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COLLECTION PHILIPPE MAILLARD




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L. S.

DE TALLEYRAND

AU

CITOYEN DUBOIS THAINVILLE

[COMMISSAIRE GENERAL A ALGER]

EN REPONSE A 17 LETTRES DE CELUI-CI

EN DATE DU

27 MARS 1806



Division des Relations commerciales.

Seconde liasse de renseignement N° 28

M. Dubois Thainville à Alger [commissaire général des relations commerciales]

Paris, le 27 mars 1806.

J’ai à répondre, Monsieur, à vos lettres que vous m’avez écrites depuis le 27 vendémiaire jusqu’au 20 février dernier N° 207 à 223 exclusivement. Elles me sont toutes exactement parvenues ainsi que les différentes pièces dont vous m’annoncez l’envoi.

Vous avez fait une réponse très convenable aux demandes du Dey touchant les sommes que les juifs Busnach et Bacri se prétendent encore en droit de répéter sur le gouvernement français. Il faut en général éviter d’entrer en discussion sur ces sortes de demandes, et tous ceux qui en ont de semblables à élever, doivent se conformer aux lois sur la liquidation de la dette publique. C’est ce que je vous ai déjà mandé plusieurs fois, et je ne puis que vous le répéter.

J’ai écrit au Procureur Général Impérial près les consuls des Prises, à l’occasion de la tartane napolitaine abandonnée sur les parages de la Corse par 19 algériens qui s’en étaient emparés et dont le Dey réclame la restitution comme étant sa propriété. Vous trouverez ci-joint copie de la réponse qui m’a été faite. Les dispositions adoptées par le Conseil des Prises sont conformes aux ordonnances de la Marine. Ce qui se trouvera excéder les prélèvements qu’elles prescrivent, devra être remis au Dey. J’en écris au ministre de la Marine et l’invite à donner les ordres nécessaires pour la mise à exécution de cette décision du Conseil des Prises.

D’après ce que vous me marquez des droits que le S. Michel Busnach établi à Marseille, peut avoir à la propriété de la moitié de la polacre la Victoire, capitaine Schiaffino, droits en vertu desquels il pourrait vouloir mettre obstacle à la libre navigation de cette polacre, j’ai ordonné à M. Famin, chargé par intérim de l’agence de mon ministère à Marseille, de pourvoir à ce que son opposition, dans le cas où il voudrait effectivement en former une, ne fut point admise. Les droits que le S. Michel Busnach prétend avoir lui étant contestés par le Dey, dont il est sujet, c’est uniquement vis-à-vis de la Régence qu’il peut et doit les faire valoir, et s’il en résulte une contestation, il ne nous convient nullement d’y intervenir. Il nous suffit que les droits du capitaine Schiaffino à l’autre moitié de cette même polacre, soient maintenus dans toute leur intégrité. M. Famin vient de me répondre que vos craintes relativement à une opposition de la part de Busnach ne lui paraissent pas sans fondement, mais qu’il espère la prévenir, et je dois croire que ses démarches à cet effet auront un plein succès.

Vous avez joint à votre dépêche du 6 brumaire N° 211 l’état des bâtiments de commerce partis de Bône, et destinés pour Marseille en vertu de l’arrêté pris par vous le 25 floréal an 12 [15 mai 1804]. Je l’ai adressé le 3 février au ministre de l’Intérieur, qui m’a fait le 7 de ce mois la réponse dont vous trouverez ci-joint une copie. Il demande les renseignements les plus exacts et les plus détaillés sur cette opération, ainsi que l’envoi de tous les comptes qui y sont relatifs. Il demande de plus que vous lui rendiez compte que vous avez fait des 5 200 piastres fortes mises par lui à votre disposition à la fin de ventôse an 12 pour payer la rançon des cinquante cinq marins de l’île d’Elbe, tombé au pouvoir du rebelle de Dgigeri. Les renseignements demandés par le ministre de l’Intérieur se rapportent à des objets trop intéressants pour ne pas fixer immédiatement toute votre attention, et j’espère que vous vous empresserez de me mettre à même de les lui fournir.

