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TALLEYRAND D'APRES GERARD




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RAPPORT

DE

TALLEYRAND

AU DIRECTOIRE

DU

15 THERMIDOR AN V

2 AOUT 1797





CITOYENS DIRECTEURS,

Il n'était pas naturel de penser que la Maison d'Autriche, dans la détresse où elle se trouve, songeât à rompre de gaieté de cœur la négociation entamée. Bonaparte s'est trop bien conduit dans sa marche à travers les provinces autrichiennes ; l'esprit des peuples est trop disposé à l'insurrection, et l'armée d'Italie est trop accoutumée à vaincre, pour que l'Empereur n’ait pas dû craindre que par la reprise des hostilités, ces provinces ne fussent perdues pour lui ou révolutionnées. D'un autre côté, les articles préliminaires de Leoben sont si évidemment avantageux à la Cour de Vienne, et le Directoire lui a montré des dispositions tellement favorables, qu'elle pouvait se promettre aisément de réparer et de compenser par la négociation toutes les pertes qu'elle a faites par la guerre. Elle avait d'un côté trop à craindre, de l'autre trop à espérer, pour qu'elle renonçât d'elle-même à un état de choses qui lui était plus avantageux que n'a été sa situation depuis près de cinq ans. Il est donc à croire que si elle a balancé et tergiversé pendant quelques mois, cette indécision doit être attribuée aux instigations de l'Angleterre, et qu'elle s'est finalement déterminée à fermer l'oreille aux conseils de cet allié, et à prendre, après mûre délibération, le parti de la paix comme le plus sûr. Tel me paraît être l'esprit dans lequel est écrite la lettre du baron de Thugut du 31 juillet.

L'Empereur proteste de la manière la plus solennelle que l'entier rétablissement de l'amitié avec la France est le plus sincère de tous ses désirs ; il ne balance plus à munir ses plénipotentiaires des pouvoirs nécessaires pour signer sans délai la paix définitive à Udine ; il ne regarde le congrès de Berne comme nécessaire qu'autant que la négociation d'Udine n'aurait pas réussi, ou comme un congrès supplémentaire pour les objets qui n'auraient pu être arrangés dans cette dernière ville.

Il fait en cela un grand pas vers nous qui n'avons jamais désiré autre chose que de terminer la négociation en Italie, et il nous donne les moyens d'écarter entièrement le congrès de Berne, puisqu'il dépend de nous de conclure définitivement en Italie et de ne point laisser d'objets à régler au congrès supplémentaire de Berne.

Il demande que dans le cas où ce dernier congrès serait nécessaire, il soit nommé d'avance des ambassadeurs pour se rendre à ce poste, afin d'être prêts à recevoir la négociation des mains des négociateurs d'Udine pour y mettre sans délai la dernière main.

Cette demande est assez singulière ; elle montre, ou un grand empressement de conclure, ou une arrière-pensée et le soupçon qu'on ne terminera pas à Udine.

C'est d'après les deux interprétations qu'on peut donner à cette démarche, que le Directoire jugera s'il lui convient, pour contenter cette fantaisie de l'Empereur, de nommer d'avance des plénipotentiaires pour un congrès dont il ne veut pas et qui est absolument éventuel.

L'intention de la Cour de Vienne en faisant cette proposition étant douteuse, il est peut-être prudent de lui en supposer une bonne et de faire semblant de croire à sa bonne foi, afin de découvrir quelle est son intention réelle. C'est ainsi que le Comité de salut public l'a très habilement pratiqué lors de la négociation avec le Roi de Prusse, et a réussi à déjouer le machiavélisme de cette Cour.

