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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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REPRESENTATION

QU’UN CATHOLIQUE DE VIEILLE SOUCHE

ADRESSE A L’EMPEREUR DES FRANCAIS

SOUS LE NOM

DE SON VICE-GRAND-ELECTEUR

CHARLES MAURICE DE TALLEYRAND-PERIGORD,

AVEC LE DOUBLE OBJECTIF

DE LES AMENDER TOUS DEUX SI POSSIBLE,

ET DE TEMOIGNER AU MONDE

DE L’USURPATION DES ETATS PONTIFICAUX

QUE LE PREMIER NOMME VIENT DE CONSOMMER



LA COROGNE



DANS LE BUREAU DE D. FRANCISCO CANDIDO PEREZ PRIETO.



AN 1810.



SIRE,

Depuis la paix de Tilsit, époque la plus brillante de l’Empire au cours de laquelle V. M. I. s’est montrée aussi terrible et formidable envers ses ennemis que grande et puissante envers ses amis et alliés, le changement et la diversité des succès ont été tels, et la conduite du gouvernement et de son chef si inégale et tortueuse, que cette vaste et apparemment florissante monarchie menace ruine devant les yeux du sage politique et juste calculateur, qui la voit, parmi vos conquêtes, courir à sa totale extermination. V. M. I., comme tout conquérant, se laisse éblouir et enivrer par la chance ; et, certaine qu’elle couronnera toujours ses actions, entreprend tout ce qui flatte son goût et son pouvoir sans réfléchir à l’avenir. Mais l’histoire montre dans quel cadre atroce les grands empires parvenus au faîte de leur gloire grâce aux injustices et aux bouleversements chutent promptement ; et la connaissance du cœur des hommes enseigne que le poids des chaînes de leur liberté, loin de les endormir, les fait sortir de leur léthargie et réveille le courage des opprimés.

Je ne répèterai pas à V. M. I. ce que je lui déjà exposé à maintes reprises sur les traités conclus avec les rois d’Espagne à Bayonne : j’ai perdu mon temps, je l’avoue, à pronostiquer les dommages gravissimes qui allaient résulter de certaines conventions dont l’injustice n’allait pas pouvoir être dissimulée aux Espagnols, nation aussi sage et sensée que hautaine et vaillante qui, une fois qu’elle aura ouvert les yeux, portera un coup mortel à la France, réveillant les haines et inimitiés anciennes qu’elles lui vouait et que l’union des deux monarchies par l’intermédiaire de ses princes avait endormie. Nous l’avons déjà constaté et V. M. regrette, bien que tardivement, que ses lumières victorieuses sur le Danube aient été humiliées plus d’une fois sur les rives de l’Ebre, du Tage et du Miño. En outre, je regrette que V. M. pense enrayer ces maux au moyen de nouvelles erreurs et agressions. Les Espagnols ne croient pas que V. M. I. soit l’envoyé de Dieu pour améliorer leur sort. D’autre part, l’amour et le respect religieux qu’ils vouent au chef suprême de l’Eglise les fait considérer avec horreur tout acte visant à amoindrir et à écourter sa souveraine autorité ; la haine et la rancœur qu’ils portent à V. M. croît au fur et à mesure des injures auxquelles il doit faire face et ils n’accepteront jamais que les domine un prince qui, en plus d’être perfide et usurpateur, soit schismatique et hérétique.

V. M., dans sa réponse aux députés de Rome qui motive mon écrit, accrédite non seulement cette thèse, mais révèle en même temps une ignorance crasse de l’histoire : elle croit être, avec une audace insupportable, le fidèle interprète de la volonté de Jésus-Christ, dépouillant le souverain pontife des vœux qu’ont consacré à l’Eglise les fidèles de tous les siècles ; les plus illustres étant les innombrables souverains qui ont contribué à la grandeur et à la splendeur du Saint Siège et précédé V. M. Que V. M. I. se targue d’être un général aussi sage que chanceux, soit, mais qu’elle veille à ne pas prendre la place du théologien et du canoniste en tentant d’appréhender des matières qui leur appartiennent exclusivement, et auxquelles V. M. s’attaque uniquement pour détruire ce que les hommes les plus célèbres ont mis des siècles à exalter avec beaucoup de prudence et de jugement. V. M. dit aux députés de Rome « que Jésus-Christ n’a pas voulu revêtir Saint-Pierre de la souveraineté temporelle » ; et, se constituant exécutrice de ses décrets divins, elle abat avec insolence ce majestueux édifice sublimé par la piété éclairée des plus grands princes, qui ont tiré leur plus grande gloire de l’élévation au sommet du pouvoir humain du successeur de Saint-Pierre.

Ce que Jésus-Christ aura voulu concéder à son vicaire concernant le pouvoir temporel, les catholiques ne s’attendent pas à l’apprendre d’un prince séculier comme V. M., dont ils mettent ouvertement la foi en doute depuis qu’elle a dévoilé ses opinions aux muftis d’Egypte, en déclarant que si elle avait démantelé certains états du patrimoine de l’Eglise, c’était pour rendre une plus grande gloire à Dieu.

Que V. M. prête un instant attention à Talleyrand, même si elle n’a attendu ni demandé son conseil pour dépouiller le Pape de ses biens et de sa souveraineté : qu’elle écoute la voix d’un évêque qui, en ses meilleures années, a étudié les Ecritures, les Pères et l’Histoire ; si seulement elle avait pu tirer meilleur parti de ses leçons ! Et si elles ont pu par le passé mériter l’attention de V. M., qu’elle daigne à présent m’accorder audience pour un très bref exposé (ceci pour ne pas infliger à V. M. des matières qu’elle trouve ennuyeuses) afin de lui expliquer que si Jésus-Christ n’a pas conféré à Saint-Pierre « la souveraineté temporelle et les biens en propriété », il n’a pas non plus interdit de les acquérir ; pas plus qu’il n’a discuté le fait que « les fidèles puissent mettre aux pieds des Apôtres tout ce qu’ils possédaient. »

Ce même Saint-Pierre qui, en raison de sa pauvreté, dit à l’infirme de naissance qu’il n’avait ni or ni argent à lui donner, reçut sans le moindre scrupule les nombreuses oblations des premiers chrétiens à l’Eglise naissante ; et qui, revêtu de tout son pouvoir, ôta la vie de son propre chef à Ananias et Saphira, pour avoir dissimulé une partie de ce qu’ils avaient offert aux Apôtres. Que l’Eglise, à l’époque de sa plus grande gloire et perfection, ait invariablement adopté cette conduite, admettant ainsi les nombreuses donations des fidèles convertis du paganisme, est démontré par les décrets de Constantin auxquels l’histoire d’Eusèbe fait référence, et en vertu desquels on lui ordonne de restituer les fonds et biens desquels elle avait été privée aux temps de la persécution. Ce qui fit penser aux Saints Pontifes (ceux des trois premiers siècles le furent tous) qu’il n’était pas contraire à la volonté de Jésus-Christ et à l’esprit de l’Evangile que l’Eglise acquière biens et propriété. Et tous ceux qui leur ont succédé jusqu’aux jours de Pépin et de Charlemagne ont pensé de même ; V. M. devant comprendre que ceux qui se sont le plus efforcés de sublimer le Saint Siège, le revêtant de l’ornement extérieur de la souveraineté temporelle, ont été les plus humbles et les plus sages. Les grandes vertus et sagesse de Grégoire le Grand, Grégoire II, Zacharie, Etienne II et Léon III ne peuvent être mises en doute par les gens instruits. La France religieuse gardera toujours un souvenir agréable de ces hommes éminents, qui ont tant contribué à sa grandeur à l’époque de la restauration de l’Empire d’Occident.

