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COLLECTION PHILIPPE MAILLARD




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TALLEYRAND A REIMS

Son entrée dans les Ordres

Son élévation à l’Episcopat

PAR LEON NOËL



Parmi les grands officiers et les dignitaires qui, le 29 mai 1825, dans la cathédrale de Reims, entouraient l’autel où officiait Monseigneur de Latil, ancien aumônier du compte d’Artois, successeur de saint Remi depuis l’année précédente, et qui participèrent, à différents titres, au sacre et au couronnement de Charles X, figurait, en très bonne place, près du dais sous lequel se trouvait le souverain, Sa Seigneurie le prince-duc de Talleyrand, pair de France, chevalier des ordres du Roi et grand-chambellan de S.M. Très Chrétienne, vêtu d’un somptueux habit bleu.

Dès le début de la cérémonie, il avait eu, en cette qualité, une tâche spéciale à remplir qui ne laissait pas, déjà, de paraître étrange : c’était à lui qu’avait incombé le soin de chausser le monarque de bottines de velours violet, brodées de fleur de lys d’or. On voudrait deviner quelles pensées passèrent par l’esprit de Talleyrand pendant ces longues heures.

Si peu porté qu’il fût aux spéculations d’ordre philosophique, les réflexions susceptibles de s’imposer à lui ne manquaient certes pas ! Sur ce point comme sur beaucoup d’autres, qui pourtant éveillent notre curiosité, ses Mémoires sont muets. Ils passent entièrement sous silence cette phase de sa carrière. Il n’y est fait nulle mention du sacre de Charles X et on est réduit à des conjectures.

Cependant, il est difficile de croire qu’il ne se soit pas, à quelque moment, souvenu des autres sacres dont il lui avait été donné d’être témoin.

Celui de Charles X était le troisième – ceci soit dit en passant – ce ne devait pas être le dernier : en 1831, ambassadeur à Londres d’un autre participant de marque à la cérémonie de 1825, le duc d’Orléans qui, cinq ans plus tard, serait Roi des Français, Talleyrand assisterait encore officiellement à un quatrième couronnement : celui, à Westminster, du roi d’Angleterre, Guillaume IV !

À peine plus de vingt ans auparavant, comme du reste plusieurs autres grands personnages, dont quatre maréchaux de l’Empire, présents, ce jour-là, à Reims, il avait, le 5 décembre 1804, participé, à Notre-Dame de Paris, au couronnement de Napoléon 1er, où le Pape Pie VII avait accepté d’officier. Cette fois, Talleyrand, ministre des Relations Extérieures, déjà grand-chambellan du souverain régnant, mais vêtu d’écarlate, avait eu la charge du manteau de l’Empereur.

Mais sans doute un souvenir plus ancien l’effleura-t-il, ce 29 mai 1825, et qu’il était le seul, parmi les anciens serviteurs de Napoléon, à pouvoir se remémorer : dans cette cathédrale, un demi-siècle plus tôt, le 11 juin 1775, il avait assisté au sacre de Louis XVI. Il était alors en soutane : jeune clerc de 21 ans, l’abbé de Périgord se trouvait dans les rangs du clergé.

Le rapprochement entre ces deux sacres aurait pu inspirer, aussi bien à l’homme d’État, qu’il était, dès longtemps devenu, qu’à l’ecclésiastique qu’il demeurait, malgré lui, – sacerdos in aeternum – quelques considérations intéressantes.

Il y a bien, dans ses Mémoires, consacré un passage au sacre de 1775. Inattendu, il vaut d’être cité, tant il est révélateur du personnage.

On y chercherait en vain un écho des impressions que le caractère grandiose du « huitième sacrement », l’ancienneté de ses rites, leur éclat, auraient dû lui inspirer :

« C’est du sacre de Louis XVI que datent mes liaisons avec plusieurs femmes que leurs avantages dans des genres différents [! !] rendaient remarquables et dont l’amitié n’a pas cessé un moment de jeter du charme sur ma vie [La formule est jolie, n’est-il pas vrai ?]. C’est de Madame la duchesse de Luynes, de Madame la duchesse de Fitz-James et de Madame la vicomtesse de Laval que je veux parler. » L’une – au moins – de ces très agréables personnes, Madame de Laval, d’une légèreté de conduite sans frein, devait être, un temps, sa maîtresse.

Ce jeune clerc semble n’avoir vu dans le sacre du roi qu’une première occasion favorable pour se pousser dans le monde et se créer des relations – féminines de préférence. « Les femmes », constatera plus tard sa nièce, la duchesse de Dino, « qui ont tenu tant de place dans les habitudes sociales de M. de Talleyrand… ».

En ce début du règne de Louis XVI – dernière et brève aurore de la vieille monarchie française – Charles-Maurice avait des liens particuliers avec Reims.

Liens familiaux et liens ecclésiastiques. Depuis 1762, l’archevêque-duc de Reims, premier des six pairs ecclésiastiques du royaume, était Monseigneur de la Roche-Aymon, grand aumônier de France, chevalier-commandeur du Saint-Esprit et cardinal depuis 1771. Il avait pour coadjuteur un des frères du père de Charles-Maurice, Alexandre-Angélique de Talleyrand-Périgord, abbé de Hautvilliers qui, à la mort de Monseigneur de la Roche-Aymon, en 1777, lui succédera sur le siège de Reims et était destiné à être, sous la Restauration, archevêque de Paris et, lui aussi, cardinal.

Par suite de la mort, à cinq ans, du premier né du ménage formé par Charles-Daniel de Talleyrand-Périgord et Alexandrine de Damas d’Antigny, Charles-Maurice se trouvait être l’aîné. Selon les usages du temps et de ce milieu, il aurait été, dès lors, dirigé vers la carrière des armes si sa claudication prononcée – infirmité dont on ne sait au juste si son origine était congénitale ou accidentelle – ne lui avait interdit cette voie et ne l’avait destiné à être d’Église.

Selon le récit qu’on trouve dans ses Mémoires, ses humanités terminées au collège d’Harcourt, vers l’âge de 15 ans, c’est-à-dire environ 1769, sans qu’à l’entendre son père lui eût jamais parlé de son avenir et sans qu’il eût reçu d’autre avertissement que « quelques propos tenus autour de (lui) », on crut devoir (l’) envoyer à Reims, « premier archevêché de France », « pour (lui) donner », dit-il, « une idée avantageuse et même tentante de l’état auquel on (le) destinait ». On le confiait ainsi à son oncle, le coadjuteur de Monseigneur de la Roche-Aymon, et, dès lors, il revêtit la soutane.

Les commentaires qu’il a consacrés, dans ses Mémoires, à ce séjour à Reims, sont trop éclairants pour n’être pas cités :

« Le grand luxe, les égards, les jouissances même qui environnaient l’archevêque de Reims et son coadjuteur ne me touchaient point », assure-t-il. « Une vie toute de formes m’était insupportable ». Manière adroite d’insinuer que ni les deux prélats, ni leurs entours ecclésiastiques ne donnaient l’exemple d’une véritable piété, ce qu’en tout cas, me semble-t-il, n’autorise, en aucune façon, à supposer le souvenir qu’ont laissé le cardinal de la Roche-Aymon et le cardinal de Talleyrand-Périgord.

