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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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CONFESSION

DE

MARIE-ANTOINETTE

A MONSIEUR

DE TALLEYRAND-PERIGORD

CI-DEVANT

ARCHEVËQUE DE REIMS

ET DEPUIS

ESCAMOTEUR DE LA SAINTE-AMPOULE







AIR : du Confiteor

Grand imposteur, à vos genoux,

Voyez une âme pénitente

Qui fît cocu son cher époux,

Et fut toujours trop indulgente

Monsieur Rémy,

Monsieur Rémy

Vous a remis

Le pouvoir de m’absoudre ici.


Lorsque jadis Rohan-Collier

M’arracha des bras de ma mère,

En route il me fit le premier

Ce que Louis m’aurait dû faire,

Ce saint prélat,

Ce saint prélat

Fit ça si bien,

Que Véto n’en sut jamais rien.


Aussitôt que l’ambassadeur,

Qu’on nommait la belle Eminence,

Vit mon embonpoint, ma fraîcheur,

Il fit cocu le roi de France ;

D’après cela,

D’après cela,

Maman lui dit :

M’en voilà quitte, et ca suffit.


Les Français m’ont jouée d’un tour

Qui n’était pas des plus honnêtes,

Et pour m’en venger en ce jour,

Je leur fais cadeau d’Antoinette ;

Autant vaudrait,

Autant vaudrait,

Pour leur salut,

Qu’on leur envoyât Belzébuth.


Je fus présentée à ce sot,

Il me trouva gentille et belle ;

Rohan-Collier lui dit un mot,

Et le nigaud me crut pucelle ;

Grâce à d’Artois,

Grâce à d’Artois

Et ses amis

Je donnais un fils à Louis.


J’avais juré à ma maman,

En m’éloignant de sa présence,

De tremper mes mains dans le sang

Des braves citoyens de France ;

Et Lafayette,

Et Lafayette,

Et son Bailly

Me l’avait bien aussi promis.


J’aurais cru que la Saint-Laurent

Eût écrasé les Sans-Culottes,

Mais, par malheur, ces braves gens

Sont les ennemis des despotes.

Ils ont prouvés,

Ils ont prouvés,

Au champ d’honneur,

Que sans culotte on a du cœur.


Mon père, j’ai manqué mon coup ;

Mes Suisses ont mordu la poussière,

Et les Provençaux sont des loups,

Que n’épouvante point la guerre ;

Ils ont choisi,

Ils ont choisi

Pour leur refrain

Et le canon et le tocsin.




Discussion entre Charles Libre et Louis l’Esclave.




Ma malheureuse étoile me fit naître en 1754, le 13 du mois d’août. Je ne cesse de maudire le jour de ma naissance depuis que je sais qu’il vous vit naître. Grâce à mon parrain, je n’ai point nom Louis ; je me nomme Charles. Je suis votre aîné de deux heures : cette seule raison, sans compter celle que toute âme honnête a sur un coupable, m’autorise à vous faire une leçon.

Vous allez me dire que mon patron n’est pas plus respectable que le vôtre, que saint Charles Borromée ne valait pas mieux que saint Louis.

Hé bien ! disputons sur cet objet.

J’ai dit que j’avais nom Charles. Un scélérat qui portait mon nom et dont la cendre repose encore avec impunité dans le repaire où vos coquins d’ancêtres sont couchés à St-Denis, a trempé jadis ses mains dans le sang des Français ; je connais son crime, le condamne et l’excuse : le fanatisme, la scélératesse d’une femme et d’un coquin mitré, sa jeunesse, tout me parle en sa faveur, et me ferait presque oublier et pardonner sa férocité, si l’honnête homme pouvait pardonner aux tyrans ; le remords qui le tourmenta à son heure dernière, me parle encore pour lui ; néanmoins je conviens que Charles IX fut un brigand, et si un galant homme pouvait se permettre de remuer la cendre des morts, je serais le premier à précipiter celle de mon frère de nom dans la Seine ; mais vous autres rois, vous avez des cercueils si lourds, si lourds, que vous êtes presque aussi lourds après votre décès que quand vous existez.

Je pars de ce principe : Louis, le cocher, qui comme vous, n’est point en état de conduire sa voiture, doit en abandonner les rênes à quelqu’un de plus expérimenté, et descendre de son siège.



Puis, passons à un autre coquin qui porte mon nom.