Bien que les prédécesseurs de V. M. n’étaient pas encore parvenus au niveau de pouvoir auquel les a par après élevés le Souverain Pontife, quand le très humble Saint-Grégoire donnait déjà des ordres à toute l’Italie comme un souverain légitime ; dans ses lettres à Veloz à Manilius à Vitalien et à l’Evêque de Cagliari Gennaro, on peut clairement trouver un témoignage du pouvoir suprême qu’il exerçait et du soin qu’il attachait à la conservation de Rome, de la Sardaigne et de Ravenne pour les délivrer de la menace des Rois Longobards, qui les attaquèrent à différentes reprises. L’Italie, comme le dit Bossuet, a dû son salut au Pape Zacharie lorsque, après la mort de Charles Martel, Liutprand menaçait Rome et Ravenne. Les Empereurs d’Orient, souverains d’Italie, l’ayant totalement abandonnée sans prêter secours à leurs peuples lors des incursions des Lombards, perdirent leurs droits sur elle par faute de protection et elle revint légitimement aux Souverains Pontifes pour leur aide et leur sollicitude permanente envers l’ensemble du pays, tant sur le plan spirituel que temporel ; et le peuple ne reconnut d’autre souverain que le Pape, après avoir décidé de refuser ses servitudes et tributs aux orientaux en raison de leur impiété et de leur abandon.

Etienne II implorait en vain l’assistance de l’Empereur de Constantinople contre Aistolf : déçu de ne pas recevoir d’aide, il prit soin de fustiger le courage de Pépin pour qu’il le protège, à l’image de Grégoire et Zacharie qui avaient sollicité la protection de Charles Martel. C’est pour cette raison que ce prince se moquait de Constantin Copronyme en lui demandant les villes que ce faible empereur n’avait pu défendre et que Pépin avait reconquis des Lombards pour les restituer à l’Eglise. Léon III fut également déçu (et cela constitue en soi une confession claire de la domination qu’exerçait le Pontife en Italie) quand il sollicita les faveurs des Orientaux pour mettre un terme à la terrible persécution dont il était victime, et il expliqua « que le Pape disposait d’un royaume plus grand et plus fort que celui des empereurs ; et qu’il était plus à même de le défendre contre ses ennemis. » En effet, les Papes, comme l’écrit un sage français, jouissaient de l’administration de l’Italie toute entière : ils faisaient des alliances, empêchaient des guerres, défendaient et reprenaient des villes, et expulsaient les ennemis. Telle était la situation, les Papes gouvernant l’Italie avec une souveraineté totale, quand naquit la nouvelle dynastie des Carlovingiens. Par conséquent, si au temps des invasions perpétuelles des Lombards, Charles Martel, Pépin et Charlemagne avaient déjà franchi les Alpes pour aider les Papes, ils étaient sollicités par ceux-ci en qualité de défenseurs et de protecteurs.

L’historien de Charles dit de Pépin que, convié par le Pontife Romain, dont les terres avaient été envahies par le Roi des Lombards, il entra en Italie avec grande armée et qu’il rendit ensuite à l’Eglise de Saint-Pierre l’exarchat de Ravenne, qu’Aistolf avait usurpé. On peut ainsi voir que la donation de Pépin, confirmée et prolongée par Charlemagne, s’exprime en termes de restitution ; pour déclarer que, bien que ces princes eurent libéré les peuples d’Italie du pouvoir des Lombards, ils étaient déjà sous l’autorité des Papes, qui jusqu’alors les avaient assistés et défendus. Que V. M. I. veuille bien lire la session 4a du Concile Général 7° et elle y verra que Charlemagne Roi des Francs, des Lombards et patricien romain, restitua à l’Eglise de Saint-Pierre les provinces, villes, châteaux et territoires qu’avaient usurpés les perfides Lombards, car ils lui revenaient de droit. A raison, le sage Thomassin qualifie d’illustres ces donations, non tant pour la grandeur ou l’importance du présent que pour la justice et l’équité qu’elles signifiaient pour ces princes.

Loin de moi l’intention de diminuer les mérites ou d’obscurcir la gloire de Pépin et de Charlemagne, qui ont tant fait pour la grandeur de l’Eglise : les papes ne se sont pas déclarés débiteurs de leur patronage pour rien ; ils les ont mis en possession de leurs biens et de leur autorité ; ils ont pu faire plusieurs guerres coûteuses à leurs frais. Peut-être à ce titre, faisant fi des droits anciens du Saint Siège, Pépin et Charles auraient-ils pu ajouter à leur royaume les états qu’ils avaient conquis aux Lombards. Peut-être auraient-ils également pu rendre ces possessions à leurs anciens propriétaires, les Empereurs d’Orient, une fois que ces derniers les auraient réintégrés et leur auraient remboursé les frais qu’ils avaient encourus lors de leurs expéditions. Mais ces princes très religieux, mesurant avec la plus grande prudence les droits de chacune des parties, crurent que le Pontife Romain était conseillé par le plus clair et décidé concernant certains états et, au prix de tant de difficultés, d’efforts et de labeur, jusqu’à mettre leur vie en danger à cent reprises, les libérèrent du pouvoir des tyrans, sans que les orientaux ne daignent ni ne puissent les défendre. C’est pour cette raison que Pépin dit au Pape Etienne « qu’il s’était décidé à traverser les Alpes pour que justice soit rendue au prince des Apôtres, c’est-à-dire qu’on lui rende les biens qui lui revenaient de droit. » Charlemagne utilisa les mêmes mots lorsqu’il obligea Didier de Lombardie à restituer à l’Eglise ce qui lui avait déjà été rendu du temps de son père et que ce tyran avait de nouveau envahi. Hincmar dit que Pépin n’aurait jamais traversé les Alpes si ce n’était pour rétablir Saint-Pierre dans ses droits.