« À quinze ans », poursuit notre personnage, « lorsque tous les mouvements sont encore vrais, on a bien de la peine à comprendre que la circonspection, c’est-à-dire l’art de ne montrer qu’une partie de sa vie, de sa pensée, de ses sentiments, de ses impressions (singulière définition, en vérité ), soit la première de toutes les qualités. Je trouvais que tout l’éclat du cardinal [il ne l’était pas encore] de la Roche-Aymon ne valait pas le sacrifice complet de ma sincérité que l’on me demandait ».

Ainsi, selon lui, pour l’orienter plus sûrement dans la direction que sa famille entendait lui imposer, son entourage entreprenait systématiquement sur sa franchise, sur son honnêteté foncière, sur sa candeur native !

« Tous les soins dont on m’entourait tendaient à m’inculquer profondément dans l’esprit que le mal que j’avais au pied m’empêchant de servir dans l’armée, je devais nécessairement entrer dans l’état ecclésiastique, un homme de mon nom n’ayant pas d’autre carrière ».

« Mais », continue-t-il, et comment ne pas le laisser s’expliquer, tout à son aise, sur ce point capital ?, « que faire d’une certaine vivacité d’imagination et d’esprit que l’on reconnaissait en moi ? Il fallait chercher à me séduire par l’appât des affaires et par le tableau de l’influence qu’elles donnent. On cherchait à s’emparer des dispositions que je pouvais avoir. Pour cela on me faisait lire les Mémoires du cardinal de Retz, soit la vie de Richelieu, soit celle du cardinal Ximenes, soit celle de Hincmar, ancien archevêque de Reims ».

Ici, comment ne pas interrompre cette citation par une remarque qui s’impose ? Il est invraisemblable que le coadjuteur de Reims – et pour le pousser vers les ordres ! – ait conseillé à son neveu de quinze ans la lecture des Mémoires de ce Retz qui, parlant de lui-même, s’y est jugé « l’âme peut-être la moins ecclésiastique qui fût dans l’univers ? » Tout ce que l’on sait de la suite de sa vie autorise à penser – sans risque de le calomnier – que Charles-Maurice n’eut besoin d’aucun conseil pour dénicher les Mémoires du coadjuteur de l’époque de la Fronde dans la bibliothèque de l’archevêché de Reims.

Les lignes qui suivent cette affirmation sont affreuses par l’imputation qu’elles formulent : « Quelque route que je prisse, mes parents étaient disposés à la trouver bonne ; le seul point était que je passasse le seuil ». Et de poursuivre, sur le même thème, en termes qui se voulaient touchants : « Cette action continuelle que je voyais s’exercer sur moi ne me décidait point, mais me troublait. La jeunesse est l’époque de la vie où l’on a le plus de probité. Je ne comprenais pas encore ce que c’était que d’entrer dans un état avec l’intention d’en suivre un autre, de prendre un rôle d’abnégation continuelle pour suivre une carrière d’ambition, d’aller au séminaire », et ceci équivaut à l’aveu implicite de ce que fut, vingt ans plus tard, la première ambition de Talleyrand – « pour être ministre des Finances » : « Mais je n’avais aucun moyen de défense, j’étais seul ; tout ce qui m’entourait avait un langage fait, et ne me laissait apercevoir aucun moyen d’échapper au plan que mes parents avaient adopté pour moi ».

« Après un an de séjour à Reims », conclut-il, dans une phrase fort bien tournée, « voyant que je ne pouvais éviter ma destinée, mon esprit fatigué se résigna : je me laissai conduire au séminaire de Saint-Sulpice ».

Il devait y passer cinq ans – « cinq années d’humeur et de lecture » qui, prétend-il, lui parurent « si longues et si tristes » ! « Révolté sans puissance, indigné sans oser ni pouvoir le dire, je fus au séminaire d’une tristesse qui, à seize ans, a bien peu d’exemples ». « Je fus si malheureux », affirma-t-il, un jour à Madame de Dino, « que je passai mes deux premières années de séminaire [remarquons qu’il ne s’agit plus ici de la totalité de son séjour] sans parler. Je ne formai aucune liaison. Je ne faisais rien qu’avec humeur. J’en avais contre mes supérieurs, contre mes parents, contre les institutions ». À une autre de ses confidentes, il écrira (1) : « Au séminaire, je faisais mon petit Bonaparte ».

Tout cela ne saurait être pris à la lettre et ne nous apitoyons pas trop ! À coup sûr, au début de ses études de séminariste, il s’ennuya fort. Cette existence régulière, disciplinée et studieuse n’avait rien pour lui plaire.

Cependant, et en tout cas, sa profonde mélancolie ne tint pas très longtemps. Si, pendant ses années de Saint-Sulpice, il ne forma « aucune liaison », ce ne fut pas sans, au moins, une exception. Il l’a, d’ailleurs, révélée, non sans complaisance, dans une page de ces Mémoires qu’aurait pu illustrer Moreau le Jeune. L’élément féminin était apparu dans son existence sous les gracieuses espèces d’une très jolie comédienne, Dorothée Luzy, coqueluche, dans les rôles de soubrette, des habitués de la Maison de Molière.

Il avait remarqué son air « simple et modeste » dans une chapelle de Saint-Sulpice. « À dix-huit ans, quand on n’est pas dépravé, c’est là ce qui attire » et d’ajouter cette réflexion, inattendue, on en conviendra : « Je devins plus exacts aux grands offices ».

Dorothée Luzy habitait, tout à côté du Séminaire, un élégant petit hôtel, qui existe toujours, rue Férou. « Ses parents l’avaient fait entrer malgré elle à la Comédie ; j’étais malgré moi au séminaire. (Cela) établit entre nous une confiance sans réserve. Tous les chagrins de ma vie, toute mon humeur, ses embarras à elle remplissaient nos conversations ».

Ne dirait-on pas que ces deux victimes de leur temps, de la société et de leurs familles, n’eurent – dans leurs rencontres quotidiennes – que des entretiens purement philosophiques ? Toujours est-il qu’à l’en croire, « grâce à (Luzy), (il) devint, même pour le séminaire, plus aimable, ou du moins plus supportable ». On est tenté de penser qu’il avait trouvé sa voie !

Ce galant épisode renseigne singulièrement, me semble-t-il, sur l’état d’esprit du séminariste que fut Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord.

D’ailleurs, au temps du Congrès de Vienne, il confiait à Alexis de Noailles : « Quand je veux être heureux, je songe à Saint-Sulpice et je me rappelle le souvenir de ce temps-là ».

Il quitta le séminaire au début de 1775 et, sans que l’on sache pourquoi, un peu avant le terme normal. Le 1er avril de cette même année, à l’église Saint-Nicolas du Chardonnet, l’évêque de Lombez, Salignac-Fénelon, lui conféra le sous-diaconat. C’est comme sous-diacre qu’il figura parmi le clergé, le 11 juin 1775, au sacre de Louis XVI.