L'Empereur convient franchement que l'Angleterre ne peut plus participer à la négociation, depuis que celle-ci a demandé à traiter pour une paix séparée. Il est évident que cette déclaration a été concertée avec cette dernière puissance. C'est un grand point de gagné pour nous. Mais il demande que l'Empereur de Russie puisse, s'il le trouve à propos, y concourir aux termes des préliminaires de Leoben. Néanmoins, il joint à cette demande un correctif qui nous laisse le moyen de l'éluder, car il ajoute: " Si l'importance d'accélérer l'époque de la pacification exige de préparer éventuellement tous les moyens propres à écarter désormais des retards si évidemment nuisibles aux véritables intérêts des deux puissances, l'Empereur aime à ne pas renoncer encore à toute espérance que les négociations d’Udine ne puissent combler ses vœux pour la prompte conclusion d'un arrangement final. " Ce qui veut dire en d'autres termes : Si vous êtes disposés à me faire de bonnes conditions, nous pourrons nous passer de la Russie. Il finit par dire qu'il n'est pas possible d'imaginer des difficultés que la volonté du Directoire ne puisse aisément faire disparaître.

La teneur générale de cette lettre, Citoyens Directeurs, me paraît être très favorable, et il me semble voir évidemment, à travers l'entortillage ordinaire du style de la Cour de Vienne, qu'elle ne demande pas mieux que de conclure et qu'elle renonce, si nous voulons nous montrer bien disposés envers elle, au congrès de Berne et à l'intervention de la Russie, comme elle cesse également de réclamer celle de l'Angleterre.

Quels motifs a-t-elle eus pour changer à ce point de langage et revenir tout d'un coup à l'empressement qu'elle témoigna peu de jours après la signature des conventions de Leoben ? Ne peut-on pas imaginer que l'Angleterre, inquiétée par les différentes motions faites au Parlement contre les subsides accordés sur le continent, effrayée des demandes pressantes de la Banque qui, pour secourir le ministre, en exige l'engagement qu'il ne sortira pas de métaux pour secourir ses alliés, a fait dire à l'Empereur qu'elle ne pourrait plus fournir de subsides ? Du moins, tout indique qu'il y a eu une explication entre lui et l'Angleterre, et que ce changement en est la suite. Ne peut-on pas croire que la Cour de Vienne est effrayée de l'esprit révolutionnaire qui parcourt l'Italie, au moyen duquel elle craint que ses dédommagements dans cette presqu'île ne lui échappent, et qui serait aujourd'hui le plus puissant de nos auxiliaires si la guerre devait commencer ? N'est-il pas probable qu'elle craint tôt ou tard une rupture avec la Prusse ? Et enfin, n'est-il pas possible d'imaginer que ces dispositions, manifestées le 31 juillet, soient dues à des nouvelles parvenues à Vienne que Paris était tranquille ?

Quoi qu'il en soit, je trouve, Citoyens Directeurs, que le Gouvernement français est placé, par les dernières ouvertures du baron de Thugut, dans une position plus avantageuse que celle où il était après les préliminaires de Leoben. Vous êtes débarrassés des articles de ces préliminaires qui vous gênaient le plus, c'est-à-dire l'établissement d'un congrès à Berne et l'intervention des alliés ; et il paraît que le prix que la Cour de Vienne met à cette facilité nouvelle qu'elle montre, est un surcroît de dédommagement qu'il vous est aisé de lui accorder, sans que les intérêts de la République en souffrent.

Vous aurez, moyennant cela, l'avantage si précieux dans les circonstances actuelles et la gloire de donner à la nation une prompte paix qu'elle désire, et vous retirerez encore le fruit de tous les événements qui doivent la suivre ; car l'Empereur, établi en Italie, près du volcan révolutionnaire, et possédant des provinces allemandes à côté de ce foyer d'insurrection, aura sans cesse besoin, pendant la paix, de recourir à votre protection, et si l'esprit actuel continue de faire les progrès que la nature des choses fait présumer, vous pourrez, quand vous le voudrez, effacer d'un trait de plume plusieurs provinces du nombre de ses possessions. L'Empereur sera à votre merci pendant la paix, autant que, pendant la guerre.