Nous confessons, Sire, que l’Eglise doit une protection décidée aux anciens Rois de France. Mais de tout ce qui a été dit, nous déduirons trois vérités que V. M. ne veut comprendre. Premièrement, que l’Eglise pense depuis le temps des Apôtres que, sans contredire la volonté de Jésus-Christ, elle peut acquérir des biens temporels et même la souveraineté temporelle. L’histoire de tous les siècles accrédite cette vérité. Deuxièmement, que les Rois de France qui ont précédé V. M. I. se sont efforcés – sans le moindre doute – d’augmenter le lustre et la grandeur du Saint Siège, animés non seulement par leur piété et leur religion, mais également par la justice, et ceci en retour des matières et éminents bénéfices qu’ils avaient reçus des Papes. La décision de Saint-Zacharie en faveur de Pépin et de sa dynastie, l’élévation sur le trône impérial de Charles et sa consécration, toutes dues aux faveurs et aux offices de Saint-Léon III, le démontrent avec force. Troisièmement, que les Rois de France, lors de leurs donations à l’Eglise, n’ont rien donné qui leur appartenait ; ils n’ont pas démantelé un de leurs états pour l’enrichir ; ils l’ont seulement défendue et ont reconquis ce qui lui appartenait déjà en vertu d’autres titres, comme le prouve l’histoire, écrite non par des étrangers, partisans du pouvoir pontifical, mais par les plus grands hommes de la France et les défenseurs les plus obstinés de ses gloires, comme l’on peut en outre le lire dans nos conciles nationaux : pratiquement deux tomes entiers reprennent preuves et témoignages allant en ce sens.

Ainsi, si V. M. I. se glorifie de succéder à ces grands monarques, pourquoi ne suit-elle pas leurs traces ? Si ces derniers ont enrichi l’Eglise de quelque chose qui lui appartenait déjà, pourquoi V. M. voudrait-elle l’en appauvrir ? A quel titre V. M. prétend-t-elle succéder à Pépin et à Charles sur certains droits qu’ils n’ont acquis ni pour V. M. ni même pour eux ? D’autre part, V. M. I. serait-elle moins débitrice au Saint Siège que ces souverains ? L’Europe entière ne sait-elle pas que V. M. doit à la bénignité du Saint Père Pie VII que le peuple français ait accepté sans broncher l’élévation de V. M. à la dignité impériale, alors que le Pontife vénérable et infiniment bienveillant a traversé les Alpes en dépit de son âge et de ses maux pour venir consacrer V. M. à Paris et la proclamer Empereur des Français ? La solennité de cet acte n’a-t-elle pas convaincu la partie la plus saine de l’Empire, qui doutait de la religion de son nouvel Empereur ? Il serait de bon ton, Sire, que V. M. ne perde pas de vue les sacrifices du Saint Père, afin de ne pas le remplir d’amertume, elle qui l’a acculé à venir en personne, malgré les mille maux qu’il a dû subir et l’hiver on ne peut plus rigoureux que connaît la France, se rendre compte des sacrilèges et absurdités que V. M. commet et médite.

Mais supposons, V. M., que Pépin et Charlemagne aient acquis les états pontificaux pour eux dans leurs expéditions contre les Lombards. Par hasard, Sire, ces biens n’auraient-ils jamais changé de condition et de propriétaire depuis l’époque de la célèbre donation de Pépin ? Même s’ils étaient tellement attachés à la lignée des princes qui perdura sous l’Empire et qu’ils devaient se considérer comme partie intégrante de ce dernier, ce dernier changeant de propriétaire, ces droits auraient également dû être transmis à celui qui était considéré comme prétendant légitime au trône de Charles. C’est exactement de cela qu’il s’agit.

L’Empire de Charlemagne dura un siècle et demi : nous voyons ensuite le très pieux Otton Ier Roi d’Allemagne et de Lombardie couronné Empereur par le Pape Jean XII en l’an 962 ; et depuis 912 déjà, le Royaume d’Allemagne avait quitté la descendance de Charles avec l’élection de Conrad de Franconie, grand-père d’Otton le Grand. Ce dernier restitua à l’Eglise Romaine tout ce que lui avaient usurpé les seigneurs et tyrans d’Italie (car ces usurpations et tyrannies contre l’Eglise sont très anciennes et répétées). Otton confirma les donations de Pépin, Charlemagne et Louis le Pieux, et y ajouta quelques villages de Lombardie. Si V. M. n’approuve pas les droits de succession de ce prince, comme elle le fait pour ceux de Charlemagne, ce droit manque déjà à V. M. pour s’approprier les états de l’Eglise. Et combien d’autres changements n’ont pas connus ces terres ? Combien d’actes de souveraineté n’ont pas exercés sur elles les Souverains Pontifes, reconnus maîtres absolus de tous les puissants d’Europe ? Combien d’unions, combien d’accords n’ont pas été célébrés avec les souverains, comme d’égal à égal ? S’il était permis de chercher les principes et les établissements des empires pour prouver la légitimité d’un souverain avec laquelle il possède et gouverne ses territoires, existerait-il quelque chose de sûr sur la terre ? Qui pourrait se targuer de posséder des droits plus anciens et plus sains que ceux du Pape ? Et, V. M., le dernier de tous les rois pourra-t-il être certain du titre (à l’exception de ceux que V. M. a créés) lui permettant de léguer de si vastes possessions ? Que le cœur parle, Sire. V. M. I. sait ce que nous savons tous : il ne s’agit ni de succession, ni de l’abus du pouvoir des Papes (V. M. n’est pas supérieur au Père universel de tous les fidèles et ne peut de ce fait le réformer). Le grand pouvoir, les armées de V. M. et la loi du plus fort constituent les éléments qui lui permettent ces usurpations scandaleuses ; et plus impie qu’Arnaud celui qui ne laisse même pas le Pape jouir de ses dîmes et oblations.

Le très glorieux Charlemagne n’était pas de cet avis : que V. M. lise ses capitulaires et elle pourra y constater que, dans le premier, on oblige l’Empereur à ne pas diviser les biens des églises qui paraissent trop riches ; et, dans le troisième, qu’il se déclare protecteur des biens ecclésiastiques et en interdit toute usurpation. Il s’agit ici, Sire, de la véritable protection : V. M. s’honore grandement du titre sublime de protecteur de l’Eglise, mais elle se contredit de même en appauvrissant et affaiblissant ce qu’elle devrait enrichir et sublimer. Qui a constitué V. M. en tant que juge et partie pour rendre à Dieu ce qui est à Dieu et à César ce qui est à César ? La justice serait mieux respectée si le Pape effectuait cette répartition. Mais si V. M. ne désire que le Pape dispose, à qui revient-il de décider si V. M. peut mettre la main sur la moisson d’autrui pour y prendre la part du lion ? Le grand Charles, qui paraît déjà petit aux yeux de V. M. – et tellement inférieur – pour qu’il puisse lui servir d’exemple, abandonne les deux tiers de ses biens aux églises métropolitaines de France, et le troisième aux pauvres. En remettant de son vivant la couronne à son fils Louis, il l’enjoint vivement de protéger les Eglises et de respecter les évêques comme des pères.