Bien qu’il appartînt alors au diocèse de Paris, il se trouvait rattaché, en une certaine mesure, à celui de Reims pour avoir obtenu, dès le 16 janvier précédent, son premier bénéfice, celui de chapelain de la chapelle de la Sainte-Vierge, en l’église paroissiale Saint-Pierre de Reims. Il avait pris possession, par procureur, le 3 février, de ce bénéfice, très modeste à coup sûr, mais dont la collation ouvrait sa carrière ecclésiastique, et, tout à la fois, sa carrière tout court. Il devait le résigner le 15 mars de l’année suivante. Mais « pour arriver », professa-t-il plus tard, « il faut partir ». « Il était parti » ; il était lancé : trois mois après son sacre, le 24 septembre 1775, Louis XVI lui attribua, en commende, l’abbaye de Saint-Denis de Reims.

En annonçant cette nomination, la Gazette de France évaluait le revenu du bénéfice à 18 000 livres. L’Almanach Royal, pour 1775, l’estimait à 24 000 livres. En tout cas, le profit en était relativement élevé, aussi Talleyrand avoue-t-il, dans ses Mémoires : « J’eus un moment fort doux, lorsque […] je pus employer (ces) premiers revenus à payer au collège d’Harcourt une forte partie de ma pension qui y était due encore et à m’acquitter envers Monsieur Langlois [qui avait été son précepteur] des soins qu’il avait eus de moi dans mon enfance ».

Ses parents, en effet, étaient loin de posséder des ressources en rapport avec leur situation sociale et j’ai constaté, en compulsant, aux Archives Nationales, des comptes du séminaire de Saint-Sulpice, que ce fut seulement le 3 août 1785 que l’abbé de Périgord pu achever, par le versement d’un dernier acompte, le payement de ses frais de pension de séminaire.

L’abbé de Périgord ne prit également possession de son abbaye que par procureur, et, le 4 décembre 1775, il délégua à Monsieur de la Condamine, un des vicaires généraux de Reims, le pouvoir de nommer aux bénéfices en dépendant : tout se passait comme si le nouvel abbé de Saint-Denis de Reims entendait limiter, autant qu’il lui était possible, ses rapports personnels avec le diocèse qui lui avait fait bon accueil.

En cette même année 1775, notre abbé avait, et sans nul doute grâce à la protection de son oncle, été désigné, par l’Assemblée provinciale du Clergé du diocèse de Reims, pour être un de ses représentants à l’Assemblée quinquennale de l’Église de France, qui se réunit, en juillet, à Paris, au cloître des Grands-Augustins. Là, il s’était vu confier les fonctions d’adjoint au « promoteur », lequel jouait le rôle d’une sorte de ministère public : la protection du cardinal de la Roche-Aymon et de son oncle, le coadjuteur, valait, à coup sûr, ces faveurs au jeune abbé de 21 ans.

Après qu’il eût, en mars 1778, acquis, en Sorbonne, sa licence en théologie, Monseigneur de Talleyrand-Périgord qui, l’année précédente, avait succédé au cardinal de la Roche-Aymon, obtint son « excardination » du diocèse de Paris, suivie de son « incardination » à celui de Reims.VC

Le 17 septembre 1779, le diaconat lui fut conféré par l’évêque de Beauvais, La Rochefoucauld-Bayers, suffragant de Reims. Trois mois plus tard enfin, le 18 décembre 1779, samedi des Quatre-temps, il sautait le pas : il recevait la prêtrise dans la chapelle de l’Archevêché de Reims.

Le lendemain dimanche, l’abbé de Périgord célébrait sa première messe et communiait ses parents. Le même jour, l’archevêque de Reims le nommait vicaire général, titre honorifique plutôt que fonction, puisque aussi bien Monseigneur de Talleyrand-Périgord n’avait pas moins de quatorze « grands vicaires », pour employer le terme dont il était coutume, en ce temps-là, de qualifier les vicaires généraux.

Fait digne d’être relevé, si bien disposé qu’il fût en faveur de son neveu, l’archevêque ne l’avait cependant pas ordonné lui-même ; il avait abandonné ce soin à un autre de ses suffragants, l’évêque-comte de Noyon, Grimaldi, qui avait, en même temps, conféré la prêtrise à plusieurs autres diacres. Aussitôt ordonné, l’abbé de Périgord, bien qu’il appartînt au diocèse de Reims, vint, comme tant d’autres ecclésiastiques de son milieu, se fixer à Paris ; il ne se souciait point de vivre en province et il lui fallait sa pleine indépendance pour mener la vie mondaine et nullement édifiante qui serait désormais la sienne.

On ne le vit plus, dans son diocèse, que pour passer des vacances, à Saint-Thierry, dans le château de l’archevêque. Il s’y trouvait notamment en septembre et octobre 1783, et il y céda sa chambre à un jeune Anglais, son cadet de cinq ans. William Pitt avait été déjà, l’année précédente, à vingt-trois ans, chancelier de l’Echiquier et, quelques semaines plus tard, il allait devenir premier ministre ! Quel exemple et quel motif de tentation pour un jeune aristocrate, avide comme l’abbé, de succès, de jouissances et d’honneurs !

À la fin de cette même année 1783, Monseigneur de Talleyrand-Périgord donnait encore à son neveu une preuve de plus de son inlassable bienveillance, en le nommant chanoine de Reims. Celui-ci ne prit, du reste, pas possession de ce canonicat et s’en démit en mars suivant. Ses visées étaient plus hautes.

En 1780, il était devenu, pour cinq ans, un des deux agents généraux du Clergé de France. Dans ses fonctions – marchepied vers l’épiscopat – il témoigna d’incontestables qualités d’administrateur, en même temps que d’un grand zèle pour la défense des intérêts matériels de l’Église de France et de son patrimoine, ainsi que d’un vif souci de protéger la moralité publique, en demandant l’interdiction de « mauvais livres », comme une nouvelle édition des œuvres complètes de Voltaire.

À l’expiration de son mandat, les membres de l’Assemblée quinquennale de 1785 crurent devoir, avant de se séparer, recommander au roi, pour un évêché, le brillant et actif abbé de Périgord.

Ainsi mis en vedette, son ambition n’attendit pas « le nombre des années » pour se manifester, si bien que la belle comtesse de Brionne, qui lui voulait du bien, à tous égards, entreprit de faire octroyer, par Pie VI, le chapeau de cardinal à ce jeune prêtre de trente ans à peine. L’intrigue échoua et l’abbé de Périgord dut – si j’ose dire – se contenter de briguer un évêché.

Ce ne fut pas sans peine qu’il parvint à ses fins, tant était mauvaise la réputation qu’il n’avait pas tardé d’acquérir, du fait de la légèreté de ses mœurs, mais également de l’attrait qu’avaient pour lui les trafics d’argent.

Pendant deux ou trois ans, Monseigneur de Marbeuf, évêque d’Autun, détenteur de la feuille des bénéfices, et le roi lui-même se dérobèrent aux instances de certains de ses proches, de ses amis et surtout de ses amies. Il déplaisait à Louis XVI de désigner des évêques pour qui, suivant son expression, « le Saint-Esprit ne serait que l’esprit tout court ».

L’archevêché de Bourges, l’évêché de Nancy et l’archevêché de Lyon échappèrent, tout à tour, à l’ambitieux abbé. Il se plaignait de cette attente, le 17 octobre 1787, à son ami Choiseul-Gouffier et n’hésitait pas à lui écrire qu’à son âge il méritait qu’on le traitât un peu mieux !