Je proposerais donc que les nouvelles instructions à donner aux généraux négociateurs, en conséquences des ouvertures de M. de Thugut, se bornassent aux points suivants :

1° Qu'ils persistent, selon que l'Empereur parait s'y prêter d'assez bonne grâce, à négocier la paix définitive à Udine, et qu'ils montrent toutes les facilités compatibles avec leurs instructions primitives, afin de conclure promptement et sans recourir au congrès supplémentaire de Berne ;

2° Qu'ils déclinent l'intervention de la Russie, sur laquelle l'Empereur n'insiste d'ailleurs pas péremptoirement, et qu'ils allèguent, si on les presse sur cet objet, la perte de temps qu'une telle intervention entraînerait, ainsi que la situation particulière où se trouve la République vis-à-vis cette puissance qui, sans être en état de paix, n'est pas en état de guerre ; qu'ils ajoutent que le Directoire range la Russie dans la classe des puissances avec lesquelles il doit faire une paix maritime qui, par sa nature, est absolument étrangère aux objets qui se traiteront à Udine ;

3° Qu'en refusant d'écouter toute proposition qui tendrait à menacer l'intégrité de la République italique, ils assurent provisoirement les plénipotentiaires autrichiens que le Directoire apportera toutes les facilités possibles à ce que l'Empereur obtienne un ample dédommagement pour prix de ce qu'il cède et pour prix de la bonne foi et de la loyauté avec lesquelles il traitera.

Il est essentiel pour l'intérêt de la République italique et pour celui de l'Empereur lui-même, que ce dédommagement soit pris en Allemagne et loin de la frontière des nouveaux Etats libres que nous avons formés en Italie. C'est le seul moyen d'établir la paix sur une base solide. La Cour de Vienne est convenue, ainsi que celle de Berlin, de la nécessité d'un système de sécularisation en Allemagne, pour compléter les dédommagements à régler. Ce système, introduit lors de la paix de Westphalie, peut recevoir son complément aujourd'hui, et le Roi de Prusse vient d'annoncer tout récemment qu'il allait, dès aujourd'hui, se livrer à son exécution. L'archevêché de Salzbourg et l'évêché de Passau sont à la convenance de l'Empereur et lui formeraient un précieux arrondissement. Le Directoire pensera peut-être qu'il est trop important de faire de la Maison Palatine une puissance considérable et intermédiaire entre la République et l'Autriche, pour favoriser le désir avec lequel celle-ci continue d'envisager la Bavière pour l'incorporer à ses États héréditaires. Il en est néanmoins question dans les instructions données au général Clarke, et il lui a été permis de faire entrevoir à l'Empereur quelque espérance d'obtenir cette riche compensation.

Il me reste, Citoyens Directeurs, à vous exposer la nécessité de faire passer aux plénipotentiaires de la République en Italie un corps complet d'instructions, ainsi qu'un projet de traité rédigé par articles. Il n'y a point d'unité ni de plan fixe dans les instructions qu'ils ont reçues jusqu'à présent ; elles consistent en huit pièces séparées envoyées à différentes époques et tantôt au général Bonaparte, tantôt au général Clarke. Quant au projet de traité, ils n'en ont point reçu jusqu'à présent ; du moins, il n'en reste pas de traces dans mes papiers ; ils rédigent les articles à mesure qu'ils les négocient ; l'inconvénient de ce mode est assez grave et peut exposer la négociation aux mêmes longueurs et aux mêmes entraves qu'elle a souffertes par suite de la rédaction vague des articles préliminaires de Leoben.

Je vous propose, en conséquence, Citoyens Directeurs, de m'autoriser à réunir en un corps les instructions éparses données aux plénipotentiaires d’Italie et à vous soumettre un projet de traité, rédigé par articles, sur lequel ils poursuivront cette importante négociation.



CH. MAU. TALLEYRAND



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TIRE DU LIVRE DE G. PALLAIN LE MINISTERE DE TALLEYRAND SOUS LE DIRECTOIRE










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Remerciements à Hélène NUE




" Quaero, Colligo, Studeo "









Pierre COMBALUZIER - 64000 PAU - FRANCE - 1997
Membre fondateur
de l'Association " Les Amis de TALLEYRAND "




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