C’est ce qu’ont fait ces grands princes auxquels V. M. veut succéder dans les titres et la grandeur, mais pas dans le pieu et le religieux. V. M. I. n’a-t-elle pas honte de suivre les idées philosophiques de Marsile et Brencio des wycliffistes et de Calvin ? Un empereur et roi doit faire preuve d’idées plus libérales et laisser à ces esprits vils, qui n’ont talent et diction que pour mordre et blasphémer. V. M., bien que philosophe, n’est plus un gueux. Par conséquent, qu’elle n’attribue pas au fanatisme la piété de l’Empereur Charles, qui veilla toute sa vie à ce que les Eglises soient richement parées et que ses aumônes parviennent jusqu’en Afrique, en Egypte et en Syrie. C’est pour cette raison que sa mémoire sera éternelle ; celle de V. M. se confondra avec celle de ceux qui ont mérité les plus terribles anathèmes lors de deux conciles généraux.

Pauvre de moi qui ai joué un si grand rôle dans cette exaltation et cette méconnaissance de V. M.! Je me rappelle maintenant de ces discours que je me suis efforcé de rédiger pour rendre V. M. supérieure au restaurateur de l’Empire d’Occident. Aujourd’hui me ronge les entrailles cette formule antichrétienne que j’ai élaborée pour que V. M. soit reçue dans les églises de France quand, du temps de son Consulat, elle a visité la République. « Voici qu’on envoie mon Ange qui préparera mes chemins », chantaient les prêtres à l’entrée de V. M. dans les temples de France. Pensée sublime de Malaquias qui adapta l’Eglise à la présentation du Messie à au vénérable Simon dans le temple. Quelle folie! Préparer le chemin du Seigneur à celui qui a déclaré la guerre la plus cruelle à son Eglise ! Celui qui a envahi son patrimoine et plongé l’Italie dans les vols et les déprédations! Celui qui s’est couvert d’exécrations et d’anathèmes !

V. M. se retrouve dans la même situation que Wycliffe lorsque cet hérétique fut condamné par le Concile général de Constance lors de sa huitième session. Le onzième Canon de la vingt-deuxième session du célèbre Concile de Trente s’oppose à V. M. ; et jusqu’à ce qu’elle restitue les juridictions et fonds de l’Eglise, qu’elle a usurpés, et reçoive du même Romain Pontife l’absolution de tant de crimes, elle ne pourra se présenter aux yeux d’un catholique de vieille souche sous d’autres traits que celui d’un véritable excommunié. Que V. M. s’en moque, en compagnie de ses courtisans et partisans, ou non, il s’agit d’une vérité pour tous les fidèles, et tout spécialement pour les Espagnols, dont V. M. voudra s’attirer les bonnes grâces, car ils savent que l’Eglise représentée au Concile général, auquel assiste l’Esprit Saint, est infaillible.

Sire, pour remplir mes obligations de vassal et en qualité de grand chambellan et, à plus forte raison, de catholique, je prends la liberté de donner à V. M. ces quelques conseils – peut-être les derniers – afin que V. M. corrige ses erreurs et répare les immenses dommages qu’elle a causés à l’Eglise, à son chef suprême, et à l’Europe entière. C’est pour cette raison que j’ai dit à V. M. que les Espagnols ne se soumettraient jamais à un prince schismatique et hérétique. Ils reprendront ce nouveau témoignage de la religion de V. M. pour en faire le monstre le plus abominable que la nature ait engendré, suite à la perfidie avec laquelle elle a agi envers son monarque et la nation entière, et préfèreront mourir que reconnaître un autre souverain que Ferdinand VII. Car les sacrilèges dont le Souverain Pontife est victime enflamment plus encore – si telle chose est possible – leur âme religieuse. Que V. M. I. entende la voix d’un ancien qui lui a donné les preuves les plus probantes de son amour et de son respect. J’invite V. M. à lire Montesquieu – auteur nullement opposé à V. M. et à ses partisans – dans le livre 25 de l’Esprit des lois, dans lequel ce philosophe livre un témoignage que la raison lui arracha de la bouche en faveur de la vérité en ces mots : « Tenez toujours pour sacrée, tenez pour inviolable l’ancienne et nécessaire supériorité de l’Eglise ; tenez la toujours aussi stable et éternelle, comme le Clergé lui-même. » Ma vie, Sire, peut être très courte : mes écarts de conduite ont été nombreux et publics. A la fin de mes jours, je tiens à livrer au monde un témoignage dans lequel je regrette mes délires et les maux dont souffre l’humanité que j’aie pu avoir causé en prêtant main forte à V. M. dans ses plans tyranniques de conquête et de dévastation. Grand Dieu ! Tant de crainte V. M. inspire encore ! Je ne sais quelles idées tristes, quels présages mélancoliques viennent troubler mon imagination ! Tant de cardinaux à la capitale, le Souverain Pontife voyageant dans la neige et le givre, traversant les sentiers les plus scabreux de France.... Nouveaux et extravagants espoirs de succession. Ô temps de Lothaire! Les angoisses de Nicolas Ier ! Répètera-ton à Paris les erreurs d’Aix-la-Chapelle et de Metz? Les tristes scènes de Theutberge y de Valdrade ? Evêques qui êtes à Paris, n’oubliez pas la déposition de Gonthier et de Theutgaud. Pie VII imitera la fermeté, suivra les pas de Nicolas.

Sire : mon zèle, bien que tardif, m’emporte. Pardonnez ces digressions qui contribuent toutes à la meilleure instruction de V. M. I. que je désire tant. Rendez, Sire, à l’Eglise son chef, et à celui-ci ses terres ; à l’Espagne son souverain légitime ; aux rois du Nord leurs provinces ; et au monde entier la paix. Laissez se reposer l’humanité opprimée et croyez, Sire, que nous attend une éternité dans laquelle les vertus sont récompensées, et les délits punis sans rémission.

Sire

Telles sont les dernières paroles de C. M. de Talleyrand-Périgord.


LICENCES

Les mandataires nommés par cette Junte supérieure pour l’examen du document précédent sont d’avis que, par sa doctrine et son érudition, il est digne de figurer dans le domaine public, et que, pour la satisfaction de son auteur, il figure au Journal. La Corogne, le 12 mars 1810.

