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CADN 22PO/1/38




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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 23 GERMINAL AN IX

[13 AVRIL 1801]

SUR UNE LETTRE

DE MM. BUSNACH ET BACRI

AU CITOYEN DUBOIS THAINVILLE



Relations extérieures

Division des Relations commerciales

N° 77

Alicante le 23 germinal an IX [13 avril 1801] de la République française.

Le chargé d’affaires, et commissaire général des relations commerciales à Alger

Au citoyen Talleyrand, ministre des Relations extérieures à Paris.

Citoyen ministre,

Le brick algérien, parti le 30 [21 mars], a de nouveau jeté l’ancre sur cette rade le 21 de ce mois [11 avril]. Les lettres dont le capitaine était chargé pour moi ne m’ont été remises qu’au moment où le courrier avait le pied à l’étrier, et je n’ai pas eu le temps de vous écrire ; quoique ces lettres soient d’une assez grande importance, je n’ai pas cru devoir, pour éviter les dépenses, vous expédier extraordinairement.

Le brick est parti d’Alger le 16 [6 avril]. Le consul batave m’annonce :

Que Tunis, comme Alger, a cédé aux ordres du Grand Seigneur, et que le citoyen Devoize a fait voile pour Marseille avec 100 français. Une lettre de ce commissaire du 18 ventôse [9 mars], adressée aux juifs, annonce qu’il a dû s’embarquer le 19 [10 mars] sur un bâtiment impérial.

Que mes lettres, dans lesquelles je donnais des détails très circonstanciés sur notre situation politique, avaient produit une vive sensation à Alger.

Que le Dey, les Grands de la Régence et les juifs ne pouvaient dissimuler les inquiétudes que la rupture avec la France leur faisait éprouver, qu’aucun corsaire n’est en armement.

Que l’agent de Londres est dans le plus grand mépris ; qu’il s’est retiré à la campagne, où il vit très isolé, et que tous les consuls, qui m’adressent les lettres les plus obligeantes, ont cessé toutes relations avec lui.

Qu’on n’attendait que les réponses de Constantinople pour m’engager à venir reprendre mes fonctions à Alger, et qu’à cet effet la Régence expédierait un bâtiment à Alicante.

Que le Dey n’avait pas cru, dans les circonstances, devoir m’envoyer le traité du 8 vendémiaire [30 septembre 1800], revêtu de sa signature, quoiqu’il en reconnait toutes les dispositions, et qu’il y suppléait par une lettre au Premier Consul.

Qu’enfin l’envoi d’un ambassadeur à Paris n’éprouverait aucune difficulté, et qu’on avait déjà jeté les yeux sur celui qui se trouve à Londres.

Ci-joint la lettre du Dey au Premier Consul ; elle a été remise au commissaire batave pour m’être adressée. Elle était accompagnée d’une lettre des juifs dont voici la teneur :

Au citoyen Dubois Thainville

chargé d’affaires, et commissaire général

des relations commerciales à Alger,

présentement à Alicante.

Le 24 mars dernier, arriva le courrier, porteur de la lettre dont vous nous avez honorés sous la date du 30 ventôse (21 mars), et, au même instant, nous eûmes une conférence avec M. Fraissinet, qui nous fit par des nouvelles, ainsi, ainsi que des demandes que vous faites.

En conséquence, on ne manqua pas de se présenter à l’instant même au Dey, et de l’informer de toutes les affaires ; en réponse nous vous dirons que vous trouverez ci-joint la lettre que le Dey et toute la Régence adressent à l’illustre Bonaparte. Elle l’assure que la paix conclue par vous est stable et sacrée ; et cette lettre est la même chose qu’un traité de paix, et peut-être davantage : elle manifeste l’amitié sincère que le Dey et la Régence professent à la République française et au consul Bonaparte ; ce que nous pouvons formellement attester, et nous sommes certain que l’illustre consul Bonaparte, après avoir pris lecture d’une lettre aussi expressive, sera convaincu que cette Régence est l’ami fidèle de sa grande nation.

Nous n’avons pas manqué de faire agréer vos compliments au Dey et au Khaznadji, qui y ont été sensibles, et vous réitèrent les leurs.

Ils attendent, pour vous envoyer chercher à l’instant, le premier avis de la Porte qui les informe de la liberté de leur monde. Que cela vous serve d’avis.

Nous vous dirons que votre collègue, Monsieur Devoize, est parti de Tunis très content du Bey de cette Régence ; et pour votre satisfaction, nous vous adressons la lettre qu’il nous écrivit au moment de son départ de cette Résidence.