En réalité, sa mère – sa très pieuse mère – dépourvue, dès lors, sur lui de la moindre illusion, suppliait le roi de ne pas céder aux démarches faites en sa faveur et là sans doute réside l’origine de la rancune qu’il lui voua plus tard. Son père, au contraire, – profondément religieux lui aussi – pensait que la consécration épiscopale lui vaudrait des grâces d’état propres à le ramener dans le droit chemin. Malade, se sentant frappé à mort, il insista auprès de Louis XVI. Le pieux monarque fit taire ses propres scrupules, finit par partager son espoir et par répondre à la comtesse de Périgord : « Cela le corrigera ». Il céda au mourant, ancien menin de son père, et qui avait son affection.

Le 2 novembre 1788, en remplacement de Monseigneur de Marbeuf, élevé lui-même à l’archevêché de Lyon, l’abbé de Périgord était nommé évêque d’Autun par Sa Majesté Très Chrétienne (2). « Bien informé [selon la formule traditionnelle] (des) bonne vie, mœurs, piété, doctrine, grande suffisance et (des autres) vertueuses et recommandables qualités qui sont en la personne du vicaire général de Reims », Louis XVI écrivait au pape estimer que celui-ci « remplira dignement tous les devoirs que lui imposera la dignité épiscopale » et avoir lieu d’espérer « qu’il employera avec zèle et application tous ses talents pour le service de l’Église ».

Pie VI ne le fit pas languir. Le nonce apostolique en France Dugnani avait, il est vrai – dans un rapport transmis, dès le 19 novembre 1788, par le cardinal de Bernis, Ambassadeur de S.M. Très Chrétienne – communiqué au Souverain Pontife, conformément aux règles canoniques, les témoignages qu’il avait recueillis sur l’abbé de Périgord auprès des deux évêques et qui n’étaient pas des prélats sans personnalité : l’un, Alexandre de Lauzières-Thémines, connu déjà pour son intransigeance, devait se montrer un des plus irréductibles adversaires du Concordat et être, en quelque sorte, « le Pape » de la Petite-Église ; le second, Louis-Mathias de Barral, coadjuteur de son oncle, l’évêque de Troyes, était destiné à devenir archevêque de Tours et sénateur, sous l’Empire, pair de France à la Première Restauration, puis à être exclu de la pairie, après les Cent Jours, pour avoir officié au Champ-de-Mai.

Répondant à un questionnaire précis, en treize points, tous deux, après avoir prêté serment sur leur choix pectoral, n’avaient pas craint de faire au nonce un éloge sans réserve de l’ancien agent général du Clergé qu’ils connaissaient particulièrement.

Ils avaient attesté notamment la pureté de sa doctrine comme de sa vie, « eum vitae integritate morumque probitate », l’étendue de ses connaissances, son sérieux, sa prudence, son habileté en affaires, son opposition aux innovations, son attachement au Saint-Siège apostolique.

Avec non moins de force, ils s’étaient trouvés d’accord pour certifier qu’il avait rempli son office de vicaire général de Reims à l’édification de tous et qu’il recevait fréquemment et dévotement les sacrements.

Ils en avaient conclu qu’il possédait toutes les qualités requises pour être un bon évêque et que sa promotion à l’épiscopat ne manquerait pas d’être bénéfique pour le diocèse d’Autun…

Dès le 15 décembre 1788, les bulles conférant à l’abbé de Périgord l’institution canonique lui étaient expédiées de Rome.

Un mois plus tard, le 16 janvier 1789, en ce début d’année où le cours de l’histoire du monde allait changer, il reçut la consécration épiscopale, mais dans des conditions presque clandestines et assez surprenantes.

La cérémonie eut lieu, non pas, ce qui eût été normal, à Reims et dans la cathédrale, mais à Issy, dans la petite chapelle du Saint-Sauveur, à la Solitude, le noviciat des Sulpiciens, où seuls les membres de cette compagnie et les ecclésiastiques avaient accès. Ni sa mère, ni aucun de ses parents n’étaient présents. L’archevêque de Reims s’abstint d’y paraître, alors que, pourtant, son neveu comptait encore au nombre de ses vicaires généraux. Le prélat consécrateur fut l’évêque de Noyon, Grimaldi, qui déjà avait consenti à lui conférer la prêtrise. Il était assisté de l’évêque de Béziers, Nicolaï, et de l’évêque de Saint-Dié, la Galaizière.

Sous le rapport financier, l’évêché d’Autun n’était pas un des plus favorisés. Son revenu net était de 50 572 livres seulement. Le nouvel évêque n’était pas homme à s’en contenter, aussi, dès le 3 décembre 1788, il avait – nouvelle faveur – obtenu du roi, sur la présentation du comte d’Artois, de l’apanage duquel dépendait ce bénéfice, l’abbaye de Chelles, au diocèse de Poitiers, d’un produit de 9 500 livres, d’après l’Almanach royal, tout en conservant l’abbaye rémoise de Saint-Denis, ce qui, au total, équivalait à environ 235 000 F. de notre monnaie actuelle (3).

Décidément, cette fois, Charles-Maurice était « parti ».

Le comte de Talleyrand-Périgord était mort, à cinquante-quatre ans, le surlendemain du jour où Louis XVI s’était résigné à la nomination épiscopale de son fils à Autun et, selon la réflexion de Louis Madelin, « dans la joie de l’événement qui devait avoir des suites si douloureuses ».

Ces suites, on les connaît.

Un an, jour pour jour, après son élévation à l’épiscopat, c’est sur la proposition du jeune évêque de 35 ans, élu par le clergé du diocèse d’Autun député aux États généraux, le 2 avril 1789, que l’Assemblée constituante mettait les biens ecclésiastiques à la disposition de la Nation.

Le 28 décembre 1790, seul parmi les prélats siégeant à la Constituante avec Gobel, de triste mémoire, l’évêque d’Autun, sans être intervenu dans le débat, apportait son suffrage à la Constitution civile du clergé – ce qui ne l’empêchera pas, dans ses Mémoires, de flétrir l’Assemblée pour avoir prétendu régler seule ce qui l’avait toujours été par le concours des deux puissances, spirituelle et temporelle.

De même, il avait voté, sans mot dire, la loi du 27 novembre 1790, imposant aux ecclésiastiques l’obligation de prêter serment à cette Constitution. Le 28 décembre 1790, il prêta, sans réserve, ce serment, un des quatorze que, d’après le calcul de son ami, l’historien Emile Dard, il devait totaliser durant sa longue carrière.

Le 13 janvier 1791, moins de vingt-six mois après sa nomination épiscopale, Monseigneur Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord adressait sa démission de l’évêché de Saône-et-Loire – dénomination conforme à la Constitution civile –, en invoquant l’incompatibilité qui aurait résulté de sa récente élection comme administrateur du département de Paris, alors que le nouveau statut de l’Église gallicane faisait de la résidence une obligation impérieuse pour les évêques.

