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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 6 FRUCTIDOR AN XI

[24 AOUT 1803]

SUR LA COMPAGNIE D'AFRIQUE



N° 154

6 fructidor an XI [24 août 1803]

Citoyen Ministre, à la suite des arrangements qui eurent lieu l’an passé dans ce mois de thermidor, lors de la présence de la division qui fut envoyée ici, il fut convenu entre le Dey et moi qu’un agent français, dont vous avez approuvé la mission – Dans votre lettre du 22 ventôse dernier [13 mars], vous me dites : « Je ne puis qu’applaudir qu’au parti que vous avez pris d’envoyer à Bône le citoyen Léon pour y protéger la pêche du corail, et je confirme toutes les dispositions des instructions que vous lui avez données. » -, serait envoyé à Bône pour y protéger nos corailleurs qui venaient d’en être expulsés. Le Dey, en même temps, donna l’ordre au Bey de Constantine de faire respecter tous les privilèges de la compagnie d’Afrique, et de lui rendre les marchandises qui lui ont été dévolues par les traités.

Le 3 de ce mois [21 août], j’ai été mandé à la Régence, et le Khaznedjï, au nom du Dey, en présence des grands écrivains qui représentèrent les registres, m’observa que l’année d’immunités de lismes convenue par l’article 6 du dernier traité venait d’expirer, et que, l’année prochaine à pareille époque, je devais acquitter les redevances stipulées.

J’observai que l’article 5 de ce traité portait expressément que les lismes ne seraient exigibles que du jour où les français seraient rétablis dans les comptoirs ; que les circonstances n’avaient pas encore permis à la compagnie de reprendre des établissements que la tyrannie du dernier Bey avait entièrement détruits ; qu’il était nécessaire de faire transporter d’Europe une très grande quantité de matériaux ; que des sommes considérables étaient nécessaires pour les réparer, et que ce n’était que dans la vue de donner à la compagnie le temps dont elle avait besoin pour faire toutes les réparations convenables, que j’avais précisément insisté sur la stipulation de l’article 5. J’observai enfin que les dispositions de la Régence de la Régence, dans le courant de cette année, n’avaient pas été assez amicales pour encourager la compagnie à reprendre ses établissements, puisque le Dey, il y a six mois avait déclaré la guerre à la république française, et m’avait ordonné de sortir de ses états dans 6 jours.

Ces observations ne plurent pas, et le Khaznédjï me répondit que la Régence ne pouvait entrer dans ces considérations ; qu’un agent français était sur les lieux depuis un an ; que le Bey de Constantine avait reçu l’ordre, qu’il a fait publier, de remettre entre ses mains toutes les marchandises qui nous appartiennent par les traités, et de restituer à la compagnie tous ses privilèges et avantages dont elle jouissait dans la province ; que ce n’était point la faute de la Régence si nous n’en n’avions pas profité ; mais que le bélie (trésor public) ne pouvait perdre ses revenus ; que d’ailleurs, la compagnie avait joui effectivement d’une partie de ses privilèges, puisque la pêche du corail avait eu lieu, et qu’elle avait été constamment protégée depuis un an. S’il vous convenait, a ajouté le Khaznedjï, de négliger encore quelques années d’occuper vos comptoirs, il faudrait donc que la Régence renonçât à des revenus qu’elle ne perçoit point depuis longtemps, tandis cependant que vous exploiteriez une partie de vos concessions. De deux choses l’une : ou rendez-nous ces concessions, que nous pouvons céder avec de bien plus grands avantages que ceux qui nous sont faits par la France, ou acquittez les lismes, très modérées, que vous avez stipulées avec nous.

Vainement, j’ai voulu revenir sur l’article 5 du traité, sur les pertes incalculables que la compagnie avait éprouvées par la dévastation entière de ses comptoirs. Inutilement j’ai objecté que, si, depuis longtemps, la Régence ne percevait pas les redevances, c’était à ses propres mesures qu’elle devait attribuer la perte de ses revenus. Le premier ministre a persisté à exiger les lismes. Il a réclamé, en même temps, les deux caisses de corail assorti, pesant chacune 120 livres de Marseille, que nous devons fournir chaque année, et dont j’ai eu l’honneur de vous parler plusieurs fois dans mes précédentes dépêches.

