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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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ELIE-ROGER-LOUIS DE TALLEYRAND-PERIGORD,

UNE FIGURE DU VIEUX SAINT-AIGNAN

PAR

J. PAUL-BONCOUR

ANCIEN PRESIDENT DU CONSEIL DES MINISTRES

ANCIEN MINISTRE DES AFFAIRES ETRANGERES







C’était un grand vieillard. Du moins, enfant, il m’apparaissait tel, quand je le voyais entrer à l’église. C’était à peu près le seul endroit, où on pouvait le rencontrer. Il sortait peu, sauf en voiture ou à cheval : long, mince, bien pris dans sa redingote serrée à la taille, avec une cravate à double tour, qui entourait son cou, appuyé sur sa canne à pommeau d’argent, toujours coiffé d’un chapeau haut de forme gris, qu’il soulevait légèrement pour répondre aux nombreux saluts qui s’adressait à lui. Il s’appelait Elie-Roger-Louis de Talleyrand-Périgord, prince de Chalais, duc de Périgord.

Il avait perdu sa femme et sa fille. Il vivait seul dans ce grand château qui domine la vallée du Cher. Malgré cela, fidèle à l’étiquette, chaque soir il se mettait en habit pour dîner, et exigeait que ses rares hôtes en fassent autant. C’était, je crois bien, les seules fois que mon père, son médecin, devenu son ami, mettait le sien.

Une seule fois, chaque année, l’étiquette était rompue. Le père du prince de Chalais, le vieux duc de Périgord, avait combattu dans les armées de l’Empire ; il avait eu une oreille gelée à la Berezina. Pour faire plaisir à son père, le prince réunissait les demi-soldes réfugiés à Saint-Aignan, le 15 août, dont on avait fait, je ne sais pourquoi, la fête de l’Empereur. Un soir, l’un d’eux, à qui un domestique en grande livrée offrait une carafe d’eau, se retourna sur sa chaise, et lui dit d’une voix de stentor : « Mon ami, tu sauras que, dans la Garde, l’eau se demande et ne s’offre pas. Passe à gauche ».

Mais, il y eût aussi, dans cet hôtel de la rue Saint-Dominique, où habitaient le père et le fils, un dialogue significatif. Le prince de Chalais rentrait déjeuner. Passant sur le pont de la Concorde, il vit un homme qui se noyait. Bon nageur et courageux, il se jette à l’eau et le sauve. Naturellement, le temps de rentrer, de se changer, il arrive en retard. Le duc de Périgord l’attendait à table ; lui montrant le cartel, il lui dit : « Vous êtes en retard, Chalais ». Sans lui dire qu’il venait de sauver un homme, le prince de Chalais, respectueux, répondit simplement : « C’est vrai mon père, je vous prie de m’excuser ». Le lendemain, au déjeuner, le vieux duc dit à son fils : « Ah ! Chalais, j’ai lu dans la presse ce que vous avez fait. C’est très bien mon ami ». Et, après un instant de réflexion, il ajouta : « Mais je n’aime pas beaucoup qu’on voit nos noms dans les gazettes ! ».

Il y a mieux encore. Et c’est un dernier trait, le plus émouvant, qui illustre la figure du prince de Chalais. Il était atteint d’un mal qui ne pardonne pas. Un jour, il dit à mon père : « Docteur, pour des raisons qui seraient trop longues à vous expliquer, il faut que je meure à Paris. Promettez-moi, quand vous me verrez perdu, de me le dire. Puis-je compter sur vous ? ». Mon père, le cœur serré, hésita un instant, puis sachant le courage de son malade, il s’inclina et répondit : « Prince, il faut partir » « Je vous remercie », dit le prince, en lui serrant la main.

Et ce fut tout.

Le jour du départ, mon père monta dans sa chambre, où la douleur retenait le prince. Il lui fit une piqûre, et descendit avec lui, passant devant les gardes en grande tenue et les serviteurs, rangés devant le beau mausolée grec, rapporté par un de Beauvilliers, qui avait été ambassadeur dans ce pays. Il se redressa et passa tout droit. Puis dans la voiture, il s’effondra dans les bras de mon père.

On ne le revit plus à Saint-Aignan. Il mourut peu de temps après. Le diagnostic de mon père fut vérifié.

J. Paul-Boncour

Ancien président du Conseil des Ministres.

Ancien ministre des Affaires Etrangères.








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© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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