Suivant une réflexion de Lamartine, il avait abdiqué son évêché « comme un souvenir importun et comme un habit gênant ». En la circonstance, il s’était comporté comme un quelconque fonctionnaire laïc, sans nul souci du Saint-Siège et sans daigner s’adresser au pape pour le prier de le décharger de son diocèse, en sorte qu’au point de vue canonique, bien qu’il en eût, il demeurait évêque d’Autun. Parlant, dans ses Mémoires, de sa démission, il eut le cynisme d’ajouter : « Je ne songeai plus qu’à m’éloigner de la première carrière que j’avais parcourue », comme s’il s’était agi, pour lui, de changer de profession et, par exemple, de quitter l’armée ou l’administration pour se consacrer à la politique. Cependant, tout démissionnaire qu’il fût de son évêché, il ne se désintéressera pas, tout de suite, des affaires ecclésiastiques.

L’Église constitutionnelle devait comporter un évêque par département, or 7 seulement des 160 évêques s’étaient résignés à prêter le serment et ils ne montraient aucun empressement pour accorder aux nouveaux élus, à la place du pape, l’institution canonique et pour les sacrer. Les moins scrupuleux se dérobèrent, à commencer par le cardinal Loménie de Brienne, archevêque de Sens. Jarente, évêque du Loiret, eut ce mot resté célèbre : « Nous jurons, mais nous ne sacrons pas » !

Non sans hésitations, Talleyrand finit par accepter l’office dont nul autre ne se voulait charger.

Le 24 décembre 1791, rue Saint-Honoré, dans l’église de l’Oratoire (temple protestant depuis le Concordat), assisté de Gobel, évêque de Bâle pour la partie française du diocèse, et de Miroudot, évêque in partibus de Babylone, il sacra Expilly et Marolles, respectivement évêques du Finistère et de l’Aisne, après leur avoir conféré l’institution canonique. Il le fit, en sa conformant aux exigences de la liturgie et du droit canon, si bien que la validité des ordres de l’Église constitutionnelle ne sera jamais contestée par Rome.

Des documents, figurant au Minutier central des Archives Nationales, ont, il y a quelques années (4) révélé que l’évêque démissionnaire de Saône-et-Loire n’avait pas limité à cette circonstance son rôle dans la formation de l’Église constitutionnelle. Après le refus d’autres prélats, il avait déjà, du 22 février au 31 mars 1791, conféré l’institution canonique à dix-sept autres évêques constitutionnels. Ainsi, il fut véritablement le fondateur de la nouvelle organisation ecclésiastique de la France. Le Saint-Siège ne s’y trompa point. Le pape le tint pour tel. Dans son bref Novae haec litterae, du 19 mars 1792, il le qualifia de « sacrilège consécrateur », de « principal auteur du schisme » et de « père des faux évêques ».

Talleyrand n’en avait cure. Il se considéra, dès lors, comme un laïc et se comporta en conséquence, tant en France que pendant et après son émigration en Angleterre, puis aux États-Unis. Une confidence qu’il fit à sa nièce, en 1834, est révélatrice : « Lorsqu’il se fut débarrassé de sa prêtrise », rapporte Madame de Dino, « il se sentit, dit-il, un désir incroyable de se battre en duel. Il chercha querelle au duc de Castries, mais celui-ci supporta tout ». « C’est que probablement », ajoute Madame de Dino en ponctuant ce propos d’un point d’exclamation (elle n’était pas encore devenue dévote), « pour Monsieur de Castries, Monsieur de Talleyrand ne pouvait cesser d’être prêtre » !

L’expression : « lorsqu’il se fut débarrassé de sa prêtrise » retient l’attention. Elle apporte la preuve que, comme à d’autres points de vue, Talleyrand n’avait rien trouvé de mieux que d’imiter le cardinal de Retz. Dans ses Mémoires, le peu édifiant coadjuteur ne raconte-t-il pas, en propres termes, qu’il s’était battu en duel, avec l’espoir « de se débarrasser de (sa) prêtrise », sans, bien entendu y parvenir par ce procédé, fort peu canonique, on en conviendra, ce qui l’obligeait à constater : « Je demeurai là avec ma soutane et deux duels ».

Cependant, le duc de Castries ne fut pas le seul à tenir toujours Talleyrand pour un prêtre et pour un évêque. À Rome, au temps du Congrès de Vienne et, sans doute, plus tard encore, on persistait à l’appeler « Autun ». Ses relations mondaines, Madame de Staël, Gouverneur Morris et d’autres ne le désignèrent, pendant des années, qu’en le nommant « l’évêque », et sans nulle ironie. C’est, à coup sûr, dans un tout autre esprit qu’écrivant à Madame Récamier, en 1842, Chateaubriand désignait en ces termes la duchesse de Dino : « la connaissance de l’évêque d’Autun » !

Dans ses Souvenirs diplomatiques, le comte de Marcellus écrira beaucoup plus tard : « Monseigneur de Talleyrand, bête noire ou plutôt violette […] de Monsieur de Chateaubriand, lequel, sous le costume diplomatique du prince de Bénévent, n’avait jamais voulu voir que la mitre de l’évêque d’Autun… ». De fait, en relatant, dans les Mémoires d’Outre-Tombe, la réception faite, par le Directoire, au général Bonaparte, à son retour d’Italie, et le discours que lui adressa, à cette occasion, le citoyen Talleyrand, ministre des Relations extérieures, Chateaubriand appelle celui-ci « le prélat ».

Talleyrand n’avait pas craint de plaisanter à ce sujet. Dans ses Mémoires, l’allusion la plus développée à son épiscopat se trouve dans une note où, sur un ton étonnamment badin, il rapporte ce dialogue entre un certain X. et lui-même, alors qu’ils se trouvaient, tous deux, à cheval, dans un bois d’Amérique dépourvu de chemin : « Quand je criais : « X. êtes-vous là ? » et qu’il me répondait : « Oh ! mon Dieu, oui Monseigneur, j’y suis », il m’était impossible de ne pas rire de notre position. Cet : « Oh ! mon Dieu, oui », si piteux, et ce : « Monseigneur », tiré de l’évêché d’Autun, ne pouvait pas ne pas me faire rire ».

Tandis que Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord, évêque d’Autun « par la miséricorde divine et la grâce du Saint-Siège apostolique », sans compter le bon vouloir du faible Louis XVI, s’amusait de s’entendre ainsi « monseigneurisé » dans une forêt de ce Nouveau-Monde, où il vivait tranquille, non sans se livrer à de fructueuses opérations financières, le roi, qui l’avait nommé, gisait, décapité, dans la chaux vive, au cimetière de la Madeleine, des milliers de prêtres de l’église gallicane – sans compter ceux qui périrent sur l’échafaud, ou à bord des pontons – et Pie VI également, le Souverain Pontife à qui il devait l’institution canonique, traînaient ou allaient traîner, avec dignité, leur misère en exil, vieillir et souvent mourir prisonniers.

Rentré en France, en 1796, devenu ministre des Relations extérieures du Directoire, puis du Premier Consul, « Autun » poussa plus loin encore le mépris des lois de l’Église.