Lámela ; Umbría

Junte supérieure du 17 mars 1810.

Bon pour impression.

Rivadeneyra

La Corogne, le 22 mars 1810

Pour passage à la censure du S. D.

Vicente Montalban.

Navia Volaño

Monsieur le Régent,

J’ai vu et reconnu ce document et il n’y a aucune remarque à formuler : il est instruit et particulièrement érudit, je l’en juge donc digne de recevoir la licence que l’on sollicite de V. S. Telle est mon opinion, La Corogne, le 23 mars 1810.

Dr. D. Vicente Antonio Montalban. La Corogne, le 23 mars 1810.

Bon pour impression

Navia Bolaño


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VOUS TROUVEREZ CI-APRES LE TEXTE ORIGINAL ESPAGNOL. LE DOCUMENT ORIGINAL EST VISIBLE SUR :

REPRESENTACION QUE UN CATOLICO RANCIO DIRIGE AL EMPERADOR DE LOS FRANCESES BAXO EL NOMBRE DE CARLOS MAURICIO TALLEYRAND - CORUNA - PEREZ PRIETO - 1810 au format pdf






REPRESENTACION

QUE UN CATOLICO RANCIO

DIRIGE AL EMPERADOR DE LOS FRANCESES

BAXO EL NOMBRE

DE SU VICE-GRANDE-ELECTOR

CARLOS MAURICIO TALLEYRAND,

CON EL DOBLE OBJETO

DE CORREGIR A AMBOS SI ES POSIBLE,

Y MANIFESTAR AL MUNDO

LA USURPACION DE LOS ESTADOS PONTIFICIOS

QUE ACABA DE CONSUMAR EL PRIMERO.



CORUÑA.



EN LA OFICINA DE D. FRANCISCO CANDIDO PEREZ PRIETO.



AÑO DE 1810.



SEÑOR.

Desde la paz de Tilsit, época la mas brillante para el Imperio, y en la que V.M. I. se ha presentado tan terrible y formidable á sus enemigos como grande y poderoso á sus amigos y aliados; ha sido tal la mutación y variedad de los sucesos, tan desigual y tortuosa la conducta del Gobierno y de su Gefe, que esta vasta y al parecer floreciente Monarquía amenaza ruina ante los ojos del sabio político y del justo calculador, que la ven enmedio de sus conquistas caminar á pasos largos á su total exterminio. V. M. I. como todo conquistador se deslumbra y embriaga con la fortuna; y seguro de que esta coronará siempre sus acciones emprende sin reflexión á lo por venir quanto pueda al presente lisongear su gusto ó su poder. Pero la historia de los tiempos enseña el quadro horroroso de la pronta caída de los grandes imperios que con injusticias y trastornos han llegado á lo sumo de la gloria; y el conocimiento del corazón humano convence que el peso de las cadenas de su libertad lejos de adormecer hace sacudir el letargo y despertar el Valor de los oprimidos.

No repetiré lo que ya en mil representaciones tengo expuesto á V. M. I. sobre los tratados con los Reyes de España en Bayona: he perdido el tiempo, lo confieso, pronosticando los gravísimos daños que iban á resultar de unos convenios cuya injusticia no podía ocultarse á los Españoles; nación tan sabia y juiciosa, como altiva y valiente, que una vez desengañada, daría un mortal golpe á la Francia, renovando contra ella los antiguos odios y enemistades que había como adormecido la unión de las dos Monarquías por medio de sus Príncipes. Ya lo vimos; y V. M. siente, aunque tarde, que sus águilas victoriosas en el Danubio hayan sido humilladas más de una vez en las riberas del Ebro, del Tajo, y del Miño. Pero yo siento ademas, qué V. M. piense atajar estos, males con nuevos errores y nuevas agresiones. Los Españoles no han creído que sea V. M. I. el enviado de Dios para mejorar su suerte: y como por otra parte, el religioso amor y respeto que tribuían al Gefe supremo de la Iglesia les haga mirar con horror todo acto dirigido á deprimir y acortar su autoridad soberana ; el odio y rencor que tienen, á V. M. crece á medida, de estos insultos, y no consentirán jamas los domine un Príncipe, que á la nota horrible de pérfido y usurpador añada el dictado execrable de cismático y herege.

V. M. en su respuesta á los diputados de Roma que motiva mi escrito, no solo acredita este concepto, sino que descubre al mismo tiempo una crasa ignorancia en la historia; y creyéndose con audacia insufrible, fiel interprete de la voluntad de Jesucristo despoja al sumo Pontífice de los votos que ten consagrado á la Iglesia los fieles de todos los siglos; siendo de los mas ilustres, entre quantos soberanos han concurrido a la grandeza y esplendor de la Santa Sede, los predecesores de V. M. Gloríese V. M. I. de ser un general tan sabio como afortunado, pero no usurpe al teólogo y al canonista el derecho, de resolver sobre unas materias que le pertenecen exclusivamente, y en las que V. M. no pone la mano, sino para destruir lo que con tanta prudencia y juicio han exaltado los hombres mas célebres que admiraron los siglos. Dice V. M. á los diputados, de Roma “que Jesucristo no” ha querido revestir á San Pedro con la soberanía temporal; "y constituyéndose executor de sus decretos divinos desmorona con atrevimiento aquel magestuoso edificio sublimado por la ilustrada piedad de los Príncipes mas grandes, que fijaron su mayor gloria en elevar á lo sumo del poder humano al sucesor de San Pedro.

Lo que haya querido Jesucristo conceder á su vicario en orden al gobierno temporal, no lo esperan aprender los católicos de un Príncipe secular, tal como V. M. de cuya fé dudan, abiertamente desde aquel tiempo en que ha manifestado sus opiniones á los Muphtis del Egipto, declarando que “si había dismembrado algunos “ estados del patrimonio de la Iglesia lo había hecho para dar mayor gloria á Dios."

Oiga, pues, V. M. por un momento á Talleyrand, ya que no ha esperado ni pedido su consejo para despojar al Papa de sus bienes y soberanía: oiga la voz de un Obispo, que en sus mejores días ha hecho su estudio en la Escritura, en los Padres, y en la Historia; y ¡ ojalá hubiera aprovechado mejor sus lecciones! Y pues han merecido alguna vez el aprecio de V. M. dígnese ahora prestarle audiencia para saber en una ligerísima exposición (por no detener á V. M. en materias que le son molestas) que si Jesucristo no ha revestido á San Pedro con "la soberanía temporal y bienes en propiedad, tampoco prohibió el que pudiese adquirirlos; ni menos el que “los fieles concurriesen á porfía poniendo á los pies de "los Apostoles todo quanto poseían."