Pour ce qui concerne les 4 esclaves français, vous pouvez les considérer comme libres, et on ne les a pas expédiés dans la crainte de donner des soupçons et de nuire à la réussite des affaires, vu qu’en envoyant les dits 4 individus, c’eût été donner à connaitre que la guerre est simulée ; ce qui ne conviendrait pas dans les circonstances actuelles.

A l’égard du bâtiment qui chargeait des laines à Oran, nous vous dirons, avec toute franchise, qu’on ne peut rien imputer à la Régence ni au Bey d’Oran ; et, si le capitaine n’a pas voulu obéir, ni faire attention aux lettres d’Alger, nous ne saurions que vous dire, et nous laissons d’autres le soin de vous informer sur ce point.

Nous devons vous prier et vous supplier de garder le plus profond secret, tant sur cette lettre que sur celle du Dey, et que le même secret soit gardé par le gouvernement, sans en donner connaissance à qui que ce soit, cela étant nécessaire dans les circonstances actuelles.

Nous vous adressons divers reçus de sommes payées aux commissaires de Tunis et Tripoli.

Nous sommes d’avis de prendre pour vous la maison de M. Paret ; nous attendons, pour cela, votre réponse et votre approbation. Nous vous écrivons la uniquement vu que M. Fraissinet vous écrira en détail sur tous les points.

Vous voudrez bien donner cours à la lettre ci-jointe pour Paris ; nous en serons reconnaissant.

Nous avons l’honneur d’être, etc…

Signé : Naffetalé Busnach et David Bacri

Alger, le 6 avril 1801.

Toutes les lettres que je reçois de l’Afrique s’accordent à annoncer qu’on éprouve les plus grandes alarmes à l’occasion de la nouvelle rupture avec la France : « Il règne actuellement dans ce pays, me dit le consul de Danemark, une tranquillité inquiétante. L’on n’arme point de corsaires ; on se demande des nouvelles de toutes parts : fausses ou vraies, on les entend avec la même avidité. On s’attend à quelque grand événement. Un morne et triste silence s’est répandu dans la société ; le pays est en deuil depuis le départ des français. Tout annonce que cette rupture est contre le vœu de tout le monde, et je ne balance pas à penser qu’on vous rappellera bientôt.

La suspension de tout remboursement aux juifs parait beaucoup les inquiéter ; dans l’espérance d’acomptes successifs, ils avaient pris des engagements, pour lesquels aujourd’hui ils éprouvent les plus grands embarras, et je ne doute point que, sous ce rapport surtout, ils n’emploient tous les moyens de me faire rentrer le plus tôt possible à Alger. Ci-joint les reçus des deux crédits qu’ils m’ont fournis sur Tunis et Tripoli ; vous regarderez sans doute ces deux sommes comme sacrées : elles m’ont été fournies, en votre nom, avec beaucoup d’obligeance…… Quant aux autres créances, qu’il me soit permis de vous le rappeler : conservez, je vous prie, Citoyen Ministre, des gages de la foi israélite.

Si le Dey m’envoyait ici un armement, et m’engageait à venir reprendre mes fonctions à Alger, dois-je m’embarquer avant qu’il ait rempli les deux conditions, de l’expédition du traité revêtu de sa signature, et de l’envoi d’un ambassadeur à Paris ? Direction, je vous prie sur ce double objet.

Plusieurs lettres m’annoncent qu’Ali Pacha doit partir de Constantinople à la tête d’une expédition qui se prépare contre Tunis. Ce géorgien est un homme très délié, très remuant, il est doué d’un grand courage. Arrivé, comme esclave, en Afrique, il était parvenu au grade éminent de Vékilandji ; victime de ses intrigues, il en fut chassé, et se réfugia sur les rives du Bosphore, où il parvint à organiser contre Tripoli une expédition à la suite de laquelle il fut placé sur le trône. Expulsé de nouveau, de Tripoli par le Bey de Tunis, il retourna à Constantinople, où il n’a cessé de nourrir des projets de vengeance contre les princes d’Afrique. Il a, dit-on, promis au Grand Seigneur 25 millions de sequins Zahr-mah-aboubs s’il le proclame Bey de Tunis. Je n’ai que des idées très vagues sur ce géorgien. On s’accorde généralement à le présenter comme un grand ennemi des français.

Je vous prie, Citoyen Ministre, de m’accuser sur le champ la réception de cette lettre.

Salut et respect.

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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