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CADN 22PO/1/37




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LETTRE

DE DUBOIS THAINVILLE

A

TALLEYRAND

DU 28 MAI 1807

SUR LES DISSENSIONS AU SEIN

DE L'ARMEE DU DEY



N° 260

28 mai 1807

Monseigneur, ma dernière dépêche est du 9 avril, timbrée, je crois, par erreur, N° 159, au lieu de 259.

Le 6 de ce mois, une frégate anglaise a mouillé très au large. Le consul a envoyé son drogman à bord pour annoncer au capitaine qu’il pouvait venir, en toute sûreté à terre. Le 7 il a eu une audience du Dey ; il lui a déclaré que l’Angleterre était en guerre avec le Grand Seigneur ; que la flotte britannique avait brûlé plusieurs armements turcs au passage des Dardanelles ; que 6 000 hommes de troupes avaient débarqué à Alexandrie, et qu’il était chargé de s’assurer des dispositions des trois Régences, dans le cas où la Porte leur enverrait des capidjis pour faire la guerre.

Le Dey a répondu qu’il resterait en paix avec l’Angleterre et la Russie, quels que fussent les ordres qui pussent lui être expédiés par le Grand Seigneur. La frégate anglaise a été saluée de 21 coups de canon, et a fait voile pour Tunis le 8.

Un gros navire danois chargé à Bougie pour le compte de M. Bacri, sujet algérien, a été capturé par un corsaire russe et déclaré de bonne prise. Ainsi, comme j’ai eu l’honneur de vous le mander par ma dernière dépêche, la Régence restitue les bâtiments moscovites saisis par ses corsaires, et les russes s’emparent des propriétés algériennes. Mais on trouve toujours ici le moyen de ne rien perdre ; et c’est le Danemark qu’on a rendu responsable de la cargaison. Le consul danois a été forcé de consentir 25 000 piastres fortes exigibles dans deux mois. Il expédie, pour cet effet, son secrétaire à Copenhague.

Les tunisiens avaient d’abord obtenu quelques succès sur les algériens : le Bey de Constantine avait été battu, et la ville cernée et bombardée ; mais dans les affaires qui ont eu lieu les 1er, 2 et 3 de ce mois, les tunisiens paraissent avoir été complètement battus par l’Agha. Leurs canons et tous leurs effets de campement sont devenus la proie du vainqueur, qui a fait un horrible carnage ; il n’a fait grâce qu’à 1 300 turcs et cololis [enfants de turcs] qui sont prisonniers ici. Une immense quantité de têtes et d’oreilles ont été envoyée ici. Cette victoire a été célébrée le 10 de ce mois par trois salves d’artillerie à boulets de tous les forts d’Alger. L’ancien Bey de Constantine, surnommé l’anglais, celui qui, en l’an7, arrêta et traita si inhumainement les français de la Calle, commandait, avec son fils, les troupes tunisiennes ; ils ont lâchement fui l’un et l’autre au milieu de l’action, et se sont, dit-on, réfugiés à Kef. Des ordres ont été donnés sur le champ d’attaquer cette place, et de marcher sur Tunis. Un Bey a été nommé ici ; il est parti le 21 pour le camp avec Hassan Khaznedar, neveu du Dey d’Alger. Les conditions qui leur sont imposées, sont que Tunis sera désormais considéré comme une quatrième province algérienne ; que le prince sera entièrement sera entièrement assimilé aux Beys de Mascara, de Titteri et de Constantine ; qu’il viendra personnellement comme eux tous les trois ans porter les tributs au pied du trône, et qu’il enverra son Khalifa tous les six mois.

Le nouveau Bey de Tunis qu’on vient de faire ici, est, dit-on, un fils naturel du père de Hamouda Pacha, prince actuel, né d’une esclave chrétienne, qui, après avoir obtenu sa liberté, accoucha en Europe. Il a beaucoup voyagé, parle les langues européennes, et a servi plusieurs puissances : il était sur la flotte hollandaise aux ordres de l’amiral de Winter, qui se présenta en Barbarie il y a près de six ans. Il vint à terre à Tunis, et se fit musulman. Telle est succinctement l’histoire qu’on publie ici généralement du nouveau prétendant au trône de Tunis.

