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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 28 FLOREAL AN XI

[18 MAI 1803]

SUR LA SITUATION RELATIVE

A LA PECHE DU CORAIL



N°145

28 floréal an 11 [18 mai 1803]

Je n’ai reçu aucun ordre, aucune direction sur la pêche du corail et l’établissement de la compagnie d’Afrique ainsi que je vous le mandais par ma lettre du 3 germinal dernier [20 avril]. Le citoyen Léon, sous-commissaire à Bône, vient de me marquer que 350 bateaux corailleurs doivent se présenter cette année à la côte d’Afrique, et que 4 y ont déjà paru.

L’art. 3 du dernier traité est ainsi connu. « La Régence d’Alger restitue à la République française les concessions d’Afrique de la même manière et aux mêmes conditions que la France en jouissait avant la rupture. »

La pêche du corail est une des parties essentielles de ces concessions, et les actes commis l’an passé envers les pêcheurs arrêtés ou violemment repoussés des côtes ont été des attentats dont le Premier Consul a dû demander satisfaction. Pour l’obtenir, il a envoyé, il y a 9 mois, une division de nos forces navales devant Alger. Le Dey s’est empressé d’accorder les réparations exigées, et l’art. 9 de sa lettre au Premier Consul s’exprime ainsi : « J’ai terminé avec mon ami Dule Th. votre Vékil, toutes les affaires de la Calle, et l’on pourra venir faire la pêche du corail. La compagnie d’Afrique jouira des mêmes prérogatives dont elle jouissait anciennement. J’ai ordonné au Bey de Constantine de lui accorder tous les genres de protection. »

J’ai rappelé officiellement à la Régence ses promesses et ses stipulations. Le vice-ministre m’a répondu, au nom du Dey, que le gouverneur de Constantine avait en effet reçu les ordres les plus sévères de protéger les corailleurs, et que son Khalifa qui doit entrer dans Alger ces jours-ci pour porter aux pieds du trône les tributs d’usage, en recevrait de nouveaux.

On m’a observé qu’on était instruit qu’une grande quantité de génois et de napolitains devaient être du nombre des pêcheurs, et l’on se propose, à ce qu’il parait, d’envoyer quelques armements contre eux.

J’ai répondu qu’en vertu des traités entre la République et la Régence, la pêche du corail appartenait exclusivement aux français, et que je ne réclamais protection que pour les pêcheurs qui seraient porteurs de passeports légalement délivrés en France. En conséquence, j’ai ordonné, au nom du gouvernement, au citoyen Léon de veiller à ce que les seuls français puissent participer à la pêche, et d’informer par des avis adroitement transmis, les corailleurs étrangers des mesures que la Régence va prendre contre eux.

Nos pêcheurs, s’imaginant éviter la quarantaine, ou conduits par un sentiment de crainte, prennent ordinairement la fuite à la vue des corsaires algériens. Ceux-ci, devant les considérer comme leurs ennemis, leur donnent chasse, et font souvent feu sur eux. Pour éviter de semblables méprises, le Khaznedji m’a prié de recommander à nos corailleurs de se laisser visiter par les armements de la Régence, qui se borneront à demander leurs passeports avec les égards convenables. J’ai écrit dans ce sens au citoyen Léon.

