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CADN 22PO/1/37




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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 25 JUILLET 1807

SUR LE RESULTAT D'UNE ENTREVUE

SOLLICITEE AUPRES DU DEY D'ALGER



N° 262

25 juillet 1807

Monseigneur, le résultat de l’expédition contre nos corailleurs dont j’ai eu l’honneur de vous rendre compte par ma dernière dépêche du 6 de ce mois N° 261, a été la prise d’un bateau corse, commandé par le patron Ribaglia d’Ajaccio, d’un napolitain, où un seul homme s’est trouvé, et de quatre génois. L’équipage d’un d’eux s’est sauvé à terre. Le Dey avait voulu attendre l’arrivée des Raïs capteurs pour prononcer sur ces différentes prises. Ils mouillèrent ici le 8 de ce mois. Le 9 je renouvelai mes instances pour la restitution immédiate de tous, ainsi que pour celle des capitaines Monti et Dominici, pris l’an passé dans le port de Bône – voir, à leurs égards, mes dépêches du 27 septembre, N° 241, et 4 décembre, N° 249 --. Je produisis tous les papiers en règle du capitaine Monti qui venaient de m’arriver. Les explications durèrent deux jours.

Sidi Cadour, beau-père du Dey, était venu me voir. Il m’avait exprimé le désir qui l’animait, ainsi que plusieurs Grands de la Régence, d’opérer un rapprochement entre le prince et moi. J’avais témoigné que j’étais prêt à faire, pour parvenir à ce but, tous les sacrifices, même d’amour propre, compatibles néanmoins avec l’honneur et la dignité du puissant souverain que je représentais. Dans la longue conférence que j’eue avec lui, je n’avais point dissimulé le danger d’une rupture prochaine avec la France et le Grand Seigneur, si le Dey persistait dans le système étrange qu’il suivait depuis un an, et dont tout le pays et la milice même étaient révoltés. Sidi Cadour fut présent au premier entretien qui eut lieu entre le prince et mon drogman, qui rendit, avec assez d’énergie, tout ce que je l’avais chargé de dire, et rappeler très longuement que la réunion de Gênes à la France avait été consacrée par un décret impérial ; que toutes les explications à cet égard avaient été données dans le temps par moi au palais et à la marine, qu’elle avait été reconnue par toutes les puissances, par le Grand Seigneur, par son prédécesseur Mustafa, et par lui-même, de la manière la plus solennelle, puisqu’il m’avait rendu plusieurs bâtiments génois, et fait rembourser d’autres qui avaient été confisqués.

Le drogman ajouta aussi que je lui avais expressément recommandé, dans le cas où il persisterait à vouloir saisir les génois, devenus français, munis d’expéditions dans la meilleure règle, de lui dire de ma part que la modération, dont j’avais donné assez de preuves depuis un an, ne me permettait plus de ne pas considérer ces confiscations comme des actes formels de guerre, et que j’allais m’empresser d’en rendre compte à mon souverain. Ces déclarations parurent embarrasser le Dey ; Sidi Cadour saisit cette occasion pour parler d’un rapprochement, qu’il présente comme nécessaire dans les circonstances entre le prince et moi. Il s’étendit en éloges sur mon compte et sur la conduite honorable que j’avais tenu depuis 8 ans que j’étais à Alger. Un grand personnage du palais, qui se trouvait présent, se joignit au beau père. Le Dey parut ébranler un instant ; mais son caractère prépotent et barbare se dévoila bientôt par ce peu de mots :

« Est-ce que l’Empereur de France, dit-il, avec beaucoup d’humeur, me prend pour un chien ? Il y a près de deux ans que je suis Dey, et il est le seul des princes européens qui ne m’ait pas encore donné une marque d’amitié ; il ne m’a pas même adressé une lettre, ni de félicitation, ni sur les génois et les napolitains, qu’il prétend être ses sujets. »

Je vous transmets, Monseigneur, ces paroles du Dey, telles qu’elles m’ont été rendues par mon drogman ; il m’est revenu même qu’il avait ajouté :

« Si l’Empereur des français ne me craint pas, qu’il sache que je n’ai nulle frayeur de lui. »

Je ne puis donner comme authentiques ces paroles, que le drogman a niées.

D’après ces expressions, chacun se tut, et le drogman lui-même crut prudent de ne pas insister davantage, parce que tous redoutent le fatal cordon.

Le Dey cependant consentit à rendre le capitaine Nicolas Bo, démarré du port de Tabarque par dix turcs, et le patron Ribaglia, d’Ajaccio. Quant aux capitaine Monti et Dominici, il persista à les considérer comme sardes. Il dit même que les expéditions que je produisais à l’égard de Monti ne pouvaient qu’être fausses, puisqu’il savait pertinemment que ce capitaine avait fait la course en Sardaigne contre les barbaresques, ce qui, d’après toutes les informations que j’ai prises, est de la plus insigne fausseté.