J’ai cru, dans les circonstances, ne pas devoir donner plus d’étendue à cette discussion, qui nécessairement aurait donné beaucoup d’humeur, et je me suis borné à répondre que je vous en écrirais.

On ne peut se dissimuler, Citoyen Ministre, que quelques-unes des observations du Khaznedjï ne soient spécieuses : il est vrai que, l’an passé, des défenses ont été faites de vendre à d’autres qu’aux français les marchandises dévolues à la compagnie au prix, très avantageux, de la Rahba (du marché) ; que les arabes sont venus les offrir au citoyen Léon, qui n’a pu les acheter, parce qu’il n’avait d’ordres de la compagnie ; que ces marchandises, ainsi que je vous l’ai marqué, sur Tunis et autres lieux ; que la Régence, ne s’en étant pas emparées, parce qu’elle nourrissait la prétention d’exiger de nous le paiement des lismes, a fait une perte réelle. Il est vrai encore que nous exploitons, en ce moment, une partie essentielle des concessions, puisque, depuis plus de six mois, la pêche du corail est en pleine activité. Mais il est certain aussi que l’article 5 du traité ne souffre point d’interprétation, et que, tant que les français ne seront pas rétablis dans les comptoirs, la Régence n’a aucun droit d’exiger les redevances. Je lui dois cependant une réponse, et je vous supplie de me donner des directions précises sur cet objet très important.

J’avais prévu, depuis longtemps, les intentions de la Régence, et je dois, à cet égard, remettre sous vos yeux un paragraphe de ma lettre du 7 pluviôse an X [27 janvier 1802] N° 96.

« Je dois faire au gouvernement etc..

(voyez à l’indication ci-dessus, 1er registre. »

Vous avez jugé, par toute ma correspondance, que j’avais toujours redouté la prétention que la Régence élève aujourd’hui. J’avais surtout prévu qu’en autorisant l’établissement de quelques négociants français dans la province de Constantine, je donnerais à cette prétention quelque fondement ; et dernièrement encore, ainsi que je vous le mandais par ma lettre du 18 messidor [7 juillet], j’en avais éloigné les citoyens Raimbert et Granet, qui d’ailleurs n’avaient pas rempli en France les formalités nécessaires pour commercer en Barbarie. La Régence m’a demandé une réponse précise sur le refus ou le consentement de payer les redevances stipulées.

La compagnie d’Afrique est dans les attributions du ministre de l’Intérieur ; mais les affaires qui la concernent se trouvant, en ce moment, essentiellement liées à la politique, je pense que c’est à vous que je dois m’adresser pour toutes les discussions auxquelles, dans les circonstances, elle peut donner lieu. J’ose vous prier néanmoins de vouloir bien donner les ordres pour que ces détails soient communiqués au ministre de l’Intérieur. J’ose vous prier encore de vouloir bien engager ce ministre à me fournir toutes les directions qui me manquent pour la répression surtout de nos corailleurs, qui se livrent à toutes sortes d’excès, et qui me font redouter à chaque instant quelques nouvelles tracasseries.

Je regrette infiniment que les événements politiques ne permettent pas à la compagnie de reprendre ses établissements en Afrique : Osman, nouveau gouverneur de Constantine, me parait entièrement dévoué à nos intérêts. Une circonstance surtout favoriserait infiniment l’établissement de la compagnie : le sous-commissaire Léon est, depuis longtemps, l’ami intime d’Osman. Aussitôt que ce gouverneur a eu connaissance qu’il était à Bône, il lui a dépêché un courrier pour l’engager à se porter près de lui. Le citoyen Léon, ainsi que je vous l’ai précédemment mandé, s’est rendu à son invitation. Il me donne de nouveaux détails sur différentes entrevues qu’il a eues avec le Bey, auprès duquel il est resté 16 jours. Ce gouverneur l’a comblé de politesses et de présents. Voici la lettre que le citoyen Léon a été chargé de lui remettre de ma part.

