réclamées, des sommes considérables, destinées à leur remboursement, furent embarquées sur un bâtiment danois, et vous vous rappellerez que je fus obligé de sortir d’Alger.

A l’arrivée du bâtiment danois à Constantinople, le Vékilhandjï et toutes les personnes de sa suite obtinrent la liberté ; le séquestre qui avait été apposé sur l’argent et les marchandises des algériens fut levé ; le Vékilhandjï reçut pour la Dey le caftan et les présents, et revint ici avec des recrues.

Il parait donc certain, Citoyen Ministre, d’après des détails, dont vous connaissez toute l’authenticité, que la Régence a acquitté toutes les indemnités réclamées par les impériaux, et vous jugerez qu’il y aurait de l’imprudence à revenir sur des événements dont elle conserve encore un souvenir très douloureux. Vous vous rappellerez même qu’il n’a laissé échapper aucune occasion d’attribuer à sa conduite amicale envers nous l’humeur que la Porte a prise dans cette circonstance, et de me reprocher les sommes énormes qu’il dit avoir payées pour éviter les malheurs dont il était menacé. Je n’ai jamais entendu dire, comme l’assure le citoyen Ferratini, que la Régence n’ait donné que des acomptes ; et sans doute l’envoyé de la Porte, avec les avantages qu’il avait obtenus sur elle, ne s’en serait pas contenté. Il passe, au contraire, pour certain, que cette affaire a été entièrement réglée, et la conduite postérieure de la Porte parait confirmer cette opinion. Dans ce cas, les intéressés ne pourraient donc se plaindre que de la mauvaise répartition faite à Constantinople et ne peut être nullement l’affaire de la Régence. Au surplus, si le citoyen Ferratini se trouvait dans le cas de quelque exception particulière, je vous prie de me le mander, et j’appuierai ses réclamations de tous mes moyens. Mais à moins de nouvelles explications de votre part, je ne croirai pas devoir me mêler de cette affaire, qui ne pourrait manquer de m’attirer beaucoup de mauvaise humeur de la part du Dey.

Le citoyen Ferratini a envoyé sa procuration à l’agent de Danemark, qui a refusé de s’en charger.

Je vous salue très respectueusement.

Dubois Thainville.




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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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