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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 14 FLOREAL AN IX

[4 MAI 1801]

SUR LE DEVENIR

DES CONCESSIONS D'AFRIQUE



Relations extérieures

Division des Relations commerciales

N° 78

Alicante le 14 floréal an IX [4 mai 1801] de la République française.

Le chargé d’affaires, et commissaire général des relations commerciales à Alger

Au citoyen Talleyrand, ministre des Relations extérieures à Paris.

Citoyen ministre,

Le brick algérien a remis à la voile le 12 [2 mai] à 5 heures du soir. J’ai transmis au consul batave tous les événements politiques, depuis mes dernières lettres ; tout en annonçant que le Premier Consul verrait sans doute avec intérêt la lettre du Dey et des Grands de la Régence que je vous ai expédiée le 23 [13 avril], je n’ai pas laissé ignorer cependant que ce n’est pas d’une dépêche secrète qu’un gouvernement puissant peut longtemps se contenter ; je laisse même apercevoir quelques soupçons d’impatience que font éprouver les retards apportés à ma rentrée en Afrique. Mes premières communications ont déterminé l’expédition de la lettre du Dey : j’ose espérer que mon retour à Alger sera le résultat de celles-ci ; j’en sens d’autant plus la nécessité que les anglais exploitent, en ce moment, sans entraves, toute la Barbarie ; et qu’une de mes premières applications en y rentrant doit être de leur enlever des ressources qui vont leur devenir si nécessaires.

Pour cet effet, vous jugerez sans doute convenable, Citoyen Ministre, de m’instruire des dispositions de la nouvelle compagnie d’Afrique.

Fera-t-elle occuper les comptoirs aussitôt la paix conclue avec Alger ? Vous connaissez l’état déplorable dans lequel ils se trouvent ; vous savez que des matériaux de France sont indispensables pour leur rétablissement, qui exige des dépenses considérables.

Les lismes étant exigibles du moment où les français rentreront dans les concessions, la nouvelle compagnie n’ajournera-t-elle pas jusqu’à la paix générale la réorganisation des comptoirs ? Ne se bornera-t-elle pas en ce moment aux actes rigoureusement nécessaires pour constater la possession ?

Mais le gouvernement, sans doute, n’a pas renoncé au projet d’obtenir une extraction considérable de blé qui aura le double avantage d’approvisionner le midi et de priver nos ennemis des ressources de la Barbarie ; dans ce cas, la nouvelle compagnie ne pourrait-t-elle pas envoyer en Afrique un préposé intelligent, qui, comme citoyen français, et même au nom du gouvernement serait chargé de cette extraction ?

Mais a-t-on avisé aux moyens de transport ?

A-t-on les fonds disponibles pour acquitter les quantités de grains à mesure qu’elles s’enlèveront ?

Direction très prompte sur ces objets, afin que, si l’on juge l’extraction nécessaire, je puisse profiter du moment favorable de ma rentrée à Alger pour la stipuler, sinon exclusive (car il est difficile de ne la pas partager avec les juifs) du moins si considérable que nos ennemis ne puissent plus trouver les moyens de s’approvisionner en Afrique.

Il est certain que le Bey de Tunis, qu’on avait cru d’abord pénétré du sentiment de son indépendance, a cédé, comme le Dey d’Alger, aux menaces de la Porte, et que le citoyen Devoize s’est embarqué, avec tous les français, le 19 ventôse [10 mars].

Quelles sont les conventions de ce commissaire avec le Bey ?

Doit-il être averti par la Régence du moment où il pourra reprendre son poste ?

Dois-je employer l’influence d’Alger pour l’y replacer ?

Quelles sont les dispositions actuelles du Pacha de Tripoli ? A-t-il obéi aux ordres du Grand Seigneur ?

Direction encore, je vous supplie, à cet égard.

Le poste d’Alger est, sans doute, le premier qu’il faut occuper dans les circonstances, parce que les deux autres Régences ne se dirigeront que d’après son exemple ; mais il n’est pas moins important de récupérer Tunis et Tripoli. Vous jugerez probablement que les mesures doivent être coïncidentes pour toute la Barbarie afin que le rapprochement avec Alger, que je crois très prochain, soit immédiatement suivi de celui avec les deux autres Régences.

Le citoyen Fraissinet, consul batave à Alger, a fourni, il y a 15 ou 16 mois au citoyen Moltedo sur l’agence d’Afrique à Marseille, une lettre de change de 1 500 piastres fortes qui n’a point été encore acquittée. Ces fonds ont été employés pour la subsistance des agents des concessions, alors esclaves à Alger ; mon prédécesseur a dû vous fournir le compte de leur emploi. Daignez rappeler au ministre de l’Intérieur cette dette sacrée : le citoyen Fraissinet est père de huit enfants ; il est, en ce moment, chargé des intérêts de la République, qu’il a, dans tous les temps, défendus avec beaucoup de zèle et de dévouement.

Le brick français La Jeune Sophie, capitaine Raphael, sur lequel j’avais fait embarquer, le 5 pluviôse [25 janvier], 46 employés des concessions, a été pris le 13 [2 février] par les anglais, et conduit à Mahon. Le navire et la cargaison, selon les lois de la guerre, étaient la propriété de nos ennemis ; mais les effets des 46 malheureux dont j’avais brisé les fers étaient sacrés : les algériens eux-mêmes les avaient respectés. J’apprends que ces passagers, porteurs individuellement de mes certificats et de ceux de plusieurs consuls, attestent l’esclavage d’où ils sortaient, ont été inhumainement traités, dépouillés et renvoyés nus en France. Dans tous les temps, dans toutes les circonstances, un homme sortant des bagnes d’Alger, sous quelque pavillon qu’il aît été saisi, a été secouru, accueilli, protégé par les nations les plus barbares. Je devais d’autant moins m’attendre à cette violation du droit des gens, que, toutes les fois qu’un esclave, même anglais, a réclamé de moi les secours et l’appui que mes devoirs me permettaient d’accorder, l’agent de la République, ne devant point connaitre l’ennemi dans les fers, ne les lui a refusés dans aucune circonstance. J’appelle toute la sollicitude du ministre de l’Intérieur sur la situation des 46 employés des concessions, et je m’empresse de vous instruire d’un attentat dont le gouvernement de Mahon a le premier fourni l’exemple.

Le citoyen Sielve, en vertu des ordres donnés par vous à tous les employés du commissariat de séjourner à Alicante, est en route pour s’y rendre ; je le sais arrivé à Barcelone.

La confiance dont le gouvernement veut bien m’honorer, les bontés, Citoyen Ministre, dont vous ne cessez de me combler sont pour moi des motifs bien puissants de redoubler de zèle et de courage pour les justifier.

Daignez agréer les nouvelles assurances d’un dévouement sans bornes.

Salut et respect.

Dubois Thainville.

P. S. J’apprends à l’instant que le citoyen Devoize est arrivé à Marseille.




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" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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