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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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MASSACRE EN GANTS DE SOIE - FOUCHE TALLEYRAND

PAR

OLIVIER SCMITT





Nuit terrible ! Nuit de l'histoire et nuit de théâtre, 6 juillet 1815 autour de minuit. La scène est rue Saint-Florentin à Paris, chez le prince de Bénévent. Tandis qu'une à une les vitres d'un salon cèdent sous les jets de pierres d'un peuple de Paris qui hésite à l'émeute, une à une s'affrontent les rancœurs, les exactions, les jalousies, les victoires et les défaites de deux hommes que rien n'unit sinon une intelligence hors du commun et le génie de la politique.

Ils sont, et ils le savent, au sommet de leur carrière et au pic de leur vie. Ils se retrouvent cette nuit-là pour décider de leur avenir et donc de celui de la France, puisque l'Assemblée et le gouvernement provisoire mis en place un mois plus tôt, juste après Waterloo, doivent décider du retour au pouvoir des Bourbons tandis que Louis XVIII est arrivé de Belgique à Saint-Denis. Fouché, qui tient de ses fonctions de super policier de savoir tout sur tout le monde, hésite encore. Talleyrand a choisi, depuis un an, le camp du roi. L'un des plus beaux bras-de-fer, l'un des plus acharnés aussi _ les deux hommes se connaissent bien et depuis longtemps _ peut commencer.

Nous, spectateurs, et aussi Jean-Claude Brisville, auteur de ce Souper, nous savons en plus que l'histoire congédiera bientôt le " mitrailleur de Lyon ", Joseph Fouché, régicide, et ravalera Talleyrand au second rang de ses artisans. Nous savons encore que le lendemain, à Saint-Denis, un homme droit, Chateaubriand, regardera passer dans l'antichambre du roi ce couple inassorti et claudiquant qu'une formule de ses Mémoires réunira dans la même aversion : " le vice appuyé sur le bras du crime ".

Cette notation est la plus simple et la plus frappante des indications dramaturgiques pour qui, comme Brisville et Jean-Pierre Miquel, se soucie de porter à la scène un tel face-à-face. Ainsi découvre-t-on un Talleyrand poudré, hautain, bel homme encore quoique déjà attaqué par l'âge et son infirmité, un peu à la manière du Casanova de Mastroianni dans la Nuit de Varennes. La Révolution de l'Empire ont passé pour lui comme un jeu de société. Il se délecte encore de ses coups gagnants : député du clergé aux états généraux, célébrant de la messe de la fête de la Fédération, exilé déjà quand il s'est agi de voter la mort du roi, acteur essentiel du coup d'Etat du 18 Brumaire... Joseph Fouché, engoncé dans un habit qui sied mal au fils d'un petit marchand, se souvient, lui, à la manière d'un Charles Pasqua au congrès du RPR, de ses mauvais coups comme de ses coups de maitre : la boucherie de Lyon, le coup du 9 Thermidor, ses intrigues policières qui affermirent le 18 brumaire, ses dossiers qui sont l'exact reflet de tant de vies privées et qui lui font tenir tant de gens dans sa main...

Vingt sur vingt

Jean-Claude Brisville nous propose en premier lieu, on l'a compris, une vision politique de cet événement. Mais sa pièce, souvent habilement, quelquefois un peu longuement, décrit aussi le parcours, sur fond d'enrichissement crapuleux, de deux " hommes d'Eglise " et de leur dévoiement, offrant l'occasion de méditer sur certains mécanismes du pouvoir ; elle peint encore l'affrontement de deux hommes tout court qui s'essaient à tâter d'une science encore neuve, la psychologie, où l'admiration, le respect de l'autre doit venir à bout d'une haine réciproque dont l'histoire immédiate ne peut s'accommoder. Et il y a enfin dans le Souper une dimension philosophique, tant transparait bientôt sous la poudre de Talleyrand l'errance hagarde du nihilisme tandis que la raison d'Etat et une sorte de " droit du Mal " s'inscrivant en transparence sur le visage de Fouché.

A ce jeu de massacre en gants de soie, les deux Claude, Rich (Talleyrand) et Brasseur (Fouché), éclairent d'un jour splendide les cimes du théâtre. D'abord leurs voix, si particulières toutes deux ; elles feront résonner longtemps toutes les nuances, les couleurs, les dysharmonies de leur personnage. Leur jeu aussi : intelligent, sûr, à juste distance de leur personnage et du public, sans complaisance ni pour eux, ni pour lui. Leur présence en scène encore : elle a permis à Jean-Pierre Miquel, à l'exception d'un hommage réussi à Roger Planchon dans la direction de deux valets affairés (Laurent Rey et Serge Krakowski), de se contenter _ il a eu bien raison _ de regarder les deux héros s'entre-dévorer en plaçant habilement quelques rais de lumière sur leurs visages et sur le beau décor d'André Acquart. Un Souper comme celui-là, ça vaut vingt sur vingt dans le plus sévère des guides.

SCHMITT OLIVIER



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ARTICLE DU MONDE DU 4 OCTOBRE 1989








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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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