Aquel mismo San Pedro, que en prueba de su pobreza, dixo al tullido de nacimiento que no tenia oro ni plata que darle, recibió sin el menor escrúpulo las quantiosas oblaciones que hacían los primeros creyentes á la naciente Iglesia: y revestido de todo su poder quitó la vida con sola su palabra á Ananias y Safira, por haber ocultado parte de lo que habían ofrecido á los Apostoles. Que la Iglesia en los tiempos de su mayor gloria y perfección haya seguido invariablemente esta misma conducta, admitiendo quantas donaciones le hacían los fieles convertidos del paganismo, lo demuestran los decretos de Constantino que refiere Eusebio en su historia; por los que se le mandan restituir los fondos y bienes de que había sido privada en los tiempos de persecución. Así que los Santos Pontífices, (y lo fueron todos los de los tres primeros siglos) no creyeron contrario á la voluntad de Jesucristo y al espíritu del Evangelio, el que la Iglesia adquiriese bienes en propiedad. Y quantos les han sucedido hasta los días de Pipino y Carlo Magno han creído lo mismo; debiendo entender V. M. que los que mas se han esmerado en sublimar la Santa Sede, vistiéndola con el exterior adorno de la soberanía temporal, han sido los más humildes y los más sabios. Gregorio Magno, Gregorio II., Zacarías, Esteban II. y León III., no pueden ser sospechosos á los que estén instruidos de su gran virtud y sabiduría. A la Francia religiosa será siempre grata la memoria de estos insignes varones, que tanto han contribuido á su grandeza en los tiempos de la restauración del Imperio de Occidente.

Aun no habían llegado los predecesores de V. M. á aquel grado de poder á que los elevó el Sumo Pontífice, quando ya daba órdenes en toda la Italia como un Soberano legítimo el humildísimo San Gregorio. En sus cartas á Veloz, á Manilio, Vitaliano, y al Obispo de Calliari Genaro se halla un claro testimonio del sumo poder que exercia, y del cuidado que le llevava la conservación de Roma, de Cerdeña, y de Ravena para librarlas de los Reyes Longobardos que en distintas épocas las acometían. La Italia, como dice Bosuet, ha debido su salud al Papa Zacarías, quando, después de la muerte de Carlos Martél amenazaba Luitprando á Roma, y á Ravena. Los Emperadores del Oriente Soberanos de la Italia, abandonándola del todo, sin dar auxilio á sus pueblos en las irrupciones de los Lombardos, perdieron sus derechos sobre ella por falta de tuición, y recayeron legítimamente en los Sumos Pontífices por sus servicios, por su continua solicitud sobre todo el país, no solo en lo espiritual, sino en lo temporal: y el pueblo no reconocía otro Soberano que el Papa, después que se ha decidido á negar sus servicios y tributos a los orientales por su impiedad y abandono.

En vano Esteban II. imploraba el auxilio del Emperador de Constantinopla contra Astolfo: desengañado de que no seria socorrido, á exemplo de Gregorio y Zacarías que habían solicitado la protección de Carlos Martél, cuidó de mover el ánimo de Pipino para que le amparase como lo executó. Por eso este Príncipe se burlaba de Constantino Copronimo al pedirle las ciudades, que este débil Emperador no había podido defender, y Pipino había reconquistado de los Lombardos y restituido á la Iglesia. Igual desengaño recibió León III. (y es al mismo tiempo una clara confesión del dominio que exercia el Pontífice en la Italia) quando solicitaba el favor de los orientales en una terrible persecución en que se veía, y se le ha contextado, “que el Papa tenía mayor y me-“jor reyno que los Emperadores; que podía defenderse “por lo mismo de sus enemigos." En efecto los Papas, como escribe un sabio francés, tenían la administración de toda la Italia; hacían alianzas, impedían guerras, defendían y recobraban ciudades, y expelían los enemigos : y en este estado, gobernando los Papas la Italia con entera soberanía los halló la nueva dinastía de los Carlovigios. Por tanto, si en las continuas invasiones de los Lombardos, ya Carlos Martel, ya Pipino y Carlomagno pasaron los Alpes en favor de los Papas, eran solicitados por éstos en calidad de auxiliares y protectores.

El historiador de Carlos dice de Pipino, que conbidado del Romano Pontífice, cuyo dominio había invadido el Rey de los Lombardos, entró en la Italia con grande exército, y entregó después á la Iglesia de S. Pedro el Exarcado de Ravena, que le había usurpado Astolfo. Y así se vé que la donación de Pipino, confirmada y añadida por Carlomagno se expresa en términos de Restitución; para manifestar que aunque éstos Príncipes habían libertado los pueblos de Italia quitándolos del poder de los Lombardos, ya pertenecían al dominio de los Papas, que hasta aquel tiempo los habían cuidado y defendido. Mande V. M. I. leer la sesión 4a del Concilio 7° general, y hallará que Carlomagno Rey de los Francos, de los Lombardos, y Patricio Romano, restituyó las provincias, ciudades, castillos y territorios que tenía usurpados la perfidia de los Lombardos, á la Iglesia de S. Pedro: y esto lo hizo porque sabía que le pertenecían por derecho. Con razon el sábio Tomasino llama ilustres á estas donaciones, no tanto por la grandeza é importancia de la dádiva, quanto por la justicia y equidad que observaron en ellas aquellos Príncipes.

No es mi ánimo quitar el mérito, ni obscurecer la gloria de Pipino y Carlomagno, que han engrandecido tanto la Iglesia Romana: no sin justa razón los Papas se les han confesado deudores de su patrocinio: ellos les han puesto en posesión de sus bienes y señoríos: hicieron á sus expensas unas guerras muy costosas. Acaso por este título, olvidándose de los antiguos derechos de la Santa Sede, podrían Pipino y Carlomagno unir á sus dominios los estados que habían conquistado á los Lombardos. Acaso podrían también devolver estas posesiones á sus antiguos dueños los Emperadores del Oriente, una vez que éstos les reintegrasen y satisficiesen los gastos de las expediciones. Pero éstos religiosísimos Príncipes pesando con su gran prudencia los derechos de unas y otras partes, creyeron que al Romano Pontífice le asistía el mas claro y decidido sobre unos estados que con tantas fatigas y desvelos, con tantos trabajos, hasta verse cien veces en peligro de la vida, habían libertado del poder de los tiranos, sin que los orientales quisiesen ni pudiesen defenderlos. Por esto decía Pipino al Papa Estevan, “que habia deter-“minado pasar los Alpes para que el Príncipe de los "Apóstoles recibiese su justicia: es decir, los bienes “que por derecho eran suyos propios." De estas mismas palabras usó Carlomagno quando obligó á Desiderio á que restituyese á la Iglesia, lo que una vez ya restituido en tiempo de su padre había nuevamente invadido aquel tirano. De ninguna manera pasaría Pipino los Alpes, dice Hincmaro, sino para satisfacer á S. Pedro y restituirle en sus derechos.

