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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 24 FRUCTIDOR AN XI

[11 SEPTEMBRE 1803]

SUR LES NEGOCIATIONS

RELATIVES A LA PAIX

ENTRE LE PORTUGAL ET LA REGENCE



N° 155

24 fructidor an XI [11 septembre 1803]

Citoyen Ministre, la Régence et ceux qui la dirigent veulent la paix avec la Portugal. Le Dey la désire parce qu’il veut ouvrir l’océan à ses corsaires, en débarrassant le détroit de Gibraltar des armements portugais ; les juifs appuient ce projet parce qu’ils veulent établir une maison de commerce considérable à Lisbonne, où ils enverraient une partie des denrées de l’Afrique dont ils sont entièrement les maîtres. En conséquence, le Dey manda il y a 6 ou 7 mois l’officier supérieur des portugais qui se trouvent ici ; il lui a dit qu’il était disposé à prendre des arrangements avec sa cour, et l’autorisa à lui mander les dispositions favorables de la Régence.

Le 10 de ce mois [28 août], un vaisseau portugais a paru devant Alger ; il a assuré son pavillon et la flamme parlementaire par un coup de canon. L’agent d’Espagne a été invité par le Dey à se rendre à bord. M. Lazare Joseph de Brito, envoyé de la cour de Lisbonne et un moine qui l’accompagnait sont venus à terre. Ils ont été logés, contre tous les usages reçus, dans une maison particulière des juifs.

Le 11 [29 août], les négociateurs portugais ont eu une audience du Dey. Tout en désirant un accommodement, ce prince veut le faire payer très chèrement à la cour de Lisbonne : il a élevé de très hautes prétentions pour le double objet de la paix et du rachat des 374 esclaves qui sont au pouvoir de la Régence. Sept officiers de la frégate capturée il y a 18 mois lui appartiennent. Il a d’abord exigé pour l’un d’eux (M. de Ramirez) 400 mille piastres fortes, et 60 mille pour chacun des 6 autres. Il a demandé en résultat pour le tout 4 millions de piastres fortes. M. de Brito a répondu qu’il lui était impossible de consentir une pareille somme ; et après quelques explications assez vives, les envoyés portugais se sont retirés.

Le conciliateur Busnach s’est empressé de se rendre chez eux pour leur offrir ses bons offices auprès du prince ; il leur a fait espérer qu’il le déterminerait à se départir de ses prétentions, qu’il a regardé lui-même comme exagérées.

Le 12 [30 août], d’après les démarches de M. Busnach, les négociateurs portugais se sont présentés de nouveau chez le Dey. Ils lui ont offert deux brillants qu’on dit être d’un grand prix ; le Dey leur a remis un yatagan pour le prince du Portugal. Il a réduit ses prétentions à 3 millions. M. de Brito a déclaré qu’il n’était chargé que du rachat des esclaves, et qu’il n’avait pas plus d’ordres de sa cour pour conclure la paix que pour arrêter une trêve de 4 mois que le Dey avait proposée ; mais que, voyant les bonnes intentions de ce prince, il prenait sur sa responsabilité d’offrir, pour ce double objet, un million de piastres, avec la condition expresse que cet arrangement serait soumis à la ratification de son gouvernement. M. de Brito consentit, en même temps, la remise des 114 algériens qui sont prisonniers à Lisbonne. Le Dey a rejeté ces propositions, et a fort mal traité les négociateurs portugais ; il s’est même servi d’expressions que la décence ne me permet pas de consigner ici, et leur a signifier de sortir sur le champ d’Alger. Ils se sont embarqués, dans la soirée, sur un bâtiment des juifs prêt à mettre à la voile pour être déposés à bord du vaisseau qui louvoyait au large.

Le 13 [31 août] au matin, ils étaient encore dans le port. M. Busnach, qui, dit-on, a reçu la promesse d’un présent considérable, avait beaucoup agi en leur faveur ; mais, dans cette circonstance, son crédit n’a pas entièrement prévalu : il n’a pu parvenir qu’à déterminer une seconde conférence. Le Dey a donné son ultimatum aux envoyés portugais, qui sont revenus à terre ; il leur a déclaré qu’il ne séparerait pas la rachat de la paix, et qu’il voulait bien se contenter, pour ce double objet, de 2 millions de piastres fortes. On assure, en outre qu’il a exigé une redevance annuelle de 30 mille sequins ; mais, en vous répondant de l’exactitude des détails que je viens de vous fournir, quoique cette affaire ait été très secrètement traitée, je ne puis vous donner l’assurance de cette dernière prétention. Le Dey a remis aux envoyés de la cour de Lisbonne une lettre pour le prince de Portugal, en leur disant, qu’il espérait bientôt les revoir ici. Ils ont fait voile dans la matinée.

Immédiatement après leur départ, le port a été fermé. 9 corsaires ont été mis en armement ; ils sortiront dans 5 à 6 jours. Ils seront commandés par une espèce d’amiral ; ils recevront l’ordre de ne point se séparer, et celui, dit-on, d’attaquer les portugais qui doivent établir une croisière devant Alger.

Les agents de Suède, de Danemark et d’Amérique se sont remués en tous sens pour s’opposer à l’arrangement du Portugal ; on prétend même qu’ils ont offert une somme considérable. La cour de Madrid, si je dois en juger par quelques expressions échappées à son agent, ne paraitrait pas elle-même voir avec plaisir un accommodement entre le Portugal et la Régence.

Je vous salue très respectueusement.

Dubois Thainville.




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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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