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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 14 PRAIRIAL AN XI

[3 JUIN 1803]

SUR L'ECHANGE DES PRESENTS

ENTRE LE PREMIER CONSUL ET LE DEY



N° 147

14 prairial an XI [3 juin 1803]

Je n’ai reçu que le 11 de ce mois [31 mai] la lettre que vous m’avez fait l’honneur de m’écrire le 28 ventôse dernier [19 mars]. Vous me mandez que le Premier Consul, en déterminant l’envoi des présents au Dey, avait bien voulu apporter une modification importante à la première mesure qu’il avait prise, en consentant que les présents ne soient expédiés d’Alger que lorsque les nôtres seraient rendus à Toulon. Vous m’ordonnez en conséquence de signifier au Dey les intentions définitives du Premier Consul, et de vous rendre compte de la manière avec laquelle il les aura accueillies.

Cette mesure, sans doute, est honorable pour le Dey, puisqu’elle l’assimile aux princes les plus puissants de l’Europe ; mais il n’est pas susceptible de l’apprécier, et, si l’on ne saisit pas une circonstance favorable pour la lui annoncer, il est capable, au contraire, de la regarder comme une injure, et de se porter à quelque nouvelle extravagance. Le moment ne m’a pas paru propre pour cette communication : les corsaires rentrent ; 6 sont déjà dans le port, malgré le blocus des Portugais ; ils annoncent que 9 à 10 bâtiments richement chargés ont été saisis et conduits à Tunis, d’où ils sont attendus à tous les instants. Un Raïs a déposé qu’il avait vu prendre, dans les parages de Bône, un bâtiment français par une frégate anglaise, et que le commandant de cette frégate, par lequel il a été visité, lui a déclaré qu’une nouvelle rupture avait lieu entre la France et l’Angleterre.

Ces nouvelles, comme vous devez le présumer, ont causé ici beaucoup de satisfaction ; celle de la guerre surtout, à laquelle je ne croirai que lorsque j’aurai des avis plus positifs, a relevé toutes les espérances des algériens. J’ai cru donc devoir laisser passer ces moments d’enthousiasme, et me borner que le retour du Dey aux principes de la modération avait effacé les justes impressions de mécontentement que des emportements avaient produites, et que le Premier Consul avait bien voulu consentir à faire des présents, à la condition bien expresse cependant qu’il en enverrait d’équivalents.. Je sens bien, Citoyen Ministre, que je ne remplis pas les intentions bien précises du gouvernement, parce qu’il serait important que vous eussiez connaissance de la détermination du Dey sur le départ nécessaire des présents d’Alger, avant l’expédition des nôtres à Toulon. Mais avec un prince aussi fanatique que celui-ci, c’est l’à propos qu’il faut savoir saisir, et j’ose vous répondre que, par les moyens que le départ précipité du courrier ne m’a pas encore permis d’employer, je conduirai la Régence à la mesure équitable que le Premier Consul exige. Veuillez donc bien m’instruire le plus tôt possible de l’expédition des présents à Toulon.

On vient de me faire demander si j’étais informé de la déclaration de guerre. J’ai répondu que je n’en avais aucune connaissance ; que je ne croyais pas que les anglais fussent assez imprévoyants pour vouloir lutter seuls contre la France ; mais que, dans ce cas, très peu présumable, le Premier Consul avait pris toutes les mesures pour que cette guerre ne fut pas longue, et que 500 000 braves étaient prêts à réclamer, les armes à la main, l’exécution des traités, si les anglais ne voulaient pas s’y soumettre.

Voici la note des prises connues qui vient de m’être remise.

Bâtiments :

Napolitains = 2

Napolitains et Maltais pris avec passeports anglais = 5

Napolitains avec passeport des sept îles = 1

Impérial * = 1

* On m’assure en ce moment que ce bâtiment est napolitain.

Romain = 1

Total = 10

Ces bâtiments sont chargés de bled, cire, vins, sucre, café, cristaux et verreries.

4 barques de pêcheurs ont été saisies et coulées bas ; les marins esclaves.