Personne ne l’ignore : sommé par Bonaparte de se séparer de sa maîtresse, Madame Grand, avec laquelle il vivait maritalement, ou de l’épouser, il opta pour la seconde solution. Le 10 septembre 1802, le jour même où il contresigna, avec Bonaparte, l’acte ratifiant le Concordat, il fut légalement uni, à la Mairie du Xe arrondissement de Paris, avec Catherine Worlée, femme divorcée d’un Anglais, Georges-François Grand. Le lendemain de leur union civile, le mariage de « l’évêque » et de Madame Grand, catholique et qui avait reçu la bénédiction nuptiale dans une église catholique, était célébré par l’abbé Pourey, curé d’Épinay-sur-Seine. Ce mariage religieux était tout à la fois scandaleux et, au point de vue du droit canonique, inexistant : malgré son obstination et l’appui de Bonaparte lui-même, le ministre des Relations extérieures n’avait pu arracher à Pie VII une autorisation qui aurait été sans précédent depuis l’origine de l’Église. Il avait dû se contenter d’un bref, daté du 29 juin 1802, qui le réduisait à la communion laïque.

À la fin de sa longue vie, le prince de Talleyrand se préoccupa d’en aménager le dernier acte en se mettant en règle avec l’Église. Pour compléter son personnage, il lui fallait avoir une fin édifiante et éviter le scandale d’obsèques civiles.

Lorsque mourut, en 1835, la princesse – l’ex Madame Grand –, à Madame de Dino qui, pourtant et non sans motifs croyait bien le connaître et qui avait beaucoup hésité, dans la crainte qu’il ne se « frappât », à lui annoncer cette « perte », il fit cette réponse qui ne laissa pas de la stupéfier : « Voilà qui simplifie ma position ! » Malgré cette « simplification », il demeurait aux yeux du pape, un évêque assermenté, le fauteur de l’Église constitutionnelle et, de surcroît, un prélat marié !

De longs pourparlers se déroulèrent entre Talleyrand et Rome, par l’entremise zélée de l’archevêque de Paris, Monseigneur de Quelen, ancien coadjuteur du cardinal de Talleyrand-Périgord (5). Monseigneur de Quelen essaya d’obtenir d’ « Autun » qu’il désavouât ses erreurs et les condamnât explicitement. Ses efforts s’y épuisèrent en vain.

Les termes vagues des deux documents, à l’adresse du pape Grégoire XVI, qu’il finit par signer, au matin du jour de sa mort, ne répondaient pas aux exigences que l’Église était en droit d’attendre de lui. À la vérité, s’il s’est, « in articulo mortis », réconcilié avec elle, il ne s’est rétracté en aucune façon. Le Saint-Siège crut toutefois devoir s’en contenter, et l’on ne peut s’empêcher de penser aux rigoureuses exigences qui, sept ans auparavant, avaient empêché l’opiniâtre et austère abbé Grégoire d’être admis à la sépulture ecclésiastique !

Talleyrand, il est vrai, qui, lui, ne se piquait pas d’être opiniâtre, pas plus qu’il ne se montrait austère, avait pris soin, dès longtemps, de préparer cet épilogue de son étonnante carrière. Dans la lettre à Grégoire XVI, qu’il signa quelques heures avant de mourir, il avait glissé ces lignes qu’il est impossible de lire sans malaise : « Le respect que je dois à ceux de qui j’ai reçu le jour ne me défend pas non plus de dire que toute ma jeunesse a été conduite vers une profession pour laquelle je n’étais pas né ». Depuis des années, il s’était employé à faire retomber sur son père et sur sa mère – et aussi sur son oncle, le cardinal – la responsabilité de son entrée dans les ordres sans vocation et, partant, de ses erreurs. En rédigeant ses Mémoires, il avait fait en sorte de se présenter comme étant devenu « prêtre malgré lui », et d’apitoyer sa nièce Dorothée, sous les yeux et avec le concours de laquelle il les écrivait, dans l’atmosphère dévote et compassée de la Restauration.

Il faut reconnaître qu’il réussit à accréditer cette version. Sainte-Beuve, lui-même, s’y est laissé prendre, en dépit de son scepticisme et de son habituelle perspicacité. Il paraît se l’être imaginé en vicaire de son temps, célébrant la messe chaque matin, assidu à l’accomplissement de ses obligations ecclésiastiques et, peut-être, se débattant entre la crainte de commettre des actes sacrilèges et le remords d’accomplir des rites dépourvus pour lui de valeur réelle. « Cette nécessité où il se vit de remplir des fonctions sacrées […] », a écrit l’auteur de Port-Royal, cette longue [?] habitude imposée durant les belles années de sa jeunesse d’exercer un ministère révéré et de célébrer les divers mystères avec l’âme la moins ecclésiastique qui fût jamais, était la plus propre à rompre cette âme à l’une ou à l’autre de ces deux choses également funestes, l’hypocrisie ou le scandale, déplorable régime, malsain en tout sens. Le cœur, pour peu qu’il y soit disposé, y contracte une corruption profonde ».

Doit-on accepter cette explication avec l’esprit de charité dont a fait preuve Monseigneur Leflon, l’éminent historien de l’histoire de l’Église, apte à mesurer, mieux qu’aucun laïc, le prix de l’irremplaçable vocation et le fardeau qui peut peser sur la conscience du prêtre auquel elle a fait défaut ?

« Derrière », a-t-il écrit, « le masque impassible, impénétrable, d’une Talleyrand, Ministre du Directoire […], sous l’altière et méprisante désinvolture qu’affecte, au service de tous les régimes, ce grand seigneur dévoyé, est-il si difficile de retrouver « ce chagrin habituel » qui (selon lui-même) valait sa réputation de hauteur au séminariste de Saint-Sulpice, malheureux et contraint ? On conçoit sans peine », a conclu mon confrère de l’Académie des Sciences morales et politiques, « les dangers et les souffrances d’un pareil refoulement ».

Oui, sans nul doute ; mais le drame intime que l’on suppose fut-il vraiment vécu, à l’heure même, par Charles-Maurice ? Qu’il eût été totalement dépourvu de la vocation ecclésiastique, nul ne saurait le contester. En fait de vocation – si étrange que cela puisse paraître aux yeux de qui ne l’a pas spécialement étudié – le prélat n’en eut jamais qu’une : celle de financier. Au temps de la Constituante, ce qu’il briguait, c’était la succession de Necker, le portefeuille des Finances !

Mais éprouva-t-il une véritable répulsion pour la prêtrise ? Rien n’autorise à le penser, en dépit de quelques anecdotes répandues, tardivement d’ailleurs, par ses intimes. La plus connue n’est pas la moins suspecte. Son fidèle ami, Choiseul-Gouffier, prétendit l’avoir trouvé, la veille de son ordination, « dans un état violent de lutte intérieure, de larmes et de désespoir ». Il se serait efforcé « de le détourner d’accomplir ce sacrifice, mais la crainte de sa mère, d’un éclat tardif, une certaine fausse honte lui en ôtant la hardiesse », Charles-Maurice se serait écrié : « Il est trop tard, il n’y a plus à reculer ».

Je doute fort que Choiseul-Gouffier se soit trouvé alors à Reims. Les dispositions mêmes qu’il a prêtées à son camarade, auraient détourné celui-ci de l’y laisser venir pour assister à sa défaite.