Mais quelques moments après son départ, des courriers de Constantine ont apporté de fatales nouvelles : la milice est mécontente, et parait s’être prononcée d’une manière violente ; elle accuse le Dey de n’avoir pas rempli les engagements qu’il avait pris lorsqu’elle le plaça sur le trône ; elle se plaint de plusieurs personnes qui l’environnent et qui le trompent ; elle demande les têtes du Khaznedar, parti pour le camp, du drogman du palais et d’un jeune homme tout puissant, nommé Mohammed, frère de la femme du Dey. Ce sont ces trois individus, que j’ai signalé plusieurs fois à Votre Altesse Sérénissime, qui, en effet, gouverne le prince, et l’ont porté à tant de mesures sanguinaires envers les hommes les plus riches et les plus recommandables d’Alger, pour recueillir leurs dépouilles. Ce sont eux qui, publiquement payés par les anglais, ont provoqué tous les attentats commis envers la France depuis 8 à 9 mois. La milice, ajoute-t-on, exige, avant de se porter en avant, des sommes considérables qu’elle prétend lui être dues. Telles sont les nouvelles du camp, qu’on s’est efforcé de cacher, et qui ne paraissent pas douteuses. Déjà l’Agha a été obligé de céder aux mouvements du camp, en faisant étrangler son Khodji, parent du drogman du palais, et je ne doute pas que le neveu du prince ne subisse le même sort en arrivant au camp, s’il est assez impudent pour s’y présenter. Le Dey, pour calmer la milice, a fait immédiatement partir 200 000 sequins Zer- mah-bouds, et il fait aujourd’hui embarquer pour Marseille son beau-frère. On dit que le drogman du palais, également son parent, l’accompagnera. Ce sont deux hommes que Votre Altesse Sérénissime jugera sans doute convenables de faire surveiller : la France n’a point eu d’ennemi plus fanatique. Ces événements, j’espère, amèneront incessamment un changement de système, car les soldats même murmurent déjà assez hautement sur les affaires de France.

Le 16 le capitaine d’un bâtiment espagnol ayant pavillon espagnol, venant de Marseille, annonça la mort de l’empereur. On démontra au palais et à la marine la plus horrible joie. Toute la ville, où elle avait été répandue, fut bientôt détrompée par une lettre que je fis circuler, et M. Bacri, qui fut appelé au palais, donna les mêmes nouvelles que moi.

P. S. – Nous avons appris hier qu’une division portugaise était entrée dans la Méditerranée, et qu’elle avait attaqué les deux frégates algériennes sorties dernièrement ; l’une d’elles s’est réfugiée à Bougie avec les chaloupes canonnières qu’elle escortait. On n’a point connaissance de l’autre, qu’on prétend avoir suivi sa route pour Constantinople.

J’ai fait de nouvelles démarches auprès de la Régence à l’époque du départ du neveu du Dey, pour rappeler les promesses qui m’ont été précédemment faites que la nation française n’éprouverait aucune insulte dans le cas où les troupes algériennes entreraient à Tunis. On m’a fait de nouveau dire que je ne devais concevoir aucune inquiétude à cet égard, et que tous les ordres avaient été donnés en conséquence.

M. Michel Busnach, qui se trouve en faillite, est, dit-on, allé à Paris pour solliciter le remboursement de sommes dues par le gouvernement à la raison Busnach et Bacri, ou pour vendre sur la place ses prétendues créances. M. Michel Busnach, ainsi qu’il conte par un acte passé dans la chancellerie de ce consulat du vivant de son frère Neftati, n’a jamais eu d’intérêt dans cette maison, dont il n’était que le commissionnaire. M. Bacri, en conséquence vient de m’adresser une lettre pour m’engager à supplier Votre Altesse Sérénissime de faire arrêter au trésor public toutes ordonnances qui pourraient être délivrées en faveur de M. Michel Busnach, et de ne payer aucune somme qu’au nom et entre les mains de M. Salomon Cohen Bacri, de Livourne, seul autorisé par la raison à fournir quittance.

Ci-jointe une lettre qui m’a été adressée le 12 du mois par deux officiers portugais esclaves de cette Régence. Je me suis borné à leur répondre que j’aurais l’honneur de la transmettre à Votre Altesse Sérénissime.

Daignez….

Dubois Thainville.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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