Confesamos, Señor, que la Iglesia debe á los antiguos Reyes de Francia una protección decidida. Pero de todo lo dicho deduciremos tres verdades que V. M. no quiere entender. Primera: la Iglesia ha creído desde el tiempo de los Apostóles que sin contradecir la voluntad de Jesucristo podía adquirir bienes temporales y aun la misma soberanía. La historia de todos los siglos acredita esta verdad. Segunda: los Reyes de Francia que precedieron á V. M. I. se han empeñado, no hay duda, en aumentar el lustre y la grandeza de la Santa Sede, movidos no solamente por su piedad y religión sino también por la justicia, y en grata correspondencia de los particulares y muy distinguidos beneficios que habían recibido de los Papas. La decisión de S. Zacarías á favor de Pipino y de su dinastía: la exaltación de Carlos al trono imperial y su consagración, debido todo al favor y oficios de San León III. lo demuestran con evidencia. Tercera: los Reyes de Francia en las donaciones hechas á la Iglesia no dieron cosa alguna de su casa; no dismembraron alguno de sus estados para enriquecerla con ellos, sino que tan solamente la defendieron, y reconquistaron lo que ya le pertenecía por otros títulos como se ha evidenciado con la historia; escrita no por estraños, parciales del poder pontificio, sino por los mejores hombres de la Francia, y por los mas acérrimos defensores de sus glorias: y demas, se puede leer en nuestros concilios nacionales; cuasi dos tomos enteros están llenos de semejantes pruebas y testimonios.

Si, pues, V. M. I. se gloría de suceder á aquellos grandes Monarcas, ¿porque no sigue sus huellas? ¿Si ellos han enriquecido á la Iglesia con lo que ya era propio de ella, porque V. M. quiere empobrecerla? ¿En fuerza de qué título quiere V. M. suceder en unos derechos que Pipino y Carlos no han adquirido para V. M. ni aun para ellos mismos? ¿Por otra parte: estará V. M. I. menos deudor á la Santa Sede que aquellos Soberanos? ¿No es notorio á toda Europa que debe V. M. á la benignidad del Santísimo Padre Pió VII. que el pueblo francés recibiese sin disgusto la elevación de V. M. á la dignidad imperial, al ver que aquel venerable y bondosisimo Pontífice, pasando los Alpes enmedio de sus años y sus males, vino á París y consagró á V. M. proclamándole Emperador de los franceses? ¿La solemnidad de este acto no ha decidido á la más sana parte del Imperio, que dudaba de la Religión de su nuevo Emperador? Justo fuera, Señor, que no olvidase V. M. estos sacrificios tan costosos del Santísimo Padre, para no llenar de amarguras su venerable ancianidad, estrechándole á que él mismo venga personalmente, con mil malos tratamientos, y por el rigorosísimo invierno atravesando la Francia, á ser testigo de los sacrilegios y absurdos que V. M. comete, y medita.

Pero yo quiero suponer con V. M. que Pipino y Carlomagno adquiriesen para sí en sus expediciones contra los Lombardos, los estados pontificios? ¿Por ventura, Señor, estos bienes jamas habrían mudado de calidad y de Señor, desde el tiempo de la célebre donación de Pipino? Aun cuando estuviesen tan afectos á la línea de los principes que siguió en el Imperio, que se debiesen considerar como una parte integrante de él; mudando este de dueño, se habrán transferido también estos derechos en aquel que lo hubiese tenido legítimo al trono de Carlomagno. Este, pues, en tal caso es el estado del asunto.

El Imperio de Carlomagno duró siglo y medio: va vemos al piadosísimo Otón I. Rey de Alemania y de la Lombardia coronado Emperador por el Papa Juan XII. en el año de 962: y desde el 912 ya habia salido de la descendencia de Carlomagno el Reyno de Alemania en la elección de Conrado Duque de Franconia abuelo de Otón el grande. Este reintegró á la Iglesia Romana en todo lo que le habian usurpado los señores y tiranos de la Italia: (porque estas usurpaciones y tiranías contra la Iglesia son viejísimas y repetidas.) Confirmó Otón las donaciones de Pipino, Carlomagno y Ludovico Pío, y añadió algunos pueblos de la Lombardia. Si V. M. no prueba la sucesión en los derechos de este Príncipe, como la supone en los de Carlomagno, ya le falta á V. M. esta justicia para apropiarse los estados de la Iglesia. ¿Y quantas mas variaciones no han tenido estos dominios? ¿Quantos actos de soberania no han exercido sobre ellos los sumos Pontífices, siendo reconocidos dueños absolutos por todos los potentados de Europa? ¿Quantas ligas, quantos convenios solemnizados con los Soberanos, como de igual á igual? Si fuera permitido buscar los principios y establecimientos de los Imperios para probar un Soberano la legitimidad con que posee y gobierna sus dominios, ¿habría alguno seguro en la tierra? ¿Quien podría gloriarse de tener derechos más antiguos y más sanos que el Papa? ¿Y V. M. el último de todos los Reyes (excepto los que V. M. creó) se podrá contar seguro del título con que manda tan vastas posesiones? Hable el corazón, Señor; V. M. I. sabe lo que sabemos todos: no es el derecho de sucesión; no el abuso del poder de los Papas: (que no es V. M. superior al Padre universal de los fieles para reformarlo). El gran poder, los exércitos de V. M., la ley del mas fuerte es la que lé autoriza para estas usurpaciones escandalosas; y mas impío que Arnaldo ni aun dexa al Papa en el goce de sus diezmos y oblaciones.