Relativement à ces 5 200 piastres fortes M. Durand de Marseille, vient de former une demande dont l’objet est d’obtenir qu’elles lui soient données en compensation des deux bateaux corailleurs, à lui appartenant, qui ont été pillés et enlevés à Bône par des Turcs déserteurs du camp de Constantine. Le non succès de vos démarches pour lui procurer soit une indemnité en argent, soit la permission d’extraire 500 cafis de blé aux prix fixés par les traités, détermine M. Durand à demander que les 5 200 piastres fortes dont il s’agit, lui soient attribuées pour lui servir d’indemnités, tous les malheureux tombés entre les mains du rebelle de Dgigeri ayant, dit-il, péri victimes de sa fureur. Sa pétition m’a été transmise par le ministre de l’Intérieur auquel j’ai mandé, qu’avant d’y statuer, il convenait de s’assurer auprès de vous :

1° - qu’il n’existe plus entre les mains du rebelle de Dgigeri aucun des marins saisis par lui, ou s’il en existe encore, que vous ayez la certitude de les pouvoir délivrer par des moyens autres que celui du rachat.

2° - que vous n’ayez point fait usage des 5 200 piastres fortes mises à cet effet à votre disposition, et qu’elles sont encore disponibles entre vos mains.

Enfin qu’il n’y a point d’inconvénient à ce que cette somme, primitivement destinée au paiement des lismes soit en définitif et après avoir déjà éprouvé un premier changement de destination, appliquée au dédommagement de M. Durand.

Je vous prie, Monsieur, de me fournir sur ces 3 articles les éclaircissements les plus précis, en y joignant d’ailleurs toutes les observations dont la demande vous paraitra susceptible.

J’ai d’ailleurs communiqué au ministre de l’Intérieur tous les articles de vos dépêches dont il m’a paru nécessaire qu’il eût connaissance.

J’ai adressé au ministre des Cultes copie de votre lettre du 12 brumaire N° 212 ainsi que les deux pièces qui l’accompagnaient. Je l’invite à prendre en considération l’état de dénuement dans lequel se trouve l’hospice français établi à Alger, et à lui procurer en attendant qu’il ait été pris une détermination générale avec les missions du Levant, un secours suffisant pour que les prêtres qui le desservent, puissent continuer leur ministère auprès des esclaves. J’attends la réponse du ministre des Cultes, et vous en ferai part aussitôt que je l’aurai reçue.

Vous me rappelez les engagements que vous avez pris, lors de la remise en liberté des 230 esclaves délivrés par M. le commandant Jérôme ; je vous annonce avec plaisir que Sa Majesté a autorisé le paiement de vos traites, et que les fonds nécessaires vont en conséquence être faits.

Il m’a été satisfaisant d’apprendre que, vérification faite, des inculpations dirigées contre M. Léon, sous-commissaire à Bône, vous aviez reconnu qu’il ne les avait point méritées. Le ministre de la Marine auquel j’ai donné connaissance de ce que vous me mandez à cet égard, voit également avec plaisir que M. Léon se soit pleinement justifié.

La réunion de l’état de Gènes à la France exige nécessairement de la Régence un changement total de système envers les navigateurs génois. Il n’est pas étonnant que dans ces premiers moments, vous ayez rencontré des difficultés, sur lesquelles vous avez bien fait de vous montrer inflexible. Je ne saurais trop applaudir à la fermeté que vous avez déployée dans l’affaire du capitaine Bollo et dans celle du pinque le St Nicolas capitaine Bonevino. En continuant ainsi de défendre avec zèle les droits des Génois, toutes les fois qu’ils pourront être attaqués, vous réussirez sans doute à faire contracter aux Algériens l’habitude de les considérer comme français, et de les traiter désormais en amis.

