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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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REINHARD ET TALLEYRAND

EN 1799





K. F. Reinhard, nommé Ministre des Relations extérieures à la succession de Talleyrand démissionnaire en juillet 1799, entretint avec ce dernier une correspondance dont une partie est ci-après citée (d’après F. Masson, (Le département des affaires étrangères, Paris, 1877).

Notons tout d’abord que Talleyrand dans l’éloge de Reinhard qu’il fit en traçait alors de celui-ci le portrait suivant :

« M. Reinhard, qui ne négligeait rien pour s'assurer de la justesse des informations qu'il était dans le cas de donner à son gouvernement, et des décisions qu'il devait prendre comme agent politique, comme agent consulaire, comme administrateur de la marine, avait-il fait une étude approfondie du droit des gens et du droit maritime. Cette étude l'avait conduit à croire qu'il arriverait un temps où, par des combinaisons habilement préparées, il s'établirait un système général de commerce et de navigation dans lequel les intérêts de toutes les nations seraient respectés, et dont les bases fussent telles que la guerre elle-même n'en pût altérer le principe, dût-elle suspendre quelques-unes de ses conséquences. Il était aussi parvenu à résoudre avec sûreté et promptitude toutes les questions de change, d'arbitrage, de conversion des monnaies, de poids et mesures, et tout cela sans que jamais aucune réclamation se soit élevée contre les informations qu'il avait données et contre les jugements qu'il avait rendus. »

[Si Reinhard possédait ces qualités restreintes, était-il de taille à diriger pour cela la politique générale ? Ne serait-il pas dépaysé sur un théâtre plus grand que celui sur lequel il avait l’habitude d’agir ?] « Il faut, disait Talleyrand, qu’un ministre des Affaires étrangères soit doué d’une sorte d’instinct qui, en l’avertissant promptement, l’empêche, avant toute discussion, de jamais se compromettre. Il lui faut la faculté de se montrer ouvert en restant impénétrable, d’être réservé avec les formes de l’abandon, d’être habile jusque dans le choix de ses distractions ; il faut que sa conversation soit simple, varié, inattendue, toujours naturelle et parfois naïve ; en un mot, il ne doit pas cesser un moment, dans les vingt-quatre heures, d’être ministre des Affaires étrangères. »

Quoiqu’il en soit, Reinhard écrivait de Toulon, où il se trouvait retenu à son retour d’Italie (1).

Lazaret de Toulon, le 13 thermidor an VII [31 juillet 1799].

« J’ai reçu, mon cher Talleyrand, l’obligeante lettre dont vous avez accompagné l’arrêté du Directoire exécutif qui me nomme votre successeur. Vous qui quittez sans regret le poste auquel je suis appelé, vous croirez facilement que je ne l’accepte ni avec plaisir, ni sans crainte, mais j’ai senti que je ne devais pas refuser.

Je ne vous parlerai point de la difficulté de vous remplacer dans la situation d’âme où je me trouve, je ne voudrais pas même dire une vérité qui eût l’air d’un compliment. D’ailleurs, votre élève depuis longtemps, j’ai le droit de réclamer vos conseils et votre amitié. Les difficultés qui doivent m’effrayer surtout sont celles que vous-même n’avez pas pu surmonter.

Vous me pressez d’arriver. La lettre que j’ai écrite au Directoire exécutif vous dira que cela ne dépend pas de moi. Au milieu du déplaisir que me cause ce délai, j’ai du moins la satisfaction de penser que, malgré vous, le moment de votre repos est ajourné, et que, pendant quelque temps encore, vous ferez mieux que je ne saurais faire.

Je n’ai reçu depuis trois mois aucune lettre, ni officielle, ni particulière. J’attends de retour de Gênes celles qui ont pu m’être adressées au quartier général. J’en recevrai probablement qui vous donneront de nouveaux droits à ma reconnaissance.

J’ai besoin de quelques jours de repos pour me recueillir. Mes idées et mes sentiments divaguent. Ils se concentreront bientôt dans le seul dévouement à la République.

Salut et amitié.

Reinhard.

De Marseille, le 7 fructidor [24 août], il écrivait :

« Enfin, mon cher Talleyrand, me voilà en France ! Je ne sais de quelle nation étaient ceux qui me tenaient entre leurs griffes à Toulon, mais à coup sûr ce n’étaient pas des Français. Je me trouve déjà à moitié installé. Vous savez qu’il existe ici une colonie de consuls, dont plusieurs sont d’anciennes connaissances. Ils m’adressent beaucoup de demandes, et je leur donne ce qui est en mon pouvoir, des espérances. En attendant, je vois par les gazettes que l’affaire de ma nomination est toujours à l’ordre du jour. Elles ont assuré si positivement que j’étais remplacé par Lacombe-Saint-Michel, que j’y aurais cru si je n’avais pas su le contraire.

Du reste, mon cher Talleyrand, me remplacer serait me rendre au repos et au bonheur, et certes ce ne sera pas vous qui douterez de la sincérité de cette déclaration. D’après les lettres que j’ai écrites de Toulon le 22, le Directoire exécutif peut me remplacer sans blesser ma dignité. On me dit que le courrier part ; je suis obligé de finir. C’est avec raison que la faction vous fait partager mes disgrâces, et je ne me plains pas de partager les vôtres.

Salut et amitié.

Reinhard.

Je partirai demain de bonne heure, et s’il n’arrive point d’accident, je compte être rendu le jour même à Avignon. Il y a beaucoup de dangers pour les voyageurs, et les brigands sont tellement nombreux et tellement organisés que s’ils veulent faire un coup, il est presque impossible qu’ils le manquent. »

Note

(1) Nommé ministre à Florence par arrêté du 23 frimaire an VI (13 décembre 1797), Reinhard dut s’en retirer lors de la retraite des troupes françaises en juin 1799 ; nommé ministre plénipotentiaire près la République helvétique par arrêté du 16 messidor an VII (4 juillet 1799), il trouva à son arrivée à Toulon l’arrêté du 2 thermidor (20 juillet) le nommant Ministre des Relations extérieures.



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Annales historiques de la Révolution française N° 256 - 1984 - pp. 285 à 287







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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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