De otra suerte lo creia el gloriosísimo Carlomagno: lea V. M. sus capitulares, y hallará que por el primero se obliga el Emperador á no dividir los bienes de aquellas Iglesias que parecían demasiado ricas; y en el tercero se declara protector de los bienes eclesiásticos, y prohibe toda usurpación de ellos. Esta es, Señor, la verdadera protección: V. M. se quiere honrar altamente con el sublime título de protector de la Iglesia; pero se contradice asimismo empobreciendo y aniquilando lo que debía enriquecer y sublimar. ¿Quien ha constituido á V. M. Juez y arbitro para dar a Dios lo que es de Dios, y al Cesar lo que es del Cesar? Mas justicia se encontraría si el Papa hiciese esta repartición; pero si V. M. no quiere que el Papa disponga, ¿quien ha de consentir que V. M. meta la mano en mies agena para tomar para sí la parte del león? Aquel grande Carlos que ya parece á V. M. pequeño, y muy desigual, para que pueda servirle de exemplar, dexa al morir los dos tercios de sus bienes para las Iglesias metropolitanas de Francia, y el otro á los pobres. Al entregar en vida la corona á su hijo Luis, le encarga muy vivamente que proteja á las Iglesias, y respete á los Obispos como padres. Esto hicieron aquellos Príncipes á quienes quiere V. M. suceder en los títulos y grandeza, pero no en lo pió y religioso. ¿No se avergüenza V. M. I. de seguir las ideas filosóficas de Marsilio y Brencio, de los Wiclefistas y de Calvino? Un Emperador y Rey debe manifestar pensamientos más liberales, y dexar á esos ingenios rastreros, que solo para morder y blasfemar tienen talento y dicción. V. M. aunque filósofo ya no es un mendigo. No atribuya, pues, á fanatismo la piedad del Emperador Carlos, que toda su vida tuvo especial cuidado en que las Iglesias estuviesen ricamente adornadas, y sus limosnas llegaban hasta el Africa, el Egipto, y la Siria. Por eso su memoria será eterna: la de V. M. se confundirá con la de aquellos que han merecido á dos concilios generales los más terribles anatemas.

Mas ¡ay infeliz de mí, que tanta parte he tenido en esa exaltación, en ese desconocimiento de V. M.! Ahora me acuerdo de aquellos discursos en que me he empeñado para hacer á V. M. superior al restaurador del imperio del Occidente. Ahora me roe las entrañas aquella formula anticristiana que he dispuesto para que V. M. fuese recibido en las Iglesias dé Francia, quando en tiempo de su Consulado visitó la república. “He aquí que envió a mi Angel que preparará mis ca-“minos”. Cantaban los Sacerdotes á la entrada de V. M. en los Templos de Francia. Pensamiento sublime de Malaquias que apropió la Iglesia á la presentación del Mesias al anciano Simeon en el Templo. ¡Qué desvario! ¡Preparar el camino del Señor el que ha declarado la guerra más cruel á su Iglesia! ¡El que ha invadido su patrimonio, y llenó la Italia de robos y depredaciones! ¡El que se ha cubierto de execraciones, y anatemas.

V. M. se halla comprehendido con Wiclefo en la condenación que fulminó contra éste heresiarca el Concilio general de Constancia en la sesión octava. El Canon undécimo de la sesión veinte y dos del célebre Concilio de Trento se ha formado contra V. M. ; y mientras no restituya las jurisdicciones y fundos de la Iglesia, que ha usurpado, y reciba del mismo Romano Pontífice la absolución de tantos crímenes, no se presentará á los ojos de un Católico rancio sino como un verdadero excomulgado. Ríanse V. M. y todos sus áulicos y condiscípulos, ó no se rían; esta es una verdad que creen todos los fieles, especialmente los Españoles, cuya opinión quiere ganar V. M. porque saben qué la Iglesia representada en el Concilio general, al que asiste el Espíritu Santo, es infalible.

Yo, Señor, en cumplimiento de mi obligación, como vasallo, en calidad de grande elector, y mas que todo, como Católico, me tomo la libertad de dar á V. M. estos consejos, acaso los últimos; para que V. M. enmiende sus errores y repare los inmensos daños que ha causado à la Iglesia, á su gefe Supremo , y á toda Europa. Por esto decía á V. M. que los Españoles jamás se sujetarán á un Príncipe cismático y Herege. Repetirán ellos este nuevo testimonio de la religión de V. M. para creerle el monstruo mas abominable que ha producido la naturaleza, después de la perfidia que ha cometido con su Monarca y con la Nación entera; para morir primero que reconocer otro Soberano que á Fernando VII. Pues los sacrilegios con el Sumo Pontífice, enardecen mas, si es posible, su ánimo religioso. Oyga V. M. I. la voz de un anciano que le ha dado las pruebas mas relevantes de su amor y respeto. Yo convido á V. M. á que lea en Montesquieu autor nada sospechoso á V. M. y sus condiscípulos en el libro 25, del Espíritu de las Leyes, en donde este filosofo dá un testimonio que la razón arrancó de su boca en favor de la verdad, por estas palabras: “ tened siempre por sagrado, tened por inviolable el antiguo y necesario dominio de la Iglesia; “tenedlo siempre por tan estable y eterno, como el “ mismo Clero."

Mi vida, Señor, puede ser muy corta: mis extravíos han sido muchos y públicos. Quiero al fin de mis dias dar al mundo un testimonio de lo que siento mis delirios, y de los males que padece la humanidad, y pude haber causado ayudando á V. M. en sus planes tiránicos de conquista y devastación. ¡Gran Dios! ¡Quanto temo aun de V. M.! ¡Yo no sé qué ideas tristes, qué presagios melancólicos me turban la imaginación! Tantos Cardenales en la Capital ; el Sumo Pontífice caminando por entre la nieve y la escarcha, atravesando las sendas más escabrosas de la Francia.... Nuevas y extravagantes esperanzas de sucesión.

¡O tiempos de Lotario! ¡Angustias de Nicolao I.°! ¿Se renovarán en París los errores de Aquisgran y de Metz? ¿Las tristes escenas de Thietberga y de Baldrada? Obispos que estáis en París, no olvidéis la deposición perpetua de Gontiero y de Theautgando. Pió VII. imitará la firmeza, seguirá los pasos de Nicolao.

Señor: mi zelo, aunque tardío, me arrebata. Perdonad estas digresiones que todas sirven á la mejor instrucción de V. M. I. que tanto deseo. Dad, Señor, á la Iglesia su gefe, á éste sus dominios: á España su legítimo soberano: á los Reyes del Norte sus provincias, y al mundo todo la paz. Dejad descansar la humanidad oprimida; y creed, Señor, que nos espera una eternidad en que se premian las virtudes, y castigan sin remisión los delitos.

Señor

Esta es la última voz de C. M. Talleyrand.


LICENCIAS.

Los Comisionados que nombró esta Junta Superior para el examen del papel anterior, son de dictamen, que por su doctrina y erudición es acreedor á la luz pública, y que para satisfacción de su Autor, se avise en el Diario. Coruña y Marzo 12 de 1810.

Lámela. Umbría.

Junta Superior de 17 de Marzo de 1810.

Imprimase.

Rivadeneyra

Coruña 22 de Marzo de 1810

Pase a la Censura del S. D.

Vicente Montalban.

Navia Volaño

Señor Regente:

He visto y reconocido este papel, y nada hallo en él que notar: tiene instrucción y particular erudición, por lo que le juzgo acreedor a que V. S. le conceda la licencia que solicita. Asi lo siento en La Coruña a 23 de Marzo de 1810.

Dr. D. Vicente Antonio Montalban.

Coruña 23 de Marzo de 1810.

Imprimase.

Navia Bolaño


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Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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