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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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RAPPORT

DE

TALLEYRAND

AU DIRECTOIRE

DU

15 BRUMAIRE AN VI

5 NOVEMBRE 1797





CITOYENS DIRECTEURS,

J’ai l’honneur de soumettre au Directoire exécutif le rapport qu’il m’a demandé aux différentes questions contenues dans une dépêche du ministre de la République à Florence, en date du 16 vendémiaire.

Le citoyen Cacault ayant été dans le cas d’assister au baptême d’un enfant dont la grande-duchesse est accouchée récemment, demande à cette occasion des conseils sur la conduite que doivent tenir les agents de la République par rapport aux cérémonies religieuses des Cours où ils résident, et s’ils doivent ou non se présenter à ces cérémonies.

La question se compose de deux éléments qui sont susceptibles d’un examen particulier. Elle peut intéresser les opinions religieuses de l’agent et la dignité de la République et de son gouvernement.

Sous le premier rapport, la Constitution ayant sanctionné la liberté des cultes, le gouvernement, par conséquence, n’en préférant aucun, dans le choix des citoyens qui doivent représenter la République au dehors, les agents sont parfaitement libres, pour ce qui concerne leur personne, d’assister ou de ne pas assister aux célébrations religieuses des Cours où ils résident.

Comme ministres publics, sont-ils dans la même position, et devient-il de même indifférent qu’ils soient ou non présents à ces célébrations ?

Les ministres publics n’assistent comme tels aux offices religieux qu’autant que ces offices font partie du cérémonial de la Cour et que le corps diplomatique s’y trouve présent, soit par invitation spéciale, soit par suite d’un usage établi. Dans ce cas, ce serait pour ainsi dire renoncer à un droit honorifique, ou manquer aux égards dus au gouvernement, que de se soustraire à la règle commune. Quoique dans la représentation des Etats, les degrés de puissance et de dignité aient établi des différences dans les honneurs, les gouvernements sont considérés comme égaux, et chez eux ils ont tout droit de la part des gouvernements étrangers aux mêmes égards. On ne déroge donc nullement à la dignité de l’Etat qu’on représente en faisant ce que font les agents des autres puissances. Ici, ce qui peut un moment faire douter nos ministres, c’est la circonstance du culte ; c’est la défaveur où le culte catholique se trouve dans l’opinion, par une conséquence naturelle de l’opposition qui a toujours existé entre lui et le système républicain. Cette considération ne doit nullement arrêter. L’objet principal est de satisfaire aux usages et de se maintenir dans toutes les prérogatives dont jouissent les envoyés des autres Etats. La conduite des puissances protestantes depuis la Réforme décide de celle que nous avons à tenir. Si les envoyés de ces puissances assistent aux cérémonies religieuses des Cours où ils résident, pourquoi les envoyés d’un Etat qui ne reconnaît point de culte favori ne les imiteraient-ils point ?

J’ai dit qu’en s’absentant des célébrations religieuses qui font partie du cérémonial, nos agents manqueraient aux égards dus au gouvernement.

J’observerai à ce sujet que les ministres qui représentent auprès du Directoire les différents Etats de l’Europe, assistent sans difficulté aux fêtes républicaines qui sont censées faire partie du cérémonial quand le Directoire y est présent. C’est une déférence que se doivent les gouvernements amis, et il n’entre sans doute point dans les intentions du Directoire de se soustraire au retour.

Cependant, cette déférence ne peut être tellement absolue qu’elle ne souffre quelques exceptions. On a vu à Paris deux ministres s’absenter de la commémoration du 10 août. L’un, comme représentant d’un monarque, l’autre comme celui d’une portion du corps helvétique, ont trouvé des prétextes plausibles pour se tenir éloignés de cette fête. L’anniversaire du 21 janvier fut célébré l’année dernière et les ministres des Etats monarchiques n’y assistèrent point. Si nous ne pouvons trouver mauvais que dans ces deux circonstances les ministres des Rois se soient absentés, de même si, dans quelques Cours, les cérémonies religieuses blessaient les idées républicaines, on ne pourrait trouver à redire que nos ministres se tinssent à l’écart. C’est là, je crois, la seule modification à apporter au principe général de déférence aux usages. Je ne m’arrêterai point à spécifier des cas : l’esprit de liberté qui doit animer les ministres de la République, les leur fera toujours aisément pressentir.

Ce principe posé, je ne crois pas devoir consulter le Directoire sur la question subsidiaire que propose le citoyen Cacault de savoir comment nos agents doivent se conduire à l’église, et s’ils doivent par exemple s’agenouiller à l’endroit de la messe qu’on appelle Elévation. J’estime que le Directoire pensera comme moi qu’il faut ou ne point entrer dans les temples ou s’y comporter de manière à n’y point blesser les convenances ; qu’à cet égard, un ministre public n’est pas différent d’un homme sans caractère ; en un mot, qu’il doit se conduire comme tous les autres ministres publics qui s’y trouvent avec lui.

D’après les développements qui précèdent, je pense que le Directoire jugera convenable de décider que les agents de la République près des puissances étrangères assisteront à toutes les célébrations religieuses et autres fêtes qui feront partie du cérémonial du gouvernement et auxquelles assisteront les envoyés des autres puissances. Ils ne dérogeront à cette règle que dans le cas où ces célébrations blesseraient les principes fondamentaux du gouvernement républicain ou la dignité de la nation française et de son gouvernement.

Après avoir terminé ce rapport, j’ai appris que le Directoire avait donné une décision absolument semblable pour le fonds sur des questions de même nature qu’avait élevées le citoyen Joseph Bonaparte pendant sa résidence à Parme. C’est un motif de plus pour croire que le Directoire approuvera la détermination que je lui proposais avant d’avoir connu le jugement qu’il avait antérieurement porté.



CH. MAU. TALLEYRAND



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MONITEUR UNIVERSEL










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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