Dans ses Mémoires – et Monsieur de Bacourt, son exécuteur testamentaire, n’a pu se dispenser de le constater dans une note – Talleyrand, en tout cas, a jugé préférable de ne faire « aucune mention du moment précis où il reçut l’ordre de la prêtrise, ni des circonstances qui accompagnèrent cette cérémonie ». Lorsque après son ordination, il vint s’installer à Paris et jusqu’à son élévation à l’épiscopat, l’abbé de Périgord célébra-t-il la messe, tout au moins aux grandes fêtes ? À ma connaissance, aucun document, aucun indice n’autorise à l’affirmer. Dans cette phase de son existence, le ministère ecclésiastique ne tenait aucune place. Devenu évêque, il ne semble pas que le service divin l’ait davantage absorbé. Trente jours après son installation à Autun – tardive d’ailleurs, car, s’il s’était montré impatient d’avoir droit à la mitre, il ne se hâta nullement de la porter –, il évita de célébrer, dans sa cathédrale, la messe solennelle du jour de Pâques et s’éclipsa, le matin même, pour regagner Paris.

La seule circonstance antérieure au sacre des prélats constitutionnels où Monseigneur d’Autun ait officié et dont l’histoire ait gardé la mémoire, est la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790, qui le vit, à la demande de Louis XVI, célébrer la messe, au Champ-de-Mars, sur l’autel de la Patrie.

Dans les derniers temps d’avant la Révolution, dont il devait dire, un jour, à Guizot : « Qui n’a pas vécu dans les années voisines de 1789 ne sait pas ce que c’est que la douceur de vivre » et dont il ne sa cacha jamais de garder le plus agréable souvenir, il ne se priva d’aucun des plaisirs voire d’aucune des voluptés que mettaient à sa portée les mœurs de l’époque.

Dans les années qui suivirent son ordination, ses rapports avec ses parents ne furent affectés, semble-t-il, d’aucune mauvaise humeur et rien ne permet de croire qu’à un moment quelconque, il leur ait marqué sa rancune de l’avoir soi-disant contraint à devenir prêtre.

Alors que, tout en portant déjà la soutane, il était sur le point de devenir séminariste, sa mère parlant de lui à sa grand-mère, la marquise d’Antigny, lui écrivait de Hautvillers, l’abbaye de son oncle, le 28 octobre 1769 : « Mon fils aîné se trouve très bien de son nouvel état ».

Quelques années plus tard, élève de Saint-Sulpice ou de la Sorbonne, venant en vacances à Saint-Thierry, chez Monseigneur de Talleyrand-Périgord, il y retrouvait parfois ses parents qui lui demeuraient indulgents. Ses proches le gâtaient, témoin ce détail, infime, mais significatif : à l’automne de 1776, sa grand-mère maternelle lui avait envoyé, de son château voisin de Dijon, du vin de Bourgogne. Mademoiselle Charlemagne, qui avait veillé sur son enfance et restait fidèlement au service de ses parents, écrivait : « Je crains, si le vin est très bon, qu’il ne dure pas longtemps. Monsieur l’abbé est fort généreux et voudra en régaler ses amis ».

Évoquant le souvenir des deux années passées par lui à la Sorbonne, il avouera y avoir été « occupé de toute autre chose que de théologie, car les plaisirs tiennent une grande place dans les journées d’un jeune bachelier » et il ajoutera : « L’ambition prend aussi quelques moments, et le souvenir du cardinal de Richelieu […] n’était pas décourageant à cet égard ». Quand on connaît la suite, on ne met pas en doute ces aveux du prétendu « prêtre malgré lui ».

L’abbé de Périgord se plaisait, racontera-t-il plus tard, à profiter de ce que son logis de la rue de Bellechasse était tout proche de l’hôtel de Guerchy, situé rue Saint-Dominique et demeure de ses parents lorsqu’ils se trouvaient à Paris, pour venir causer avec sa mère, intelligente et spirituelle. « Je choisissais pour aller chez (elle) les heures où elle était seule : c’était pour jouir davantage des grâces de son esprit », lit-on dans ses Mémoires. Si, loin de la fuir, il recherchait alors ces tête-à-tête, c’est une preuve qu’il ne songeait point à lui reprocher de l’avoir orienté vers le sacerdoce.

Plus tard, il jugea opportun de présenter son enfance et sa jeunesse sous un jour que, après avoir beaucoup étudié le personnage, je tiens pour purement légendaire. À l’en croire, non seulement ses parents lui imposèrent de recevoir les ordres sacrés, mais, dès sa naissance, ils lui avaient témoigné une complète « indifférence ». Aussitôt de ce monde, il fut mis en nourrice, dans un faubourg de Paris, et y resta jusqu’à ce que, à quatre ans et demi, il fût conduit, pour dix-huit mois, par Mademoiselle Charlemagne, chez sa bisaïeule, la princesse de Chalais, près de Barbezieux. S’il ne fit, au collège d’Harcourt, que de médiocres études, c’était selon lui faute d’avoir été encouragé par ses parents et il en arriva à insinuer que ceux-ci craignaient « de donner trop d’éclat » à sa jeunesse pour le diriger plus facilement vers l’Église – supposition aussi absurde que perfide : le fait qu’on le destinait aux ordres sacrés n’était point un motif, bien au contraire, pour ne pas souhaiter qu’il fît de solides et brillantes études susceptibles de lui valoir, grâce à ses connaissances et à son talent, une place éminente dans le clergé du royaume.

« Je suis peut-être », a-t-il dit encore, « le seul homme d’une naissance distinguée et appartenant à une famille nombreuse et estimée qui n’ait pas eu, une semaine dans sa vie, la douceur de se trouver sous le toit paternel ». Et d’insister en ces termes qui, invinciblement, font penser à un personnage de Molière que point n’est besoin de nommer : « J’ai compris depuis que mes parents s’étant déterminés, selon ce qu’ils regardaient comme un intérêt de famille, à me conduire à un état pour lequel je ne montrais aucune disposition, se défiaient de leur courage pour l’exécution de ce projet, s’ils me voyaient trop souvent. Cette crainte est une preuve de tendresse dont je me plais à leur savoir gré ». Il avait beau jeu, en se livrant à ces plaintes et à ces réflexions romantiques, à une époque où les habitudes de famille avaient considérablement évolué, sous l’influence de Rousseau, d’abord, puis de la tourmente révolutionnaire qui avait bouleversé les conditions de vie. Ainsi, de même, Chateaubriand, avec le temps, se plut à exagérer la sévérité de son père.

« Ce n’était pas la mode alors, dans le grand monde, d’être bon père, ni bon mari », observa le prince de Ligne. Au surplus, Talleyrand s’est bien gardé de souligner que, dans son enfance, son père était, le plus souvent, aux armées, que sa mère, dame de la dauphine, Marie-Josèphe de Saxe, avait un logement à Versailles et suivait la Cour dans ses déplacements, en sorte que ce ménage – exemple assez rare pour l’époque – connu et plaisanté pour la peine que les séparations continuelles infligeaient aux deux époux, était fort rarement réuni dans son habitation de la rue Garancière.

La correspondance de la comtesse de Talleyrand avec sa mère, fournit d’ailleurs de multiples témoignages de l’affection qu’elle portait à Charles-Maurice, des soucis que lui faisait éprouver la santé du petit infirme et du regret qu’elle avait ressenti en se séparant de lui quand, dans l’intérêt de sa santé, elle avait confié à la princesse de Chalais celui qui était, à ce moment, son unique enfant.