C’est Charles VII. Dans les temps où les hommes aveugles croyaient aux pucelles, mon frère de nom, aussi imbécile que vous, y crut aussi. Agnès Sorel lui fit faire tout ce que l’on peut faire faire à un sot ; en un mot, Louis, tout ce que vous feriez d’après les ordres de votre Autrichienne. Pour vous donner une idée de ce roi et de son génie, jetez les yeux sur vous ; comme vous imbécile, mais point ivrogne, comme votre grand-père putassier, comme Louis XIII lâche : à son mignon près, que vous n’avez pas, il avait tous vos vices, celui-ci. Revenons à mon sujet : mon frère de nom n’eut pour Dieu sur la terre que les tétons d’Agnès Sorel, qui à la vérité, valaient bien ceux d’Antoinette, et il fallut qu’une servante de cabaret, la seule pucelle qui soit actuellement à Orléans, lui conservât sa couronne ; mais, Louis, soyons de bon compte, il ne fut jamais traître : il aimait les femmes ; eh bien, comme mon frère de nom, je les aime aussi toutes, excepté la vôtre.

Voilà, Louis Capet, ce que je reproche à mes patrons ; voyons maintenant ce que je pourrais reprocher aux vôtres ; jugez-les avec moi. Je ne vous dirai pas d’être de bonne foi : les sectateurs du Dieu de Coblentz ne la connurent jamais. Vous vous nommez Louis, descendant de ce grand saint que les sots respectent, et que les hommes sensés méprisent. Qu’a-t-il donc fait de si grand, le roi Bigot votre patron ? Il a porté la mort et la désolation dans le sein des familles. Je ne connais point de crime, qu’il ne se soit permis ; et pourquoi ? Soit disant pour venger le ciel qui sûrement n’aurait pas choisi un sot de son espèce pour venger sa querelle ; il fit périr des milliers d’hommes, parce qu’ils n’étaient pas aussi bêtes que lui. Encore une fois, pourquoi ? – Parce que les Albigeois ne voulaient point croire à la petite bouteille à l’huile, qui est à Reims, et à la sainte chandelle qui est à Arras ; et vous croyez votre patron auprès de l’Être suprême ? Je ne suis point de votre avis ; si l’homme survit à sa cendre, je le crois tout au plus valet de chambre en second, ou décrotteur du décrotteur d’un valet de pied du Père éternel. Ce que je regrette le plus en lui, c’est son manteau, que les bénédictins ont eu jusqu’à ce jour l’impertinence de montrer au public comme venant de ce grand saint, tandis qu’il fut fait dans la rue St-Honoré, et que dans le temps où vivait votre imbécile patron, on ne connaissait pas plus la manière de filer, que vous ne connaissez la raison et la justice. Cela n’empêche pas cependant que le manteau de saint Louis ne soit à Saint-Denis orné d’une frange en or à graine d’épinards.

Laissons-le dans son manteau, j’en aurais trop à dire sur son compte.

Louis XI me prie de faire son éloge. Je commence : quoiqu’on ne vous ait point appris à lire, Louis, n’auriez-vous aucune idée de la vie de Néron, de Cartouche, ou de Mandrin ? Eh bien ! ces trois scélérats méritent d’être canonisés de préférence à lui. Jetez les yeux sur sa vie : monstre comme vous, vous verrez un tigre altéré de sang qui n’écouta jamais la voix de la nature, qui fit égorger un duc de Nemours, rejeton de sa famille, et qui, pour mettre le comble à l’horreur, pour exterminer le père, fit fabriquer un échafaud afin qu’au moment de l’exécution le sang d’un père qui les aimait rejaillit sur eux. – Louis, je te mets au défi, tout bourreau que tu es, d’inventer un supplice qui puisse égaler un tel forfait. – Cependant, monsieur Capet, quand les hommes étaient fous, ces rois-là étaient leurs idoles. – Il est vrai qu’alors il n’y avait point de guillotine.

Tirons le rideau.