Esclaves :

Arrivés = 105

Dans les trois bâtiments qui sont encore à la mer, suivant la déposition des Raïs = 74

Total = 181

Il parait que la rentrée des corsaires ne me donnera pas les embarras que j’avais redoutés : mes explications avant leur départ et l’exemple d’Ali Tatar paraissent avoir fait impression sur l’esprit des Raïs. Il ne m’est parvenu, jusqu’à ce moment, aucune espèce de réclamation. La seule plainte, qui m’arrive en ce moment, est celle-ci : plusieurs corsaires ont relâchés à Bône. Un turc, qui se rendait à bord, a voulu forcer un patron corse de l’y conduire. Sur le refus de celui-ci, le turc lui a donné un soufflet, et a fait, je ne sais trop comment, un trou à la chaloupe. Sur les plaintes du commissaire Léon, un Divan a été sur le champ assemblé chez le gouverneur. E turc se trouvait être de l’équipage d’Ali Tatar, qui, comme je vous l’ai marqué, a conduit la nouvelle garnison. Ali Tatar, lui-même, a fortement provoqué la punition de cet homme qui a été fortement bâtonné, et ce Raïs a envoyé de suite son charpentier, et son calfat pour faire raccommoder la barque. Ali Tatar, avant son départ de Bône, s’est présenté chez le sous-commissaire Léon pour le supplier de ne pas me mander cet événement.

Le 10 [30 mai], un vaisseau, qu’on présume être portugais, s’approcha assez près du port, à ce qu’il parait, [pour voir] si les corsaires étaient rentrés.

Le 12 [1 juin], une frégate portugaise poursuivit un chebec jusque sous les canons des forts. Une très longue canonnade eut lieu de part et d’autre. Le chebec parvint à gagner le port. Quelques algériens ont été blessés ; un seul a été tué.

Le 13 [2 juin], 5 corsaires rentrèrent à la faveur d’un brouillard très épais. Les portugais n’ont pas reparu depuis le 12 [1 juin].

2 frégates et un chebec de 24 pièces de canons sont encore à la mer.

Le 2 [22 mai] de ce mois le Khalif du Bey de Constantine entra dans Alger. Le 3 [23 mai], il disposa les tributs aux pieds du trône ; le même jour il régla ses comptes avec la Régence. Le Khaznedji, selon l’usage, lui fit offrir le café ! En sortant du palais, 4 chaouchs saisirent le Khalif, l’enchainèrent et le conduisirent à Bône.

Quelques jours auparavant, des ordres avaient été expédiés pour s’emparer du Bey, qui a été arrêté. Les uns prétendent qu’ils perdront la tête, lorsqu’on sera parvenu à leur arracher toutes leurs richesses ; les autres qu’ils seront conduits en exil à Couliha près la Bélidah. C’est Osman, ancien Bey d’Oran, destitué il y a trois ans, qui remplace le Bey de Constantine. Nous n’aurons, j’espère, qu’à gagner à ce changement : Osman s’est, dans tous les temps, montré l’ami des français ; le citoyen Léon, sous-commissaire à Bône, est étroitement lié à Osman. L’ancien Bey, au contraire, en a toujours été l’ennemi le plus dangereux.

L’Agha, selon la constitution du pays, doit s’emparer, au profit de la Régence, des dépouilles des Beys destitués ; mais le Dey actuel s’écarte en tout de la conduite de ses prédécesseurs. Il a envoyé à Constantine un agent de confiance pour s’emparer de toutes les richesses du Bey : il a jugé : il a jugé plus convenable de les faire entrer dans ses coffres que dans ceux du Belick.

Daignez agréer, Citoyen Ministre, etc…

P.S. du 15 [4 juin]. Un grand nombre de bâtiments napolitains et maltais, munis de passeports anglais, ont été visités par les corsaires ; plusieurs Raïs les ont respectés. Le Dey en a témoigné beaucoup de mécontentement, et un d’eux a été destitué. On m’assure en ce moment que les ordres viennent d’être donnés d’armer jusqu’ai dernier des corsaires, qui sortiront, dit-on, très incessamment. Ainsi nous devons nous attendre, après le départ du courrier, à voir le port longtemps fermé.

Dubois Thainville




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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