Si vraiment, l’heure venue, il avait éprouvé de la répugnance ou, du moins, des scrupules à contracter les engagements qui allaient lui être demandés au nom de l’Église, comment n’en aurait-il pas fait part à sa mère, aussi fine qu’elle était sincèrement pieuse, vertueuse et droite ? Il n’avait rien à craindre d’elle et tout permet d’être certain qu’elle n’aurait point admis qu’il lui fût fait violence.

Et, en admettant que son désarroi eût été tel qu’il le prétendit plus tard, pourquoi ne se serait-il pas confié à son oncle, prélat fort digne qui, tant qu’il vécut, lui témoigna, en toute occasion, quoiqu’il eût à se reprocher, une inépuisable indulgence ? Nul doute que, pas plus que sa mère, Monseigneur de Talleyrand-Périgord n’aurait insisté pour qu’il devînt « prêtre malgré lui ».

Remarquons, à ce propos, que, si vraiment, il y avait eu, entre les siens, une conspiration pour le lui imposer, l’archevêque aurait, vraisemblablement, tenu à lui conférer lui-même la prêtrise, puis à participer à sa consécration épiscopale, alors que – on l’a vu – il s’en abstint.

Dans l’atmosphère de 1779 – ce n’est pas trop s’avancer que de le supposer – l’état d’esprit de Charles-Maurice fut, selon toutes probabilités, fort différent de l’image qu’il a voulu en donner. Les habitudes que l’on admettait comme normales chez les ecclésiastiques de son monde, ne lui interdisaient nullement de mener l’existence mondaine, et même très galante, pour laquelle il avait si tôt manifesté une propension marquée. Son ordination, dans les perspectives de l’époque, ne lui fermait ni la diplomatie, ni la politique. Il n’y avait pas longtemps que deux cardinaux avaient été successivement principal ministre. Un autre cardinal, Bernis, représentait Louis XVI à la Cour de Rome. Sans avoir besoin de se souvenir du cardinal Hélie de Talleyrand qui, au temps de la Papauté à Avignon, passait pour avoir été le « faiseur de quatre papes », et qui, non content de se complaire aux intrigues politiques, avait, par des spéculations commerciales, amassé une fortune colossale, il lui était permis d’attendre de la carrière ecclésiastique des profits lucratifs auxquels il ne fut jamais indifférent : son propre oncle, d’après Michel Missoffe, totalisait 400 000 livres de revenus, ce qui lui permettait un train de vie princier, et d’autres chefs de diocèse, l’archevêque de Paris, l’évêque de Strasbourg, étaient mieux pourvus encore.

Certes, et ceci nous choque, ceci est fort éloigné de l’idée que, de nos jours, on sait se faire d’une vocation ecclésiastique. Les proches de Charles-Maurice, si religieux fussent-ils, trouvaient normal que, ne pouvait pas être soldat, il fût d’Église, sans marquer ni une attirance pour le sacerdoce, ni même une piété particulière.

Il était conforme aux usages de leur milieu et il ne leur paraissait nullement blâmable que, devenu prêtre, il pût ajouter plus tard au lustre de leur famille, en occupant à son tour, un rang flatteur dans la hiérarchie ecclésiastique. Au reste, tous comptes faits, l’absence de vocation n’empêcha pas, en cette fin du XVIIIe siècle, et contrairement à l’idée qu’on a d’eux d’ordinaire, la grande majorité des évêques français, qui, presque tous, appartenaient à l’aristocratie et avaient reçu les ordres dans des conditions analogues, de remplir convenablement, et parfois de façon édifiante, leurs devoirs de prêtres et de prélats.

Quant à Charles-Maurice lui-même, la vérité – il est permis de le croire – est dans cet aveu qu’en causant avec sa nièce Dorothée, il laissa échapper, peu de temps avant de mourir : « Durant ces longues insomnies, je repasse dans mon souvenir, bien des événements de ma vie ». « Vous les expliquez-vous » ? lui demanda Madame de Dino, et lui de répondre : « Non, en vérité, il y en a que je ne comprends plus du tout ; d’autres que j’explique, que j’excuse ; mais d’autres aussi que je blâme d’autant plus sévèrement que c’est avec une extrême légèreté que j’ai fait les choses qui depuis m’ont été le plus reprochées. Si j’avais agi dans un système, par principe, à la bonne heure ! Je comprendrais. Mais non, tout s’est fait sans y regarder, avec l’insouciance de ce temps-là, comme nous faisions toutes choses dans notre jeunesse ».

La légèreté et l’insouciance étaient, de fait, parmi les traits essentiels de son caractère. Il ne fut sans nul doute, que fort peu troublé, dans sa vie, et jamais pour bien longtemps, par des préoccupations d’ordre moral ou des tourments de conscience. Lorsqu’il reçut les ordres sacrés, il se laissa faire, décidé avant tout à vivre agréablement. Sauf dans une heure d’abandon, comme celle que je viens d’évoquer, il ne craignit pas de gauchir les faits pour paraître impeccable et justifier ses écarts.

Causeur incomparable, se racontant volontiers, il accommoda ses propos en fonction de son auditoire, du milieu, du temps, des circonstances et finalement, comme il arrive fréquemment, ses Mémoires sont, non point l’expression véridique de ses souvenirs, mais l’écho de la version qu’il était parvenu, peu à peu, à élaborer, à développer, à répandre. Dès lors, nous sommes en droit de conclure que la responsabilité des scandales de la vie de l’abbé de Périgord, vicaire général de Reims, ne saurait retomber sur sa famille et notamment sur le cardinal Alexandre-Angélique de Talleyrand-Périgord, prélat sans reproche, bienfaisant et dont la ville de Reims a eu toutes raisons de perpétuer la mémoire, en donnant son nom à une de ses principales rues. Que serait-il advenu de l’évêque d’Autun si la Révolution avait été évitée, si, en d’autres termes, la vieille monarchie française avait su trouver, en elle-même, assez de forces de rajeunissement pour sa réforme nécessaire ? Selon toute vraisemblance, Monseigneur Charles-Maurice de Talleyrand-Périgord aurait, un jour, succédé à son oncle, sur le siège de saint Rémi et je l’imagine, devenu cardinal à son tour, sacrant peut-être Louis XVII dans sa cathédrale ? Mais se serait-il, pour autant, « corrigé », comme l’avait escompté Louis XVI en le dotant d’un évêché ?

Notes :

(1) - Lettre à Madame GENTIL de CHAVAGNAC – 6 octobre 1827.

(2) - Vatican. Archivio Segreto. Processus consistoriales 189, fol. 183 et ss. – cf. Louis S. Grennbaum. Ten Priests in Search of a Miter : how Talleyrant became a Bishop (The Catholic historical Review, octobre 1964).

(3) - Estimation de 1969.

(4) - Gabriel PIORO – Annales historiques de la Révolution française, octobre-décembre 1956.

(5) - Chronique II, p. 233.




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in MELANGES D'HISTOIRE REMOISE - PARIS - PICARD - 1979









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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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