Vous, parce que les Français ont jusqu’aujourd’hui épargné votre sang, vous vous permettez de répandre le leur ; mais qui êtes-vous ? Savez-vous que depuis Clovis jusqu’à vous, il n’existe aucun souverain qui n’ait mérité la corde autant que vous ? Vous m’objecterez qu’une coquine vous a induit en erreur : Louis, comme vous, j’aime les femmes ; mais elles n’auront jamais assez d’ascendant sur mon cœur, pour me faire commettre un crime. Vous vous figurez donc que les Français sont aveugles ? Pourquoi fermiez-vous les Tuileries ? Pourquoi la maison du père était-elle fermée pour les enfants ? C’était pour leur tendre un piège. On dit que depuis la Saint-Laurent, vous avez pris le dessus, que vous êtes devenus moins lâche et que vous ne craignez plus la mort. Je veux le croire ; mais c’est le cœur des Français, qui vous donne cette assurance, la bonté seule des Sans-Culottes vous donne une âme aussi hardie ; car enfin, qui êtes-vous, Louis ? Nous sommes arrivés dans le monde par la même porte ; n’oubliez pas que le premier qui fut roi, fut un soldat heureux.

La couronne de France n’appartient point à votre maison ; les Capet, vos ancêtres, sont des usurpateurs ; vous avez déshonoré et fait flétrir publiquement une femme dans Paris, qui y avait plus de droit que vous, et ce qu’il y a de plus malheureux pour elle, c’est qu’elle fut la victime de la scélératesse de votre épouse, et d’un brigand mitré, qui fît le premier à Antoinette ce que vous auriez dû lui faire.



F I N A L E M E N T




Vos démarches ne me sont point inconnues ; je crie aux Français que vous les trompez. Paris abonde de figures que je n’ai pas encore vues. Vous avez des vues, Louis, mais prenez exemple sur la statue de Louis XIV ; dans sa chute, ce brigand couronné semble dire au ciel, en élevant la main : les Sans-Culottes ont raison. – Parlant de statue, nous vous en préparions une aussi ; mais si jamais les Français font ce sacrifice, elle sera comme celle de vos ancêtres, c’est- à-dire de bronze, symbole de leur cœur ; quant à Antoinette, si nous lui en érigeons une, elle sera de boue.

Je viens d’apprendre que le trouble est dans votre ménage, que vous avez administré dernièrement un coup de poing patriotique à Marie-Antoinette. Allons, courage, Louis, tombez dessus, tâchez de vous rendre digne d’être Sans-Culotte. Je désirerais vous offrir mon bouquet moi-même, mais je me figure que dans sa tour, madame de Malbroug a encore déterré quelques chevaliers du poignard, qui, pour me récompenser, m’enverrait dans l’autre monde sans passeport, en traître, c’est-à-dire ; parce qu’un Sans-Culotte ne se tue pas facilement. Ainsi, pour éviter le scandale, et afin que personne n’en soit instruit, je vous l’envoie par la voie de l’impression, et je me propose de le faire débiter dans Paris, à la brune, c’est-à-dire à midi.



Memento LOUIS




Comme un Sans-Culotte ne pouvait point avoir l’honneur de présenter ses respects à madame, je vous prie de lui faire part de la chanson ci-dessus ; elle m’a été envoyée par celui qui était ci-dessous.

Je vous engage beaucoup à faire renaître la paix dans votre domicile. Je vous avertis cependant que la Saint-Laurent n’est point prête à renaître, que l’Assemblé Nationale ne fondera point un asile à un second Charles IX, que le tocsin n’est point prêt à sonner pour seconder vos meurtres, et que les Marseillais ne sont point d’avis de voir de sitôt couler le sang de leurs frères, si ce n’est pour la cause des braves Sans-Culottes ; ainsi, Louis Capet, ôtez vos culottes. – Allez trouver madame de Malbroug dans sa tour, et faites-lui ce que tant d’autres lui ont fait. – C’est-à-dire, faites-lui lecture de la chanson ci-dessus.

Je suis, Louis Capet, un homme comme vous, quant à la figure. Et je me persuade que Dieu a fait un miracle en votre famille, en vous ôtant la cervelle, sans vous casser la tête.

Je suis, Louis l’Esclave, Charles Libre ; je me nomme Boussemart, et suis patriote, sans moustaches.



Dans ce puits gît la vérité,
Sans elle point de vérité.





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DE L'IMPRIMERIE DE FERET RUE DU MARCHE-PALU - PARIS - 1792









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© EX-LIBRIS réalisé pour ma collection par Nicolas COZON - Gravure au Burin sur Cuivre
Tirage réalisé par les Ateliers CAPPELLE à Sannois - Val d'Oise -
Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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