L’agent espagnol invité par la Régence à faire venir le capitaine Bollo n’aurait point dû, sans votre aveu, en écrire au gouverneur de Majorque. J’informe l’ambassadeur français à Madrid de vos plaintes tant sur ce fait que sur l’ensemble de la conduite de M. Ortiz envers vous et l’invite à les déférer à la Cour d’Espagne. J’espère qu’elle reconnaitra la justesse de ses représentations et qu’elle n’hésitera point à rappeler son agent à des principes de conduite plus convenables ; je vous ferai connaitre les résultats de cette démarche lorsque j’en aurai été moi-même instruit.

Je n’ai d’autres instructions à vous donner dans l’affaire du bâtiment napolitains commandé par le capitaine Palma, que de vous recommander d’insister sur la relaxation de ce bâtiment et de son équipage. Si le texte des traités ne nous est pas favorable, et s’il n’est pas possible de prouver que la prise a été faite en violation de notre territoire, il faut reproduire avec une nouvelle force, l’observation que vous avez déjà faite relativement aux vues dans lesquelles le passeport français dont ce bâtiment était muni, lui avait été délivré. Vous pouvez encore vous autoriser de l’exemple de ce qui s’est passé à Tunis, où l’on a obtenu la restitution de bâtiments napolitains comme celui-ci, et comme lui, employés au transport des bois de construction nécessaires à l’arsenal de Toulon. Je vais au surplus écrire à M. Colaud à Livourne et l’engager à vous faire passer le double des passeports délivré par lui au capitaine Palma.

Je vous remercie de m’avoir adressé copie de l’acte portant renouvellement, au nom d’Akmed Pacha de nos traités avec la Régence ; il aurait été convenable que cette pièce écrite en turc fût accompagné de la traduction française.

Il ne me parait pas qu’il y ait d’inconvénient à faire venir pour le Dey un médecin et un horloger français, et j’approuve que, d’après sa demande, vous en ayez écrit à M. Famin à Marseille.

J’ai lu avec intérêt la suite des détails que vous me transmettez sur les intrigues de l’agent anglais, qui, loin de réussir, a dû, après avoir essuyé les plus cruelles mortifications, prendre le parti de s’embarquer. Vous avez bien fait d’employer les moyens dont vous pouviez disposer, pour garantir le prince des suggestions mensongères de M. Cartwright et l’éclairer sur ses véritables intérêts. Si ses dispositions ont été quelques moments incertaines, elles ne le sont plus aujourd’hui. Le Dey parait avoir senti qu’il lui importe essentiellement de demeurer constamment attaché au gouvernement français, et de lui donner en tout la préférence sur ses ennemis. Je ne saurais trop vous recommander de vous appliquer à cultiver ses dispositions aussi satisfaisantes et à en profiter pour maintenir le nom français au degré de considération, que nous sommes si justement fondés à prétendre.

Je viens d’écrire au préfet du département de Montenotte pour l’engager à faire rechercher et à vous adresser directement l’extrait baptistaire du père Philibert, ainsi que de toutes les autres pièces propres à constater sa nationalité, autant qu’il sera possible de s’en procurer. Vous pourriez en même temps écrire à Lisbonne, si vous le jugez nécessaire pour faire venir le passeport que le père Philibert dit y avoir laissé. Je n’ai pas besoin de vous engager à faire tout ce qui dépendra de vous pour adoucir sa situation, jusqu’au moment où vous vous trouverez en mesure d’obtenir sa mise en liberté.

M. Famin, agent de mon ministère à Marseille a un frère qui se propose d’aller former à Bône un établissement de commerce : il a désiré que je vous le recommande assez particulièrement : je vous prie de lui donner, autant qu’il vous sera possible, toutes les facilités propres à assurer le succès de son entreprise, et de lui accorder vos bons offices, lorsqu’il sera dans le cas de les réclamer, et que vous jugerez qu’ils pourront lui être utiles.

J’ai l’honneur de vous saluer.

Ch. Mau. Talleyrand.




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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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