(Voyez page 45 correspondance générale).

Le Bey Osman a été, on ne peut plus, sensible à cette attention de ma part. Il parait, a-t-il dit, que M. Thainville connait mes sentiments. Je n’en changerai jamais envers une nation que j’ai toujours aimée, et les français peuvent compter sur l’étendue de protection qu’il sera en mon pouvoir de leur accorder.

Le lendemain du jour où ma lettre fut présenté au Bey, le gouvernement remit au commissaire Léon celle-ci, traduite littéralement du texte.

« Osman, Bey de Constantine, au citoyen Dubois Thainville, chargé d’affaires et commissaire général des relations commerciales de la République française, près le Dey de la Régence d’Alger.

J’ai reçu la lettre que vous m’avez adressée, et je vous remercie de tous les souhaits que vous y exprimez pour ma prospérité.

Je suis parfaitement instruit de tout ce qui est arrivé aux français dans cette province. Vous pouvez être bien assuré que, sous mon gouvernement, les choses n’iront pas comme sous celui de mon prédécesseur. J’ai toujours été l’ami des français. Je désire que la compagnie vienne au plus tôt s’établir dans ma province comme anciennement, et, de mon côté, je ne négligerai aucun des moyens qui sont en mon pouvoir pour favoriser ses opérations, et donner de nouvelles preuves de mon attachement à la nation française.

Vous n’avez pas besoin de me recommander le commissaire Antoine Léon, que je reconnais comme agent de la République française. Je le regarde comme mon ami depuis longtemps, et lui-même est bien assuré de mon amitié. Je ne négligerai rien pour la favoriser toutes les fois que l’occasion s’en présentera. A mon arrivée ici, j’ai appris avec grand plaisir qu’Antoine Léon fût en qualité de commissaire à Bône. Ainsi puisque nous nous trouvons ici l’un et l’autre, les affaires iront bien et nous nous accorderons toujours.

Recevez, de ma part, beaucoup d’expressions d’amitié. Dieu vous accorde de longues années.

Constantine, le 5 juillet 1803.

L. S.

Le citoyen Léon est entré avec Osman dans de très grands détails sur les événements malheureux arrivés aux français dans la province de Constantine. Ce gouvernement témoigna, dans toutes les conférences, le désir de contribuer, de tous ses moyens, à faire retrouver aux français les avantages qu’ils avaient perdus. Il expédia, en présence du citoyen Léon, des lettres à tous les cheiks ; il leur manda que leur tête répondait de la plus légère injure faite à un français.

Les patrons des bateaux corailleurs refusent, pour la plupart, d’acquitter le contingent nécessaire pour former les deux caisses de corail assorti réclamées par la Régence. Je vais écrire au citoyen Léon d’acheter les quantités qui lui manqueront ; car je pense qu’il est convenable de remplir, avec exactitude, l’engagement que j’ai contracté à cet égard.

La prise des deux bateaux napolitains dont les marins sont dans les bagnes d’Alger devait être un exemple salutaire pour ceux qui se trouvaient encore sur la côte, et les engager à s’éloigner de ces contrées, où leur liberté est sans cesse menacée. Cet exemple n’a été d’aucune utilité : aussitôt que les corsaires de la Régence ont quitté Bône, les napolitains ont reparu sur tous les parages de la côte. Ils sont si nombreux qu’ils en imposent même aux français Dernièrement deux de nos bateaux corailleurs étaient postés dans un endroit très avantageux ; les napolitains s’en étant aperçus, voulurent pêcher dans le même endroit. Les nôtres les repoussèrent ; mais le lendemain les napolitains revinrent en force, et firent feu sur nos deux felouques, qui furent obligées de céder la place à leurs ennemis.

Je vous salue très respectueusement.

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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