Le lendemain, mon drogman revit le Dey. Il fut chargé de ma part de répondre aux explications de la veille, et de dire que, lorsque l’Empereur Napoléon était arrivé au trône, je ne me rappelais nullement que le Dey d’Alger lui eût adressé une lettre de félicitation, et que je ne voyais pas que ce fût à Sa Majesté de faire les premiers pas, lorsque le Grand Seigneur même lui avait envoyé un ambassadeur et des présents considérables ; qu’à l’égard de la réunion de Gênes et de l’avènement au trône de Naples de l’auguste frère de l’Empereur, ces communications avaient été faites, en vertu d’ordres de Sa Majesté, par moi chargé d’affaires accrédité auprès de lui, dans les formes et ainsi que cela se pratique dans toutes les cours du monde ; qu’enfin à l’égard des preuves d’amitié, c’est-à-dire des présents, (ce qui fut très bien expliqué par le drogman) qu’on se plaignait de n’avoir pas reçu de l’Empereur de France, je n’avais, en son nom et en vertu de ses ordres, d’autre réponse à donner que celle que je n’avais cessé de faire depuis que je suis ici, c’est-à-dire, qu’il n’était pas le tributaire d’Alger, et qu’il ne consentirait à faire des présents, qu’autant qu’il lui en serait envoyé. Le drogman ajouta que, pour preuve de la bonne intelligence que je désirais voir se maintenir entre les deux états, j’avais voulu, avant de faire partir mes dépêches, le charger d’insister sur la restitution des 8 bâtiments et bateaux génois et corses, munis de tous les papiers de l’état voulu par les lois et les traités. Le Dey se borna à répondre, avec beaucoup de froideur, qu’il ne sortirait jamais des vieux usages d’Alger, qu’il respecterait les anciens français, mais qu’il continuerait à faire saisir et à confisquer tous les sujets d’Italie, qui, de temps immémorial sont les ennemis de la Régence.

Votre Altesse Sérénissime se convaincra de plus en plus du caractère étrange du Dey d’Alger, de sa mauvaise foi, et de l’insolence de ses prétentions, qui ne peut manquer de s’accroitre pour peu qu’on ne s’empresse d’y mettre un frein. Ce n’est plus l’agent de Sa Majesté auquel on reproche ce qu’on appelle ici de la fantaisie : c’est Sa Majesté elle-même que le Dey ose accuser d’avoir manqué aux égards qu’il prétend lui être dus. Il faut, j’ose vous le répéter, Monseigneur, être sur les lieux pour se former une idée juste du système sans exemple qui dirige Alger, où la plus effroyable terreur comprime tous les esprits. Mais le mécontentement est à son comble, et, si l’expédition de Tunis échoue, il est difficile de calculer à quel excès de fureur la milice peut se porter.

Plusieurs courriers de Constantine se sont succédés ces jours derniers. On a essayé de cacher les mauvaises nouvelles qu’ils ont apportées ; mais il parait certain que les algériens ont essuyé un échec devant la forteresse de Kef, et qu’il y a une épidémie dans le camp qui manque de tout. Le Bey de Constantine avait voulu fuir ; il a été arrêté et étranglé. On embarque, en toute diligence, des troupes, des tentes, du biscuit et des canons de gros calibre pour assiéger Kef, qu’on croyait prendre avec des yatagans et quelques misérables pièces de campagne.

Je joins ici l’état nominatif des équipages des 3 dernières felouques génoises à la droite duquel se trouve celui de leurs ports.

Par le capitaine Ribaglia, parti le 9, et par le capitaine Bo, qui a fait voile le 10 de ce mois, j’ai écrit à M. le consul général à Tunis et à son agent à Tabarque pour les engager à donner avis aux pêcheurs génois et napolitains, que la Régence armait pour faire courir sur eux. Le 20, une polacre, 5 chaloupes canonnières et un chébec sont en effet sortis de ce port avec l’ordre de les saisir partout où ils les rencontreront.

On publie, depuis longtemps, que trois capidjis sont sortis successivement de Constantinople pour se rendre ici. Aucun d’eux n’a encore paru. Ils auront probablement été arrêtés par les anglais.

L’expédition de Tunis, à laquelle le Dey est obstinément attaché, maintient l’influence de l’agent britannique, entièrement déconsidéré : on redoute que les anglais, qui ont voulu être médiateur, ne finissent par la traverser.

J’ai l’honneur d’être de Votre Altesse Sérénissime ….

Du 28. La déroute des algériens sous Kef parait complète : ils ont perdus canons, tentes, vivres, et sont rentrés précipitamment à Constantine. Des renforts et des munitions de guerre sont expédiés en toute diligence par mer et par terre. Le nouveau Bey de Constantine n’a point été étranglé, comme on l’avait assuré ; il a reçu quelques centaines de coups de bâton, a avoué où étaient ses richesses, et a été dépouillé. C’est un chaouch nommé Ali qui lui succède.

C’est un homme digne, par sa férocité, de servir un prince qui ne veut régner que sur des cadavres.

Plusieurs armements portugais étaient entrés dans la Méditerranée. Une frégate algérienne (celle qui a été prise sur les portugais il y a cinq ans et demie) s’est trouvée entre le feu d’un vaisseau et d’une frégate, et leur a échappé. On accuse le commandant portugais de maladresse et même de lâcheté. Les anglais ont forcé les portugais à repasser le détroit.

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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