La compagnie d’Afrique doit donner annuellement à la Régence deux caisse de corail assorti, pesant chacune 120 livres de Marseille. Le Dey les a réclamées. J’ai cru qu’il était indispensable d’acquitter nos conventions à cet égard, et je me suis engagé à les fournir. En conséquence, j’ai mandé au sous-commissaire Léon d’exiger de chaque patron, en proportion de la bonne ou mauvais pêche qu’il aura faite, son contingent nécessaire pour former les deux caisses. C’est, à ce qu’on m’assure, l’usage qui s’est pratiqué de tous les temps. Le citoyen Léon est un homme d’une sagesse et d’une probité reconnue. Il est actif ; il parle toutes les langues du pays, et je me félicite tous les jours de lui avoir confié la mission de Bône, approuvée par vous. Il me demande des instructions que je viens de lui transmettre par un courrier extraordinaire, parti le 25. Je lui recommande surtout d’exercer la police la plus sévère sur les pêcheurs. Il se bornait auparavant à prendre le nom des pêcheurs qui se présentaient pour faire la pêche, à enregistrer le nombre des marins, et le numéro des congés. Je lui ai recommandé d’exiger le dépôt de leurs papiers, et de ne leur laisser que le passeport ou congé qui sert à les faire reconnaitre des corsaires de la Régence ; il leur en délivrera une reconnaissance, qui sera représentée par eux lorsqu’ils réclameront leurs papiers à la fin de la pêche. C’est le moyen qu’employait l’ancien gouverneur de La Calle, et c’est le seul qui permette à l’agent du gouvernement d’avoir sur les corailleurs, qui, dans tous les temps, ont donné beaucoup d’embarras, une surveillance qu’il est nécessaire d’exercer jusqu’à la rigueur dans un pays où la faute ou le délit d’un seul peut retomber sur tous. J’ai, en outre, recommandé au citoyen Léon de me rendre compte de tous les patrons qui ne se conformeraient pas aux ordres qu’il leur donnera, ou qui ne se conduiraient pas d’une manière convenable, parce qu’à leur retour en France, il est nécessaire que les lois punissent les délits dont ils auraient pu se rendre coupables.

Enfin, j’ai engagé le sous-commissaire Léon à communiquer au Bey de Constantine les articles du traité et de la lettre du Dey, et à lui signifier que la résolution du Premier Consul de se faire respecter dans ces contrées est immuable, et que le plus léger attentat commis envers nos corailleurs pourrait lui attirer de grands malheurs.

En sollicitant de la Régence les mesures nécessaires pour assurer la tranquillité de nos pêcheurs, j’ai rappelé l’affaire du patron Pozzo di Borgo, sur laquelle vous m’avez transmis les ordres du Premier Consul par votre lettre du 2 frimaire dernier [23 novembre 1802]. La somme qu’il réclame n’est pas bien établie par sa déclaration ; selon le compte que j’en ai fait, elle doit s’élever à 827 piastres fortes d’Espagne.

Quoique je sois bien persuadé depuis longtemps que le Bey de Constantine, malgré les égards qu’il parait avoir eu pour le sous-commissaire Léon, n’est pas l’ami des français ; j’avais cru néanmoins, avant de porter des plaintes à la Régence, devoir faire réclamer auprès de ce gouverneur la somme volée au patron Pozzo di Borgo. Le sous-commissaire Léon m’a mandé que ce gouverneur lui avait répondu qu’il avait acquitté la somme réclamée par ce patron en lui fournissant un teskièrai pour prendre des bleds ; mais qu’en lui donnant le teskièrai le Bey de Constantine avait eu grand soin de défendre à ses agents de lui en délivrer. Sur le compte qui m’avait été rendu par le citoyen Léon, je m’étais plaint à la Régence du vol commis par le Bey de Constantine, et l’on m’avait promis satisfaction. J’ai donc du saisir cette circonstance pour rappeler les injustices multipliées de ce gouverneur, et ses intentions évidemment hostiles contre nous. J’ai rappelé surtout les rapports, dont j’avais démontré toute la fausseté, qu’il avait fait l’an passé sur les événements arrivés à nos pêcheurs de corail. J’ai reçu de nouvelles assurances qu’on ferait acquitter la somme due au patron Pozzo di Borgo, et que le Bey de Constantine recevrait tous les ordres nécessaires pour la protection que la Régence entend qu’il accorde aux francais.

Le 22 germinal [12 avril], la felouque nommée les âmes du purgatoire, patron Christian Livoré de Longone, s’est perdue sur les côtes de Bône. L’équipage, composé de 11 hommes, s’est sauvé, et a été renvoyé en France par un bâtiment espagnol qui a fait voile pour Mahon.

Il y a 42 jours que les corsaires sont partis ; on n’en a aucune nouvelle.

Ma position, depuis mes dernières lettres, est toujours la même.

Je vous salue très respectueusement.

Dubois Thainville.




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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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